CANNES - PERFORMANCE D’ACTEUR 2008 :
RENDEZ-VOUS AVEC L’HUMOUR
Une fois de plus, on est bluffé par les performances de ce Festival. Pour sa 29ème édition, c’est une programmation équilibrée qui réunit les talents confirmés, comme les nouveaux venus qui promettent beaucoup. Dans tous les cas, c’est l’occasion de découvrir des styles, des textes, des moments d’émotion et bien sûr de rire. Soirée coup de cœur avec les 30 ans du Bœuf théâtre et à Monette Candella, rendez-vous joyeux avec Franck Dubosc, Noëlle Perna, Liane Foly, François-Xavier Demaison… un rendez-vous qui n’en finit pas d’attirer de plus en plus de spectateurs. On pense déjà à l’année prochaine !
MANU PAYET OU L'IMPERTINENCE REUNIONNAISE
Déjà bien connu à N.R.J où il anime des émissions depuis quelques années, ainsi qu’à la télé où il a fait des parodies sur la chaîne Comédie, Manos comme le surnomment ses compères a aussi participé à « On a tout essayé » de Laurent Ruquier sur France 2 et au Grand Journal de Canal+. Il a fait son premier « one man show », en 2007, au Splendid produit par Dominique Farrugia.
Dès l’abord, son aisance est évidente, il est bien sur scène où il arrive en dansant sur une musique de James Brown. Il démarre son spectacle avec un peu d’auto-dérision sur son identité réunionnaise et les petits travers sympathiques de ses congénères et surtout les policiers, des clones de Magnum, le héros télé souvent occupé par des jeunes femmes en maillot de bain ! Les enquêtes mettent également beaucoup de temps à se résoudre car l’ambiance est plus à la décontraction qu’au travail, tellement que l’on ne s’aperçoit pas que l’on piétine les preuves et où on attend que les voitures volées aient fait le tour de l’île pour y remettre la main dessus !
On écorche aussi au passage le tonton fier de « la vedette de la famille » ou la maman protectrice et matriarche ferme qui voit surtout en son fils un excellent conducteur dans les avenues de Paris !
Avec une facilité déconcertante Manu Payet passe d’une histoire à une autre et enchaîne sur des anecdotes drôlissimes. C’est léger mais réaliste, comme la passion que l’on peut avoir pour des émissions cultes lorsqu’on est jeune (Telefoot, par exemple) et qui passe lorsqu’on grandit. Au passage, il se moque de l’engouement des jeunes pour Tokio Hotel et fait une parodie du chanteur juvénile au téléphone avec sa mère « afec » l’accent allemand ! Il évoque aussi l’attachement à l’affreux T-shirt aux inscriptions « beaufesques » que l’on a du mal à quitter lorsqu’on traîne chez soi ou encore la dépendance au Nutella et l’inscription aux « Nutella Anonymes » ! Avec un coach qui, visiblement a du mal à se remettre de ses propres ex-dépendances vu qu’il associe des tremblements frénétiques en contradiction avec ses messages d’encouragement pour son groupe.
Manu s’amuse aussi à danser une biguine créole avec des paroles de joie de vivre irrésistibles et parodiques de ce qui se chante outremer.
Le sketch sur le groupe fondé dans sa jeunesse « Every Late » - sensé vouloir dire « toujours en retard » !- est hilarant, surtout avec la chanson « le prétérit », « be, was,beeeeen », « Forget, forgot » ( à tue-tête) et le copain au synthé qui ne sait faire qu’un jingle foireux….Bref , tout le monde se retrouve un peu dans ses parodies et, avec sa fraîcheur et sa décontraction, ainsi que son humour irrésistible, Manu Payet nous a offert une belle palette de ses talents multiples. Pas étonnant qu’un ancien « nul » n’ait pas hésité à le produire. Payet, c’est du solide et le succès est mérité.
A suivre.
En prime, un grand merci à l’orchestre des Diables Bleus qui a ouvert joyeusement la soirée avec des morceaux de Bobby Lapointe. A noter également ; la présence de Marianne Sergent dans la salle, ce qui n’est pas rien !
Isabelle G.
