Bons plans
    - Participez !

  Cinéma
    - Omar m'a tuer
    - Claude FRANCOIS
    - La fille du puisatier

  Ecriture
    - Notes de lecture
    - Mariages princiers
    - Jean-Marc TIXIER

  Evénement
    - Jean AICARD
    - Excalibur
    - Avec...

  Expos
    - Paléo'Expo
    - SALVADORI
    - Le Musée de la Marine

  Festivals
    - Les Festivals de l'été
    - Bulles en Seyne
    - Ramatuelle 2011

  Gastronomie
    - Fête du pain
    - Fourchettes d'or

  Musique
    - Jazz à Baudot
    - L'alphabet en chantant
    - Fantaisies Toulonnaises

  Portraits
    - Macha MERIL
    - Isabelle AUBRET
    - Liane FOLY

  Théâtre
    - Théâtre Liberté
    - Théâtre Poquelin
    - Yves PUJOL

  Tourisme
    - Aurélie BERTIN
    - Art et Vin
    - Voyage en Suisse

 

DANIEL AUTEUIL A NOUVEAU DANS LES PAS DE PAGNOL

« La fille du puisatier est à la fois un chef d’œuvre de littérature et de cinéma, les deux d’ailleurs, signés Marcel Pagnol.
Un texte vrai, fort, profondément humain.
Un film porté par un duo mythique : Raimu-Fernandel.
Pouvait-on faire mieux ?
Il est vrai que lorsqu’on touche au génie de Pagnol, on prend des risques à tous les niveaux, parmi lesquels faire un crime de lèse-Pagnol, tout simplement. Oury s’en est mordu les doigts avec « Le Schpountz » et Smaïn, Roger Hanin n’était pas crédible avec sa trilogie.
Mais déjà, « Manon des Sources » et « Jean de Florette » réalisés par Claude Berri, servis par Emmanuelle Béart, sublimement belle et sauvage, Yves Montand bouleversant, Daniel Auteuil magistral, avaient été un immense succès.
Et puis Berri nous avait donné l’estocade avec « Les souvenirs d’enfance », jamais touchés par le cinéma.
Et voilà qu’Auteuil est annoncé dans « La fille du puisatier » et qu’en plus il en est le réalisateur du film.
Nous avions eu un petit aperçu du tournage à Brignoles avec un Auteuil inquiet mais sympa et un Merad irascible qui nous avait tout bonnement fait jeter du tournage alors qu’on était invité par la production.
Alors, on pouvait s’attendre à tout.
Et voilà qu’on reçoit le film en pleine figure. Tout y est : les paysages grandioses de Provence filmés avec amour, le texte de Pagnol à aucun moment dénaturé, avec sa charge d’amour et d’émotion, d’humour et de poésie, de vérité et d’humanité. Enfin, des comédiens qui incarnent ces personnages provençaux avec maestria.
Auteuil, on le savait, est un grand comédien. Il avait été un Florette écartelé, touchant et à fleur de peau. Il est là, un Pascal Amoretti, puisatier, veuf et père de six filles, plus vrai que nature, moins tonitruant que Raimu, tout en nuances et en sentiments contraires. Son visage buriné est d’une intense expressivité et plusieurs fois, il nous a fait venir les larmes aux yeux.
A ses côtés, Kad Mérad, qui nous a également prouvé que le trublion du départ pouvait être un beau comédien dramatique. Là, sans jamais forcer l’accent, il est d’une grande crédibilité en grand naïf amoureux plein de bonté.
A leurs côté le très beau duo de « jeunes » : Nicolas Devauchelle et Astrid Bergès-Frisbey, attendrissants, lumineux… amoureux.
Et le couple Jean-Pierre Darroussin-Sabine Azéma, superbes et émouvants après avoir été pleins de condescendance
On ne voit pas passer ces 1h3/4, on se laisse porter par cette histoire simple, universelle, ce drame provençal en plein soleil, tout en nuances, sans pathos ni mélo, jamais pesant, tout en tendresse.
Si les Ch’tis du Nord ont fait marrer la France entière, nos héros du Sud devraient l’attendrir avec autant de succès, ce qui ne serait que justice.
Bravo, Monsieur Auteuil.

