Michel PETRUCCIANI par Benjamin Halay.
(éditions Didier Carpentier)
Musicologue, pianiste et compositeur, Benjamin Halay a rencontré Michel Petrucciani en 1995 après lui avoir demandé l’autorisation de faire sa maîtrise sur lui. Ce dernier ayant accepté il s’en est suivi une admiration et une amitié qui dura jusqu’à la mort de Michel le 6 janvier 1999. Il travailla avec lui pendant les cinq dernières années de sa vie.
C’est un récit hagiographique, mais qui ne cache ni les défauts, ni la dureté parfois, compréhensible par la fatigue et les tensions du métier, du grand pianiste. Dans les dernières années il assurait parfois plus de cent concerts par an à travers le monde ! Michel Petrucciani vivait à 100 à l’heure parce qu’il savait qu’il mourrait jeune. Et c’était un sacré bon vivant !
On apprend énormément de choses sur la venue au monde à Orange du troisième fils Petrucciani, le pianiste, le 28 décembre 1962. Puis sur la santé, la découverte du piano, du jazz, le rôle d’Anna, la mère dévouée, de Tony, le père, guitariste de jazz, comme professeur de musique et éducateur, les divers séjours de la famille avant de se fixer à Toulon, le partage affectueux et musical avec les deux frères, Louis le contrebassiste et Philippe le guitariste, la montée à Paris, la rencontre cruciale avec Aldo Romano, puis avec Eddy Louis, Charles Lloyd, Barre Phillips, Manhu Roche et tant d’autres rencontres importantes, les séjours et la carrière aux États-Unis, les labels dont Blue Note chez qui il restera 7 ans, puis chez Francis Dreyfus, les managers, les agents, les femmes, dont la dernière : Isabelle Mailé qui lui tiendra la main lors de ses derniers moments à l’hôpital Beth Israel à New York et qui mourra le 16 mars 2009, enterrée avec Michel Petrucciani au Père Lachaise à Paris , division 11, à quelque pas de Chopin et en face de Pierre Desprosges, la naissance du fils, Alexandre, avec Marie Laure Roperch, fils atteint de la même maladie que lui (l’ostéogénèse imparfaite) : bref, les joies, les peines et les drames, les vicissitudes de la vie et du métier.

Michel Petrucciani disait qu’il voyait les notes en couleurs, pas étonnant qu’il se soit mis à la peinture.
Benjamin Halay insiste plus sur les débuts du pianiste que sur la fin, bien qu’il montre le chemin quelque peu commercial que prenait la musique de Michel sous les tensions économiques.
Il faut tout de même relever un défaut important : Benjamin Halay se croit obligé, dès qu’il cite un nom, de faire la biographie du personnage, on se perd ainsi en digressions qui finissent par fatiguer et nuire à la lecture. Certes tous ces personnages ont une place importante dans la vie de Michel Petrucciani, et l’auteur se défend à priori de ce choix, en disant qu’il donne ainsi matière aux futurs chercheurs. Soit !
À noter une préface émouvante d’Alexandre Petrucciani, le fils, et une belle préface de Didier Lockwood, qui avait rencontré Michel à Toulon quand il était âgé de 13 ans seulement, il avait tout de suite senti les immenses qualités du jeune pianiste ; et c’est Didier qui a ouvert une école comme celle que Michel Petrucciani rêvait de créer et qui n’a pu hélas aboutir.
L’auteur complète son ouvrage avec quelques photos bien venues, une discographie détaillée, une filmographie, une sélection des compositions du pianiste (141 œuvres déposées à la SACEM), des renseignements sur les partitions, une bibliographie, un catalogue, des index, les nombreux prix et récompenses engrangés par le pianiste : tout ce qu’il faut pour pénétrer à fond dans l’œuvre de Michel Petrucciani.
Comme le dit Benjamin Halay parlant de Michel: « À le regarder sur scène on observait le ciel. À l’écouter, on entendait les étoiles. »
Serge Baudot |