AVANT-PREMIERE A CANNES : LA ROBE DU SOIR
Une mère larguée avec trois enfants : l’aîné qui fait la loi, le plus petit dont s’occupent son frère et sa sœur et au milieu, Juliette, timide, solitaire, complexée qui se prend d’affection pour son institutrice.
Une institutrice délurée, sexy, ouverte, peut-être un peu trop, qui n’hésite pas à parler très franchement de sujets se rapprochant du sexe (la fellation, les règles, les « nichons »…).
Libérée de toute contrainte, elle est la prof « bonnarde », un peu provocante et lorsque Juliette voit un de ses copains sortir de chez elle, elle se fait toute une histoire où se mêle une affection perdue, de la jalousie, de l’abandon.
Sa vie deviendra un petit enfer d’ado mais qui va aller très loin mais qui remettra en cause les principes d’éducation de cette institutrice-copine.
La petite Juliette, c’est Alba Gaïa Kraghede Bellugi… Nom dur à retenir mais petit visage chiffonné à la Charlotte Gainsbourg, qui sait nous émouvoir d’un regard.
Lio, l’institutrice, pète de santé, de beauté, de naturel… Elle est elle-même, flamboyante et toujours « border line » de la provoc’.
La mère, c’est Sophie Mounicot, qu’on a plutôt vue dans des films d’humour et qui est là, superbe, dans ce rôle de mère dépassée.
Le tout est écrit et filmé par Myriam Aziza, avec beaucoup de tendresse, d’émotion, sans jamais aller dans le pathos mais montrant, par petites touches, la montée vers le petit enfer de cette gosse, avec malgré tout quelques longueurs, surtout au départ où le film a du mal à se lancer. Mais « La robe du soir » est un très joli premier film et ce trio est très cohérent, que vous pourrez voir sur les écrans le 24 février 2010.
RENCONTRES
Myriam Aziza, vous avez, jusqu'à aujourd'hui, tourné des documentaires. Qu’est-ce qui pousse à passer le pas vers la fiction ?
Je ne fais pas beaucoup de différence car dans le documentaire, il y a toujours une partie de fiction et vice versa. Et puis, mes documentaires sont toujours très écrits, très codés. Ce ne sont pas des images prises sans réflexion. Dans un film, quel qu’il soit, on retrouve toujours quelque chose de la vérité de quelqu’un.
Ces élèves sont-ils des »apprentis comédiens » ?
Non pas du tout. J’aurais pu, c’est vrai, faire un casting mais je voulais que l’ambiance reste naturelle. Aussi, après avoir choisi cette classe de cinquième du lycée Albert Camus de Thiais dans le Val de Marne, j’ai suivi ces enfants toute l’année scolaire pour ne tourner qu’en été, moment où ils étaient en vacances et où le collège était fermé. Ce qui fait qu’au tournage, on se connaissait bien, il y avait de la complicité, de l’énergie, ils se connaissaient tous parfaitement et ce tournage a été magique.
Lio, pourquoi avoir choisi ce film ?
Parce qu’on me l’a offert… et qu’on ne m’en offrait pas d’autres !
Vous allez un peu loin !
Oui, bien sûr, car si je ne l’avais pas aimé, je ne l’aurais pas fait ! Mais je ne suis pas Deneuve, je ne croule pas sous les rôles et ce qui m’a plus dans ce film, hormis le scénario et ce rôle, c’est l’urgence dans laquelle il devait être fait.
C’est-à-dire ?
Eh bien, au départ, j’ai dit très vite oui. Mais comme les vacances d’été arrivaient, j’étais prête à partir avec mes six enfants, bagages faits, lorsque Myriam m’appelle et me dit qu’il faut impérativement tourner en Juillet sinon elle n’aura pas certaines aides financières. Et puis, on ne pouvait tourner dans une école que lorsqu’elle était fermée, donc, aux vacances d’été.
J’ai senti qu’il fallait le faire, au grand dam de mes enfants qui m’en ont beaucoup voulu !
Mais lorsqu’ils verront le film, je pense que leur colère s’atténuera car ce sont des cinéphiles !
C’est une histoire de femmes…
Par la force des choses puisque écrit et tourné par une femme et joué par trois filles ! Et c’est certainement un sujet qu’un mec aurait eu du mal à tourner !
Comment joue-t-on avec les enfants ?
Le plus naturellement du monde, en leur parlant normalement et pas comme à des bébés. La seule chose que je me suis astreinte à faire, malgré mon amour pour les enfants, c’est de garder un peu mes distances avec eux. Je ne pouvais pas être l’instit’ au tournage et la copine hors tournage. Ca aurait pu fausser leur jeu qui est très naturel.
Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier |