HENRI-JEAN SERVAT OU LA PASSION DES STARS

Il a un physique bonhomme et rond, et aujourd’hui, sa moustache et ses chemises camarguaises sont aussi connues que son érudition musicale, théâtrale et cinématographique.
Journaliste, chroniqueur, auteur de livres, il passe d’un journal à une télé avec aisance et connaît tout sur toutes les célébrités dont certaines sont devenues des amies comme Adjani, Bardot ou Delon pour ne citer que ces stars-là…
Henry-Jean Servat s’est fait une réputation de chroniqueur « people » mais sa passion va plus loin car il suffit de le rencontrer pour se rendre compte qu’il aime vraiment les artistes et qu’il les sert bien et avec amour, déférence et intelligence. Son « Dalida », son « Bardot » sont sublimes et ses « Trois glorieuses » son dernier livre où il réunit Darrieux-Morgan-Presle est magnifique car magnifiquement travaillé, recherché, pensé et écrit avec émerveillement.
Bref, derrière le people se cache un homme sensible qui, dès la prime jeunesse, a été attiré par les étoiles…
« Et – me confie-t-il – qu’on ne pense pas que je suis un benêt béat et bêtifiant devant les stars. Sachez que j’ai fait Khâgne, Hypokhâgne, un doctorat de lettres, une école de journalisme, une université américaine…. Mais j’ai toujours aimé rencontrer les célébrités et j’ai choisi ce moyen pour les approcher… »
Nous sommes confortablement installés au Mas du Chastelas, à St Tropez, où Henri-Jean Servat vient de donner quatre conférences autour d’un de ses sujets de prédilection : St Tropez.
Invité, comme le fut l’an dernier Gonzague St Bris, Karine Lions lui a demandé de choisir ses sujets et, étant à St Tropez, il a trouvé judicieux de parler… de St Tropez !
« Au départ, Karine Lions voulait que je parle de mes livres. C’était gentil mais je trouvais plus légitime de parler de St Tropez puisque nous y étions. J’ai donc choisi quatre sujets que j’ai rassemblés sous le titre « Les gens et légendes de St Tropez »
Le premier sujet est venu tout seul : Brigitte Bardot, le mythe intégral et surtout une amie très chère. Puis je suis parti sur la petite et la grande histoire de St Tropez, alias St Torpes. Je ne pouvais passer sous silence les peintres et écrivains qui sont passés par là chercher « Les lumières du soleil » et enfin, pour me faire plaisir, le cinéma car depuis « Et Dieu créa la femme » jusqu’aux fameux gendarmes en passant par la piscine, nombre de réalisateurs ont eu envie de tourner là et on les comprend !
Et comme je voulais que cela reste chaleureux et convivial, nous avons organisé ces rencontres à côté de la piscine, éclairés de bougies, à la bonne franquette et je n’avais aucune note, libre à moi de me tromper, d’oublier et… de me faire remonter les bretelles par un public attentif et qui, pour certains, connaissent bien leur histoire ! C’était plutôt une conversation à bâtons rompus faite d’histoires et d’anecdotes
On sent qu’en dehors des célébrités, vous aimez St Tropez !
J’aime le St Tropez, c’est vrai, pas le blong-bling, celui des boîtes de nuit et des soirées chics car c’est de St Tropez qu’est parti un nouveau mode de vie, une façon de vivre qui a déferlé ensuite sur la France. J’adore le St Tropez indolent, insolent. Si St Tropez a été une terre d’accueil des artistes, son histoire débute avec l’arrivée de Maupassant en 1887 qui tombe amoureux de ce petit port et l’écrit et le décrit, le faisant ainsi découvrir à d’autres artistes.
Colette et Sarah Bernhardt y viendront, tout comme Signac, Pagnol, Picasso, Sagan, Gréco….