JEROME COMMANDEUR : L'ART DE LA CARICATURE
Jérôme Commandeur a déjà participé à l'émission « Graine de star » sur M6 comme humoriste imitateur, il a animé « Rince ta baignoire » sur France 2, a également fait pas mal de scène que ce soit en solo ou avec Paulo Goude. C'est donc le spectacle d'un comique bien rôdé auquel nous avons pu assister à la MJC Picaud à Cannes : "Jérôme Commandeur « se fait discret"
Le titre en lui-même est très révélateur, mais, si Jérôme se fait effectivement oublier, ce n'est que pour laisser la place à ses personnages qui eux, pour notre plus grand plaisir, sont très loin d'être effacés ! Comme vous pourrez le constater si vous avez la chance d'assister à ce « One man show » produit et mis en scène par Dany Boon.
Et pourtant, le trait a beau être forcé, les personnages ont beau être extrêmes, on a beau se dire que: « Non, je n'ai pas vraiment rencontré des gens aussi allumés dans le monde réel », on ne peut s'empêcher de penser que ces caricatures nous rappellent quelqu'un...Heureusement on n'arrive pas à mettre un nom dessus ( c'est plutôt rassurant ! ) mais il n'en demeure pas moins qu'on a la sensation de les connaître depuis longtemps, il y a quelque chose de familier en eux qui nous les rend attachants malgré tous leurs défauts et, croyez-moi, ils en ont à la pelle.
La représentation démarre tout en délicatesse avec l'anniversaire de Gisèle, 52 ans, secrétaire au Conseil Général dont le franc-parler vous met tout de suite dans l'ambiance:
« Mais si Jacqueline, tu as de la moustache !
Si on t 'appelle Magnum depuis 5 ans ce n'est pas à cause de la Ferrari ! »
Elle se poursuit avec un groupe de collègues de bureau qui ont eu la fabuleuse idée de partir en week-end avec les amis de certains d'entre eux.
Ils pourront découvrir à cette occasion que tout ne correspond pas au programme annoncé:
»Nathalie est là, devant moi, je me dis: « Allez Jérôme, t'as fait l'armée...tu lui fais la bise ! »
La diplomatie dont les différents protagonistes font preuve au début du séjour commençant à s'éroder au fil du temps et on aura droit à des répliques du style:
-Vous voulez des enfants ?
-Oui.
-Vous avez raison, quand on voit vos tronches à tous les eux, on se dit qu'il faut laisser une trace...pour les chercheurs.
A partir de là vont s'enchaîner les rencontres avec des énergumènes tous plus hilarants les uns que les autres, mon préféré restant le chauffeur routier qui fait découvrir les coulisses du métier à son stagiaire: un personnage d'anthologie selon moi.
Vous l'aurez compris, j'ai aimé, on ne s'ennuie pas lors de la représentation, les sourires éclairent les visages des spectateurs du début à la fin, les éclats de rire ponctuent les moments marquants, il y a du rythme, en résumé on ne regrette pas d'avoir fait le déplacement.
N'hésitez pas à découvrir cet artiste qui devrait faire parler de lui de plus en plus régulièrement.
Bernard Alzéal
IL ETAIT UNE FOIS FRANK DUBOSC
Le spectacle s’amorce de manière fracassante avec d’immenses étoiles blanches en toile de fond et des milliers de petits papiers blancs brillants qui tombent du ciel ; une entrée en matière très hollywoodienne avec de la fumée blanche d’où Franck Dubosc apparaît en clamant : « Et Dieu créa Frank Dubosc ! » Un tantinet mégalo, on retrouve dans ce tout récent spectacle le frimeur dérisoire qui vit complètement ses fantasmes de super héros irrésistible auprès des femmes mais cette fois-ci, c’est au service de l’histoire de sa vie. En ordre chronologique, les spectateurs vont vivre en direct toutes les étapes de la vie de « Franky », « Quiquito » pour les intimes : de sa naissance, sa vie de petit garçon,en passant par l’ado boutonneux, fan de hard rock au jeune homme en quête d’aventures puis à l’homme qui mûrit.
