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JAZZ AU PORTUGAL

Il est sur la terre des régions bénies des dieux, telles Estoril et Cascais au Portugal à 30 kilomètres sur la côte ouest de Lisbonne, juste après que le Tage s’est jeté dans l’océan Atlantique. Deux adorables stations balnéaires débouchant sur de belles plages. Estoril qui fut célèbre pour son circuit automobile, qui après des années de silence a repris de l’activité, et son casino rutilant, et surtout Cascais, le charme absolu, petit port de pêche aux ruelles enchanteresses, avec ces adorables maisons décorées d’azulejos, ses petits restaurants bon marché où déguster les sardines-pommes de terre, et bien sûr les différentes recettes de bacalhau, arrosées de vins délicieux de l’Aletenjo ou du Douro.
A la fin du XIX° siècle la famille royale vint y séjourner, Cascais commença à s'embourgeoiser et à devenir une destination de choix pour les vacances de ces damoiseaux et damoiselles de la cour. Aujourd’hui c’est un endroit de rêve car il n’y a pas encore un grand déferlement de touristes.
Le « farol da guia » fut le premier phare de mer installé en Europe afin de guider les bateaux, et ce en 1610.
C’est aussi à Cascais que le foot-ball prit naissance au Portugal.
Et dans ce paradis, qui l’eût cru, se trouve un homme, Duarte Mendonça, un de ceux par qui le jazz est arrivé au Portugal. Il est né à Lisbonne en 1932, et voilà 34 ans qu’il organise ce « Jazz num dia de verao », « Jazz d’un jour d’été » où sont passés plus de 1000 musiciens dont, parmi les disparus, Dizzy Gillespie, Benny Carter, Charles Mingus, Art Blakey, Sonny Rollins, Chet Baker…
Duarte Mendonça est devenu jazzfan à l’âge de 15 ans en entendant « Drum Boogie » de Gene Krupa. Il possède maintenant plus de 13 000 disques. Il règne aujourd’hui sur sa maison de production « Projazz-DM Produçòes ». Tout n’a pas été facile surtout pendant la période Salazar, d’autant que ce festival était un des rares endroits où soufflait un vent de liberté.
Duarte Mendonça s’est vu en 2004 décorer d’une médaille de la culture par le Portugal, et une autre par l’Ambassade des Etats-Unis, pour son dévouement à la cause du jazz.
Deux autres personnages ont contribué à faire connaître le jazz au Portugal, José Duarte, qui n‘a cessé lui non plus d’œuvrer pour faire connaître le jazz. Il a commencé sa carrière de promoteur du jazz avec une émission qui s’intitulait : Le jazz, cet inconnu, en 1958. L’âge venant il a décidé de donner tout ce qu’il possède à propos du jazz à l’université d’Aveiro, où il enseigne. L’autre prosélyte c’est Luis Vilas-Boas, l’homme qui amena le jazz au Portugal juste après la II° Guerre Mondiale, et le créateur du « Hot Clube » de Lisbonne, qui se dispute l’ancienneté des clubs en Europe avec le Caveau de la Huchette, à quelques jours près, ayant chacun plus de 50 ans.
En route donc pour le festival 2008 qui s’est déroulé dans la cour de la Citadelle qui domine la ville et l’a protégée pendant des siècles. Festival à dimension humaine, qu’on pourrait comparer tant par la rigueur des choix que par la décontraction, la convivialité, le fonctionement, et le côté festif, à celui du Fort Napoléon à La Seyne sur Mer.
Départ en big band le 4 juillet 2008 avec The Vanguard Jazz Orchestra, héritier du Thad Jones-Mel Lewis Orchestra, 16 musiciens parmi lesquels on remarque Luis Bonilla (tb), Terrell Stafford (tp) et surtout le batteur John Riley qui est le cœur et les poumons de cet orchestre.
On entre dans une autre dimension le 5 avec le Ron Carter Foursight Quartet. Ah ! l’élégance de Ron droit derrière sa grande basse, et la beauté de ses doigts sur le manche. Là, c’était du grand Ron, le plus beau son de contrebasse qu’on puisse entendre. Une musique claire et dense, qui n’est pas sans faire penser à l’esprit du Modern Jazz Quartet..
Pour le 6, deux concerts : Le premier avec Miguel Zenon Quartet : Luis Perdomo (p), Hans Glawischnig (b) et Eric Doob (dm). Un jeune groupe bien dans la mouvance d’aujourd’hui, celle d’un Joshua Redman par exemple.
Puis Karrin Allyson, une chanteuse-pianiste qui vient du folk et de la pop, et qui s’est mise au jazz à Kansas City, assurait le deuxième concert, un concert savoureux.
Pour les concerts des 8, 9 et 10 on se retrouvait  au Casino d’Estoril puis dans ce mythique « Hot Clube de Portugal » à Lisbonne. On eut le plaisir de découvrir Kim Kalesti, une chanteuse bop venue de l’underground new-yorkais. Beaucoup de charme, une voix assez lisse, capable de belles envolées, en parfaite connivence musicale avec Ku-Umba Franck Lacy, qui fit partie des Jazz Messengers.
Le 11, malgré des ennuis de santé, le grand Bobby Hutcherson a donné une prestation de qualité. Olympien et souriant derrière son vibraphone. Un magnifique quartette avec un batteur, Eddie Marshal, qui pulse et lance des roulements fusillant, un pianiste, Joe Gilman, qui joue en complément du vibraphone, et un bassiste, Glenn Richman, qui emballe le tout dans un écrin de velours.
Le 12, ce fut le tour de Brandford Marsalis et de ses fabuleux compères : Joey Calderazzo un pianiste à la main gauche fulgurante, Jeff Watts, un batteur qui semble réunir les qualités des plus grands, et un bassiste à la pompe allumée, Eric Revis, pour nous emmener là où le jazz est le Pays des Merveilles , où Alice s’appelle swing, avec un Branford illuminé au ténor et somptueusement lyrique au soprano.
Finale le 13 avec le maintenant traditionnel JATP Revisited, une recréation de Duarte Mendonça, emmené pas Lewis Nash, ce batteur capable de pratiquer toutes les techniques, soutenus aussi par la pompe royale de Peter Washington,avec Eric Alexander a fait merveille au ténor, Bobby Watson à l’alto, ainsi que Diego Urcola (tp), Peter Berstein (g) et Dado Moroni (p) s’est donné à fond dans son jeu riche et volubile. Ce fut donc un concert plaisant et festif, parfait pour clore ce festival au charme sans pareil.
Duarte Mendonça peut se dire : Mission accomplie, puisque maintenant il y a des festivals un peu partout dans le pays, des musiciens qui comptent, des écoles, et des concerts toute l’année.
Vous savez ce qui vous reste à faire, prendre un billet pour Cascais . Vous reviendrez chez vous comblé et heureux.

Serge Baudot
Contact : dm@projazz.pt tel : 00 351 21 482 78 62
Site : www.projazz.pt

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