BRUNO PUTZULU… LA PASSION NOIRET… L’AMITIE HALLYDAY
Etre journaliste, c’est déjà le plus beau métier du monde car on découvre des choses, des gens, des spectacles…
Etre auteur de livre c’est aussi magique car d’abord on voit naître son bébé, son livre et puis il faut se battre pour le faire connaître. Sans compter qu’on va de fêtes et salons du livre porter la bonne parole, convaincre le lecteur qu’il faut à tout prix qu’il ait votre livre. Et enfin, vous vous retrouvez à côté d’auteurs divers que le même but rapproche. Et lorsque vous vous retrouvez aux côtés de Bruno Putzulu, comédien beau et brillant qui plus est auteur d’un livre sur l’immense Philippe Noiret, c’est un cadeau du ciel. Et bien sûr, l’irrésistible envie de l’interviewer vous vient… Et je ne me suis pas gêné.
Sa rencontre avec Noiret, son « Fifi » et celle avec Johnny, son « Jojo » ont été pour lui des moments heureux de son existence d’homme et d’acteur. S’il a des projets avec le second, avec la disparition du premier il a perdu un ami et a voulu lui rendre hommage en lui consacrant un livre « Je me suis régalé » (Ed Flammarion).

« Nous nous sommes rencontrés sur le tournage du film de Michel Boujenah « Père et fils » et ça a tout de suite collé entre nous. Il faut dire que nous avons une passion commune : le théâtre, lui avec Vilar, moi avec la Comédie Française. Nous avions de beaux souvenirs que nous avons égrenés et comme à cette époque il revenait au théâtre, il m’avait dit cette jolie phrase : « Je reviens à la maison » !
La tienne, de maison, a été la Comédie Française…
Oui, pendant douze ans. J’y ai de magnifiques souvenirs, surtout de certaines personnes pour qui je garde beaucoup de reconnaissance. C’était au temps de Jacques Lassalle et j’y ai appris mon métier…
Pourtant tu l’as quittée !
Oui, pour d’autres personnes aussi et que je ne veux plus jamais voir ! Les mesquineries, les préjugés, la rigidité… J’aimais trop le théâtre pour rester dans un tel carcan installé par quelques sociétaires… Je n’étais plus du tout d’accord avec la mentalité qui régnait. S’il y avait des gens très bien, il y avait aussi des gens vraiment pas bien… Alors mon départ a quand même été une délivrance : celle de ne plus être en contact avec quelques hypocrites et coupeurs de têtes. Et ce ne sont pas toujours les anciens les plus terribles !
Mais cette maison restera toujours dans mon cœur.
Tu l’as quitté l’esprit heureux ou inquiet ?
Les deux. Heureux d’être libre mais à quel prix ? J’étais inquiet pour l’avenir et j’avais quand même le cœur lourd. J’aimais cette salle Richelieu mais je me rendais compte aussi que je devais voler de mes propres ailes. Mais c’est un métier où tu dépends du désir des autres et tout est toujours remis en question
Qu’est-ce qui t’a poussé vers le théâtre ?
Les mots. Pour moi les mots ont toujours été très importants. J’ai eu ce désir de théâtre assez jeune en Normandie et c’était pour moi un désir rassurant. Pourtant au départ rien ne m’y poussait. Mon père était ouvrier, j’étais passionné de sport et plutôt destiné à aller vers ça. Et puis les choses se sont enchaînées : j’ai d’abord abordé le théâtre grâce à un frère instituteur, puis j’ai fait la fac de lettres et là j’ai rencontré Philippe Torreton qui est devenu mon pote et qui était passionné de théâtre. Et là j’ai su que je ferais du théâtre.
Et le cinéma ?
Torreton aussi ! Mais j’en avais déjà un peu fait grâce aux congés que m’accordait la Comédie Française, ce que certains m’ont beaucoup reproché et je m’en excuse ! Mais je voulais faire du cinéma. Donc…
Ta rencontre avec Michel Boujenah, qui t’a proposé de jouer dans son film « Père et fils », a donc été importante ?
Ca a été une très grande chance, un moment heureux de ma vie, d’abord parce que Michel est un type épatant qui fait aujourd’hui partie de ma famille, que c’est un super réalisateur, que nous avons beaucoup travaillé ensemble, ce qui nous a rapprochés. Et puis, c’est grâce à lui que j’ai fait « la » rencontre avec "mon Fifi" !
Raconte…
Oh, il n’y a pas grand chose à raconter sinon que ça a vraiment été le coup de foudre de l’amitié. Nous avons vécu des moments heureux et une fois rentrés du Canada nous avons continué à nous voir, à nous téléphoner. Nous prolongions cette filiation que nous avions dans le film. Lorsque je tardais à lui téléphoner, il me disait : « Ah, je croyais avoir perdu mon fils ! ».
Nous avons eu de belles conversations sur le théâtre, le cinéma, le métier de comédien, je l’écoutais ravi et admiratif et je notais beaucoup de choses. Lorsque j’allais chez lui et sa femme, Monique Chaumette, je crois que ces conversations lui faisaient du bien, l’apaisaient, surtout vers la fin. J’ai alors eu l’idée de faire ce livre. Je lui en ai parlé et il m’a dit : « Allons-y mon grand ! ». Et on a ainsi conversé des heures entières. Il n’a hélas pas pu voir ce livre…
N’as-tu pas eu envie de tout arrêter lorsqu’il a disparu ?
Oui, c’est vrai, je l’avoue mais c’est Monique et leur fille Frédérique qui m’ont poussé à terminer le livre et même à m’accorder des moments d’entretien pour le compléter. C’est grâce à leur affection, à leur complicité, que le livre est né.
S’il y avait un mot pour définir Philippe Noiret ?
Sans réfléchir : l’élégance. Aussi bien physique que spirituelle.
Aujourd’hui l’auteur reprend le chemin des studios ?
Oui et tout va s’enchaîner : je vais d’abord tourner, tout le mois d’octobre, un film de Jérôme Foulon pour TF1 avec Rachida Brahim : « L’âme du démon ». J’enchaînerai en novembre pour France 2 « Boubouroche » de Feydeau avec Emmanuelle Béart. Puis je retrouverai mon pote Johnny pour un second film avec lui dont le réalisateur est Tony Baillargeot. Et enfin… je prépare un disque !
C’est Johnny qui t’a donné le virus ?
En quelque sorte, oui ! J’avais écrit pour lui une chanson avec Yvan Cassar qui est sur son dernier CD : « Ma vie ». Et j’ai continué d’écrire… L’envie de chanter n’était pas loin !
Avec « Jojo » aussi ça a été le coup de foudre. Lui et Philippe sont les deux seules personnes avec qui j’ai gardé des liens étroits après un tournage.
Johnny est un homme fidèle en amitié. C’est un type que je respecte énormément et pus, c’est le seul qui sait m’émouvoir lorsqu’il chante. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir des larmes aux yeux lorsque je vois « mon Jojo » sur scène…
Va-t-il collaborer à cet album ?
Peut-être… On verra ça fin août… Ca n’est pas loin !
Propos recueillis par Jacques Brachet. |