SALUT HENRI !
Par Jacques Brachet

C'était un ami de longue date...
Henri Tisot était Varois, comme moi, même si l'un était de Toulon, l'autre de la Seyne.
Il était comme moi, fan de Dalida et c'est d'ailleurs sur une tournée dont il faisait "l'américaine", que je l'avais rencontré. Je le vis d'ailleurs à Paris lorsque Orlando consacra cette belle exposition à sa sœur pour les 20 ans de sa disparition.
Nous avions encore des amies communes : la comédienne Catherine Rouvel... Elle est de Cavalière et entre Varois, on se soutient ! Il avait joué avec elle "Noix de Coco" de Marcel Achard. Et Corinne le Poulain avec qui il joua "Le cocu magnifique"
Il avait fait ses début dans les années 60 avec un feuilleton télévisé qui fit un carton : "Le temps des copains". Puis il prit vraiment ses galons de comédien en imitant Charles de Gaulle.
Après quoi il fit une honorable carrière théâtrale, passant par la Comédie Française, avant d'entrer... dans les ordres... ou presque !
Dieu lui était apparu un jour et il lui consacra livres et spectacles. Il allait ainsi raconter sa vie à sa manière et avec son accent dans toutes les églises de France.
Comme aurait dit Jacqueline Maillan : une anecdote en passant : Cela se passa dans une église à la Seyne où, après son "spectacle" il signait ses livres. Mais une panne de courant persistante vit le public commencer à partir. Alors, il alla voir le curé et lui dit : "Vite, vite, allumez les cierges, qu'ils y voient... et qu'ils achètent mon livre !".
Je le rencontrai souvent à la Seyne, du temps où son père, peintre-boulanger, y avait maison et magasin. Il adorait son père et l'admirait beaucoup. Il lui consacra un livre de souvenirs, et un livre d'art pour faire connaître sa peinture.
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Une fois ses parents partis, il prit une villa sur les hauteurs de Sanary, dans laquelle il me convia et où je nageai dans sa piscine en faisant attention de ne pas marcher sur ses grenouilles en céramique !
Et puis je fis le tournage de la fameuse trilogie "pied noir" de Pagnol, où, à part lui, personne n'était du Midi et les accents étaient affreusement mélangés entre celui d'Hanin, ceux des parisiens et même... des Québécois ! Une tuerie !
Heureusement qu'il était là et qu'il fut prodigieux en maître Panisse.
C'est d'ailleurs grâce à lui que je pus aller sur le tournage à Marseille car Hanin, après une sacrée cabale médiatique, ne voulait aucun journaliste sur le plateau... Lorsqu'il me présenta à Hanin (que j'avais d'ailleurs eu l'occasion de rencontrer) et qu'il lui dit que j'étais "un gentil journaliste", Hanin me toisa et lui répondit : "Personne n'est parfait !".
Nous avons passé de beaux moments avec Henri et je garderai le souvenir d'un être jovial et drôle, volubile, à la voix qui portait haut son accent Varois, d'une grande gentillesse et qui avait toujours quelque chose de drôle à nous raconter.
J'espère qu'arrivé "là haut", il n'aura pas été déçu et qu'il aura été reçu comme il se doit, par son idole, ce Dieu qu'il a tant glorifié !
Adieu Henri !
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HOMMAGES
Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, salue la mémoire d'Henri Tisot, grande figure populaire de la satire contemporaine.
Henri Tisot, grande figure populaire qui s'est illustré depuis cinquante ans dans la satire politique, avait aussi suivi une carrière insolite au théâtre à la télévision mais aussi au cinéma. Imitateur génial du Général de Gaulle, son modèle l'a tellement habité tout au long de sa vie qu'il en revendiquait presque l'héritage.
Son destin singulier l'a conduit sur les planches au côté de Jean Meyer, Louis Seigner, Georges Descrières, Robert Lamoureux et à l'écran avec Brigitte Bardot ou Marc Allégret.
Sa truculence qui ne masquait pas le mordant de son impertinence, son authenticité, sa générosité, son audace et son humilité ont définitivement marqué la satire des saltimbanques contemporains.
RENE RAYBAUD - Comédien, metteur en scène
Lorsque j'ai ouvert mon premier théâtre en 62, j'ai tout de suite vu arriver Henri pour me soutenir, m'encourager et me dire qu'il était là si j'avais besoin de lui. De ce jour, nous avons entretenu des rapports d'amitié. Il aimait parler théâtre et nous avons fait quelques bringues ensemble. Lorsque j'allais à Paris je l'appelais, on se voyait. Un jour, j'étais devant le cimetière de Lagoubran et un mec me klaxonne. Je m'arrête et c'était lui : "Je voulais juste te faire la bise".
Voilà, c'était ça Henri.
Son père avait créé un gâteau "le Gonfaron" du nom qu'Henri portait dans le fameux feuilleton "Le temps des copains". Il en faisait une publicité énorme, il arrivait devant la boulangerie avec sa Jaguar et aussitôt tout le monde accourait le voir... et achetait le gâteau !
Après, il s'est mis à faire des spectacles sur la Bible et ça m'était difficile de le programmer dans mon théâtre. A chaque fois qu'on s'appelait, il me disait qu'il allait venir...
Henri reste un homme de cœur, généreux, simple, jovial... Il reste l'une des dernières grandes figures de la Seyne