Les étapes de cette évolution donnent lieu à des scènes drôles, cocasses, exagérées et souvent salaces ! N’oublions pas que l’autre personnage du spectacle, c’est Jean-Claude,son « zizi » ! Ils dialoguent pas mal tous les deux au gré des aventures ! Il évoque sa naissance, l’enfant de six ans qui se prend pour « Franky Crockett » à qui l’on demande de passer à table alors qu’il se bat contre les indiens, il est ce petit garçon qui attend toujours que Zorro passe devant sa fenêtre, « Pepitoman » qui pique une crise lorsqu’on lui donne des Granolas !
A 14 ans, cheveux longs, hirsutes,les « années Biactol » avec le visage acnéique qui ressemble à « un tableau de bord » ! Puis, les premiers émois amoureux avec Annick, la perte de la virginité avec Simone est narrée comme une embuscade de guerre au Vietnam avec effets spéciaux et bruitages de tirs ! La forêt est « touffue » et le terrain…. « marécageux », c’est une expédition délicate en terrain féminin ! Et, on annonce tout content à tout bout de champ à tout le monde que l’on n’est plus puceau ! « Bonjour , je ne suis plus puceau ! Bonjour… ! »
Suivent les années Disco avec le samedi soir en boîte ; les leçons de danse prises pour le film « Disco » sont exploitées au service de ce sketch où notre Franky exécute quelques pas de danse dignes de Travolta . Commentaire : « Je glisse, je ne marche pas,j’exécute la moulinette de l’amour. » Une constante dans les spectacles de Dubosc, c’est de faire venir le public sur scène et de jouer ave. Il est donc allé chercher des enfants parmi les spectateurs pour « remplir » la boîte de danseurs et, surpris il s’aperçoit qu’il est accompagné de la « bande à Basile », il leur fait travailler un pas, c’est un des moments les plus drôles de la soirée où la spontanéité et le culot naturel des enfants font mouche avec un petit Hugo qui s’amuse à lui faire une prise de judo ! Au milieu du groupe, une danseuse professionnelle avec qui il finit le sketch dans un duo dansé bien enlevé.
Le voyage du jeune homme, devenu indépendant à Mykonos, au milieu d’éphèbes homosexuels alors qu’il est en manque de « gibier » féminin vaut le détour Puis, c’est l’arrivée sur Paris avec la veste authentique de ses débuts, le premier logement minable et minuscule qui donne envie de se pendre ! Les conquêtes féminines loufoques, la scène avec Katia, le mannequin, dans un restaurant de luxe où elle demande tous les plats les plus chers alors qu’il est fauch, puis Véronique, sa compagne, longuement citée dans le spectacle précédent, qui essaie de le faire travailler, l’épisode de l’entretien avec un C.V. super gonflé ; tout cela donne lieu à des scènes hilarantes !
Le spectacle est très écrit, bien structuré, la phrase : « Mais ça , c’était avant le drame ! » marque le passage à l’étape suivante alors que rien n’est vraiment dramatique .On sent un brin de nostalgie et de tendresse par rapport au chemin parcouru.
Le final est assez inattendu et émouvant bien que l’humour et l’autodérision soient toujours présents : Franky est âgé de 84 ans, Jean-Claude est « un bambou qui plie » et la boîte à souvenirs s’ouvre. On entend alors le public hurler : « Franky, Franky ! » Le grand gamin a fait son cirque en se moquant des situations qu’il a vécues dans sa vie et dans l’évolution de sa sexualité. C’est du pur Dubosc, sans prétention,sans tabous, avec un cœur qui bat sincèrement pour son « cher public ».
Isabelle G.
PANIQUE A BORD
On peut dire que les fanatiques de pièces de boulevard ont été gâtés ! Une comédie musicale interprétée par des pros du cabaret autour d’un scénario à multiples rebondissements. Malgré ce ruissellement d’actions l’intérêt n’y été pas. Les situations burlesques frisent de très près le grotesque voire le vulgaire…
Thomas VDB : so rock n’roll
Le rock mène à tout, même à la comédie et même si à priori ce n’est pas un univers où les chanteurs comiques se bousculent ! Journaliste puis rédacteur en chef au magazine « Rocksound » Thomas Vandenberghe décide de tout lâcher pour monter sur les planches mais sans guitare ou presque ! Son spectacle « En rock et en roll » reprend des anecdotes sur le milieu du rock et fait rire même ceux qui n’y comprennent absolument rien ! Un vrai défi ! Pourtant il est très fidèle à cette ambiance si particulière des chroniqueurs musicaux, chanteurs se voulant très sérieux ou amateurs de rock quoi ! Un grand panier percé rempli de chanteurs « FM » ou « à voix » ou « à textes » ou…à tout sauf du rock enfin !
