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NUITS MUSICALES DU SUQUET
L'ouverture

Les Nuits musicales du Suquet qui se sont déroulées en juillet dernier ont une nouvelle fois permis au public de savourer de beaux moments musicaux. Une édition pas comme les autres,   car elle indique un tournant, un changement important au sein du festival. En effet, après avoir crée ce festival Gabriel Tacchino ne fait plus partie de l'aventure au même titre que les années précédentes. Il occupe désormais le poste de conseiller artistique. Un changement initié par   la direction de l'Evénementiel de Cannes. Son directeur Bernard Oheix évoque l'idée d'une ouverture : « Cette édition 2011 fonde les bases d'un nouveau développement des Nuits musicales du Suquet. Toujours classiques mais ouvertes sur d'autres genres. Toujours classieuses mais en phase avec la culture d'aujourd'hui ».  il ajoute « La nouvelle ligne directrice sera symbolisée par une série de concerts mixant harmonieusement le passé et l'avenir, la modernité et le classicisme » . Un mariage harmonieux et sans dissonances : une belle réussite musicale !

Brigitte Engerer : un moment musical exceptionnel
L’ouverture des nuits du Suquet s’est effectuée en compagnie de l’immense pianiste Brigitte Engerer. Le public a accueilli chaleureusement l’artiste qui en plus de ses qualités artistiques possède celui nom moins rare de savoir communiquer avec l’auditoire. Soirée Clara Schumann avec Le concerto en la mineur op 7 et le Concerto en la mineur op 54 interprétés avec la délicatesse et le tempérament de l’artiste qui a su admirablement exprimer toutes les nuances de ces œuvres. La réputation de Mme Engerer est internationale. Artiste précoce (elle commence l’étude du piano à l’âge de 4 ans et donne son premier concert à 6 ans), elle étudie au conservatoire de Paris dans la classe de Lucette Descaves obtient à 15 ans un premier prix à l’unanimité et l’année suivant devient lauréate du concours Marguerite Long. Elle part ensuite étudier  au conservatoire de Moscou.  Lauréate de concours Tchaïkovski et du concours Reine Élisabeth elle est repérée par Herbert Von Karajan qui l’invite à jouer avec l’orchestre philharmonique de Berlin et à participer à ces fameuses fêtes du centenaire de l’orchestre. Puis elle jouera avec l’orchestre de Paris et Zubin Mehta avec le New York Philharmonic Orchestra. Sa carrière internationale commence : Berlin, Paris, Vienne, New York… elle joue sous la baguette des plus grands chefs.
Elle n’en néglige pas pour autant la musique de chambre et multiplie les rencontres artistiques avec des partenaires comme Boris Borezovski, Oleg Mainsenberg, Hélène Mercier, les violonistes Olivier Charlier et Dimitri Sitkovetsky, les violoncellistes Henri Demarquette, David Geringas et Alexandre Kniazev, l’altiste Gérard Caussé ou Laurence Equilbey et le Chœur Accentus notamment lors du Festival Pianoscope de Beauvais qu’elle organise depuis 2006.
Une artiste qui équilibre parfaitement les virtuosités techniques, l'expression artistique et la communion avec l'auditoire qui a ressenti ce moment musical comme un instant exceptionnel.

Marleyne Mati

Laurent Korcia fait son cinéma
Un  grand moment musical sur la scène du parvis de l'Eglise Notre Dame au Suquet. Laurent Korcia a présenté un programme aux couleurs de l'ouverture orchestrée par Bernard Oheix. En première partie, les quatre saisons de Vivaldi, dont l'interprétation a enthousiasmé le public. Entouré d'Aurélie Deschamps, (alto), d'Anne-Sophie le Roi (violon), Ryoko Yano (violon) et Hermione Horiot (violoncelle), ce programme classique a été interprété avec beaucoup d'émotion et de talent. La deuxième partie du concert était consacrée au cinéma. Un hommage auquel s'est associé l'accordéoniste Vincent Peirani très à l'aise dans tous les genres musicaux. Jazz, musiques du monde, musiques improvisées... Il a collaboré avec de nombreux artistes tels Michel Portal, Sanseverino, Denis Charolles, François Jeanneau, Bernard Lubat, les yeux Noirs, Sylvain Luc... Ce grand artiste (au sens propre comme au sens figuré) possède une vrai présence scénique associé à un talent certain. Cette combinaison cordes accordéon s'est révélée un choix judicieux que l'on a pu apprécier  en écoutant Smile et Weeping willows  (Chaplin), Danses roumaines (Bartok), Por une cabeza (Gardel), Mission impossible (Shifrin) Minor tango (Korcia)... les cordes se sont retrouvées pour interpréter Duos de Bartok, Cinema paradisio d'Ennio Morricone), In the mood for love (Umebayashi) et Les Vaseuses (Grappelli Korcia). Magique !

