JUGNOT, PIRATE D'OPERETTE DANS "L'ILE AUX TRESORS"
Sortie nationale : 31 janvier

On a tous lu, à des âges divers « L’île au trésor » le chef d’œuvre de Stevenson.
Mais qui n’a pas vu l’adaptation – française, s’il vous plaît – très, très, très librement adaptée – le générique dit « piratée » - ne peut savoir à quel point les deux œuvres, le livre et le film, sont peu liées !
Et néanmoins fort intéressantes car si le livre est vraiment un récit d’aventure plein de suspense, le film, signé Alain Berbérian, est une aventure terriblement loufoque où se côtoient un pirate à jambe de bois irascible, borné, idiot, maladroit et… amoureux, un médecin alcoolo qui a coupé la jambe du-dit pirate au lieu de lui soigner le bras, une baronne folle de sexe et de sang, un capitaine à la botte de la baronne, un second homo, et un jeune homme courageux mais sans cervelle… Tout ce beau monde part chercher un – plutôt : des, puisque le titre est « l’île aux trésors » - hypothétique trésor qui sera retrouvé après de multiples et folles aventures et ne servira à personne !
Cette histoire oscille entre les Monty Python, « Peter Pan » et tous les films dits « corsaires », plein d’aventures, d’incongruités, de rebondissements et Alain Berbérian, capitaine de cette œuvre s’en tire fort bien. Mieux que pour son « Histoire corse » que j’avais passablement aimée.
Jugnot, alias John Silver est un pirate aussi bête que méchant, aussi vindicatif qu’amoureux, aussi matois que colérique… Bref, Jugnot dans toute la splendeur d’un rôle qui s’apparente à son légendaire Père Noël. Et l’on sent le plaisir qu’il a eu à le faire. La Baronne et la pulpeuse et sculpturale Alice Taglioni, aussi perverse que belle. Le docteur bourré au rhum est l’inénarrable Jean-Paul Rouve, poudré, perruqué et ahuri à mort et le petit Jim est le charmant Vincent Rottiers.
Une histoire de fous jouée par de doux dingues et menée tambour battant par un réalisateur qui allie belles images, belle musique (signée Nicholas Dodd), beaux mouvements de caméra et beaux paysages. Un petit reproche : une violence un peu trop appuyée. Mais bon, le monde n’est pas parfait… Alors, un film…
Arrêt Toulon pour le réalisateur et le comédien qui se retrouvent, au Pathé Grand Ciel de la Garde, dans les – presque – décors du film , entourés de pirates puisque Emmanuel Luc, directeur du cinéma a fait se travestir tous ses employés… sauf lui !
« Gérard Jugnot, comment vous est arrivé ce projet fou ?
C’est l’idée du producteur Jean-Pierre Ramsay-Levy… Il nous a obligés à tourner ce film, il m’a même fait amputer d’une jambe en février, qu’il a conservée dans la neige carbonique pour me la greffée lorsque le film a été terminé !!!
Ceci dit, c’est vrai qu’il s’est battu comme un chien pour faire ce film dont il avait envie depuis très longtemps. Le film ne pouvant se faire il a pensé à le tourner pour la télé en deux fois 90’. Je n’étais plus dans la distribution. Puis, le scénario remanié, c’est redevenu un film avec moi ! Et je trouvais ça très rigolo à tourner !
- Il faut préciser – ajoute Alain Berbérian – que c’est une adaptation on ne peut plus librement adaptée de l’œuvre de Stevenson. Il ne reste en fait que le fond de l’histoire…
- Oui – reprend Jugnot – la baronne n’existe pas dans le roman, c’est un mélange de Milady et de Dr Jekill, les homos non plus et plein de choses ont été remaniées. C’est un clin d’œil à l’auteur mais ce qui m’énervait et aussi, ce qui m’a décidé, c’est que tous les films de pirates étaient des films américains joués par des sex symbol. J’ai voulu prouver que je pouvais être un pirate, sinon crédible, du moins potable et français !
