Bons plans
    - Les bons plans

  Cinéma
    - La marche des crabes
    - Tellement proches

  Ecriture
    - De Toulon à Six-Fours
    - Notes de lecture
    - Fête du livre

  Evénement
    - Jumping à Cannes
    - Gastromare
    - Ramatuelle 2009
    - Ramatuelle 25 ans

  Expos
    - Sébastien : 100 ans
    - La Ciotat

  Festivals
    - Chanson Française
    - Solliès-Pont
    - Fayence
    - Eté à Cannes

  Gastronomie
    - Nature et Bio

  Musique
    - 2 CD de rentrée
    - Cock ROBIN
    - Frédéric ZEITOUN
    - Michel ETCHEVERRY

  Portraits
    - Manu LARROUY
    - TRYO
    - André MANOUKIAN
    - Yodelice

  Théâtre
    - Théâtre GALLI
    - Performance d'acteurs
    - Christophe GORLIER

  Tourisme
    - La réserve
    - Le Jura
    - Le parc des Alicourts

 

TELLEMENT PROCHES… TELLEMENT HILARANT

D’abord il y a Alain (Vincent Elbaz). Marié, deux enfants. Ancien animateur du Club Med mais dont les espoirs de devenir un grand comique s’amenuisent de jour en jour. Sans boulot, plus enfant que ses enfants, sa femme, Nathalie (Isabelle Carré) le prend totalement en charge et en a marre.
Et puis il y a Jean-Pierre (François-Xavier Demaison), qui voudrait avoir l’air mais, comme dit Brel, qui n’en a pas l’air. Avocat, marié, deux enfants qu’ils élève comme des singes savants. D’ailleurs, avec sa femme Catherine (Audrey Dana) il joue les grands bourgeois et ils ont inscrits leur fils dans une école juive alors qu’ils ne sont pas juifs ! En fait, Jean-Pierre n’est qu’un petit avocaillon commis d’office pour des petites frappes. Nathalie est sa sœur.
Il y a aussi Roxane (Joséphine de Meaux) sœur d’Alain, perturbée par son célibat, en manque d’amour et de sexe, envieuse de sa famille qui a construit un foyer et qui va se jeter sur un bel éphèbe, Bruno (Omar Sy), ce dernier, médecin, se retrouvant, le soir-même de sa rencontre avec Roxane, dépassé par les événements au milieu de cette famille foldingue…
Cette soirée va très vite dégénérer et à partir de là, Eric Toledano et Olivier Nakache vont partir dans une histoire totalement farfelue, un film totalement déjanté et iconoclaste mais où, dans cette outrance de situations, chacun reconnaîtra les siens, tant dans ces familles unies, les dissensions, les malentendus, les non-dits provoquent un jour ou l’autre des « trop dits » et des clashs…
C’est dingue et quelquefois très caricatural mais on rit de bon cœur et tous les comédiens sont parfaits.
Retrouver les deux réalisateurs, Eric Toledano et Olivier Nakache en compagnie de François Xavier Demaison et Joséphine de Meaux, est un plaisir. Plaisir partagé puisqu’ils reviennent avec joie à Toulon où nous nous souvenons de quelques jolis fous-rires partagés.