LES PIANOTOKES:fantaisie à quatre mains !
Une formation très originale, très attendue par le public qui est venu nombreux écouter ces « toqués » de talent nous entrainer dans un match placé sous le signe de la musique. Un quatuor composé de Laetitia Grisi (elle enseigne au CNR de Nice et Villefranche sur mer, elle a reçu en 2006 avec Julien Martineau un second prix au concours international de piano à quatre mains du Mercantour). Autre toqué Christophe Alcocer, professeur de piano, se produit comme soliste en musique de chambre ainsi qu'avec orchestre en France et à l'étranger et participe à différents festivals (jeunes talents, musiques vivantes, festival de piano de la Charité sur Loire...). Quant à  Grégory Ballesteros il a remporté le concours des jeunes talents de l'ouest et le prix spécial du jury au Concours international de piano à quatre mains de Valberg avec sa partenaire Lyuba Zhecheva. Il participe à de nombreux projets avec chanteurs, danseurs, ou comédiens il pratique le mélange des genres.  Julien Martineau  remporte un « 2eme prix au concours international de piano de Lalla Meyyem de Rabat, et deux prix spéciaux pour les meilleures interprétations de musique romantique et contemporaine. Il également passionné de jazz et  joue en quartet et trio. Elise Dano, comédienne travaille régulièrement avec les Pianotokés, elle joue le rôle de l'arbitre, présentatrice qui avec humour orchestre ce match musical où le public doit voter pour l'équipe de son choix. C'est drôle car chaque artiste incarne un personnage stéréotypé, et c'est bluffant car ce sont des virtuoses qui passent d'un registre à l'autre avec une facilité déconcertante. C'est parfois même acrobatique ! Un ensemble énergique et sympathique qui sait faire passer son goût pour la musique auprès notamment du public jeune qui était au rendez-vous.

Marleyne Mati

Dame Felicity Lott et Isabelle Moretti : Quand grâce rime avec élégance
Ces deux charmantes interprètes nous ont offert un répertoire à la fois rétro et classique ; entre ballades populaires irlandaises et anglaises dont certaines composées par Benjamin Britten, des canzonettas italiennes ou d' anciens succés français comme « Frou-Frou » , « J'ai deux amants », et « Parlez-moi d'amour », les spectateurs ont pu voyager à travers le temps et s'offrir un moment de grâce et de légèreté. La harpe d'Isabelle Moretti a apporté une délicatesse supplémentaire en solo ou en accompagnement avec un style précis, noble et généreux ; de Liszt à Rossini en passant par Fauré et Debussy, des morceaux tels « Le rossignol », «  Clair de lune » sont un plaisir des yeux et des oreilles.
L'humour tout britannique de la soprano Felicity Lott dans les présentations diverses a ajouté une touche supplémentaire à ce duo séduisant, sa voix claire et harmonieuse a fait le reste. Commandeur de l'Empire Britannique depuis 1996, interprète adulée sur les scènes du monde entier, elle chante parfaitement dans toutes les langues. La harpiste Isabelle Moretti, quant à elle, ne compte plus ses récompenses internationales, elle enseigne également lors de master classes en France aux étudiants du monde entier. Un duo à écouter sans modération !

I.Giulietti

Les Trilles du diable : Un « groupe » d'enfer !
On dirait un groupe de rock, tous de noir vêtus, chemises et pantalons prés du corps, bottes et... Surprise !.. Nous avons devant nous un ensemble de musiciens avec instruments à cordes au répertoire classique mais dont le plaisir de jouer est tel qu'il est nécessaire de le faire partager au public. Et le plaisir d'écouter est bien réel: à la base, Nemanja Radulovic, l'âme de cette formation, entre un sourire enfantin et une générosité qui s'affiche aussi bien sur son visage que dans sa façon d'interpréter les pièces musicales, il vibre autant qu'il fait vibrer son violon et son public, il participe à tous les plus grands Festivals de musique et se produit régulièrement en récital avec d'autres artistes.
Là, il est accompagné du Quatuor Illico dans lequel jouent Patrice Fontanarosa, brillant 1er violon, Frédéric Dessus, 2ème violon, Bertrand Causse, alto, Anne Biragnet, violoncelle et Stanislas Kuchinski à la contrebasse, tous ont en commun un talent indéniable et une joie à jouer et être sur scène communicative. Leur interprétation est tour à tour rapide, vive,enjouée ou tout en délicatesse pour les musiques de chambre et on ne s'en lasse pas, quatre pièces supplémentaires ont été joué car les rappels ne cessaient plus. Le Rondo en la majeur de Schubert D.438, « Souvenir d'un lieu cher » ( Op.42 Mélodie, Scherzo, Méditation) de Piotr Illitch Tchaïkovsky ou encore « Trille du diable » ( dont l'ensemble tire son nom) de Giuseppe Tartini, Sonate en sol mineur Op.1n°4, (arrangement de Marc-Olivier Dupin) ont résonné de toute leur splendeur dans le décor idyllique du parvis de l'Eglise du Suquet . A voir,revoir, écouter, réécouter, un réel grand plaisir partagé par tous, interprètes et public confondus.

I.Giulietti

© 2011 Evasion Mag