PHILIPPE SAUVE
DE TOULON AU MONTANA, A LA RENCONTRE DES SIOUX

Il se nomme Philippe Sauve et il est ToulonnaisPhysiquement, il n’a rien d’un baroudeur : silhouette longiligne, cheveux longs retenus en catogan, le regard bleu lointain et rieur, le sourire éternellement aux lèvres, un calme, une sérénité se dégagent de lui.
Il semble avoir 18 ans et pourtant il en a presque le double. Et justement, à 18 ans - âge où je l’ai connu - il réalisait son premier tour du monde. Il n’a toujours rêvé que de voyages, d’évasion, de grands espaces.
Il a d’ailleurs fait aujourd’hui son métier de cette passion, alternant avec voyages, écriture et réalisation de films. Depuis trois ans membre de l’Association des Explorateurs Français il en est à son huitième ouvrage et celui qui vient de sortir raconte son épopée en canoë pour rencontrer les Sioux :
« Horizon Dakota » avec pour sous-titre : « En canoë sur la rivière sacrée à la rencontre de la Nation sioux », avec en prime, une préface de Jean Raspail (Ed Presses de la Renaissance).
2000 kilomètres en solitaire sur un canoë nommé Bull Head, ramant sur le Missouri et ses affluents, du Montana au Dakota, bravant les crues, les orages, le froid, les tempêtes, la faune sauvage…
Il est rentré voici quelques mois, le temps d’écrire ce livre et le voici de nouveau à Toulon où il a retrouvé sa famille pour quelques mois, avec joie et émotion, d’autant qu’il sera papa au mois d’août !
Nouvelle aventure !
Mais il n’est pas revenu seul puisqu’il amène avec lui un invité qui résidera un mois en France : Lakota, un jeune Sioux de 20 ans venu à la rencontre des Français afin de sensibiliser les gens à la situation des Amérindiens.
Ce jeune Indien a découvert la faune parisienne avant de retrouver sa sérénité sur les plages du Mourillon, tout en avouant qu’il aurait beaucoup de mal à se faire à ce monde… qui porte autant de monde !
Revenons d’abord à Philippe qui m’avoue qu’il ne peut vivre sans voyager, sans découvrir, sans aller vers les autres dans des pays lointains.
« C’est un besoin vital qui me pousse à partir même si je dois avouer qu’à chaque fois, la rupture est de plus en plus douloureuse. Ces voyages sont pour moi une thérapie…
Tu écris même : « Je voyage pour sauver mon âme » !
Oui, c’est vrai, pour me soigner des maux de notre société. Je ne veux pas être consommateur mais un homme libre. Si je reste dans ce monde, je sens que mon âme est en perdition car il m’agresse trop. Lorsque je me retrouve seul sur mon canoë, tous mes sens sont à nouveau en éveil, je me ressource, je me redécouvre et je me sens différent avec les gens que je rencontre.
Tout cela m’aide à grandir.
As-tu autant de mal à partir qu’à revenir ?
Evidemment… Après tant de jours solitaire sur une rivière, j’ai du mal à reprendre pied dans cet univers. J’ai du mal à me plier à toutes ces obligations que je n’ai plus durant mes voyages.
Tu me diras qu’il y a pire que d’écrire un livre, le promouvoir, rencontrer la presse, signer dans des salons, animer des conférences… Malgré tout, je me demande quelquefois si je dois continuer…
Alors, quelle est la solution ?
Pour le moment ça me paraît insoluble car je sais que, tout seul, je pourrais vivre n’importe où, avec peu de moyens . Je suis un solitaire et je pourrais m’exiler sans problème. Mais j’ai une femme, bientôt un enfant et je ne peux pas entraîner ma famille dans cette vie de baroudeur. Alors, ça devient difficile.
Alors, heureux de ce voyage ?
Je dois avouer que je ne reviens pas vraiment ravi de ce que j’ai vu : les résultats de ce génocide, les difficultés immenses des Amérindiens…
Je suis d’ailleurs allé vers eux avec beaucoup de craintes car, même si je suis Français, je représente la race blanche qui les a décimés et qui ont parqué ceux qui restaient. Ils vivent dans ce qu’on appelle « des réserves » qui sont en fait des camps de prisonniers de guerre. Il y a toujours beaucoup de racisme autour d’eux.
J’ai eu du mal à les approcher et je n’ai pas eu assez de temps pour m’imprégner de leur vie, de bien les connaître. Il faut que je retourne les voir pour approfondir mon approche et mes connaissances…
Comment eux vivent-ils tout ça ?
