PERFORMANCE D'ACTEUR :
Roumanoff, Canteloup, Tex, Ferrier et les autres
La 28eme édition de performance d'acteur vient de s'achever à Cannes. Cette année encore, de grands moments de rires étaient au rendez-vous. Artistes confirmés, débutants prometteurs, la manifestation permet au public d'apprécier ce qu'il y a de plus pétillant en matière de comique.
On a aimé...

Il était une fois LA Roumanoff
Deux spectacles de qualité ont chauffé la salle Debussy pour la deuxième soirée de Performance d’Acteur.
Eric Antoine , en première partie s’est glissé dans la peau d’un personnage à la professeur Tournesol, cheveux ébouriffés sur la tête, petites lunettes rondes, il s’interroge sur la réalité et l’illusion et tout au long de la prestation , il est difficile de distinguer l’une ou l’autre surtout lorsqu’il se livre à ses tours de passe- passe !
Ses petits tours de magie réalisés avec brio en alternance avec des sketches en constante interaction avec le public en ont bluffé plus d’un; entre les vrais colombes apparaissant et les fausses jetées négligemment parterre, beaucoup d’humour coquin auquel le public a réagi de bon cœur. Un spectateur a vu son billet de 5 € devenir successivement billet de 50 € puis de 100 € pour … brûler et … réapparaître au milieu d’un citron ! Les sphères dessinées sur une feuille finissent par vraiment rouler parterre !
Au final, tout le monde s’est bien amusé avec ce début de soirée plein de fantaisie légère et débridée , Eric Antoine a un réel talent d’amuseur , de l’assurance et de l’inventivité; à découvrir et à savourer.
La Dame en rouge est arrivée ensuite très décontractée, plus drôle que jamais, elle met en scène une galerie de personnages caricaturaux, très proches de notre réalité quotidienne. Saviez-vous qu’à 20 ans, "on gueule" ? , à 30 , "on ouvre sa gueule" , à 40 ," on ferme sa gueule !" . Voilà le ton est donné, le spectacle démarre et les ‘vérités’ aussi cinglantes que désopilantes fusent pendant 1h 30. Autre exemple; "quel est le métier où l’on dit la phrase suivante: " Lâchez votre arme ! " , le public réagit : "Gendarme , policier ! ", "Non , nous répond A. Roumanoff , enseignant ! " Grinçant… On rit bien quand même !
Les rapports hommes- femmes sont traités de façon acide, sur la sellette aussi, les mères débordées par l’éducation de leurs enfants, les réactions de leurs ados désabusés et désespérants; "T’as des boutons d’acné sur tes rides" … ‘dur pour la maman qui s’ efforce de se relooker !
Nous avons aussi une "Fatima" des banlieues mère protectrice un peu naïve ne comprenant pas les bêtises de son fils, caissière de supermarché, elle philosophe sur les clients qui passent à la caisse ou les produits allégés ! Les sarcasmes vont bon train sur le régime d’ailleurs, ‘"ça sent le vécu "; entre la torture qu’il représente et les abus qu’il faut éviter ! Rien ne manque !
Viennent ensuite la "rapeuse", façon Diam’s : ‘"avec les nanas aujourd’hui, les mecs sont paniqués, c’est pour ça qu’on se fait plus ni…r ! ‘ ou encore la " slameuse" des affres du régime, les portraits sont corrosifs et d’une drôlerie irrésistible !
Autre moment fort de la soirée : la vendeuse un brin "nunuche" qui "customise" son 16m.2 ( !) et met son micro-onde sur la table de chevet … Elle termine les mots en - i en les prononçant –aï , exemple : Sarkozaï , elle ne veut pas raconter sa ‘laïfe’ , et conseille à une cliente de garder sa jupe trop grande car vu la qualité de fabrication, à la première pluie , elle perdra trois tailles ! Elle raconte également ses déboires avec le banquier pas aussi sympa que dans la pub où on le voit chanter et qui la jette à cause de son découvert !
Puis masque de circonstance sur le visage, le public a droit à une satire de quelques conséquences des opérations de chirurgie esthétique; la fesse droite d’une amie qui éclate lorsqu’elle veut rire ou les prothèses mammaires qui explosent en avion et celle qui ne peut plus fermer les yeux !
