MICHELLE TORR : SŒUR EMMANUELLE, MON AMIE
Une grande dame vient de s’éteindre à Callian, dans le Var : Sœur Emmanuelle.
Elle aurait eu 100 ans dans quelques jours.
Avec elle disparaît une grande figure de la charité chrétienne comme on aimerait en rencontrer beaucoup.
Elles avait des rapports amicaux avec Michelle Torr qui fut l’une des premières à lui tendre la main.
Très émue, dans sa maison d’Aix-en-Provence où elle a allumé plein de bougies pour accompagner son amie, elle nous parle d’elle avec beaucoup d’amour :
« J’ai rencontré Sœur Emmanuelle dans les années 80. Nous partagions une émission de radio sur Europe 1, animée par Michel Drucker.
Moi j’étais alors en pleine lumière et on la connaissait à peine. Mais j’ai tout de suite été sous le charme de son regard et de son sourire qui irradiaient, sa nature, sa personnalité et surtout son franc parler et toutes les belles choses qu’elle disait avec autant d’humour que d’amour.
Je buvais ses paroles lorsqu’elle parlait de ces « petits chiffonniers du Caire » qui vivaient au milieu d’un tas d’immondices. Elle cherchait de l’argent pour construire une usine de compost et en l’écoutant, je me demandais ce que je pourrais bien faire pour l’aider…
Chanter, peut-être ?
Evidemment ! Comme à l’époque, j’étais invitée dans toutes les émissions de télévision, je me suis retrouvée sur Canal + avec Philippe Gildas et je lui ai parlé de mon projet : faire un grand gala et offrir la recette à Sœur Emmanuelle. Aussitôt il m’a aidé à trouver un immense chapiteau de 5000 places et nous avons pu faire ce gala dans la région parisienne. Le chapiteau était plein à craquer et nous avons eu une belle recette.
Comment a-t-elle réagi ?
Comme elle l’a toujours fait : Elle m’a écrit une lettre magnifique, elle a voulu me rencontrer car grâce à ce premier gala, nombre d’artistes, dont Raymond Devos, ont fait de même et elle a, à son tour, été invitée sur tous les plateaux. Elle voulait que je l’accompagne partout !
Avais-tu le temps ?
Pas toujours car à l’époque je n’arrêtais pas et puis je me sentais gênée d’arriver toujours avec elle. J’avais peur qu’on dise que je profitais de la situation. Un jour je le lui ai dit. Elle s’est mise en colère :
« Et alors ? Tu es connue, tu es belle et la beauté est un don de Dieu. Tu dois t’en servir, surtout si c’est pour une bonne cause ! Tu sais, moi aussi ça me gêne de quémander, d’aller de radios en télés mais nous avons besoin d’argent alors je le fais… Et je veux le faire avec toi ! »
De ce jour, vous nous êtes jamais perdues de vue ?
Jamais très longtemps, même si son entourage la surprotégeait. Un jour elle m’a fait la surprise de venir à un de mes spectacles et elle est venue chanter sur scène avec moi « J’en appelle à la tendresse ». On s’écrivait beaucoup et dès qu’elle était en France on se voyait dans sa petite chambre parisienne. Elle est venue manger chez moi à Seine-Port car elle voulait connaître mes enfants, Romain et Emilie. Après, chaque fois elle me demandait de leur nouvelles. Elle connaissait le prénom de tous mes petits enfants !
Elle t’a aussi bien soutenue à son tour ?
Oui, lorsque j’ai été gravement malade, maladie suivie de ma séparation de Vidal, mon mari. Je lui racontais tous mes problèmes et elle a alors été d’un grand secours. Elle était en quelque sorte la mère que je n’avais plus.
De quoi parliez-vous ?
De tout, de la vie, elle s’intéressait à tout et à tous. On parlait de religion mais aussi de la contraception qui était son cheval de bataille. A l’époque en Egypte, les femmes faisaient des choses horribles pour ne pas avoir d’enfants. La contraception étant interdite elle en parla au Pape qui éluda la question et qui est d’ailleurs resté sur ses positions.
Et l’association « Orange » ?
Un jour elle m’appelle : « Michelle, je t’envoie un ami, Jean Sage, il veut monter une association pour les enfants du Soudan, il a besoin de toi ».
C’est ainsi que je me suis retrouvée marraine de cette association. Je continue à faire des galas pour elle. Même si je ne devrais pas le dire, je suis heureuse et fière que, grâce à moi, elle ait pu avoir son premier prêt.
La voyais-tu souvent depuis qu’elle était dans la maison de retraite de Callian ?
Oui, nous y allions avec Romain. Nous y sommes encore allés au milieu de l’été. Elle était toujours aussi lumineuse, aussi volubile, elle avait toujours la pêche même si elle était sur un fauteuil roulant et avait besoin d’oxygène pour respirer. Avec la directrice, sœur Paule Noëlle, nous sommes allés à la messe et avons déjeuné ensemble.
Tu as fait une chanson pour lui rendre hommage.
Oui, Jacques Roure et Philippe Javelle m’ont écrit « Son Paradis, c’est les autres »… C’est une phrase qu’elle aimait à dire et d’ailleurs, le chanson commence avec sa voix qui dit cette phrase. Je la chante à chaque spectacle.
Vous deviez fêter ses 100 ans ?
Oui, une grande fête était prévue à Paris, à l’UNESCO mais elle n’était pas trop pour… Elle s’est peut-être éteinte avant pour éviter les honneurs… Ce serait bien d’elle, ça !
Mais Jean Sage avait passé deux jours avec elle la semaine dernière et même si elle avait l’air en forme, il trouvait que son regard était ailleurs. Elle lui avait alors dit :
« Le jour où je partirai, ce sera le deuxième plus beau jour de ma vie puisque je vair rejoindre le Père
- Et le premier plus beau jour ? lui avait-il demandé
- C’est celui où j’ai ouvert ma première école ! »
Elle a appris ce jour-là que grâce aux dons, l’association avait pu débloquer 30.000€ pour sauver mille enfants africains.
Quels souvenirs garderas-tu d’elle ?
Des tas, tous plus beaux les uns que les autres et tous ces petits mots qu’elle m’envoyait en terminant par « Je t’aime », « Je t’embrasse comme je t’aime »…
La dernière phrase qu’elle a dit à Jean Sage c’est : « Méfiez-vous de moi, lorsque je serai là-haut je vous surveillerai… Il faut continuer la lutte, ne pas baisser les bras… »
J’espère… Je crois… Non, je suis sûre qu’elle est là-haut près de LUI. Sinon, c’est à ne plus croire de rien ! »
Propos recueillis par Jacques Brachet |