« C’est – nous disent-ils les deux réalisateurs en chœur – un film choral comme on les aime, où l’on réunit des personnages venant de mondes différents pour former cette famille unie envers et contre tout mais aussi fatiguée de se supporter. Il y a dans ce film une idée musicale où chaque comédien va jouer sa partition solo tout en étant irrémédiablement rattaché aux autres.
Pour nous, une comédie doit faire rire et pas seulement sourire quitte à aller très loin. Et lorsque le public a bien ri, il est plus particulièrement disposé à être ému. C’est ce qu’on a essayé de faire à la fin du film.
Nous essayons de faire des comédies qui sortent de l’ordinaire, des vrais sujets de comédie autour de vrais problèmes (la religion, le racisme) tout en dédramatisant et en allant vers quelque chose qui n’a pas forcément de règles, une écriture qui peut paraître déroutante mais que nous assumons totalement !
Nous ne voulons jamais être dans le tiède et nous sommes heureux que les comédiens, tous venant de mondes différents, aient suivi cette forme d’excès qui peut mener très loin, de forcer le trait au maximum sans tomber dans une trop grande caricature. »
François-Xavier : Finalement, vous savez, la réalité dépasse souvent la fiction. On croit être allé trop loin dans une situation et on se rend compte qu’en réalité il y a encore pire !
Ce que j’ai aimé dans ce film c’est le cadre tribal de cette famille qui s’aime, qui ne peut se passer les uns des autres et qui, en même temps, voudrait pouvoir s’en évader. Souvent en famille, on sur joue, on se retrouve dans ces situations où on doit jouer un rôle et plus ça va loin, plus ça semble réaliste. Ce qui m’a également plu c’est que chaque personnage a ses défauts, ses failles, chacun s’est construit un monde factice vis-à-vis des autres et petit à petit, tout en suivant une trajectoire, le rideau va se déchirer, chacun va évoluer, se dévoiler autrement. Et ça, c’est formidable à jouer.
Joséphine de Meaux : Je connais ce genre de famille qui est tellement soudée qu’un jour il faut que l’on se détache car ça devient irrespirable… pour mieux se rattacher un peu plus tard.
C’est en fait ce rôle que j’ai et que j’aime : je suis celle qui s’est un peu détachée de la famille mais dès qu’elle en est éloignée, cette famille lui manque. De plus, elle se sent mal car elle est la seule a ne pas avoir vraiment réussi, a ne pas être mariée, ne pas avoir fondé une famille et surtout elle est en manque, de sexe peut-être – certainement même ! – mais surtout d’affection, de maternité et rêve d’avoir une vie comme tout le monde. Et du coup, elle se jette vraiment au cou de ce médecin et lui impose très vite sa famille… ce qui, au départ, n’est peut-être pas vraiment le bon moyen de le garder ! Mais elle a des réactions très fortes et elle se bat, quitte à se mettre en danger, pour obtenir ce à quoi elle aspire.
Ce personnage est assez complexe et donc formidable à jouer et j’essaie toujours d’aller fouiller au plus profond de moi pour arriver à ces situations extrêmes ».

Lorsque deux artistes écrivent ensemble, on leur demande toujours comment ils font, qui fait quoi… etc… J’aimerais demander aux 2 comédiens comment ils réagissent lorsqu’ils ont « sur le dos » deux réalisateurs !
François-Xavier : Au départ c’est un peu curieux de travailler avec un monstre à deux têtes et puis l’on s’y fait très vite car ils travaillent alternativement mais très près l’un de l’autre. Il y a entre eux beaucoup de complicité et ils sont rarement en désaccord. Ce n’est pas toujours le même qui vient vous indiquer ce qu’il faut faire mais on le prend pareillement. C’est un vrai duo alternatif ! Lorsqu’on est acteur et qu’on rencontre de tels réalisateurs, on ne peut qu’être heureux.
Joséphine : En fait, on fait comme eux : on joue sur leur personnalité, on joue avec leurs failles, leurs défauts et les qualités. Ils sont à la fois très différents et très complémentaires et l’on reçoit pareil des deux. Ils sont peut-être aussi plus détendus qu’un réalisateur tout seul car il y a tellement de choses à faire sur un plateau que chacun s’appuie sur l’autre et s’échange le boulot. Pendant qu’un des deux règle un problème technique, l’autre vient nous donner des indications… et vice-versa !
Olivier, Eric, vous avez dit avoir été très influencés par les films de Sautet. Mais chez vous c’est le négatif des films de Sautet, non ?
Croyez-vous ? Chez Sautet aussi ça se bat, ça crie, ça se déchire, même si ce n’est peut-être pas si outrancier !
Nous avons toujours adoré son cinéma, nous avons vu tous ses films et c’est vrai que l’on s’inspire quelque peu de lui par le fait de cette réunion d’acteur dont aucun n’est la vedette, chacun a un rôle à tenir dans une histoire chorale. Il y a ce phénomène de troupe, de groupe, de famille, avec des relations humaines très fortes. Mais on retrouve aussi cela chez Yves Robert qui nous inspire aussi beaucoup.
Pour nous, ce sont des références et après, on fait notre propre cinéma, on parle de ce qu’on connaît, de ce qu’on vit, de ce qu’on partage avec cette forme de réalisme comme chez eux. A la limite, avec chaque personnage on pourrait faire un film.
Et puis chez nous, il y a le rire, l’humour, l’envie de faire de vraies comédies et de progresser sur cette variation du rire car il y a encore beaucoup de chemins à prendre, de voies à découvrir… avec notre troupe, notre famille à nous…"

Propos recueillis par Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag