VOYAGE EN THERMALIE DANS LES PYRENNEES ORIENTALES :
MOLITG LES BAINS
Un reportage de Monique & Jacques Brachet

Se retrouver à la tête de plusieurs stations thermales et de lieux magiques sur un coup de dés… Quoi de plus romantique, de plus aventureux et de plus original ?
C’est l’aventure qui est arrivée à Adrien Bathelemy, chasseur devant l’éternel, se promenant du côté de Molitg les Bains, (dire : Molitch), dans les Pyrénées Orientales, qui rencontre un boulanger qui lui parle de miracle…
Quel miracle ? Ce dernier avait de l’eczéma et ne pouvait plus pratiquer son métier. L’eau de Molitg lui fit guérir ce handicap alors qu’aucune médication n’avait pu en venir à bout.
Adrien alors cogite en se disant que si l’eau a de telles propriétés dermatologiques, il y a quelque chose à creuser. Nous sommes en 1946, tout juste après la seconde guerre mondiale et le thermalisme, suite aux événements, est un peu passé au second plan des préoccupations du peuple.
A quelque temps de là, le lieu est à reprendre avec son château : le château de Riell.
Un château un peu particulier avec un propriétaire tout aussi particulier, un médecin de Prades, qui avait fait construire cette folie baroque « néo-médiévale » avec une immense tour carrée dont le toit se soulevait afin qu’il puisse y admirer les étoiles.
C’est un nid d’aigle en pays catalan puisque installé dans une espèce de havre boisé entouré de forêts et face au Mont Canigou (qui signifie canine de chien). C’est en jouant au dés avec quelques amis, qu’il peut acquérir ce château qui sera le premier chaînon de ce qui va devenir la fameuse chaîne thermale du Soleil. Car il voit plus loin et plus grand encore, et entreprend une véritable recherche de sites de caractère, parcourant la France en quête des lieux thermaux les plus beaux, ceux qui privilégient le bon air, le soleil, la nature et l’authenticité.
De 1958 à 1999, tous ces sites qui font du Groupe, la Chaîne « où il fait bon renaître » sont redéployés, réhabilités et accueillent aujourd’hui quelque 145.000 patients et adeptes du thermalisme.
Mais ce qu’il y a de formidable, c’est qu’Adrien Barthélémy a su transmettre sa passion et ses valeurs à ses descendants et aujourd’hui, l’on retrouve sa fille, qui répond au doux et original nom de Biche Barthélémy, devenue la grande prêtresse du château.
Une femme hors du commun qui a beaucoup transformé l’hôtel car celui-ci vaut le détour.
D’abord, extérieurement, le toit de la tour a disparu pour devenir un solarium, lieu superbe où une mini-piscine chauffe son eau aux rayons d’un soleil omniprésent de son lever à son coucher, ce qui en fait un lieu incomparable : il juché au 4 ème étage d’où l’on a une vue à 180° de toutes les essences qui se développent sur les montagnes environnantes. De là, la tramontane vous apporte des senteurs multiples et d’une saison sur l’autre, fleurs et feuillages y composent des tableaux idylliques.
En plongeant le regard, l’on découvre aussi tout ce qui, en 60 ans, a été construit en restanques et autour du château sans dénaturer le lieu : une terrasse ombragée, une piscine qui se fond dans la nature, des petits coins de solitude, le restaurant et même une datcha où sont servis les petits déjeuners…
Nous sommes au Paradis.
Bien sûr il faut parler des chambres car toutes sont immenses, confortables, différentes, originales. Une originalité qui vient du fait que la famille collectionneuse et familière des antiquaires et autres brocanteurs, passe sa vie à acheter meubles et objets que l’on retrouve dans les chambres. Ce qui donne des lieux uniques au monde, au charme désuet et kitch, où se mêlent, dans une décoration éclectique (pour ne pas dire hétéroclite !), tous les styles et toutes les époques. Vous y trouvez même une chambre… troglodyte !
Mais le tout, s’il donne une impression bizarre, est terriblement chaleureux et quant aux lits immenses (2 mètres de large !) et aux coussins en plumes, ils sont d’un confort qu’on ne voudrait jamais quitter !
