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30ème FESTIVAL "PERFORMANCES D'ACTEURS"

Un joli anniversaire pour ce festival que l’on retrouve tous les ans avec beaucoup de plaisir. Un savant mélange de talents confirmés et de petits jeunes qui montent, Perf d’acteurs invite au rire bien sûr et à la réflexion. Au hasard d’une phrase, d’une attitude. Une performance d’émotion qui n’en finit pas de séduire le public. Bon anniversaire !

Formule épicée : Stéphane Guillon ouvre les vannes !
Trublion bien connu des antennes et de Canal Plus pour ses propos acides et grinçants sur le monde politique et les sujets épineux, Stéphane Guillon a amorcé le 30 ème Festival cannois Performance d’acteur. Silhouette aussi noire que son humour, il déambule sur scène avec un petit air coquin et roublard, il balance ses vacheries avec un sourire désabusé et il y en a pour tout le monde !
Il commence par l’actualité locale agitée depuis quelques temps par des accusations d’homophobie dans la police municipale cannoise, le fait d’en plaisanter lui vaut d’être ‘interpelé’ de derrière le rideau pour payer une amende ! Petit clin d’œil au politiquement correct souvent épinglé et à une affaire qui devient gênante pour la ville de Cannes.
Suivent quelques remarques sur la crise, sur ceux qui ont payé le spectacle, ceux qui ne l’ont pas payé !! L’artiste revient sur le ras le bol du politiquement correct en demandant à la salle de saluer les non fumeurs qui ‘ne seront peut-être plus là l’année prochaine’ vu les avertissements alarmants qui fleurissent sur les paquets dont il compare la ligne noire de cadrage aux avis de faire- part d’obsèques !
Du coup la folie écolo est épinglée sans oublier que le ‘poulet à 6 pattes’, conséquence de Tchernobyl ‘contente tous les enfants car ils auront plus de blanc’ à consommer ! Ca y est, le ‘Dark Vanneur’ est lancé et la charge sur les magasins d’alimentation bio annonce un des passages les plus drôles de la soirée ;’ les chenilles qui affectionnent particulièrement les tomates fripées’, on’ s’oriente à l’odeur’ car ‘les accros du bio sentent la brebis’ et sont aussi ternes que les crèmes qu’ils utilisent, ‘ des graines, chic ! c’est repas de fête ce soir !!’…Et pour draguer dans les marchés bio, il proclame que sa "b-te" est bio !
Le clou, c’est le dictionnaire du futur des stars dans lequel figurent des définitions irrésistibles : Arielle Dombasle : Barbie -Casse- noisettes !
Mireille Mathieu : chanteuse qui a contribué à rendre populaire la coiffure Playmobil !
Mme de Fontenay : variété de pommes de terre, s’est occupée d’endives !
Ségolène Royal : actrice et meneuse de revue !
Nicolas Sarkozy : homme politique lilliputien, battu aux élections de 2012, quitté par Carla juste après et expulsé ensuite car d’origine hongroise, victime de ses propres lois sur l’immigration !
D’ailleurs, l’impression que dégage la prestation de l’humoriste n’est en fait pas si acide, le vitriol n’est pas sans finesse et ‘le dark vanneur’ n’est pas sans cœur ! Il observe de très prés ses contemporains et la société qui l’entoure, son regard est sans concession certes mais c’est avec chaleur à la fin qu’il annonce ne pas être viré de France Inter, il a salué son public avec sincérité et son nom a bien été scandé pour ce spectacle drôle et réussi. A bientôt donc, sur les ondes ou sur scène pour le plaisir de tous.