Quelle est la cible de ce film ?
Je vous vois venir puisqu’on nous a déjà dit que ce n’était pas vraiment un film pour adultes et que c’était trop violent pour les enfants. Et ça aussi, ça m’énerve. D’abord, je ne vois pas pourquoi un adulte ne pourrait pas s’amuser devant un film d’aventures. Quant à la violence, lorsqu’on voit ce que les enfants regardent aux JT, à quels jeux ils jouent sur leur vidéo, et qu’ils peuvent visionner « Blanche Neige » ou « Casino Royale », je me dis qu’ils sont blindés et qu’à côté notre film est simplement un amusement !
Et vous, Alain, qu’est-ce qui vous a séduit dans ce scénario ?
C’est le sujet et aussi le fait que ce n’est pas une comédie traditionnelle. Le scénio est totalement décalé et sort vraiment des standards habituels.
- Et puis – coupe Jugnot – quel plaisir de jouer un affreux jojo, un vrai méchant pirate qui n’a même pas les moyens de sa méchanceté, pris entre deux trésors, le vrai et la Baronne… C’est jubilatoire. Sans compter les sites superbes de la Thaïlande, la belle musique, un magnifique bateau, des belles lumières et… de beaux comédiens !!!
C’est un vrai grand film d’aventure dans un superbe paquet-cadeau !
- C’est, ajoute Alain Berbérian, une incitation au public disant : « Embarquez avec nous » : Il faut qu’il s’amuse autant que nous nous sommes amusés en tournant.
C’est un film à gros budget, donc un film à risque !
C’est vrai et j’ai d’ailleurs pensé, avant d’accepter, à tous les films de pirates américains qui se sont cassés la gueule. Mais l’envie a été la plus forte et je pensais que ça valait le coup de prendre le risque et je donne un coup de chapeau au producteur ici présent qui a osé le faire !
Gérard, qu’est-ce qui vous fait choisir un film aujourd’hui ?
Je veux avant tout m’amuser ! J’ai la chance, maintenant, d’avoir le choix et j’en profite. Et le verbe qui caractérise le fait de tourner c’est bien « jouer » ! C’est un métier à la fois ludique et sérieux. Et c’est ce que font tous les enfants lorsqu’ils se prennent pour Zorro ou Robin des Bois, avec tout le sérieux qui les caractérisent. Et ils y croient. Puis ils s’arrêtent pour manger deux choco BN et repartir de plus belle dans ce monde ludique.
Et vous Alain ?
Je suis un réalisateur très sérieux, même si c’est difficile à croire. Mais j’aime aussi beaucoup m’amuser. Je suis Anglais de souche et je m’amuse en étant sérieux. C’est ce qui avait plu aux Nuls…
- Il n’est pas forcément rigolo – renchérit Jugnot – et pourtant il a un humour très anglais. Et ne confondons pas : rire et faire rire, ce n’est pas la même chose ! »
On voit que la connivence est de règle entre les deux artistes qui ont ce jour-là mené un marathon en trois étapes pour s’arrêter un peu plus d’une heure à Toulon avant de très vite repartir. Mais Alain Berbérian, qui avait reçu un excellent accueil pour « L’histoire Corse », voulait à tout prix s’arrêter à Toulon. Quant à Gérard Jugnot, il est aujourd’hui un peu l’enfant du pays…
" Chut – nous fait-il avec le doigt, à l’évocation de son ermitage varois – surtout ne dites rien, je veux avoir la paix lorsque je viens ici incognito…
Et vous faites quoi ?
Je me repose, je fais du bateau, j’ai découvert la plongée sous-marine et, entre Porquerolles et Port Cros, j’ai aperçu des merveilles. J’ai même vu des dauphins, au large. Et puis, cette région, son climat, ses paysages, ses parfums… ça m’émerveille et je suis toujours heureux d’y revenir !"
Propos recueillis par Jacques Brachet |