HENRI HERMELLIN, photographe, galeriste
J'ai connu Henri lorsque j'ai sorti mon livre sur les peintres varois en 80. Il est venu me voir et regrettait que je n'aie pas parlé de son père. Je lui ai donc proposé de faire un livre et de monter une exposition. Nous avons travaillé deux ans sur ce livre, entre Paris et Sanary où je faisais des photos et collaborait avec lui et Léa de Var Matin sur les textes. Durant ces deux ans de travail, j'ai d'abord été très touché par l'amour qu'il portait à son père puis par l'homme qu'il était car il était très attachant. Nous avions beaucoup de points communs et lors du décès de ma mère il a été très présent. Le livre "Le jardin des oliviers" (BPC ed) est sorti en 83 et grâce à une émission avec Drucker, il s'est bien vendu... ce qui a permis de payer tout le monde ! Ca a été une belle aventure.
De ce jour, nous nous sommes revus souvent, j'ai organisé une expo de son père en 2003 et une autre le 29 juillet dernier. Il était là et râlait que je sois si mal installé... "Je vais en parler à Falco" m'a-t-il dit en rouspétant, le matin même de sa mort. Le soir il n'était plus là. Ca a été un grand choc.
De plus, il savait qu'il avait des ennuis cardiaques, et s'il s'en préoccupait peu, il avait rendez-vous le 11 août avec un cardiologue toulonnais. Il n'a hélas pas eu le temps de s'y rendre.
Je garderai le souvenir d'un homme foncièrement bon, qui avait une adoration pour ses parents. Alors qu'il n'était plus en haut de l'affiche, beaucoup de gens se sont détournés de lui. Ca l'a beaucoup attristé.

Corinne LE POULAIN, comédienne
C'était en 58. J'avais 10 ans lorsque j'ai rencontré Henri au Mourillon. J'étais avec mon oncle, Jean le Poulain et ils disputaient une partie de boules. Je ne savais pas alors que, 20 ans après, je jouerais avec lui "Le cocu magnifique", mis en scène par Roger Hanin. C'était pour le festival de Pau. Henri y était prodigieux.
Un jour, durant cette pièce, il vient vers moi et me dit :
"-Et si on se mariait ?". J'éclate de rire et je lui avoue : "Tu sais, je suis très dépensière...". Il me regarde un peu surpris et me réponds : " C'est sérieux ? Bon, alors je vais réfléchir" ! Voilà, c'était ça, Henri.
Nous sommes toujours restés amis, j'ai joué avec lui une comédie musicale pour la télévision "Le voleur de riens" et nous nous voyions régulièrement à Paris. Je l'avais appelé le 1er juin, pour son anniversaire et il semblait en pleine forme. Mais il ne se confiait pas facilement. Il n'y a que Brigitte Bardot, je crois, qui savait qu'on parlait d'un pontage.
Il avait été heureux de retrouver son ami Roger Hanin à Marseille pour la trilogie, même s'il voyait toutes les imperfections de ce tournage. Il avait d'ailleurs été déçu du peu d'impact que ça avait eu alors que lui, il y était formidable.
Il avait un projet au Théâtre 14 pour février prochain. Jean-François Quillet lui avait proposé de monter un one man show... Hélas, nous ne le verrons pas."
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A son enterrement, ces amis là étaient bien sûr présents à l'église Notre Dame de la Seyne, tout comme la comédienne Amarande et surtout les nombreux Seynois venus rendre un dernier hommage à l'enfant du pays.
Une cérémonie, disons-le, assez sinistre, qui manquait terriblement de chaleur et aussi de personnalités malgré la venue de ses deux complices du fameux feuilleton "Le temps des copains", Claude Rollet et Jacques Ruisseau qui ont mis un peu d'émotion dans cette messe. Henri méritait mieux que ça, et de la profession et des personnalités de cette région.
Mais, comme m'a dit Henri Hermellin : "Il n'était pas là pour l'organiser", ce qui est vrai car ç'aurait été tout autre.
On pouvait également reconnaître Jean-Sébastien Vialatte, sénateur maire de Six-Fours, Hubert Falco, ancien ministre, sénateur maire de Toulon avec Geneviève Levy, premier adjoint et Marcelle Ghérardi, adjoint aux fêtes et cérémonies, ainsi que la famille d'Henri.
Ce jour-là, 10 août, il faisait un beau soleil pour accompagner notre Henri auprès de ses parents dans le cimetière de la Seyne. Le dernier voyage de ce qui fut toujours "sa patrie"

