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FRANCIS PERRIN : UN HOMME HEU-REUX !

Rencontrer Francis Perrin est toujours un grand plaisir car une amitié nous lie depuis 30 ans. Il aura fallu un film « On s’est trompé d’histoire d’amour » de Coline Serreau et un bocal de confiture de châtaignes a fait le reste… On ne s’est pas trompé d’histoire d’amitié.
Et puis, « le père Perrin » a toujours quelque chose de drôle, de passionnant à raconter car ce beau, sympathique et populaire comédien, qui fut aussi réalisateur au cinéma, metteur en scène au théâtre, auteur, écrivain, responsable d’un théâtre puis d’un festival a toujours eu une vie à cent à l’heure… Passion oblige.
Même si aujourd’hui, il me dit en riant qu’il va un peu se poser pour se consacrer à l’écriture et à sa vie de famille, il enchaîne aussitôt qu’il est déjà sur un autre livre, qu’il prépare une série télévisée, et une pièce de théâtre pour la rentrée, à la Michodière, avec son complice Jean-Luc Moreau. Elle sera signée Ray Cooney, s’intitulera « Chat et souris » (lisez « Tchat » car c’est d’ordinateur qu’il s’agit !) et sera en quelque sorte la suite de « Double mixte » vingt ans après.

« Mais – ajoute-t-il – c’est lui qui signe la mise en scène. Je ne veux plus être responsable de rien, je veux me reposer un peu ! »
OK mais il est tout de même en tournée avec la pièce de Laurent Ruquier « Si c’était à refaire » (voir rubrique théâtre) et vient de sortir chez Plon un magnifique livre sur les 15 dernières années de Molière intitulé « Molière, chef de troupe » qui obtient un tel succès qu’un mois après sa sortie il est en réimpression.
« Ca, ça m’a donné beaucoup de travail. Au départ je pensais en faire une pièce de théâtre, lorsque Plon m’a appelé pour me demander de leur écrire un livre. J’avais quelques idées qui ne les emballaient pas et puis, j’ai parlé de cette pièce dont j’avais à peine écrit 40 pages… Ils ont aimé et ont dit « banco ». J’avais quand même derrière moi deux ans et demi de travail de recherches. Je suis allé partout où je pouvais me documenter et j’ai fait des trouvailles extraordinaires. Après avoir collectionné, trié, mis bout à bout toute cette documentation, il a fallu tout relier par le corps de l’histoire et les dialogues afin d’être au plus près de la vraie histoire. Il y a eu des moments de doute, j’ai même voulu tout arrêter. Ca m’a encore donné un an de travail. Mais aujourd’hui je suis heureux du résultat et surtout du succès qu’a ce livre. C’est ma plus belle récompense !

Qu’est-ce qui te rend le plus fier ?
Que des gens viennent me dire : « Cette phrase est superbe… Elle est de Molière ? » alors qu’elle est de moi et vice versa. Ca prouve donc que j’ai atteint mon but et que j’ai pu vraiment me glisser dans sa vie et dans son époque. Ca me fait rudement plaisir !

Comment as-tu fait pour les dialogues ?
Evidemment, ils sont en grande partie de moi en dehors de quelques phrases de Molière que j’ai pu retrouver. Ils s’appuient sur des faits réels, ils sont tout à fait plausibles et puis, n’oublie pas que je suis un homme de théâtre qui pratique les comédiens, les auteurs et, depuis Molière, l’esprit n’a pas beaucoup évolué dans ce monde-là. Il fallait simplement que ces dialogues s’insèrent dans la façon d’être et de parler de l’époque.

