LE CANNET
SINSEMILIA : « CA S'REGALE » A LA PALESTRE !
Après la folie Dyonisos, la programmation de La Palestre a encore fait concurrence au Festival de Cannes en mai dernier avec Sinsemilia, groupe grenoblois qui a démarré son parcours en 1991. « Sinse » pour les connaisseurs a offert un concert festif, dynamique et joyeux.
Une dizaine de musiciens, deux chanteurs charismatique, Mike, tête rasée avec tresse de mandarin qui descend jusqu’au bas du dos et Riqué, look rasta de rigueur avec dreadlocks dignes du grand maître reggae Bob Marley ont régalé leur public pendant près de deux heures.
Le reggae, c’est le mouvement musical à la base de l’inspiration du groupe, on ne va pas nier non plus le côté contestataire de gauche, avec des morceaux comme « Bienvenue en Chiraquie », « né ici », « Non sens » extraits de l’album « Debout, les yeux ouverts » (2004), ils dénoncent sans créer de malaise, les injustices sociales, l’intolérance en général, l’incompréhension face à la différence, cependant le message principal demeure le partage de la fête ; « de chaque seconde profiter, exister » (Ca s’régale), « tranquille », comme le répète Mike tout au long de la soirée.
Si le groupe est ancré dans la réalité de son temps, entraîner un public enthousiaste et ravi de faire la fête reste le credo de la formation comme si une bande de copains se retrouvaient, d’ailleurs Riqué s’est fait porter par la foule et à déclenché l’hilarité en lançant : « bon, maintenant, il va falloir me ramener ! «
Au rythme reggae s’ajoutent beaucoup de cuivres et de percussions, des rythmes latinos et des morceaux dansés… par les musiciens et en particulier, la…violoniste dont les bras démesurés s’enroulent et se déroulent lors des solos de batteries endiablés ! « Tout le bonheur du monde », un des « tubes » a été repris par tout le monde , refrain : « on vous souhaite tout le bonheur du monde/et que quelqu’un vous tende la main/que votre chemin évite les bombes/qu’il mène vers de calmes jardins. » Un bel hommage, clin d’œil est rendu à Georges Brassens avec « La mauvaise réputation » en rythme un peu plus soutenu mais bien dans l’esprit du groupe, ainsi qu’à Bob Marley avec un superbe « Jamming » que les fans de Bob ne peuvent qu’acclamer ! Une nouvelle chanson : « le feu de la vie » continue d’apporter des notes chaleureuses et humaines c’est comme « une fête au village » où tout le monde se retrouve et partage bonne humeur et insouciance. Un extrait significatif de « ça s’régale » nous donne la note finale pour résumer l’essentiel de la « philosophie » Sinsé » : « J’me lance, dans une danse, une valse à mille temps avec la vie, J’me lance, en quête de sens, la tête m’en tourne et tu m’en vois ravi, j’veux le soleil même en pleine nuit, j’veux la pleine lune à midi, j’veux l’impossible chaque jour de ma vie ! ».
Tout un programme...à suivre !
Isabelle G

TOUS LES BONHEURS DU MONDE !
Quelques heures avant leur concert au Cannet, Mike, l’un des chanteurs du groupe, nous accorde une interview. Histoire de mieux connaître Sinsé qui affiche déjà 17 printemps. Une belle longévité qui n’est pas prête de s’arrêter si on en croit les projets et l’énergie du groupe.
Je voudrais connaître vos impressions de tournée.
Comment cela se passe-t-il ?
Mike : On vient juste d’attaquer après deux ans d’absence. Après deux ans sans concerts on est très content de reprendre la route. L’accueil du public a été excellent, on ne peut qu’être heureux.
Le public aura l’occasion d’entendre certains titres de votre nouvel album qui va sorti à l’automne?
Il y a des titres de nos quatre précédents albums également.
Comment définissez-vous ce nouvel album ?
C ’est un peu tôt pour en parler car on est encore en enregistrement. C’est un album donc le mot d’ordre pour nous est d’être positif. Sans pression, sans contrainte. Je pense qu’au bout de 17 ans on n’a plus grand-chose à prouver à qui que ce soit si ce n’est à nous. C’est un album qui est dirigé par le plaisir. Musicalement, on a beaucoup de morceaux qui sont très rythmés ce que l’on n’avait pas fait depuis 10 ans. Quant aux textes, ce sont ceux de jeunes trentenaires avec la réalité d’aujourd’hui.
Vos textes sont de plus en plus engagés. Cela vous semble-t-il une évidence ?
Cela s’est imposé assez naturellement depuis le début. Oui, car notre adolescence a été bercée par le reggae. On a voulu rester fidèles. Naturellement, je me méfie du terme engagé nous écrivons des chansons « concernées », on ne vit pas dans une bulle. Des chansons concernées par le monde dans lequel on vit, le péril dans lequel on vit, par ce qui s’y passe. Cela s’est fait assez naturellement.
Vous avez puisé votre inspiration dans la vie de tous les jours, l’actualité, la politique…
Tout ce qui peut nous toucher de près ou de loin. Oui, cela passe par l’actualité, la politique mais aussi par des petites histoires du quotidien.
Il y dans votre groupe des carrières solo qui se dessinent. Qu’est ce que cela signifie ?
Ce sont des aventures parallèles Tous on a des projets. Riqué avec son album solo, moi je travaille sur cet album là et j’ai aussi ma structure de production. On a tous des projets à gauche et à droite pour autant cela ne remet en rien en cause Sinsemilia. Dès que Sinsemilia reprend l’aventure, c’est la priorité de chacun de nous.
Qu’est ce qui explique votre longévité ?
Je pense que l’amitié y est pour énormément. On est certains à se connaître depuis l’enfance. A la base, on n’était pas ensemble pour faire de la musique on était ensemble pour être ensemble.
Le succès depuis 17 ans auprès de plusieurs publics car il y a eu de nouvelles générations, qu'est-ce que ça vous inspire comme réflexion ?
La seule explication que je vois, c’est que sur scène on n’est jamais à l’économie. Cette fidélité on l’a gagné sur scène en en faisant toujours un maximum on fait des bons et des moins bons concerts mais en tous les cas on donne toujours le maximum. Et je pense que les gens nous aiment pour cela.
La scène, c’est ce que vous préférez ?
Je ne ferai pas de comparatif, c’est tellement différent le travail de scène et le travail en studio mais à la base c’est pour ça qu’on a fait de la musique, pour monter sur scène. Et pour vivre tout ce qu’il y a autour. La scène, ensemble dans un bus, travailler sur la route, etc. C’est une grande part de notre histoire. Et puis c’est le moment le plus vrai qui soit. En studio on recommence, on change, sur scène on peut pas tricher. C’est un direct face aux gens.
Propos recueillis par Marleyne Mati |