Si vous passez par le festival d’Avignon, ne ratez pas son spectacle qui sera présenté du 10 juillet au 2 août au Palace.
Le garçon a tout de même de la suite dans les idées et ne quitte pas le rock comme ça ! Il anime sur la radio Le Mouv’ une émission originale « Le rock radio show » aux playlists thématiques assez hilarantes tous les dimanches de 19h à 20h.
On le retrouve aussi le mercredi dans « L’édition spéciale » sur Canal +.
Francky O.Right : so good
Bien sûr le public francophone aura quelques raisons d’être surpris par cet étrange personnage d’un autre âge ! Cheveux gominés, sourire « ultra Bright », costume noir : Francky apparaît et on ne sait plus vraiment où l’on se trouve !! On se croyait à la MJC Picaud de Cannes et voilà qu’on se retrouve quelque part vers Las Vegas dans un de ces grands, immenses cabarets avec en face de nous un présentateur de show à l’américaine !! Bien sûr on peut ne pas comprendre un traître mot d’anglais – Oh, sorry ! : D’américain ! Mais peu importe car ce langage mâchouillé sans chewing-gum est finalement très universel et on rit vraiment de bon cœur sans pouvoir parfois s’arrêter. On est aussi très bien accueilli dans un spectacle de Francky. On reçoit ainsi plein de cadeaux, ingrédients parfois bien étonnant pour passer une bonne soirée que je vous laisse découvrir. Ce jeune showman français, moitié tchèque, moitié américain sais aussi faire une large place à la poésie et à la tendresse : moments oh combien légers et subtils. Alexandre Pavlata est issu d’une famille de gens du cirque et c’est dès l’âge de 5 ans qu’il participe à de nombreux spectacles aux côtés de son père aux Etats-Unis. Son humour vous l’aurez compris est inclassable, surprenant et plein de fantaisie : un artiste à ne pas manquer.
Laurence Argueyroles
NOËLLE PERNA : MADO, VEDETTE DU "SHOVE BINS"
Lorsqu’on est originaire du Sud-Est, c’est vraiment agréable d’avoir en la personne de Mado, notre niçoise préférée, une représentante du côté coloré et pittoresque des autochtones qu’on peut côtoyer surtout quand la région est envahie par des personnes qui ne désirent qu’une seule chose : l’ensoleillement ! L’ identité sud-est ne se trouve pas que dans son climat, il y a un parler vrai avec des expressions imagées d’origine provençale . N’est-ce pas plus chantant lorsqu’on dit « bouffaïss » au lieu de bouffée, « ensuqué » pour « endormi », « tè vé » lorsqu’on désigne quelque chose ou encore « ké pantoufle » pour « espèce d’idiot », « ficanass » pour « commère » et, j’en passe !
Dans son « bar des oiseaux », Mado a eu l’occasion de croiser des figures atypiques qui lui permettent de brosser quelques portraits de personnalités locales marquantes ; Amélie, « la péripétassienne », l’actrice ratée « Marlène qui se triche » ou encore M.Rossi, pilier du bar, qui boit tellement de pressions qu’il est « kronembourré » ! Mais, surtout, il y a Mado qui raconte, qui se raconte et déclenche l’hilarité avec beaucoup de verve et une pêche incroyable ! Son « petit », « Toineau » a des « confettis dans la tête », normal, il a été conçu à Carnaval !