Chaleureux : c’est un mot magique qui correspond aussi à l’accueil. De Biche Bathelemy d’abord, maîtresse femme qui vous raconte avec passion l’histoire de ce lieu si en osmose avec sa famille. Elle a une marotte : elle collectionne les chouettes et vous en trouvez partout dans l’hôtel, en figurines et objets divers, en tableaux, en coussins, en peluches, en vitrail… La chouette est reine et… c’est vraiment très chouette.
Et puis il y a Eléonore Guérard qui n’est autre que sa jeune nièce, belle, racée, pleine de fougue et d’humour, aussi passionnée et attachée que le reste de la famille à ce lieu ainsi qu’à un autre lieu familial : Eugénie les Bains. Elle est responsable marketing de la chaîne, elle s’y connaît et, malgré sa jeunesse, elle joue son rôle avec assurance et autorité.
Au pied du château, après avoir descendu des vertigineux escaliers et traverses (attention de ne pas vous tromper car vous allez droit aux oubliettes !) nous voici au Grand Hôtel des Termes. Bel hôtel surmonté d’un magnifique carillon qui joue, toutes les heures, une composition de Pablo Casals qui a fini ses jours dans ce lieu et a offert cette composition en remerciement de l’accueil qu’il y a reçu. Une suite de salons clairs, gais et spacieux, beaucoup de marbre – une autre passion d’Adrien ! – et des chambres plus petites et plus modernes qu’au château mais terriblement sympathiques.
Avant de découvrir les thermes, nous allons découvrir la cuisine dans une vaste salle de restaurant qui fut une fabrique de chocolats. La cuisine est signée Michel Guérard, encore un membre de la famille puisque père d’Eléonore !
Une cuisine baptisée « Santé-Nature », un concept que développe la chaîne et qui marie le plaisir des yeux au plaisir du goût avec une alimentation joyeuse et pourtant diététiquement correcte. Ca fait partie de la remise en forme et de la cure qui, durant 21 jours, vous offrira 126 plats différents. Jamais un jour vous ne mangerez la même chose. C’est une cuisine à la fois simple et sophistiquée, très goûteuse, riche en fruits, légumes, fibres antioxydants et apport d’oméga 3 par les poissons gras et frais.
Quant à nous, nous avons eu droit à une salade de carottes à l’orange fort goûteuse (photo), une échine de cochon braisée à la citronnelle et un riz de l’Impératrice, dessert aussi suave que léger.
Un véritable régal que vous trouvez à Molitg, Gréoux et Amélie les Bains, qui va s’étendre sur les autres lieux de la chaîne et qu’au printemps on pourra retrouver dans une série de petits carnets qui seront édités.
A noter que si les vins sont fort bons vous avez aussi, pour aller au bout de la cure, une eau minérale pétillante, nommée « La Sémillante », cru du département !
Nous rencontrons Pascal Daube, secrétaire général de Molitg mais aussi responsable de l’hôtellerie, qui a, avec un éclatant sourire, épousé la cause familiale !
Après ce délicieux repas, nous nous dirigeons vers les thermes, et dès que l’on passe la porte, on se retrouve dans un autre monde. La encore, lieu feutré, charme d’Antan et décoration où le marbre est roi… que dis-je : empereur ! Il y en a partout, de tous les tons, de toutes les teintes, de toutes les veines. Chaque pièce a son marbre rare et précieux et au milieu du hall d’accueil trône une étrange fontaine de marbre rose qui libère son eau ferrugineuse aux senteurs de souffre.
Inutile de vous dire que, pris en mains par la responsable des Thermes, l’altière et fort accueillante Mme Ripet, on va passer trois heures de rêve à se faire chouchouter, passant d’une baignoire d’eau délicieusement chaude pour vous mettre en condition à une piscine de bains bouillonnants et massant sous une verrière où l’on est entouré par la nature, puis un bain de boue au kaolin, eau blanche et laiteuse qui vous porte et vous fait flotter. Pour enlever le kaolin un massage d’eau pénétrante vous donne un bon coup de tonus avant de trouver la sérénité sous une fine pluie de gouttelettes et un repos de dix minutes où l’on vous installe confortablement, sur le visage, un plancton thermal unique au monde qui vous assoupit dans un confort et un silence plein de « zénitude » !!!!
Enfin, pour couronner le tout, après avoir retrouvé une peau belle, fraîche, lavée de toutes impuretés et douce comme du velours, on nous offre un soin de beauté pour le visage à base de ce fameux plancton thermal aux fibres soyeuses qu’on ne trouve que dans ce lieu. Intransportable, il ne peut donc voyager car il meurt aussitôt. Adrien avait bien créé un produit de beauté Biotherm mais ne pouvant s’occuper de sa vente internationale, il l’a vendue pour une bouchée de pain à l’Oréal qui a créé une gamme autour de ce nom !
