SHEILA A MIS LE FEU A LA GARDE (83)

La Garde, petite commune varoise, somnole sous le soleil.
Il est 10h du matin, tout est calme et pourtant…
Pourtant, voilà qu’arrivent quelques personnes qui s’installent sur un banc, à l’ombre, une glacière à leur pied… Des touristes ? Des SDF ? Que nenni !
Ce sont les premiers fans d’une certaine Annie Chancel alias Sheila, qui débarquent du Var, de Lille, de Bretagne, pour être ce soir aux premières loges et voir, du plus près possible, leur idole.
Avouez que ça, c’est de l’amour ! D’autant que ce ne sont pas des plus jeunes, ceux-là – car ils existent aussi ! – viendront un peu plus tard quand même, sachant que leur chanteuse viendra faire sa balances aux alentours de 18h…
Sheila, quant à elle, se balade dans Toulon, descendue au Holiday Inn ou elle croisera André Manoukian, qui fut un temps son pianiste, ce dernier venant jouer le même soir à Toulon dans le cadre du festival « Jazz à Toulon » ! Joli coïncidence !
A la Garde, le public arrive, petit à petit mais sûrement et lorsque Sheila, très belle et très décontractée, monte sur scène pour répéter, ce sont des cris de joie et même – promis ! – des larmes de certains devant cette apparition… Et ça fait plus de 40 ans que ça dure !!!
Un sourire, un mot gentil aux fans qu’elle reconnaît car ils sont là, fidèles, à chacun de ses galas. Elle en est toujours très émue, très attendrie :
« Vous vous rendez compte, depuis 48 ans maintenant, ils viennent de Paris, Auxerre, Lille pour me voir. Il y a un groupe de quatre filles… je les appelle « Les drôles de dames », accompagnées d’un monsieur et ils calent leurs vacances en fonction de mes tournées, de mes galas… Ca fait chaud au cœur ».
Elle nous dit ces quelques mots dans sa loge, avant le concert, où elle a la gentillesse de nous accorder quelques instants, avant de monter sur scène alors que maintenant la place est noire de monde. Quelque 4000 personnes… 10.000, lâchera le Maire de la Garde en pleine euphorie !
Restons calmes !
Mais le public, lui, n’est pas calme, scandant le nom de Sheila pendant que nous bavardons :
« Mon tour est composé de toutes les étapes de ma vie, des débuts à 16 ans, âge de l’insouciance à aujourd’hui en passant par le disco, période de ma liberté retrouvée… Toutes ces étapes, tous ces caps de ma vie, sont importants pour des raisons diverses et toutes les chansons sont reliées à des images de ma vie… Je les aime toutes à des degrés divers, il y a les incontournables puis celles que j’enlève, que je remets… Le tour est très fluctuant et vous pensez qu’en 48 ans de carrière j’ai assez de chansons pour piocher dedans et changer tous les jours si l’envie m’en prend !
Aujourd’hui, votre carrière est assise, on peut dire qu’elle est réussie et qu’avec le temps, vous êtes incontournable du paysage de la chanson française. Que pensez-vous du métier d’aujourd’hui, des émissions de télé-réalité comme « Nouvelle Star » ou « Star Academy » ?
Ca a toujours existé, les radio-crochets mais comme il n’y avait alors qu’une chaîne, on ne pouvait que vous regarder, vous ne pouviez pas passer inaperçu et du coup, le public vous était fidèle. Aujourd’hui, il y a tellement de propositions que le public n’est plus fidèle comme avant.
Et puis il y a autre chose : je ne critique pas ces émissions car je les suis et je découvre des artistes formidables comme Amel Bent, Christophe Willem. Le problème est qu’on les propulse dans un métier qu’ils ne possèdent pas encore et qu’on ne les prépare pas aux difficultés de ce métier qui, quoiqu’on en pense, n’est pas si facile que ça. Ce n’est pas que du rêve. Il faut de la chance, beaucoup travailler, être entouré d’un équipe fidèle et forte… C’est un travail de tous les jours… Croyez-vous qu’à mon âge je pourrais faire ce que je fais sur scène sans travail, sans entraînement de tous les jours ? Un spectacle, ça se prépare comme une course ou comme un match. Un jour Annie Cordy – qui sait de quoi elle parle ! – m’a dit : « Il faut trois mois pour être star, il faut 30 ans pour être artiste »… Tout est dit !
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Que pensez-vous du métier aujourd’hui ?
Il a beaucoup changé, beaucoup évolué… En bien, je ne sais pas…
Il y a ce problème d’Internet qui complique bien les choses et si ça continue, on ne pourra plus rien faire. Il y a les disques qui ne se vendent plus et même lorsqu’on s’auto produit comme nombre d’entre nous le font, pourquoi enregistrer encore des disques s’ils ne se vendent plus ? Il y a les radios spécialisées qui ne passent que certaines musiques… tout devient cloisonné et il est dur aujourd’hui de pouvoir communiquer. Aujourd’hui, les gens ne prennent plus le temps de s’attacher à un artiste car tout va trop vite et rares seront ceux qui pourront faire de longues carrières comme les nôtres…
A chacun de mes concerts, je vois les fans des débuts qui viennent avec enfants, petits-enfants… On les a fait rêver, on est associé à nombre de moments de leurs vies avec nos chansons, on a grandi ensemble… Tout est lié et lorsque je vois une dame pleurer lorsque je chante « Bang Bang », je me dit que, justement, c’est lié à un événement de sa vie… Ca, on ne pourra pas nous l’enlever…
Il y a des « journalistes bien informés »qui annoncent un film sur vous, intitulé… « Annie, mon cœur chancelle » !!!
Elle rit : Là, ce n’est plus la gloire, c’est la consécration ! Je pense que c’est un gag, une blague ou un journaliste qui est en mal de scoop qui a lancé ça ! C’est idiot car s’il y a quelqu’un qui est intéressé par la chose et qui a son mot à dire, c’est bien moi et personne n’est rien venu me demander. Rien que le titre….je n’en dirai pas plus ! »
Ce sera d’ailleurs son dernier mot car le public s’impatiente et il est l’heure de monter sur scène.
La salle est pleine à craquer de tous côtés et Sheila va nous démontrer en une heure est demi ce qu’est une véritable artiste, une grand show-woman, en chantant, accompagnée de deux choristes, dont son mari Yves Martin et va danser lascivement sur des rythmes sud-américains avant de devenir disco ou funky… Elle a la pêche, notre idole yéyé et démontre que le temps peut passer mais lorsque talent et passion restent à l’unisson, elle peut, comme elle le dit, faire rêver un public qui est reparti avec plein de petites étoiles dans les yeux.
Jacques Brachet
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