BRUNO PUTZULU… MAINTENANT IL CHANTE !
Lors de notre dernière rencontre lors des nocturnes littéraires dans le Var, Bruno Putzulu m’avait parlé d’un projet concernant une nouvelle face de son talent : enregistrer un disque…
Après avoir écrit un livre sur son ami Philippe Noiret « Je me suis régalé » (Ed Flammarion). et une chanson pour Johnny Hallyday, « Ma vie » dont il est également l’ami, l’envie le taraudait de faire un disque.
Et il a eu raison car il chante merveilleusement bien (ce qui n’est pas toujours évident pour tous les chanteurs !) et son disque « Drôle de monde » (Absilone-Tacet), qu’il a produit et réalisé et dont il a écrit la majorité des chanson, paroles et musiques est un petit bijou à classer dans le meilleur de la chanson française.
On retrouve quelques jolis noms de collaborateurs : Bob Lenox, Elsa Lunghini avec qui il fait un très joli duo « Je t’aimais, j’taime plus », chanson signée Yves Simon et termine en laissant voguer son merveilleux talent de comédien avec « Où vont les chevaux quand ils dorment », signée Allain Leprest et Romain Didier.
On découvre un Bruno romantique avec « L’amour » juste accompagné d’un piano, un Bruno tendre et poétique avec « L’amour m’a faussé compagnie », un Bruno jazzy avec « Tcheker, Tcheker, Tcheker », un Bruno « Brelien » avec « Ami », un Bruno plein d’émotion avec « Quand j’étais p’tit », un Bruno très gainsbougrien avec « Moitié on, moitié off » ou « Poupée à fric »…
C’est de la belle et intemporelle chanson française dont les thèmes sont l’amour et la difficulté d’aimer, l’indifférence et la culpabilité, l’enfance entre amour et nostalgie… avec un très bel hommage au village de son enfance : « Toutainville ».
Ami fidèle, il me parle de ce cheminement d’acteur, d’auteur, de compositeur, de chanteur….
« Bruno, ta première maison, a été la Comédie Française…
Oui, pendant douze ans. J’y ai de magnifiques souvenirs, surtout de certaines personnes pour qui je garde beaucoup de reconnaissance. C’était au temps de Jacques Lassalle et j’y ai appris mon métier…
Pourtant tu l’as quittée !
Oui, pour d’autres personnes aussi et que je ne veux plus jamais voir ! Les mesquineries, les préjugés, la rigidité… J’aimais trop le théâtre pour rester dans un tel carcan installé par quelques sociétaires… Je n’étais plus du tout d’accord avec la mentalité qui régnait. S’il y avait des gens très bien, il y avait aussi des gens vraiment pas bien… Alors mon départ a quand même été une délivrance : celle de ne plus être en contact avec quelques hypocrites et coupeurs de têtes. Et ce ne sont pas toujours les anciens les plus terribles !
Mais cette maison restera toujours dans mon cœur.
Tu l’as quitté l’esprit heureux ou inquiet ?
Les deux. Heureux d’être libre mais à quel prix ? J’étais inquiet pour l’avenir et j’avais quand même le cœur lourd. J’aimais cette salle Richelieu mais je me rendais compte aussi que je devais voler de mes propres ailes. Mais c’est un métier où tu dépends du désir des autres et tout est toujours remis en question
Qu’est-ce qui t’a poussé vers le théâtre ?
Les mots. Pour moi les mots ont toujours été très importants. J’ai eu ce désir de théâtre assez jeune en Normandie et c’était pour moi un désir rassurant. Pourtant au départ rien ne m’y poussait. Mon père était ouvrier, j’étais passionné de sport et plutôt destiné à aller vers ça. Et puis les choses se sont enchaînées : j’ai d’abord abordé le théâtre grâce à un frère instituteur, puis j’ai fait la fac de lettres et là j’ai rencontré Philippe Torreton qui est devenu mon pote et qui était passionné de théâtre. Et là j’ai su que je ferais du théâtre.
Et le cinéma ?
Torreton aussi ! Mais j’en avais déjà un peu fait grâce aux congés que m’accordait la Comédie Française, ce que certains m’ont beaucoup reproché et je m’en excuse ! Mais je voulais faire du cinéma. Donc…
Ta rencontre avec Michel Boujenah, qui t’a proposé de jouer dans son film « Père et fils », a donc été importante ?
Ca a été une très grande chance, un moment heureux de ma vie, d’abord parce que Michel est un type épatant qui fait aujourd’hui partie de ma famille, que c’est un super réalisateur, que nous avons beaucoup travaillé ensemble, ce qui nous a rapprochés. Et puis, c’est grâce à lui que j’ai fait « la » rencontre avec "mon Fifi" ! (Philippe Noiret)

Raconte…
Oh, il n’y a pas grand chose à raconter sinon que ça a vraiment été le coup de foudre de l’amitié. Nous avons vécu des moments heureux et une fois rentrés du Canada nous avons continué à nous voir, à nous téléphoner. Nous prolongions cette filiation que nous avions dans le film. Lorsque je tardais à lui téléphoner, il me disait : « Ah, je croyais avoir perdu mon fils ! ».