Et, c’est parti, avec son mari Albert à qui elle ne demande rien et qui ne peut pas le lui refuser ! Le grand traumatisme de cet homme sont les 35h qui l’obligent à faire 5h. de plus à la mairie ! Albert qui aime bien boire et que l’on surnomme A.O.C ( a oublié de cracher !) quand il a fini de visiter les caves de Bourgogne car il ne se contente pas seulement de goûter ! Mado et son homme sont partis en voyage avec la compagnie « Ici on jette » qui les fait passer par Paris pour aller à Madrid , aventure prétexte à toutes sortes d’infortunes cocasses pour le pauvre Albert !
Quant au beau-frère, policier, obsédé de la contredanse, il dresse un P.V. à sa femme lorsqu’elle ronfle, pour tapage nocturne ! Laquelle se venge par un P.V. pour excès de vitesse quand il remplit son devoir conjugal ! Quant à Mado, elle confectionne des sushi Parmentier : elle fait cuire le poisson et met de la purée de pomme de terre à la place du riz ! Elle trouve formidable que tous les sièges de la salle soient tous dans le même sens pour que le public profite bien du « spectake » ! Ses jambes ont fait trembler Ollioules ! Bref, les gags fusent et le public en redemande.
Quelques perles d’Amélie, « la poule » : elle travaille sur le port pour « l’orifice du tourisme » et a « plusieurs cordes à son string », quand elle achète un ordinateur et qu’on lui propose un P.C. ou un « Mac », elle se demande si on la connaît ! Madeleine « qui se triche », dont le véritable nom est « Pinéla », nom difficile à porter surtout lors de l’appel à l’école dans sa jeunesse où quelqu’un criait : « c’est déjà fait ! »….Ou encore la cliente tellement infidèle que le mari est obligé de se déguiser en voisin pour pouvoir coucher avec sa femme ! Il y a Jean-Phil, l’homo... ( !).Et aussi les touristes qui marchent avec hésitation sur les galets de la plage : les imitations les plus drôles sont celles des japonais et des italiens et enfin Mercedes, la danseuse de flamenco. La voix puissante et chaude de Mado lui permet toutes ces interprétations variées, elle a une gestuelle riche qui donne corps à ses imitations, elle est comédienne et a un réel potentiel qui peut intéresser des cinéastes .
L’aventure qui a commencé au « bar des oiseaux » se poursuit sur de nombreuses scènes de France avec brio et bonne humeur. Les spectateurs ont longuement applaudi, debout, à la fin du spectacle ; quel triomphe !
Isabelle G.
UN TARTUFFE EBLOUISSANT
Un grand bravo à la Cie Daniel Gros qui a vraiment ébloui et enthousiasmé tous les spectateurs de la Licorne ce mardi 10 Juin à 14h30 avec un Tartuffe interprété dans le plus pur esprit de Molière. Le préambule et c’est une excellente idée montre les hésitations et scrupules de Molière après son entretien avec le roi, comment avec sa troupe, il met en place les grandes lignes de la pièce qu’il décide de jouer malgré les attaques de ses détracteurs.
Quelles répliques doit-il garder ? Le regard critique de ses comédiens lui est précieux, parmi eux ; Madeleine et Armande Béjart, ses maîtresses à tour de rôle mais fidèles collaboratrices avant tout. La censure religieuse considère la pièce comme diabolique car elle tourne l’église en dérision or, dénoncer les vices de son temps, offrir la peinture de leurs défauts aux spectateurs a une dimension morale salutaire pour Molière qui considère l’art de la comédie aussi digne que la tragédie, « il veut être entendu au moins une fois », en ce sens, il est très pédagogique dans ses démarches et ce passage est tout à fait utile pour le public actuel, surtout les élèves de la section théâtre du lycée Bristol présents pour l’occasion.
Les situations se doivent d’être claires pour le plus grand nombre. Quant à Armande qui a fait le choix d’une robe trop luxueuse, il la prie instamment de se changer car la robe ne correspond pas à la classe sociale des personnages que la pièce met en scène. Cette incursion dans le domaine de la création artistique et de l’élaboration de la pièce change notre regard sur la pièce elle-même et nous rend plus curieux de découvrir les directions qu’elle a prises.