RENCONTRES
De mes nombreuses rencontres avec Henri, me restent quelques documents gravés sur bandes, du temps où je faisais de la radio.
J'ai retrouvé entre autre cette rencontre faite chez lui avec Catherine Rouvel lors de leur tournée avec la pièce de Marcel Achard "Noix de coco". C'était en novembre 83.
En voici quelques extraits :
A propos de sa ville, la Seyne :
"Revenir à la Seyne, depuis la mort de mon père, c'est quelque chose qui m'est douloureux. J'avoue que je préfère rester à Sanary. Je n'y viens que pour passer un moment avec lui au cimetière et puis, quand même, je vais faire un tour au marché, cours Louis Blanc, pour les amis qui restent encore, les survivants, et il y en a de moins en moins, hélas. Mais je sais que ça leur fait plaisir même si pour moi c'est douloureux et si j'en reviens meurtri.
Lucie Delarue-Mardrus a écrit : "On ne guérit jamais de son enfance" et c'est tellement vrai.
La Seyne a tellement changé et celle de mon temps n'existe plus que dans mes souvenirs. C'est la vie qui passe, on n'y peut rien et j'aimerais acquérir l'indifférence pour moins souffrir et ne me souvenir que des beaux moments."
Paris-La Seyne :
"La Seyne, ce sont mes racines comme Pagnol a ses racines à Aubagne. Mais c'est à Paris qu'il a écrit sa trilogie... Il ne l'aurait peut-être pas écrite chez lui.
Les plus beaux tableaux de mon père sont ceux qu'il a terminés à Paris en y mettant la lumière qu'il avait laissée "en bas" !
Quant à moi, je crois être plus Seynois à Paris qu'à la Seyne et je crois que Paris est une ville qui donne du talent.
C'est pour cela que je n'ai jamais cru à la décentralisation. Paris c'est Paris et on ne peut pas mettre le cul à la place de la tête. Et, qu'on me pardonne si pour moi, le cul est dans le Sud !!! Alors, il faut s'y soumettre"

A propos de la célébrité :
"Je n'ai pas fait ce métier pour être célèbre ni pour devenir riche mais parce que j'avais la passion du théâtre. Mais je ne vais pas mentir en disant que je suis ennuyé lorsqu'on me reconnaît. C'est le public qui m'a fait et je lui dois beaucoup de reconnaissance, comme je lui dois de ne pas jouer n'importe quoi, de ne pas me commettre dans des choses médiocres dont je pourrais avoir honte, ne serait-ce que par respect pour lui. C'est pour cela d'ailleurs que j'ai refusé nombre de films dits "comiques" qui n'en avaient que le nom. J'ai même quelquefois été vexé et blessé des propositions qu'on a pu me faire car je crois que j'ai toujours fait ce métier avec le respect de moi-même et du public".
Une carrière
"Comme je crois beaucoup au destin d'une vie, je crois au destin d'une carrière.
Avouons-le, nous autres artistes, nous menons une vie anormale en ayant deux destins. "Carrière" ça veut dire "rue" en Italien, dont je suis originaire. il faut donc suivre en même temps la rue de sa vie et la rue de son métier de saltimbanque. J'ai suivi une ligne parallèle avec obstination afin de ne pas à avoir à rougir de ce que je faisais et en essayant de varier les plaisirs afin de ne pas avoir d'étiquette... car j'en ai eu !
C'est ce qui m'encourage à continuer sans vouloir "réussir" à tout prix et en travaillant comme un artisan : avec passion, avec courage, avec lucidité.. Et en jouant jusqu'à ma mort
Après, qu'on s'appelle Raimu ou Tisot, on finit tous pareils".
Quelques photos-souvenirs
Une photo prise au Mourillon. Tisot et un autre Toulonnais : Jean le Poulain. C'est la nièce de celui-ci, Corinne, qui nous l'a confiée. Ils étaient jeunes et sveltes alors!
Le voici dans les églises pour nous raconter Dieu et la Bible.
C'était "Le temps des copains" avec Jacques Ruisseau et Claude Rollet
Un Panisse plus vrai que nature, aux côtés d'une Fanny.. québécoise !