Spectacle Anne Roumanoff :
« 20 ans et plus » et les inédits de « Radio Bistrot »
Notre "Dame en rouge" nationale est arrivée très décontractée, plus drôle que jamais pour mettre en scène une galerie de personnages caricaturaux, souvent proches de notre réalité quotidienne. Saviez-vous qu’à 20 ans, ‘on gueule’ ?, à 30 ‘ on ouvre sa gueule’, à 40 ‘on ferme sa gueule’ ! Voilà, le ton est donné, le spectacle démarre et les ‘vérités’ aussi cinglantes que désopilantes fusent pendant 1h30. Autre exemple ; ‘quel est le métier où l’on dit la phrase suivante : ‘ Lâchez votre arme !’, le public réagit : ‘Policier, gendarme !’, ‘Non, répond-elle, enseignant !’ – à méditer-
Les rapports hommes-femmes sont traités de façon acide ; le mari à sa femme : ‘Mais non , Anne , tu ne fais pas 40 ans , tu fais 39!’ Sur la sellette aussi ; les mères de famille débordées par l’éducation de leurs enfants, les réactions de leurs ados désabusés et désespérants :’ T’as des boutons d’acné sur tes rides…’, les caprices des gamins au supermarché avec hurlements à l’appui de A. Roumanoff, elle-même qui donne la main à un monsieur choisi au hasard dans le public dans le rôle de son papa : fous rires garantis dans la salle.
Nous avons aussi une ‘Fatima’ des banlieues, mère protectrice un peu naïve, ne comprenant pas les bêtises de son fils qui reste à regarder les dégâts faits par ses copains alors que la police arrive ! Caissière de supermarché, elle philosophe sur les clients qui passent à la caisse ou les produits allégés et les aberrations de régimes, on sent le ‘vécu’ de la part de l’humoriste !
Première intervention ‘Radio Bistrot’ où la classe politique est épinglée sans concession : Bernard Thibaud, ses fringues multicolores et sa coupe de cheveux rappelant ‘ Stone sans Charden’, les socialistes Hollande, Aubry qui sont ‘partis’, B. Kouchner connu pour ‘porter du riz et toucher du blé !’, ‘Borloo, igloo, igloo’ ( !!), les écarts de conduite de D.S.K désignés par le ‘Krach-Krach’ boursier et l’intérêt pour un ‘minou international’ !
Carla, ‘femme de gauche, très à droite pour être au centre de l’attention !’, avec sa technique qui fait croire à Sarkozy que c’est lui qui dirige ! Lequel était attendu tel un ‘Kennedy’ pour laisser place à un ‘ Louis de Funès’ ! José Bové qui a démarré une grève de la faim après les fêtes ! La ‘ droite cassoulet’ : ‘une petite saucisse avec plein de fayots autour !’
Les fonctionnaires que l’on ne gagne pas vraiment à supprimer mais au passage petite drôlerie sur une pause à la poste : ‘ Kronembourg à la poste, c’est Chronopost à la bourre !’Bref, ça fuse et il y en a pour tous les goûts.
Peu de choses sont épargnées, surtout pas les émissions télé où les téléspectateurs viennent témoigner. Dans ce sketch, A. Roumanoff invite des membres du public sur scène pour parler de leur vie …. Sexuelle ! Imaginez la tête du couple de sexagénaires auquel elle demande depuis combien de temps, ils pratiquent l’échangisme ; ils n’ont pas vraiment préparé leurs réponses ! Une autre spectatrice apparaît masquée avec la voix déformée par un trucage et elle raconte des horreurs sur sa vie… Une parodie sans concessions de ce genre d’émissions qui prolifèrent à la télé ! Rires de bon cœur assurés dans la salle comme sur la scène.
Radio bistrot réapparaît pour charger un peu sur Home de Yann Artus Bertrand, documentaire sur la planète qu’elle ne dénigre pas mais qu’elle tourne un peu en dérision car on en fait un peu trop là aussi !! ‘ Même mon beau-frère vu d’en haut est beau ‘, lance-t-elle… 
Lors du tonitruant rappel, le public a pu apprécier de revoir les anciens personnages fétiches tels Bernadette, la naïve pas si cruche, ou encore la vieille dame, mais en vie et la Martiniquaise au fort accent qui accueille de mauvaise grâce une femme enceinte sur le point d’accoucher !
Notre société actuelle vue à travers le ‘prisme Roumanoff’ n’est pas forcément enviable mais au moins, elle nous donne l’occasion d’en rire ! Le spectacle est haut en couleur, malicieux, caustique, irrésistible ! Merci à Anne Roumanoff et vive Radio Bistrot !