La pièce, elle, est superbement interprétée par la troupe savoyarde de Daniel Gros, le jeu des comédiens est volcanique et la performance physique des accès de colère force l’admiration : la rage d’Orgon ou de sa mère, Mme Pernelle, les réactions de Dorine, la suivante, la fourberie de Tartuffe qui a du mal à résister aux célestes appâts de la maîtresse de maison : « Pour être dévot, je n’en suis pas moins homme. »( !)
La mise en scène accentue le comique des situations avec des mimiques d’incompréhension ou des gestes en aparté et des pleurs exagérés .Tous les personnages sont campés avec talent et virtuosité et le grand Molière lui-même aurait sûrement admiré une si impressionnante prestation.
La musique est présente également avec un ensemble de jeunes musiciens dont un au clavecin ; avant chaque acte, ils interprètent une pièce qui évoque un menuet. Cette présentation musicale restitue fidèlement l’ambiance de l’époque, on oublie trop souvent la présence de la musique dans les temps plus anciens du théâtre et c’est un point positif en plus pour les choix judicieux de la mise en scène . Le credo de la troupe est de faire du théâtre pour tous et par tous, d’ailleurs Daniel Gros apportera un peu de son savoir-faire à la section théâtre du lycée Bristol de Cannes, il est prévu qu’il vienne.
A noter que Daniel Gros a monté un spectacle sur la commune de Paris : « Vive la commune », spectacle humoristique et historique avec la talentueuse Marianne Sergent. Encore merci à lui et à sa troupe pour cet excellent Tartuffe.
Isabelle G.
LIANE FOLY ET LES AUTRES
En passant de la chanson à l'imitation, Liane Foly nous séduit et renforce tout ce que l'on appréciait déjà d'elle:Voix langoureuse, jazzy, sexy et romantique.
Son professionnalisme lui permet d'être très à l'aise dans les personnages multiples.
Elle débute par Muriel Robin pour programmer le spectacle de cabaret "Le Guet-apens" chez Pedro.
La mise en scène de Marc Jolivet est parfaite. Célébration des femmes sacrées par une sacrée femme. Il suffira de changer d'accessoires (perruque, vêtements, look ..) et de voix! Pour que défilent toutes les yé-yé des années 60 ; mise en boîte subtiles par le trait retenu, le travers de chacune: France Gall et sa démarche robotisée ; Sheila et ses couettes ; Le regard et l'observation de Liane Foly sont féroces :
Carla Bruni "encore 4 ans"! qui n'aime pas que la musique!, Arielle Dombasle et ses conseils de vent , Ségolène et son programme.
Petite parenthèse: ce n'est pas la meilleure imitation. Je préfère de loin celle de la "Tortue". Céline Dion, Juliette Gréco, Catherine Lara, Véronique Sanson, Sylvie Vartan, Mireille Mathieu, Mireille du "petit Cabaret", sont saisies sur le vif: du pur bonheur.
Les gestes sont accentués, le verbe est caricaturé mais le timbre de la chanteuse lui permet de jouer de toutes les partitions.
Mme Serfaty est aussi vraie que celle d'Elie Kakou. Dino et sa compagne sont là aussi. Le répertoire est vaste: Jane Birkin, Fanny Ardant, Line Renaud …, n'épargne pas non plus les hommes: –Sarko, Drucker, et …"Olga" qui ne se remet pas de la visite de Besancenot, -Manoukian (retour de vie privée…). On termine avec BB en Harley Davidson. Beauté éphémère, neurones en moins…mais le mythe est toujours là.
Ovation du public, pendant 15 minutes.
Simplicité de l'artiste qui nous dit : " Vous êtes meilleurs que Marigny!"
Annie Ravier
FRANCOIS-XAVIER DEMAISON : L'EX GOLDEN BOY FAIT SON SHOW
Dans son spectacle, extrêmement drôle, inventif, parfois cruel, réaliste ou burlesque selon les portraits, F.X. Demaison se livre à d’étonnantes compositions. Il démarre avec l’animateur des groupes de réorientation professionnelle, mielleux à souhait mais qui, sous prétexte de mettre à l’aise les intervenants avec une « discussion informelle autour d’un café fédérateur » balance des horreurs avec un effrayant manque de tact, le café devient d’ailleurs « kiwi » lorsque l’animateur s’occupe ensuite de réunions écolos, l’animateur est récurrent dans le spectacle et le portrait est vitriolé, on sent le poids du vécu, le côté américain des thérapies de groupe et surtout le peu d’aide que ces réunions apportent aux gens qui y assistent !
