BIOS par Jacques BRACHET
MICHEL SARDOU « Et qu’on n’en parle plus » (XO éditions)
Il ne s’est pas foulé, le père Sardou !
222 pages exactement pour raconter 60 ans de la vie d’un homme et 40 ans de la vie d’artiste !
Vraiment, on imagine bien son air bougon pour dire aux éditions XO (où il a des amis, où Jean-Marie Périer a écrit ses livres, ce dernier étant aujourd’hui son beau-frère !) : « Non OK, j’écris pour vous faire plaisir mais ça me fait ch…er !
Il était un des rares « soixante-huitard » à ne pas l’avoir fait et c’est tout ce qu’il nous donne en pâture ! Et en plus avec aucune photo, même pas en couverture où l’on découvre un grizzli presque aussi souriant que lui !!!
Mais à son corps défendant, je dois avouer que c’est une des auto-biographies des plus originales qu’il m’ait été donné de lire puisqu’il a trouvé une personne pour le questionner et le pousser dans ses derniers retranchements : sa mère, Jackie Rollin-Sardou !!!
Avouez qu’il fallait trouver la formule !
Alors, s’il ne nous donne pas toutes les clefs de sa vie, s’il remanie un peu son histoire pour ne pas trop avoir le mauvais rôle, s’il ne « nous dit pas tout » comme le dit Roumanoff, on se régales de ces embryons de bio car c’est écrit avec un humour incroyable, au second et troisième degré quelquefois, avec beaucoup de dérision par rapport à la star qu’il est ou qu’on lui dit qu’il est et ce qui est le plus fou c’est que, lorsque sa mère intervient, il nous semble l’entendre avec son franc-parler et son accent de parigote et ses mots bien balancés !
Par moment on se croirait encore dans le sketch !
Un régal qui nous laisse à la fois en joie et très frustrés car on a plein de questions à lui poser !
Mais comme les interviewes ne sont pas son fort, peut-être devrons-nous nous contenter de ce livre truculent, drôle et fort sympathique… à l’image qu’il ne donne pas mais moi, qui ai eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois, je peux vous dire que c’est un mec épatant qu’il faut connaître car si l’artiste est talentueux, l’homme, derrière sa carapace d’ursidé bourru, vaut le déplacement.
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GERARD JOUANNEST « De Brel à Gréco » par Angela Clouzet
(Ed Albin Michel)
Enfin le grand, le beau, le talentueux, le superbe Gérard Jouannest, homme-musique mais homme de l’ombre, lève un peu le voile sur sa vie d’artiste.
On le sait talentueux car on connaît son œuvre, mais il s’est toujours caché derrière son piano et ses partitions, derrière Brel et Gréco… On pourrait pour lui, reprendre une phrase de chanson d’Alice Dona : « Moi j’adore être derrière celui qui est devant… »
C’est tout lui, cet artiste prédestiné à la musique classique, brillant musicien aux mains trop petites pour devenir un virtuose mais assez grandes pour pouvoir écrire des chefs-d’œuvre à nos deux artistes cités plus haut.
Avec Brel, son frère, il a tout partagé : les succès et les galères, les bons et mauvais moments, les moments d’intimité, de connivence et de création, les tournées folles avec un Brel débridé et oiseau nocturne alors qu’il est lui, un couche-tôt… Des moments joyeux, des moments poignants… loin d’être un long fleuve tranquille.
Celui-là, il le connaîtra avec Juliette Gréco, sa muse, son artiste, sa femme, sa complice, à qui il a aussi écrit des petits chefs d’œuvre de trois-quatre minutes.
La musique est sa passion, l’amour et l’amitié sa façon de vivre, la fidélité sa façon de fonctionner…C’est un « honnête homme » dans toute sa splendeur qui n’égale que son humilité, sa simplicité et qui pourtant pourrait s’enorgueillir d’une carrière remarquable.
Aujourd’hui, après ces deux « grands » qui ont partagé sa vie – Gréco étant toujours là et bien là – le voilà dans de nouvelles aventures avec Miossec et Abd el Malik…Il y est aussi efficace, ce qui signifie que le talent dépasse le temps et les modes.
Un seul regret : qu’il ne parle pas lui-même de cette vie si riche et si belle… De ce fait il y manque une certaine émotion, une certaine vérité, même si l’histoire est contée avec justesse et admiration par Angela Clouzet…
Mais je pense que c’était la condition sine qua non pour qu’il se raconte…
Et ça valait la peine ! |