JEAN-MARIE PERIER NOUS CONTE L’ONCLE DAN
Il vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.
Et pourtant… pourtant, la nostalgie étant devenue ce qu’elle est, cette période de nos 20 ans « à nous » fait beaucoup d’envieux parmi les 20 ans d’aujourd’hui.
Les fameuses années 60…
Jean-Marie Périer, fils adopté du magnifique comédien qu’était François Périer mais qui, par la faute de l’abeille butineuse qu’était sa mère, la sublime comédienne Jacqueline Porel, se trouve être en fait le fils de feu Henri Salvador, a vécu une jeunesse dorée dans un milieu artistique où alors le show l’emportait sur le business. Mais, pris dans cette étrange ambiguïté qui était d’être le fils de deux pères et de deux couleurs différentes, se laisse quelque peu vivre dans une sorte de dilettantisme jusqu’au moment où le destin lui fait croiser le chemin d’un certain Daniel Filipacchi. Il a alors 16 ans et cet homme hors du commun va en quelque sorte lui offrir une certaine stabilité en devenant un père de substitution qu’il va appeler "Oncle Dan".
D’où le titre éponyme de ce livre qu’il nous offre aux éditions XO. Jean-Marie Périer, reste pour des milliers de lecteurs de « Salut les copains », le photographe génial et envié, ami des stars de la chanson, rock et yéyé confondues. Ses photos mythiques ont déjà fait l’objet de très beaux albums souvenirs puis Jean-Marie nous a offert sa biographie.
Ecrivant aussi bien que ce qu’il photographie, aujourd’hui il ne s’arrête plus et rend hommage à ce père spirituel que fut Daniel Filipacchi.
Dans l’époque d’après-guerre où tout projet pouvait se réaliser si l’on avait tant soit peu d’envie, de talent et d’idées, celui qui allait devenir le grand patron de presse dont on connaît le nom sans vraiment connaître le visage ni l’homme resté toujours très discret, avait la nonchalance de ceux qui ont de l’audace, de la folie et surtout la certitude de ses convictions. Sa phrase fétiche était : « Sans cesse vouloir et obtenir toujours ».
Il avançait aux coups de cœurs et aux passions qu’il avait nombreuses et variées : les femmes, le jazz, l’Amérique qui était alors le fantasme de cette génération montante. Partant du postulat que tout est possible lorsqu’on en a l’envie et l’ambition, il va tout oser, tout faire, créant ainsi la première émission de jazz sur Europe N°1 avec son complice Franck Thénot, reprenant un journal de jazz à l’agonie, créant aussi « Salut les copains », émission pour la jeunesse puis premier magazine pour teen-agers, osant des reportages coups de poing dans « Paris Match » qu’il récupèrera très vite, produisant des disques et collectionnant des œuvres d’art… entre autres !
Homme fantasque et fantastique, si son nom est célèbre il n’a jamais éprouvé le besoin de se montrer, de se « peopolariser » comme on dit aujourd’hui !
Cette rencontre, pour l’adolescent un peu paumé qui s’ennuie à l’école, qu’est Jean-Marie Périer, sera déterminante à jamais et entre eux se créera une amitié indéfectible et une collaboration longue, belle, pleine d’amour, d’amitié, de pudeur.
C’est un livre bourré de tendresse et d’admiration que nous offre là JMP dont on aime la plume alerte et volubile car il raconte aussi bien en parlant qu’en écrivant, le bougre !
On découvre grâce à lui un personnage hors du commun, original, magnifique qui aura vécu sa vie à 100% grâce à ses passions, ses rencontres, sa curiosité et ses essais transformés.
Un très sympathique portrait d’un « Oncle Dan » qui nous est conté à son corps défendant car il mit du temps à accepter le projet du photographe. On est heureux que JMP ait su l’en persuader et aujourd’hui, on espère de l’auteur un vrai grand livre sur l’acteur génial qu’était François Périer, son père, trop vite disparu et quelque peu oublié… sauf de quelques admirateurs dont je suis car nos chemins se sont croisés avec beaucoup de bonheur.
Jacques Brachet |