Les souvenirs du golden boy de New York annoncés avec une imitation plus vraie que nature des bandes annonces de films américains : « This is the Stooorrry of a man…. » dont le portefeuille contient tellement de cartes qu’il a « l’impression de jouer au tarot », ses évocations du taxi antillais, du serveur cubain qui rêve de travailler en France,-pourquoi pas à Vierzon -offrent de nombreuses prestations irrésistibles ! Le choc des tours du World Trade Center qui s’écroulent, électrochoc pour lui et sa carrière : « Je ne veux plus perdre ma vie à la gagner ! », il repart à Paris et va faire ce dont il a toujours rêvé : du théâtre ! Il raconte les étapes de sa re-construction aussi bien psychologique que professionnelle, ses rencontres. Il évite les salles de gym avec des « gens minces qui ne mangent que des salades »….Il va faire de la boxe dans une salle un peu miteuse où « les mains puent des pieds, sales » de préférence ! L’entraîneur parle comme un dur des films des années 40 avec un registre digne des dialogues d’ Audiard.
Arrive Jean –Charles, le copain joueur de tennis qui « aime trop son argent pour ne pas risquer de le perdre dans une histoire d’amitié ! », il ne va pas prêter l’argent dont François a besoin pour monter son spectacle mais il va passer par le séminaire après avoir été quitté par sa femme, lui, l’affreux macho dominateur qui s’effondre et pleure comme un bébé ! Là encore, quelques scènes très drôles se jouent sous nos yeux.
Gunther, l’acteur allemand qui tourne avec Laura, sa petite copine, actrice dans « Heidi, petite fille des collines » déclenche l’hilarité avec son accent : « Heidi, che fais te préparer de la fache qui rit ! », ses souvenirs de tournages dans Derrick, les états d’âme de Laura, un peu gourde, un peu fragile, fière de tourner dans une future série ; « Heidi, petite fille », « Heidi à la plage »( !) Sans oublier Bitou, le castor animal de compagnie de Laura qu’elle a perdu un jour, ce qui l’a traumatisée ! L’arrivée de ce singulier animal donne à F.X. Demaison une nouvelle occasion de faire rire le public car il sait très bien faire le castor ! Les mimiques et la voix vont certainement devenir mythiques !
L’épisode granguignolesque de la mort de Bitou, miraculeusement retrouvé lors d’un déplacement n’est pas mal non plus et il meurt juste avant de dévoiler la combinaison du coffre-fort où se trouve son immense fortune ! D’ailleurs, le comique rebondit là-dessus, tout à la fin de son spectacle lorsqu’il dévoilera la combinaison…. interminable !
Il imite aussi son père qui accueille ses invités comme s’il étaient les clients de la brasserie-restaurant qu’il a perdue, c’est lui aussi qui a donné à son fils le goût du théâtre avec ses savoureuses imitations de Fantomas et de Serge Reggiani, ce passage est vraiment irrésistible et on ne peut qu’admirer le don d’observation et d’imitation dont Demaison fait preuve ! L’acteur grandiloquent qui est prêt à l’aider dans ses démarches et qui l’accompagne dans sa tournée est un clone de Guitry ! Ces portraits tendres et cocasses sont brillamment interprétés par le comique ! Le talent de François-Xavier Demaison est vraiment multiforme, il a une gestuelle riche avec des morceaux dansés (et bien dansés), des mimiques tordantes, une connaissance parfaite de ses textes et de ses personnages, des portraits inattendus, le spectacle est dense , rondement mené et le public a fait une ovation méritée à cet excellent acteur qui devrait certainement ne pas décevoir dans le rôle de Coluche qu’il va bientôt interpréter au cinéma .
Isabelle G.
Post-Scriptum : Merci et bravo aux organisateurs pour la sélection variée des spectacles, des talents confirmés ou à découvrir, un grand cru pour cette 29 ème édition de Performance d’acteur à Cannes. |