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CHRISTIAN RAUTH : "JE SUIS UN ECRIVAIN QUI JOUE"

30 pièces de théâtre, 140 rôles au cinéma et à la télévision… Auteur, scénariste, nouvelliste…
Beau palmarès pour le fameux mulet de Navarro, maire de « Père et maire »…
Mais comme ça ne lui suffisait pas, le voici qui, depuis 1999, s’est aussi essayé avec bonheur au roman. Après « Le Brie ne fait pas le moine » le voici à la Fête du Livre de Toulon avec « Fin de série » (Ed Michel Lafon), un polar qui se situe sur un plateau de tournage.
Aujourd’hui donc, ce beau comédien à barbe et cheveux blancs se partage entre tous ces métiers artistiques.
Mais pourquoi avoir tant attendu à écrire un roman ?
Je pense que j’ai eu du mal à passer le pas et à me frotter au roman tout simplement par peur de l’opinion des autres romanciers… Un comédien qui écrit ça agace les « vrais » auteurs… surtout si ça marche !
Alors, qu’est-ce qui vous y a enfin poussé ?
C’est Jean-Bernard Pouy qui dirige la collection « Poulpe » aux éditions la Baleine. Il m’a un jour posé la question : et si tu écrivais un roman ? Je te l’édite !
Comment refuser ? Qu’il ait eu envie de moi comme romancier m’a flatté, fait plaisir et j’ai répondu à sa proposition.
Pourquoi un polar ?
Ca s’est fait comme ça, d’abord parce que je suis un fana de ce genre de livres, j’en lis beaucoup et puis, c’est aussi une façon de se cacher derrière un personnage, un genre, un code, un moyen de parler de soi avec pudeur.
C’est peut-être aussi une autre façon d’endosser un rôle… et peut-être, d’en faire un film un jour ?
Certainement que dans le personnage il y a des choses personnelles. Mais je ne l’ai pas écrit dans l’intention d’en faire un film car écrire un scénario et un roman ce sont deux démarches très différentes. Et puis, le premier sujet portait sur la pédophilie, sujet encore difficile à aborder à la télé ou au cinéma. Quant au second, il se passe dans le milieu de la télé… Et la télé n’aime pas parler de la télé !
Après cela, bien sûr, tout peut être envisagé !
Maintenant que vous avez tâté à toutes les manières d’écrire, quel genre préférez-vous ?
Ce qui me plait avant tout, c’est de passer d’un genre à un autre car la narration est très différente et l’on n’utilise pas les mêmes outils.
Ce qui est formidable dans le roman, c’est qu’on peut tout envisager, tout imaginer sans penser à ce que cela va coûter. Le cinéma, surtout français, est confronté à un coût de production souvent restreint. Pas le roman.
Et entre comédien et auteur ?
Là encore ça n’est pas comparable. J’aime les deux parce que lorsqu’on écrit, on est seul dans le silence et un comédien a souvent besoin de solitude et de silence car sur un plateau on est très entouré, on vit dans un certain brouhaha. L’exercice solitaire nous soulage du stress..

Comment votre vie est-elle organisée entre tous ces « métiers » que vous pratiquez ?
Je me donne des plages de trois, quatre mois. J’écris, je tourne, je reviens à l’écriture et je remanie mes écrits. Pour le roman c’est beaucoup plus long. J’ai mis presque quatre ans à écrire « Fin de série ». J’en ai fait trois versions !
Pourquoi ?
Parce que, lorsque je reviens à l’écriture, entre temps j’ai pris un certain recul et je me relis avec un œil neuf. Alors je vois ce qui ne va pas. Je ne suis peut-être pas mon meilleur lecteur mais je suis à même de voir ce qui ne va pas et de me corriger.
Lorsque vous commencez à écrire, savez-vous à l’avance si ce sera un scénario ou un roman ?
Pas tout de suite. Au début, je ne sais pas. J’ai une histoire en tête, je commence à écrire et, comme il y a plusieurs façons de raconter une histoire, au fil de l’écriture ça se décante et je sais assez vite quelle tournure ça va prendre.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire c’est de penser faire les deux à la fois car cela devient une œuvre hybride et ça ne marche pas. C’est un peu comme lorsque, au théâtre, on joue un Shakespeare ou un vaudeville… Il y a des règles, des codes…
Comme disait ma grand’mère : chaque pot a son couvercle !
Aujourd’hui, où vous situez-vous ?
Je n’ai pas envie de me situer ni de choisir. Je veux pouvoir tout faire. Je sais qu’aujourd’hui on me considère comme un comédien qui écrit et c’est quelquefois très compliqué car on n’est pas pris au sérieux. Mon rêve serait qu’on me considère comme ce que je crois être : un écrivain qui joue la comédie…
Vaste programme !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Evelyne Arnaud.

Photo : En compagnie de son ami Jean-Claude GUEGAN commissaire de police reconverti dans le roman... policier, bien sûr, qui vient se signer un super polar "Modes d'emploi", sur lequel nous reviendrons

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