Et bien sûr la déferlante arrive avec Bardot-Vadim « Et Dieu créa la femme »… Après ça, les modes de vie, les modes tout court, les façons de penser et plein d’autres choses, partiront de là…On assiste à tout ce qui est possible, on y comprend le monde… J’ai très envie de tourner un documentaire sur St Tropez !
Vous parlez de stars, de célébrités… Quelle est la différence ?
Déjà, une star c’est une célébrité. Le contraire est moins évident car il y a des célébrités qui ne seront jamais des stars… Je ne nommerai personne !
Une star, c’est quelqu’un qui explique son époque et son environnement. C’est une alchimie, un hasard peut-être mais aussi une personnalité qui tout à coup s’impose. BB a existé par ce qu’une époque de liberté s’ouvrait. C’est vrai qu’elle était époustouflante de beauté mais il y a avait d’autres belles filles qui, certainement, jouaient mieux qu’elle…. Ce fut une alchimie entre un physique, une époque, un mode de vie, une façon de faire, de bouger, de se comporter, une liberté insolente et l’air du temps a fait le reste. Une star est une personne qui nous fait rêver par sa beauté, son talent, son mystère, sa façon de se comporter… Tous ceux qui sont devenus stars s’expliquent par le contexte dans lequel ils ont émergé.
On sent, à en parler et dans vos livres, que vous les aimez et les connaissez et pourtant il y a un gros travail de recherche lorsque vous faites un portrait…
C’est vrai mais d’abord c’est la moindre des choses, c’est mon travail de journaliste… Et lorsque je dis « travail » c’est faux car c’est une passion, un réel plaisir que de vivre de ce qu’on aime et par ceux qu’on aime.
Pour « Les trois glorieuses », il y a, en plus de la recherche, la rencontre…
Et c’est ça qui est magnifique ! J’ai lu beaucoup d’articles, de livres, j’ai vu beaucoup de reportages, de films de ces trois artistes et la joie fut de pouvoir les côtoyer aussi et de converser avec elles : Avec Danielle Darrieux, ça a été un peu compliqué car elle répétait « La maison du lac » et avait fait une chute qui l’handicapait. Mais elle a joué le jeu. Avec Micheline Presle, nous avons fait quelques sympathiques repas ensemble. Quant avec Michèle Morgan, nous sommes partis une semaine en Bretagne… On ne peut pas dire que ce soit un travail déplaisant !!!
Aujourd’hui, trouvez-vous encore des stars qui vous font rêver ?
Les temps ont changé, c’est une époque révolue et croyez que je ne suis pas nostalgique. J’aime ce passé mais je ne m’y complaît pas et je vis dans le présent. Mais il y des comédiennes que j’aime beaucoup : Isabelle Adjani qui est une amie et une vraie star, Clotilde Couraud, Marion Cotillard, Béatrice Dalle…
Je suppose que vous avez quelques projets ?
Tout d’abord, je vais réaliser un documentaire pour France Télévisions autour de Louis de Funès et les femmes. Cela semble bizarre mais Louis de Funès est l’un des rares comédiens asexué à l’écran. Il y avait souvent une femme mais avait réglé une fois pour toutes les problèmes sentimentalo-sexuels et il n’y avait pas chez lui la moindre notion de désir au cinéma. Claude Gensac fut « sa » femme par excellence et je suis heureux qu’elle ait accepté que nous ayons de grandes conversation car jusqu’ici elle a très rarement parlé de ses relations avec Louis de Funès. J’interviewrai d’autres comédiennes qui furent ses épouses au cinéma et quelques autres femmes connues pour en parler.
Après ça, je vais écrire un livre sur, sinon la guerre mais la compétition entre Marlène Dietrich et Greta Garbo. Et je vais aussi écrire un roman qui se situera dans le cadre du Festival de Cannes…. »
Comme toujours donc, mille projets pour cet être talentueux et passionné qui vit au milieu de ses stars mais qui, s’il en est fier et heureux, n’en reste pas moins simple avec le commun des mortels avec qui il aime faire partager cet amour…
Propos recueillis par Jacques Brachet |