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LA ROCHELLE
RUFUS : "Un rôle, ça se défend comme un avocat défend une cause perdue..."

Il est l'un de nos plus grands comédiens français avec une "gueule" qu'on n'oublie pas, qui sait à la fois nous faire rire et nous attendrir avec ce regard lunaire, ce sourire au coin des lèvres toujours prêtes à balancer un mot drôle. Il est la simplicité même et le rencontrer est toujours un grand moment de charme, de drôlerie, de plaisir enfin...
Venu présenter "La part des Anges" de Sylvain Monod, là encore, nous avons passé un moment de franche hilarité avec Emile, ce vieux paysan bourru et solitaire, obligé de vendre sa ferme après le passage de la grippe aviaire qui a anéanti son troupeau.
Alors qu'il vient de signer le compromis de vente avec Eloïse (la craquante Constance Dollé), la nuit un bandit entre, blessé, dans sa ferme, l'oblige à le soigner, l'enferme dans une chambre et va planquer le butin volé dans un Casino de jeux. Le matin, notre Emile enfonce la porte, trouve le bandit vidé de son sang. Il réfléchit très vite qu'avec le butin il peut garder sa ferme... Il planque le cadavre. Mais voilà, il a neigé toute la nuit et pour retrouver le magot il commence à faire des trous partout... Le retrouvera-t-il ? A vous de voir sur France 3 très bientôt, cette comédie hilarante.

RENCONTRE
Il arrive à l'heure au point presse, tout seul, sans agent, attaché de presse ou qui que ce soit et le voici, volubile et charmeur, nous racontant son rôle :
"Arrivé à un certain âge, ce type a tout perdu, il n'attend plus rien que sa maison de retraite et voilà qu'une chance de tout changer s'offre à lui... Va-t-il la saisir ?
Ce qui m'a plu dans ce personnage, comme la plupart des personnages que je choisis, c'est que son destin va changer. c'est le genre de rôle que j'aime jouer car le personnage peut offrir au spectateur un changement et j'aime raconter aux gens que rien n'est jamais perdu. Il s'agit de savoir saisir la chance.
De plus, Sylvain Monod a le sens du récit, des nuances très fines, il n'y a jamais de redite et il est quelquefois imprévisible. Enfin, j'aime travailler avec France 3 car sa ligne éditoriale a ma préférence. Elle essaie des choses qui ne sont pas du chinois pour le public...
C'est à dire ?
Elle parle de vrais gens, de gens qu'on peut connaître et dans lesquels le public se reconnaît. Emile, et même les gens qui l'entourent, sont des gens que l'on peut rencontrer à Lille, à Marseille, à Strasbourg...
Lorsque Emile prend le tracteur au lieu de la voiture pour aller à la ville, à seule fin d'emmm...der les automobilistes, c'est le genre de type qu'on peut rencontrer partout et c'est en cela qu'il est attachant car il est vrai.
C'est pour cela que j'ai déjà tourné trois films avec France 3
Quels sont les deux autres ?
"Le sang noir" de Peter Kassovitz où le personnage que je joue, Cripure est extraordinaire. Puis "Le sang de la vigne" (encore du sang !) de Marc Rivière avec Arditi, un film touchant, une belle réussite, qui a eu des prix... et moi avec ! J'y étais un tueur en colère et j'ai d'ailleurs gardé cette colère durant tout le tournage !
Pourquoi ?
Parce que c'était un personnage fort, épouvantable, puisque tueur et que je devais garder en moi cette colère pour être vrai, crédible. A tel point que le metteur en scène n'osait plus venir frapper à la porte de ma loge. Mais lorsque le film se termine et qu'il meurt, le spectateur se surprend à le regretter.