Nous avons eu de belles conversations sur le théâtre, le cinéma, le métier de comédien, je l’écoutais ravi et admiratif et je notais beaucoup de choses. Lorsque j’allais chez lui et sa femme, Monique Chaumette, je crois que ces conversations lui faisaient du bien, l’apaisaient, surtout vers la fin. J’ai alors eu l’idée de faire ce livre. Je lui en ai parlé et il m’a dit : « Allons-y mon grand ! ». Et on a ainsi conversé des heures entières. Il n’a hélas pas pu voir ce livre…
N’as-tu pas eu envie de tout arrêter lorsqu’il a disparu ?
Oui, c’est vrai, je l’avoue mais c’est Monique et leur fille Frédérique qui m’ont poussé à terminer le livre et même à m’accorder des moments d’entretien pour le compléter. C’est grâce à leur affection, à leur complicité, que le livre est né.
S’il y avait un mot pour définir Philippe Noiret ?
Sans réfléchir : l’élégance. Aussi bien physique que spirituelle.
Aujourd’hui tu ajoutes une corde à ton arc : la chanson. C’est Johnny qui t’a donné le virus ?
En quelque sorte, oui ! J’avais écrit pour lui une chanson avec Yvan Cassar qui est sur son dernier CD : « Ma vie ». Et j’ai continué d’écrire… L’envie de chanter n’était pas loin !
Avec « Jojo » aussi ça a été le coup de foudre. Lui et Philippe sont les deux seules personnes avec qui j’ai gardé des liens étroits après un tournage.
Johnny est un homme fidèle en amitié. C’est un type que je respecte énormément et puis, c’est le seul qui sait m’émouvoir lorsqu’il chante. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir des larmes aux yeux lorsque je vois « mon Jojo » sur scène…
Nous avons passé une soirée ensemble, je lui ai parlé de mon envie d’écrire des chansons. Il m’a alors dit : « J’aimerais que tu m’écrives une chanson sur notre conversation de ce soir ». Le lendemain, je lui apportais la chanson.
Mais tu sais, déjà au conservatoire, je suivais assidûment les cours de chant. Je crois que j’ai toujours voulu chanter.
Et tu as continué ?
Oui, ça m’a donné l’envie de continuer. J’ai alors écrit deux chansons sans savoir si un jour quelqu’un les chanterait. Puis j’ai rencontré Bob Lenox qui a aimé ce que j’avais écrit. Il a fait des musiques dessus. Après quoi il y a eu des échanges : il me donnait des musique, j’écrivais des paroles et vice versa ». ainsi s’est fait le disque, petit à petit.
Tu a repris une chanson d’Yves Simon, une autre de Leprest et Didier…
Oui. J’adorais cette chanson d’Yves Simon ; Je l’ai enregistrée et je lui ai envoyé le disque. Nous avons déjeuné ensemble et il a aimé cette version. Pour Leprest ça a été différent. J’avais le projet d’être dans sa maison de disques, on s’est rencontré et il préparait un album de ses chansons chantées par d’autres. Il m’a proposé « Où vont les chevaux quand ils dorment ». Et j’ai eu envie qu’elle soit plus parlée que chantée. Ainsi elle est sur mon disque et sur son disque !
Un bel hommage aussi à ton petit village de Normandie, Toutainville…
Que je vois hélas beaucoup changer. Oui, c’est « mon » village et j’y suis tous les week-ends, j’y suis très attaché.
Ont-ils aimé ta chanson ?
Oui, j’ai été reçu en grande pompe, j’ai signé mon disque… Il va devenir célèbre, ce village… Mais rassure-toi : je n’ai pas l’intention d’en devenir maire !
Aujourd’hui, as-tu l’envie de monter sur scène pour y chanter ?
Au départ je n’en avais pas l’idée car mon métier de comédien remplit bien ma vie. Et puis, c’est un métier, il faut une logistique, des musiciens, des répétitions… Mais, lors de ma promo j’ai rencontré une agence artistique « Les Visiteurs du Soir » qui a aimé mon travail et m’a proposé de s’occuper de moi. Et voilà, je saute le pas : je serai sur scène à partir du printemps 2011. Mais je vais panacher chanson et théâtre. La mise en scène sera faite par Frédéric Bélier-Garcia, le fils de Nicole Garcia. Le spectacle sera créé à Colombes, puis je partirai en tournée, je ferai l’Athénée à Paris et repartirai en tournée…
Et le cinéma dans tout ça ?
J’ai deux projets : un film de Serge Lalou avec Ben Gazzara qui jouera mon grand père et un film d’Eric Miclou « La couleur des mots » avec Michel Aumont.
Avec ça, pas beaucoup de vacances !
Tu sais, je fais si souvent les valises que mes week-ends en Normandie me suffisent pour décompresser !
Propos recueillis par Jacques Brachet.
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