Pigeon vole : Les élèves de Bristol font leur show !
Dans cette pièce de Georges Berdot, des personnages féminins se rencontrent et se racontent sur les bancs d’un jardin public dans une succession de 8 tableaux ciselés dans l’humour noir mais c’est surtout dans leur tête que le pigeon vole ; en effet, ces personnages sont un tantinet déjantés, c’est le moins qu’on puisse dire. Chaque tableau se termine par l’intervention de deux pécores médisantes, ( J.Mathieu Van der Haegen, Aurore Bergogne ) habillées comme le duo des ‘Vamps’ , ce qui provoque l’hilarité et une petite respiration bienvenue après la tension de certaines confrontations.
Ces femmes se disent des horreurs, se manipulent, tuent à l’occasion, se tourmentent, tantôt méchantes voire machiavéliques ou hypocrites mais elles parviennent à nous émouvoir par les frustrations qu’elles expriment.
Quelques échanges méritent citation : ‘ Vous êtes misanthrope ?’, ‘ Non, française !’, ‘ Je suis agent de surface, et vous ?’ , ‘ ‘Je fais des ménages !’( !!!), ‘ La tête , c’est comme la vessie , ça se vide !’, ‘ Mon mari parle du clitoris comme d’une gazinière !’, ‘ Vous avez la tête de quelqu’un qui se demande  : purée mousseline ou cassoulet en boîte ?’.
Autres scènes : l’une des deux vieilles filles( Juliette Malfray, Ariane Louis) qui ont une vie similaire en tout point tue l’autre pour lui voler ses économies !Une jeune femme( Maïté Yuste) se confie à un mannequin masculin qui est sa seule compagnie et s’en prend à son interlocutrice( Sharon Zannou) lorsque celle-ci se confie à ce même mannequin comme si il était son père : sacrilège ! Ce mannequin est sa chose, personne d’autre qu’elle ne peut lui confier quoi que ce soit !
Chapeau à nos étudiants comédiens qui ont su faire passer toutes ces émotions et travailler l’art de la chute, à Performance d’acteur qui leur donne l’occasion de montrer leur talent_- mention spéciale à Estelle Clément pour son rôle de folle et la qualité du travail de leurs professeurs enthousiastes, Mmes Samuel et Clerissi , M.Gilbert Combe ainsi que Daniel Gros( Cie D. Gros de Lyon) metteur en scène et son compère Pierre-Louis Lannier. Un beau travail d’équipe ovationné par un public debout et conquis : un succès prometteur ! A quand la prochaine pièce ?

Motherfucker ; Le maman blues de la Môme Foresti
Sacrée Florence Foresti, un bout de femme plein d’énergie dont le spectacle non stop du début à la fin enchaîne les histoires et les délires d’une jeune mère trentenaire qui commence à sentir le poids des années et le bouleversement apporté dans sa vie par la maternité.
Foresti est une vraie bête de scène et elle ne lésine pas sur la variété de ses prestations : mimiques, danses, compositions de personnages divers surtout les trentenaires parisiens à vies trépidantes et comportements infantiles et stéréotypés. D’ ailleurs, elle amorce le spectacle en imaginant les adultes réagir avec des caprices d’enfants lorsqu’ils sont contrariés : ‘Non, Madame, vous attendez votre tour !’ et la cliente se met à hurler en pleurant, on sent chez l’humoriste le traumatisme causé par les caprices d’enfant, du coup elle enchaîne sur l’ennui des ballades au parc et les regards désespérés que se jettent les divers parents lorsqu’ils sortent leurs bambins !
Et la nounou ‘gothique dark’, plus impressionnante que méchante mais surtout incompétente. Du coup, on revisite l’histoire du Petit Poucet façon crise économique : les enfants perdus dans la forêt car on ne peut plus les nourrir ; d’ailleurs le bûcheron prépare la hache quand les enfants reviennent…. Est-ce là vraiment un conte pour les enfants ?, s’interroge la mère Florence Foresti . Evidemment, les remarques qui émaillent la lecture forcent l’hilarité.
Puis arrive le personnage de ‘Tata Kronembourg’, le double maléfique et ‘bourré’ de la maman qui rentre après une soirée de fête ! ‘Non, ce n’est pas Maman que tu as vu avec un soutien-gorge sur la tête !’ ‘Tu oublies’, en fait, c’est Tata Kronembourg , oui , elle est pas belle , c’est une méchante !’
La tête au réveil fait l’objet de sketches hilarants : Arrrgh ! , cri d’horreur devant le miroir, Maman ! Le visage ressemble à un Picasso !
Un autre matin : Arrrgh ! , autre cri d’horreur, Papa ! Cette fois-ci, l’image du miroir est un Kandisky !’ Je cumule les s’miles’, rajoute-t-elle !
Comme la danse lors d’un pot avec les collègues ; à 20ans, on sait tout faire, à 36 on ne sait plus, mimique de danseuse empotée à l’appui avec mouvements maladroits puis d’un coup le rêve devient réalité et…exécution de pas de hip-hop, acclamés par le public, genre ‘diva du dancing’ et c’est à nouveau la fièvre des 20 ans !
Au chapitre des mecs, l’attitude des ‘nanas fleur bleue’ qui s’enflamment dés qu’un texto arrive ! Le petit truc en plus qui plaît : ‘ouais,  il joue du piano..’, mimique admirative et yeux rêveurs, la même, 6 mois plus tard :’ Fais chier avec ta musique !’, ou encore :’ ouais, il fait de l’escalade, ouais, et de haut niveau !’, 6 mois plus tard : ‘Y’en a marre du sport !’
Crise d’hystérie totale quand le texto arrive ! Le texto en question :’Salut toi, comment tu vas ?’ , affiché en gros sur la toile de fond de la scène puis s’ensuit une série de questions sur la façon dont elle va réagir ; je vais lui mettre un truc sympa, sans prétention, pas tout de suite , je vais le faire mijoter un peu, non et puis je vais répondre tout de suite, et puis pour qui il se prend ce connard ?, non mais , tu vas voir et, la réponse s’affiche : ‘ Moi aussi , je t’aime .’ !! Murmures un peu gênés dans la salle, certaines se sentent peut-être visées, même si le trait est un peu forcé, c’est bien observé ! Elle avoue ensuite faire ‘ch-er’ son mec,  ‘ je suis une vraie mère juive sauf que je ne suis pas juive et que je ne suis pas sa mère, donc, y’a forcément un problème !’
Rien ne manque, surtout pas les rires d’un public acquis d’avance avec une salle comble grâce à une côte de popularité que les apparitions télévisuelles, chez Ruquier, par exemple ont contribué à augmenter. Seul bémol : une fin un peu sèche. Florence Foresti a tout juste salué après les 2 triomphants rappels, elle a tourné les talons assez rapidement semblant dire au public : vous avez eu ce que vous voulez, maintenant, je rentre !
I. Giulietti