Sont également abordés l’abus de l’usage des téléphones portables surtout chez les jeunes, l’assistance informatique par téléphone et la fortune que ça coûte vu l’attente interminable alors que les packs Internet prônent une économie maximum puis on a droit à un passage très drôle sur la prépondérance économique chinoise qui oblige des usines à fermer et l’une des employées, mise au chômage, retrouve du travail dans une maison de retraite : mimiques irrésistibles à l’appui et réactions brutes de décoffrage de l’employée provoquent de grands éclats de rire !
On retrouve le personnage de la vieille dame qui assiste à ses propres obsèques et remarque que l’une des couronnes est au nom de … Marcel ! Une autre présente l’inscription; "Sincères Félicitations" ! Suivent des vannes cinglantes à l’encontre des membres du cortège !
Rien n’est épargné, pas même les émissions télé où des téléspectateurs viennent témoigner . Dans ce sketche, A. Roumanoff fait venir quelques membres du public sur scène pour parler de leur vie … sexuelle ! Imaginez la tête du couple de sexagénaires auquel elle demande depuis combien de temps ils pratiquent l’échangisme, ils n’ont pas vraiment préparé leurs réponses ! Une autre spectatrice apparaît masquée avec la voix déformée par un trucage….Parodie sans concessions de ce type d’émissions qui prolifèrent à la télé ! Rires de bon cœur assurés dans la salle comme sur la scène !
Lors du tonitruant rappel, le public a pu apprécier de revoir les anciens personnages fétiches tels Bernadette, la naïve pas si cruche, ou encore la vieille dame, mais en vie et la Martiniquaise au fort accent qui accueille de mauvaise grâce une femme enceinte sur le point d’accoucher ! Notre société actuelle vue à travers le "prisme Roumanoff" n’est pas forcément enviable mais au moins, elle nous donne l’occasion d’en rire, ce qui n’est pas si mal !
Voilà un spectacle anniversaire haut en couleur, malicieux, caustique, très drôle surtout . Merci à Anne Roumanoff et…encore 20 ans comme çà ?
Canteloup sur scène
Devant 2400 spectateurs, pendant 2h30, l’imitateur humoriste Nicolas Canteloup a assuré un moment clé du Festival Performance d’Acteur.
Le démarrage est un peu lent avec l’imitation d’un Fabien Barthez à la voix traînante,- familière des guignols de l’info- en conversation téléphonique; il ne sait pas trop quoi raconter sur la ville de Cannes où il séjourne; quelques petites vannes sur les prix élevés au passage, le‘petit train pour touristes,ses collègues de foot. Puis c’est au tour de J.P. Bacri, le scénariste – acteur , très bien imité mais entre ses bougonneries et l’ennui profond qui le caractérisent, le public n’est pas encore tout à fait emballé …Heureusement, le rythme s’accélère un peu avec l’interview de personnalités politiques au sortir de l’assemblée nationale : Philippe De Villiers qu’il fait imiter au public, Gaudin qui n’en finit pas de rallonger ses syllabes, Sarkozy, M. Alliot- Marie, Ségolène Royal, F. Hollande avec un seul grognement, leurs tics et expressions récurrentes sont reconnues de tous.
Le monde du spectacle et de la télé est également épinglé avec un Eddy Mitchell et un Alain Bashung aux borborygmes incompréhensibles lorsqu’ils interprètent leurs "complaintes rock ‘n roll" . Gilbert Montagné, lors d’un Téléthon maladroit qu’un Gérard Holtz tout excité a bien du mal à maîtriser , il a du mal également à lire le chiffre des dons obtenus ! La jet set est représentée par un Massimo Garcia que l’on croit présent sur scène, ces personnages sont très proches de leurs modèles et ne manquent pas de déclencher l’hilarité.
Puis, c’est le tour des sportifs avec les commentaires stéréotypés de Didier Deshamps et son inénarrable : " au niveau techeunique comme tacheutique … ", Zidane qui se serait énervée selon la version Canteloup parce que Matterrazzi lui aurait lancé : "Volvic , je te ni...e " ! , enfin les entraîneurs A . Jacquet qui sert une étude stratégique – schéma à l’appui- de l’interaction imitateur / spectateurs dans l’auditorium du Palais et Laporte, l’entraîneur de rugby qui exige de ses joueurs le "massacre" de l’équipe adverse en restant souriant et…..poli !
On voit donc défiler le panel complet des personnalités imitées à la télé, Canteloup intervient avec sa vraie voix, par intervalles pour donner quelques explications On sent en lui beaucoup de sincérité et un plaisir partagé avec son public, cependant, petit bémol, le capital sympathie qui lui est acquis lors de ses prestations télévisuelles ne suffit pas à combler l’inégalité du spectacle, ça manque un peu de rythme par moments et certains personnages sortis d’un contexte d’actualité ne sont pas plus intéressants que ça, l’ensemble reste au niveau d’une parodie bon enfant, l’ humoriste pourrait aller plus loin dans la satire.