On y retrouve beaucoup de toi !
Je crois avoir beaucoup de points communs avec Molière : la passion du théâtre, de jouer, d’écrire. Je mets en scène, j’ai été chef de troupe et j’ai parcouru des kilomètres avec celle-ci… Je me retrouve beaucoup en lui. De cette passion dévorante je connais les joies, les affres, les doutes, les succès, les échecs… Tout est toujours pareil pour nous…

Pourquoi avoir choisi seulement ses 15 dernières années ?
Parce que le reste a déjà été beaucoup traité, parce que c’est son installation à Paris et aussi parce que c’est dans ce laps de temps qu’il a écrit tous ses chefs d’œuvres… qui d’ailleurs n’ont pas toujours été des succès à l'époque, qui ont même été des bides avant d’être aujourd’hui considérés comme des œuvres maîtresse du théâtre. C’était donc un éclairage différent que je voulais donner de l’homme et de l’artiste. Un homme qui était célèbre, qui a gagné beaucoup d’argent, qui a eu des triomphes mais qui était tourmenté et qui a eu beaucoup de malheurs, de peines et même d’ennemis et de trahisons.

Tu as dû lire aussi beaucoup de livres sur lui ?
Oui, tout ce que j’ai pu trouver dont le merveilleux livre de Jean-Pierre Darras qui partageait ma passion pour Molière. Et j’avoue que j’ai souvent pensé à lui en écrivant.

As-tu vu "Molière" le film de Laurent Tirard ?
Oui et je l’ai beaucoup aimé. Il est à la fois ludique, intelligent et intéressant car il invente une histoire – là encore, tout à fait plausible – sur ces deux années mystérieuses où Molière a disparu de la circulation sans qu’on sache vraiment ce qu’il a fait de ces deux années. C’est une période obscure de sa vie et ce qui est drôle c’est que mon livre commence là où le film se termine !

Ton roman pourrait donc devenir un film ?
Peut-être. Ou un téléfilm. Certainement pas une pièce de théâtre…

Tu serais prêt à le réaliser ou à ré endosser le rôle de Molière ?
Ni l’un, ni l’autre ! Je suis trop vieux aujourd’hui pour jouer Molière, Je l’ai fait, c’est bon. Quant à le réaliser, je n’ai plus envie de m’emm…er à monter un projet. Si quelqu’un veut le faire, pourquoi pas ? Je suis prêt à aider à l’adapter.

As-tu pris beaucoup de libertés par rapport à l’histoire réelle de Molière ?
Tu sais, il n’y a pas beaucoup d’écrits sur certains événements qui sont souvent simplement signalés par La Grange qui était son comédien, son régisseur et qui notait dans un cahier les événements au jour le jour. J’ai retrouvé d’autres documents, la correspondance de Boileau qui ont été des supports. Mais Molière brûlait beaucoup. A cette époque on n’était pas aussi accros à l’autographe, aux écrits manuels. Donc, lorsqu’il fallait développer certains passages, je m’inspirais de ma vie de saltimbanque, des rapports que j’ai pu avoir avec les comédiens, avec les décideurs aussi, au caractère des artistes qui n’a pas beaucoup changé…

Donc tu es un homme… heu-reux !
Oui et satisfait de « mon œuvre » ! C’est un vrai boulot, un long travail qui est aujourd’hui récompensé. Je sais qu’il y a quelques petites erreurs, quelques petits rajouts… Mais personne ne l’a vu et du coup, mon livre va devenir… historique !

Et prêt à recommencer ?
Ca y est… Je dois rendre un second livre à Plon pour 2008. Ce sera encore historique, pas vraiment dans le théâtre mais… je ne t’en dis pas plus !

Ecrire est vraiment devenu une passion pour toi...
C’est vrai et c’est pourquoi je veux vraiment m’y consacrer. Je veux prendre du temps pour ça… et pour ma vie aussi. J’aurai 60 ans en octobre, j’ai, disons, peut-être encore vingt ans à vivre, je veux les vivre en paix, serein, sans plus me préoccuper de rien. Ca ne veut pas dire que j’arrête, la preuve en est ces projets de rentrée, mais je veux me laisser vivre et qu’on vienne me chercher si on a besoin de moi ! »
Avec ce bon Monsieur Perrin, j’ai vraiment rencontré un homme heureux !

Jacques BRACHET

© 2005 Evasion Mag