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LE FILM DE LA RENTREE :
"JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS", de Philippe LIORET

La rentrée cinématographique se fera le 6 septembre avec le magnifique film de Philippe Lioret : « Je vais bien, ne t’en fais pas ». Ce n’est pas un film drôle, loin de là mais c’est un film superbement maîtrisé que nous offre là Philippe Lioret qui en a cosigné le scénario avec Olivier Adam, auteur du roman.
Deux jumeaux s’aimaient d’amour tendre… L’un d’eux s’en va du logis et lorsque Lili revient de stage, Loïc, son jumeau, a claqué la porte après une dispute avec son père. Sans nouvelle, folle d’inquiétude, elle ne se nourrit plus et décide de mourir. Quand survient une carte de son frère : « Je vais bien, ne t’en fais pas ». Peu à peu elle reprend goût à la vie malgré l’absence de son double qui lui envoie sporadiquement des nouvelles. Mais dans la maison, une atmosphère glauque s’est installée surtout devant le silence buté du père qui ne veut pas lui dire ce qu’il s’est passé.
Nous suivons ainsi Lili à travers les méandres d’une vie qui n’est plus comme avant et qu’interprète magistralement la jolie Mélanie Laurent au regard qui en dit long, au chagrin retenu, en quête de vérité et surtout avec cette folle idée de retrouver son frère. Tout repose sur elle et elle est émouvante et belle. A ses côtés, un Kad Merad qu’on découvre en père blessé qui n’a jamais su dire « je t’aime » mais qui ne vit qu’à travers sa famille. Une sacrée surprise que de découvrir un magnifique comédien tout en retenue, loin des rôles qu’il avait jusqu’alors (hormis « Les Choristes »). La mère est la merveilleuse Isabelle Renauld au regard tragique, qui sait tout mais ne veut rien dire, déchirée par le départ de son fils, par le mutisme de son mari, par le regard malheureux de sa fille. Elle est le chaînon presque silencieux qui tient le fil ténu de cette famille en perdition.
Enfin, pour éclairer un peu le film, Thomas (Julien Boisselier), toujours parfaitement lumineux, romantique et attendrissant, amoureux de Lili et essayant de la faire revenir à la vie normale.
Tous ces personnages, que l’on peut rencontrer tous les jours, sont des êtres de chair, de sang, de sentiments et surtout de pudeur et de non-dits qui leur bousillent la vie. Ils portent en eux un amour profond sans pouvoir se le dire et vivent ainsi sur le fil du rasoir de sentiments exacerbés qu’ils ont du mal à faire sortir.
Ce film pourrait être un mélo pur et dur mais l’intelligence, la finesse de Philippe Lioret font qu’il est toujours en équilibre instable mais n’y tombe jamais.
C’est vrai qu’en cette sinistre rentrée, ce n’est pas un film qui met de la joie au cœur mais du baume certainement car les personnages sont émouvants, bouleversants, attachants. Une très belle rencontre entre un sujet, des comédiens, un réalisateur. Un très, très beau film.

RENCONTRE
Nous disons très vite à Philippe Lioret – venu au Pathé Liberté de Toulon présenter le film avec Mélanie Laurent et Julien Boisselier – que nous avons eu beaucoup de mal à sortir de nos fauteuils, tant nous étions émus. Il est heureux, vraiment :
« J’aime rencontrer une histoire originale où il y a matière à faire un film. J’ai d’abord besoin de croire moi-même à l’histoire, une histoire qu’on a vécu ou qu’on pourrait vivre. Lorsque j’ai lu le roman d’Olivier Adam, j’ai très vite vu qu’il y avait une vraie dramaturgie, un côté naturaliste et des personnages magnifiques qui sont des gens simples et formidables comme on peut en rencontrer dans la vie. Ce genre de rôle, c’est du pain béni pour des acteurs. Et puis l’histoire est aussi un thriller qui tient en haleine sans violence et sans coup de feu, ce qui est rare !
L’histoire avance par petites touches avec beaucoup de non-dits et c’est ce que j’aime. Lorsque je vais voir un film, je n’ai pas envie qu’on me mâche tout, je veux rester participant à l’histoire, je veux y croire et je ne veux surtout pas sentir que le réalisateur a tourné telle ou telle scène en se disant : « Ca va plaire au spectateur ».

La jolie Mélanie Laurent est heureuse que l’on croit à ce personnage d’anorexique. Elle sourit :
« Tant mieux si l’on a l’impression que je le suis vraiment mais ça n’est pas le cas, même si j’ai perdu sept kilos pour tourner cette séquence ! Au départ, je me demandais si j’allais rencontrer des anorexiques pour mieux comprendre le déclencheur de cette abominable maladie et puis j’ai pensé que dans ce cas-là, Lili est plus en dépression avec une envie de se laisser mourir. Et je suis partie dans cette direction. Mais je ne me suis pas mise dans un état dépressif pour jouer. Déjà, l’ambiance de l’hôpital, attachée sur un lit, c’est assez terrible et puis je me suis dit que j’aurais pu vivre cette situation là. J’ai donc laissé parler mon instinct et la complicité entre le réalisateur et les comédiens a fait le reste. C’est aussi beaucoup un travail intérieur que j’ai fait sur ce rôle qui ne m’a pas lâché de trois mois…


Julien Boisselier, qu’on découvre barbu pour les raisons d’un film est, lui, plus inquiet lorsqu’il aborde un rôle :

« Je suis un éternel angoissé et je dois donc beaucoup travailler pour maîtriser cette angoisse. J’ai toujours peur de ne pas faire bien, de ne pas être à la hauteur de ce que le réalisateur attend de moi. Il faut que je me sente en confiance. Là, ce fut le cas car je me sentais proche de la famille d’acteurs que Philippe emploie. Plus je bosse, plus je me sens libre de répondre aux directions qu’il me donne. Je sais toujours le texte sur le fil du rasoir, j’ai tendance à bétonner à mort. Je suis un gros bosseur et l’important est le résultat final ».
On peut le rassurer, le résultat final est impressionnant. Et il est vrai que Philippe Lioret a vraiment trouvé les interprètes idéaux.

« J’ai eu beaucoup de chance – dit-il en souriant – car le premier que j’ai contacté a été Kad. Je sentais que derrière le pitre il y avait un bonhomme formidable. Dès que je l’ai rencontré j’ai eu envie qu’il accepte le rôle. Ce qu’il a fait très vite. Avec Mélanie, ça a été le coup de foudre. Il s’est tout de suite passé quelque chose entre nous. Elle a dit oui aussitôt le script lu et elle a même refusé un autre film, ce qui m’a un peu gêné car c’était un copain. Pour Thomas, j’avais d’abord pensé à Grégory Derangère avec qui j’avais tourné « L’équipier » mais ce qui m’a fait choisir Julien c’est son côté plus romantique, plus vulnérable, plus fragile. Quant à Isabelle Renauld, c’est une comédienne belle et lumineuse à qui je pensais depuis longtemps puisque je la voulais déjà pour « L’équipier ». Elle a une telle intensité qu’avec un seul regard on sent que c’est grâce à elle que cette famille tient, grâce à elle qu’on croit à cette famille. Elle a une retenue qui fait sa force ».

Bref, vous aurez compris qu’avec autant d’amour, de passion, de joie à tourner, il y a eu un miracle, un moment magique autour de ce film qui est d’une réussite exemplaire et la première bonne et grande surprise de la rentrée cinématographique.

Jacques Brachet

© 2005 Evasion Mag