Le succès est quand même au rendez-vous pour l’ensemble du public, le rappel largement suivi avec un medley bien rythmé, lui, et, varié; Claude François qui revient plusieurs fois, aux prises avec un portable, dans l’une des imitations, progrès oblige, J. Clerc ou encore des visuels à fond sonore très astucieux notamment pour le pianiste de jazz, Michel Pettruciani que l’on croit apercevoir en train de jouer, J.M. Jarre aux commandes de ses synthétiseurs ou bien R. Clayderman, en extase à son piano . M. Jackson apparaît également et , plus basique, le "dragueur des boîtes" qui frime lorsqu’il se souvient des paroles les plus reconnaissables des "Tubes de l’été" et qui s’éclipse lamentablement quand il ne sait plus quoi chanter !Ces ultimes personnages sont drôles et bien observés.
Au final, donc, pas mal de personnages différents mais le spectacle gagnerait à raccourcir quelques imitations et à intensifier le rythme, ceci dit, N. Canteloup a le mérite d’avoir cherché à satisfaire son public deux heures et demi durant ! La performance est bien là !
En dernier lieu, l’imitateur a chaleureusement remercié ses compères d’écriture et de mise en scène , un trio fort sympathique et sans prétention qui est venu le rejoindre sur scène à sa demande ; Ms Dutheron, Caverivière et Chaffre . Une équipe très enthousiaste et qui peut certainement aller plus loin dans l’efficacité et l’originalité.
Tex...a very bête de scène !
Le spectacle de Tex qui a fait fuser des rires à gorges déployées dans la grande salle du Palm Beach de Cannes, comble pour la circonstance.
Entre grimaces irrésistibles de clown, personnages outranciers pas si éloignés de ceux que l’on peut côtoyer dans la vie de tous les jours, le public s’est laissé embarquer dans les délires du comédien, au mieux de sa forme et visiblement heureux de se produire sur scène plutôt que sur le plateau des Z’amours de France 2. Il faut savoir que Tex est un ancien élève de la Classe menée par Fabrice dans les années 90, c’est un habitué de la scène depuis longtemps.
Pour "Tex in the city", il a décidé de ne pas faire du politiquement correct et après tout, pourquoi ne pas tourner en dérision les homosexuels ou la religion ? Il va donc lâcher ses "scuds" où bon lui semble ! Même si quelques plaisanteries salaces sont d’un goût un peu douteux, le public retient surtout la capacité de Tex à se transformer selon les personnages qu’il campe et à déclencher le rire par ses mimiques facétieuses. Au milieu de ses sketches, le président Sarkozy intervient de manière récurrente comme s'il l’empêchait d’aller trop loin, Tex se fait alors de grandes oreilles et susurre hypocritement : "Y faut pas, on ne doit pas, c’est pas bien, c’est pas permis" au ‘vilain’ comédien qui exagère !
La galerie des personnages est variée et permet à Tex de montrer toutes les facettes de son talent ; pour commencer; les tueurs en série pervers désireux de raccompagner des petites filles … Suit le paysan au parler si grasseyant que ses paroles se perdent dans un grondement et qui parle de son épouse Fernande et de ses vaches avec une égale tendresse ! Cette interprétation n’est pas sans rappeler Fernand Raynaud !
Le ‘beauf’ de service "Roger Perrin la classe", affreux macho, affublé d’une veste à gros carreaux tout aussi affreuse, il raconte ses multiples conquêtes féminines, donnent des détails grivois selon la profession de la "belle"; la coiffeuse toujours prête à lui ‘friser le bigoudis’ ou l’hôtesse de l’air qui lui demande de "pénétrer par une porte"etc.
Nous avons aussi le sergent chef, borgne et boiteux qui s’exprime par ‘aboiements’ secs, particulièrement énervé par le soldat Villepin qui n’arrête pas de demander sur un ton affecté qu’on l’appelle DE Villepin ! Les femmes en général en prennent pour leur grade aussi car "ça ne va jamais !", "encore une de tes merdes !", hurlent-elles lorsqu’elles reçoivent un cadeau et elles entretiennent une relation particulière avec leurs caddies de supermarché dont l’homme se sent exclu …. Pour son plus grand plaisir ! Cependant le côté "néanderthalien" du mAAle compagnon n’est pas épargné non plus, surtout devant un match de foot à la télé !