Pas facile, de tourner dans ces conditions !
Non mais c'est notre boulot : rendre le personnage vrai afin que le public s'y retrouve. Un rôle, ça se défend comme un avocat défend une cause perdue. Il faut y croire sinon ça ne marche pas. Il faut rendre son personnage, quel qu'il soit, humain, sensible... crédible. C'est pour cela que dans ce film j'ai voulu conduire moi-même le tracteur, sinon je devrais changer de métier.
Et puis, il faut profiter des accidents de parcours et là, au moment de labourer mon champ pour trouver le magot, il a neigé toute la nuit... Ca renforçait l'action, d'autant qu'il faisait -10 !
Il faut donc la collaboration et la complicité du metteur en scène et... de Dieu ! Et ce jour-là, Dieu était très en forme !
La complicité du réalisateur est donc importante ?
Non... indispensable  car nous allons tous vers le même but, lui, moi, les comédiens, les techniciens : réaliser un film "ensemble". Ainsi soudés, on ose franchir l'infranchissable afin que le public entre dans le jeu.
Alors, revenons au théâtre...
J'ai tourné tout l'été mon one man show "Les mots sont des trous dans le silence", de fin juin au 31 août. Puis je reprends dans quelques jours "Colombe" de Jean Anouilh avec Annie Duprerey et sa fille Sara Giraudeau, Grégori Baquet jusqu'en décembre. Après il y aura la tournée *
J'adore l'équipe que nous formons, nous avons une grande complicité et d'immenses fous-rires avec Grégori, le fils de Maurice Baquet. On rit même beaucoup sur scène et il est très demandeur... Cependant, nous ne dénaturons jamais le texte d'Anouilh. Mais comme un musicien de jazz, nous aimons jouer , improviser sur la partition, entre les notes.
Côté cinéma ?
Je viens de tourner deux films : un avec Jean Sagols "Je m'appelle Bernadette"... Rassurez-vous, je ne suis pas Bernadette Soubirous mais l'évêque de Nevers ! Bernadette, c'(est une jeune comédienne, Katia Miran, qui est habitée par le personnage et devient d'une beauté sublime. Moi l'anarchiste, elle m'a bouleversé !
Le film a été acheté par l'évêque de Lourdes pour le passer deux fois par jour. Nous avons eu - et c'est la première fois ! - l'agrément de l'église catholique et le magazine "La vie catholique" m'a consacré deux pages... Après ça, comment ne pas croire en Dieu ?

Et le second ?
C'est un film de Jean-Pierre Mocky "Crédit pour tous" et je vais vous faire une confidence : j'ai accepté le rôle parce que c'est la première fois qu'un metteur en scène réalise mon rêve : avoir des cheveux ! Il m'a offert une perruque qu'avait utilisée Michel Serrault et qui me va comme un gant ! Me voir dans la glace avec des cheveux a été un grand moment de ma vie et m'a bouleversé de bonheur !
Donc, l'heure de la retraite n'a pas encore sonné pour vous ?
La retraite ? Je ne veux pas connaître. A ce sujet, j'ai toujours en mémoire une anecdote.
Dans "Le sucre" je crois, Depardieu doit donner une gifle magistrale à Charles Vanel qui a alors 90 ans. Il hésite évidemment, vu l'âge du comédien et les battoirs qui lui servent de main. Mais Vanel lui dit "Vas-y". Il y va et le comédien vacille sur le coup. Il a alors un regard de haine extraordinaire. Depuis ce jour, je me dis que, tant qu'on peut donner des choses pareilles, il faut continuer. C'est pour cela que j'ai voulu conduire le tracteur et labourer le champ, tout comme j'ai descendu, dans "Les aiguilles rouges", un rocher en rappel. Si l'on ne peut pas faire ce qu'exige le rôle, le public s'en rend compte et alors, on n'est plus vrai, plus crédible et il faut s'arrêter.
Sinon... Pas de retraite !"
Et la preuve c'est que pour ce rôle d'Emile, il a partagé à la Rochelle le prix d'interprétation avec Clovis Cornillac dans "Mister Bob". Il n'a pu s'empêcher de faire le pitre et de nous improviser un sketch qui a fait crouler de rire le public avant une standing ovation bien méritée !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Paule Taboni et Jacques Brachet

*Théâtre de Grasse, Mardi 18, mercredi 19 octobre 19h30
Le Forum, Fréjus, jeudi 20 octobre 20h30
Théçatre Toursky, Marseille : Vendredi 21, samedi 22 octobre 21h

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