RENCONTRE

C’est par un temps maussade que notre provençal Daniel Auteuil est venu présenter son film dans deux salles archi-bondées au Pathé Grand Ciel. Et le repas qui a précédé a été un grand bonheur. Un réel plaisir de partager avec lui son émotion et son rêve réalisé : la sortie du film.
« J’ai débuté cette tournée chez moi à Avignon et franchement, je peux dire que je commence à être soulagé et heureux de l’accueil du film. Ca a été deux ans de ma vie, beaucoup de travail, de préparation mais j’ai réalisé ce film avec sincérité et sentiment. Tout ce travail m’est aujourd’hui rendu au centuple et, dans l’immédiateté des choses, je peux dire que je suis un homme heureux.
Pourquoi avoir choisi cette œuvre, écrite mais aussi déjà filmée par l’auteur ?
Au départ, je suis allé voir la famille Pagnol pour obtenir les droits de « La femme du boulanger ». Mais il est vrai que l’œuvre est archi-connue et a été archi-jouée. Et Jacqueline Pagnol m’a proposé cette œuvre car elle est moins connue que d’autres. Il y avait donc un côté découverte plus intéressant et le personnage d’Amoretti, je l’ai très vite ressenti. Au moment de choisir un réalisateur, un nom s’est imposé à moi : le mien ! Je ne voulais pas laisser à quelqu’un d’autre le soin de parler de « ma » Provence, de la filmer.
Qu’est-ce qui vous plait dans cette œuvre et dans votre rôle ?
C’est l’universalité de l’histoire car, même si elle date d’il y a 70 ans, elle pouvait se passer partout ailleurs et elle se passe encore dans certains pays. Une fille enceinte sans être mariée, c’est encore une honte dans certains endroits, dans certaines familles. Il y avait aussi la force des sentiments et le caractère des personnages. Ce sont de vrais héros, ils existent vraiment.
Pour moi, ces rôles font partie des grands rôles classiques comme ceux de Molière. Ils sont faits pour être joués, pour être transmis.
Et puis j’aimais l’idée de faire redécouvrir cette histoire, ces mots, écrits voici 70 ans.
Jacqueline Pagnol a-t-elle vu le film ?
Oui et elle l’a beaucoup aimé. Lorsque je le lui ai projeté, ça a été un grand soulagement.
Avez-vous pensé à Raimu en reprenant son rôle ?
Très peu. Et il était hors de question que je me mette en concurrence avec lui. Je ne voulais pas le copier, ç’aurait été ridicule, mais y apporter mon ressenti, ma façon de voir le personnage. Je voulais simplement être porté par l’émotion et le plaisir de faire entendre ces mots et d’y rajouter la couleur, car le film de Pagnol est en noir et blanc. La couleur ajoute à la profondeur de l’histoire ancrée dans ces paysages.
Est-ce qu’il a été dur de vous approprier le texte ?
Je dois dire que j’ai mis plusieurs mois avant que je n’ose me l’approprier. Il y avait aussi le dilemme de le transposer, le transformer, enlever des choses un peu dépassées, ajouter d’autres choses sans dénaturer l’oeuvre. Petit à petit, en faisant ce travail, je me suis familiarisé au texte. Et puis, j’ai retrouvé des personnages que je connaissais, qui ressemblaient à ceux-là, comme ma mère par exemple, ou comme moi, qui suis aussi le père de deux filles. Tout à coup tout est devenu d’une grande fluidité et j’ai automatiquement fait ressortir l’essence même de l’idée et des mots de Pagnol. C’est le texte qui vous dit tout naturellement comment le jouer.


Avez-vous tout de suite pensé à Kad Mérad ?
Oui car c’est un acteur génial que j’avais déjà remarqué et puis Kad est aujourd’hui un personnage emblématique qui plait à un public de jeunes et ça, c’était important car je voulais vraiment que les jeunes puissent découvrir ce texte et pour cela, il fallait un Kad Mérad qui attise la curiosité et l’intérêt des jeunes. Je suis sûr que je ne me suis pas trompé en lui confiant ce rôle !
Est-ce que c’est grâce à « Manon » et « Florette » que les Pagnol vous ont fait confiance ?
Je crois que, vu le succès de ces deux film, sans vouloir me vanter, j’avais une certaine légitimité, même si la Provence de ces deux films est une autre Provence que celle de ce film. De plus, n’étant allé à l’école que jusqu’à 14 ans, c’est plus tard que j’ai découvert Pagnol mais j’ai tout lu et je connais « mon Pagnol » par cœur et ça, ça m’a beaucoup aidé aussi. Sans compter qu’en faisant les repérages, j’ai retrouvé des lieux, des paysages que j’avais oublié ou occulté et qui me revenaient tout à coup. Et les paysages étaient importants car je les voulais somptueux, avec une grande force poétique. J’avais presque une volonté de peintre !
Avez-vous pensé aux spectateurs provençaux qui se sont tellement approprié Pagnol ?
Oui, bien sûr car je sais que ce qui les énerve c’est lorsqu’on les caricature, qu’on en fait des personnages exotiques, folkloriques et surtout lorsqu’on force leur accent, ce qui est pour eux la pire des choses. Là, j’ai fait parler avec l’accent les personnages qui l’ont naturellement : Darroussin, Kad… et moi. Les autres ont gardé leur façon de parler. Il fallait que les personnages soient humains et qu’on entende la petite musique de Pagnol. J’ai fait ce film avec le plus de lucidité, le plus d’humilité, le plus de sincérité possible pour être au plus près de Pagnol
Etre devant et derrière la caméra, ça n’a pas été trop difficile ?
Non, c’était surtout beaucoup de travail car je courais beaucoup pour être à la fois derrière et devant ! Mais j’étais très concentré derrière la caméra et dès que j’étais de l’autre côté, j’oubliais la technique, je retrouvais mon personnage car j’en étais vraiment imprégné, habité. Je me demande si ce n’est pas mon plus beau rôle et il me tenait trop à cœur pour que je le laisse à quelqu’un d’autre. En plus, ça me faisait un comédien de moins à diriger !!!
Et puis, la contrainte m’a toujours boosté.
Aujourd’hui, avez-vous encore envie de réaliser ou de jouer du Pagnol ?
Mon rêve serait de faire la trilogie… Mais aujourd’hui je ne pense qu’à ce film !

Jacques Brachet

© 2011 Evasion Mag