Il y a bien sûr de la colère en eux, même si certains, comme Lakota, sont fatalistes et vivent leur vie avec une certaine sérénité. Ils ont fini par se faire une raison même si, depuis l’arrivée d’Obama, ils mettent beaucoup d’espoirs en lui depuis qu’il a parlé des Sioux comme d’une Nation. Pour eux c’est déjà un pas de franchi et un espoir de retrouver leur identité.
Dans ces voyages, t’arrive-t-il de risquer ta vie ?
Oui bien sûr, j’en suis d’ailleurs très conscient et je ne peux pas dire que je n’ai pas eu des moments de peur, d’angoisse, de découragement. J’ai par exemple vécu quatre jours d’intempérie dans le Montana. Je n’avais plus aucune nourriture, je perdais mes forces très rapidement… Je me suis retrouvé au milieu d’une immense prairie avec le froid et d’énormes grêlons qui me tombaient dessus sans même un arbre pour me protéger… Il faut sans cesse se méfier des rivières qui grossissent très vite et t’emportent, faire attention où mettre la tente de peur des animaux sauvages… Mais tout ça fait partie de l’aventure !
Par contre, tu as la chance de souvent rencontrer des gens qui t’aident…
Je peux t’assurer que le Montana est le lieu le plus hospitalier qui existe !
Les gens te voient en difficulté, en détresse et t’offrent tout de suite aide et hospitalité très spontanément. Ils t’ouvrent leurs portes sans méfiance, avec joie même car eux aussi ont besoin de rencontres, d’échanges. Il y a un manque de contact et sont heureux de ces rencontres qui sont souvent très intenses. On a même quelquefois du mal à se quitter et j’ai gardé quelques belles amitiés… »
http://horizondakota.artblog.fr
LAKOTA… UN SIOUX COMME LES AUTRES
Lakota est Sioux. Il a 20 ans, il est étudiant.
Sa rencontre avec Philippe est faite d’amitié, de compréhension, de confiance, de fraternité. Pour tout cela, il a accepté l’invitation de Philippe, non pour aider à promouvoir son livre mais surtout pour témoigner de sa vie, de son histoire.
Il parle anglais et se sent un peu perdu en France. Mais, tout comme Philippe, il paraît d’une sérénité à toute épreuve !
« J’ai beaucoup réfléchi avant d’accepter l’invitation de Philippe à le suivre en France. Mais il y avait la curiosité de voir comment c’était à l’extérieur de mon monde car je suis conscient que je vis dans un monde à part.
Alors, les premières impressions ?
Il y a trop de population partout… Je trouve que la terre est trop chargée, trop lourde !
Vous ne vivez quand même pas hors du monde, hors du temps ?
Non, bien sûr, même si je me sens très proche de mon peuple, de mes racines. Je ne refuse pas ce nouveau monde, je sais que je dois m’y adapter, même si cela me semble difficile. Mais je ne suis pas un sauvage comme certains pourraient le penser !
Vous vivez comment ?
Je vis dans le village de mes ancêtres qui se nomme Wounder Knee. C’est le village qui a subi le dernier massacre mené par le Général Coster en 1890. C’est à ce moment-là que les Sioux ont arrêté de se battre. C’est un donc un village symbolique.
Je suis directement lié par le sang à mon ancêtre Sitting Bull et je suis attaché à cette culture qui est la mienne. Ce qui ne m’empêche pas de suivre des études. Je voudrais d’ailleurs pouvoir écrire des livres et venir en France était aussi une occasion pour moi, grâce à Philippe, de rencontrer des éditeurs.
J’ai créé une association pour aider les jeunes et j’aimerais créer un pont avec les Français par l’intermédiaire de mon site* »
Lakota est donc là pour 25 jours puis y repartira vers la terre de ses ancêtres, tout en faisant peut-être un petit détour pour voir un de ses oncles qui vit… en Suède !
Que de nouveautés pour ce bel Indien paisible, si serein, dont le seul soucis est la santé des siens. Une dernière jolie phrase qu’il m’a dite, qui montre toute la philosophie qu’il porte en lui :
« Je pars de chez moi en toute sérénité car je sais que si mon territoire me manque lorsque j’en suis loin, il sera toujours là et je le retrouverai toujours ».
*www.woundedkneelakotayouthorgdhh.com
Jacques Brachet |