Ce moment unique est un bienfait pour notre peau mais aussi un moment de quiétude délassant puisque l’on se laisse aller aux mains expertes de ces jeunes femmes qui vous massent le visage et vous enduisent de produits sains et efficaces aux senteurs de magnolias, iris, clous de girofle, eucalyptus….
Croyez qu’après ces heures de plénitude extrême, on a retrouvé sa forme, sa peau de bébé et une pêche qui nous permet d’aller déguster un magnifique goûter devant un feu de bois apaisant… Avant de se retrouver le soir, autour d’un repas au restaurant du château, devant un âtre en ronds dans une magnifique salle aux couleurs de la région.
La encore le repas sera somptueux quoique beaucoup plus chargé que celui de midi…. Mais commencer par une mise en bouche de carpaccio à la glace à la moutarde, passer par un foie gras sous la cendre à la gelée de pêche suivi d’une daurade royale à la fleur de citronnier elle-même suivie d’un feuilleté roquefort-poire pour terminer sur une glace au lait caillé baignant dans une compotée de cerises framboisées…. Il y a pire dans la vie !!!
Après une telle journée, dans notre grand lit, nous avons dormi comme des bébés que nous étions redevenus !
Le lendemain, toujours sous le soleil et la tramontane, nous allions découvrir un curieux petit village : Eus (dites : éous), menés en balade par un Jean Bausili à l’accent magnifique, à l’humeur rieuse et surtout une véritable Bible de ce village qui l’a vu naître, qu’il n’a jamais quitté et qu’il aime avec passion.
Eus vient du mot « Yeuse » qui est tout simplement le chêne vert. Site classé depuis 1962 il est l’un des villages les plus ensoleillé de France. Il est dominé par une magnifique église qui a l’originalité de n’avoir été construite que par des femmes qui ont remonté des tonnes de rocs et de pierres durant près de vingt ans puisque, commencée en 1726, l’église fut terminée en 1743. Inutile de dire que, mariées à 13/14 ans, Faisant nombre d’enfants et de fausses couches ajouté au travail surhumain qu’elles accomplissaient, tout cela n’a pas laissé beaucoup de chances à ces femmes de vieillir. Elles mourraient entre 35/40 ans. Le retable baroque est somptueux malgré quelques vols qui en ont vu disparaître une partie.
Aujourd’hui ce village médiéval, dont les remparts ont aujourd’hui presque disparu et dont le château date de 1093, compte 389 âmes, le lavoir, qui date de 1896 a été transformé en mairie, l’école est devenue musée agricole. Détruit en grande partie par les Espagnols en 1793, il renaîtra de ses cendres. On retrouve quelques maisons de notables, reconnaissables par l’encadrement des portes d’entrée en marbre, quelque 18 fours à pain et, en montant vers l’église on découvre une vue imprenable sur la plaine et le Mont Canigou.
A noter qu’on trouve cloué sur chaque porte, un immense chardon nommé « carline » qui fait office de baromètre. Continuant à vivre quelque 40 ans après avoir été coupé, si ses pétales s’ouvrent, c’est signe de beau temps, si elles se replient c’est qu’il va pleuvoir, si le chardon se referme c’est signe de gel tout proche. Importante précision : il faut qu’il soit coupé à la pleine lune pour faire son office de baromètre !
Avant de retrouver la civilisation d’aujourd’hui par une visite de Perpignan, grande ville moderne où il y a foule en ce samedi, petit arrêt-midi au Bistrot des Crus avec encore un succulent repas dont un poulet farci à l’escabèche qui nous rend un peu lourd pour la balade à vélo prévue… Nombre d’entre nous préfèreront la marche à pied pour faire les rues marchandes avant la séparation de ce voyage fort original et tellement appréciable.
Un grand merci à nos deux hôtesses et guides Isabelle Gauquelin et Mariefa Lévêque (Self Image) pour nous avoir donné l’occasion de faire ce voyage hors du temps et surtout hors de nos contraintes journalières. Un voyage apaisant, agréable au plus haut point qu’on est prêt à refaire dès qu’elles le voudront !
Reportage :Jacques Brachet
Photos : Monique Brachet |