Clou du spectacle, le papy rocker sur le retour, animateur de maison de retraite et qui revisite les succès populaires dans une version adaptée aux circonstances, quelques exemples : "auprès de ma sonde"… , " l’important, c’est l’arthrose" , " je ne connais plus personne avec ma Parkinson !" , " Je l’ai aimé mon grabataire …", "un autre papy fait remarquer": "on perd les cheveux et ça ressort par les trous de nez et des oreilles !", on rit de bon cœur car on sent de la tendresse dans l’évocation des personnes âgées, ça continue avec un couple qui confond ses dentiers ! Que de pitreries ! Mais, on a encore pas tout vu ni tout entendu !
Après le rappel, arrive le personnage de l’ado "mou du bulbe" qui croit que son père est en manque lorsqu’il lui fait la bise ! ‘ On a tout, vous croyez que c’est facile !, lance-t-il écoeuré, il rechigne à aider son petit frère et lui dit que 1515, date connue de tous est un match nul ! Il ne veut plus que son père vienne le chercher avec la Fiat Punto et son sinistre klaxon ni faire du ski avec ses parents ! Le portrait est tout aussi saisissant que désopilant !
Enfin, Tex nous avoue qu’avant de "péter" dans la soie, il en a "chié" dans l’acrylique avant de terminer en partageant les rires avec son public complice et c’est cela qui le comble le plus. Bravo à Tex et Merci !
Avec Julie, c’est Ferrier !
Sacrée bout de femme que cette artiste accomplie aux talents multiples; humoriste, danseuse, comédienne, mime , J. Ferrier a "boosté" son public sur et hors scène dans un show original et percutant .
C’est la jeune fille de banlieue en survêt blanc trop grand, antivol collé sur le pantalon, bonnet enfoncé sur la tête qui sera le personnage principal du spectacle et, autour de laquelle graviteront les autres personnages hauts en couleur, chacun à leur manière : la mère de la jeune fille, symbole désopilant de misère sociale, puis, l’effrayante "Mââme Picard" , conseillère d’éducation, le professeur de musique, pauvre femme déboussolée et dépassée par les jeunes auxquels elle enseigne à coups de : " mais non , non , non" , une amie "Sandrine", vamp écervelée et enfin Martha , la prof d’arts plastiques qui lance quelques "merdes" libérateurs et montre ses seins sans s’en apercevoir au gré de ses explications délirantes, elle s’agite beaucoup pour créer peu, c’est vraiment drôle et plutôt crédible !
La "môme Ferrier" réussit la performance époustouflante de changer physiquement d’apparence sous nos yeux selon le personnage incarné, elle vieillit en quelques minutes ou rajeunit, passe d’une personnalité à l’autre et, lorsqu’on découvre son vrai visage à la fin du spectacle, le public a devant lui une jeune femme séduisante totalement différente des femmes précédentes, c’est du transformisme façon cabaret ! L’éclairage n’y est pas étranger, il est habilement utilisé de manière à accentuer ou atténuer certains traits, le décor est minimaliste mais les scènes sont hyper réalistes surtout la scène où Julie, la banlieusarde de cité passe une audition pour une pub.
Une voix off de directeur de casting la malmène, son inculture ne l’aide guère ni son parler des cités parsemé de verlan : pécho (chopé), ketru (truc) , tepor (porte) ainsi que ses conjugaisons inexactes de bout en bout , ex ; ‘je vas’ , terriblement fidèles au parler si répandu , à présent de nos jeunes citoyens .
Quant à la mère, abîmée par la vie et la cigarette , elle est pratiquement incompréhensible, tout cela est drôle, surprenant, inventif, J. Ferrier est en mouvement constant, elle quitte assez souvent la scène pour aller au milieu du public, en haut, en bas , sur les côtés. On est au cirque et au théâtre en même temps, Julie danse le Hip Hop avec une souplesse remarquable, chante avec un joli brin de voix et après le rappel, elle s’est tranquillement assise en tailleur sur scène de manière touchante et spontanée pour faire un brin de causette avec le public qui l’acclame debout .
Elle a chaleureusement exprimé à quel point elle appréciait l’esprit dans lequel la manifestation Performance d’acteur se déroule, manifestation qui lui a valu un grand succès en 2005 , et on ne peut que féliciter Performance d’Acteur d’avoir plébiscité Julie Ferrier, artiste complète, hardie et généreuse.
Isabelle G |