Michel Boujenah : « Enfin libre »
Au début de « performance d’acteur » (il y a 30 ans) Michel y était déjà. Il y revient (Bien sûr, le jeune homme a grandi !)
Comme vous pouvez le voir la recette est longue …!
A la différence de son show où on le retrouve aminci, en complet veston (Quel changement me direz-vous ?… et bien non…) L’âge de la maturité lui sied bien car il sait, avec une grande aisance (30 ans de scène quand même !) naviguer entre le rire, les larmes, la poésie et la tendresse. La comédie humaine dite chez lui non pas en un mot mais en cent ! Les sujets à la mode - Sarkozy, les élections européennes, la situation économique-, faciles…, il n’y fait pas allusion, préférant se recentrer sur son petit monde à travers lequel on voit le grand. L’improvisation est massive : elle passe bien, il « sent » la salle, y reconnaît le carré des « folles » (ouf ! je n’y étais pas…), les extravagances vestimentaires (faites attention si vous êtes au 1 er rang, au pantalon que vous choisirez); il peut amener tout en riant le public à dire n ‘importe quoi avec ce naturel infantile de s’amuser de tout et de rien. Liberté, dit-il de dire et de faire ce qu’il veut : grande jouissance de mêler Vivaldi et musique orientale, de se libérer des entraves de l’éducation, du couple, de la famille.
Soirée, vous l’avez compris, réussie : on y rit de bon cœur sans les plaisanteries vulgaires, grossières, que choisissent certains humoristes pour exister professionnellement.
On est touché par son côté authentique profondément humain, sincère. Les sujets abordés comme les mensonges en amour, les SDF, l’estime de soi, sont universels et traités à la fois par la farce et la mélancolie. Le côté enfantin visible à l’œil nu chez cet artiste d’âge mûr est son meilleur atout.

AVRON à la MJC Picaud : « Pour ceux qui m’aiment je prends le train »
Si vous êtes de ma génération, vous avez connu « Avron et Evrard ».
Si vous ne l’êtes pas, rassurez-vous, un DVD de leurs 15 ans de scène va sortir.
Philippe Avron tout comme Michel Boujenah a participé à « Performance d’Acteur » il y a 30 ans. C’est un anniversaire ; il est revenu, a écrit un texte « Pour ceux qui m’aiment je prends le train ». Je pense au titre de Chéreau : « Ceux qui m’aiment prendront le train »…Il y a une différence dans le tour de passe-passe : La subtilité. Celle-ci apparaîtra de façon évidente tout au long du spectacle. Pur enchantement que d’écouter quelqu’un qui n’est pas dans le « one man show » mais dans la poésie, la finesse, la délicatesse. Intelligence au service de l’évocation d’un passé théâtral.
Monsieur Avron est arrivé en Avignon, deux ans après J.Vilar. Il a travaillé et interprété Shakespeare : Hamlet et autres rôles…Par ailleurs, son amour de la langue française signe son érudition. Il a fait part en toute humilité des différences de direction d’acteur : Pour Planchon, Besson…la même phrase va prendre la marque de leur personnalité, de leur engagement théâtral, de leur foi…
Monsieur Avron a accepté d’être pris en photo mais il n’a pas voulu d’interview : Heureusement car au vu de son spectacle mes questions auraient été bien banales… ! Cependant tout n‘est pas perdu car il se rendra en Avignon et moi aussi ! Et là, j’espère non seulement aller l’écouter mais cette fois-ci lui parler 
entre autres de cette fabuleuse soirée à la MJC Picaud de Cannes.

Annie Ravier

Et aussi :
Manuel Pratt et Corinne Casabo : Un duo détonnant revisite l'histoire...
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Marleyne Mati

© 2008 Evasion Mag