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PANTIERO fête ses 10 ans !
Tour d’horizon de quatre soirées qui décapent
Par Laurence Argueyrolles et Isabelle Giudicci


Toujours aussi audacieux et branché, ce festival met à l'honneur la scène électronique internationale ; cette année encore, la 10ème, -et oui  déjà-, la terrasse du Palais des Festivals et des Congrès a accueilli les Princes de l'électro, du rock expérimental et de la techno pour des shows atomiques ainsi qu'un public toujours plus nombreux et enthousiaste.
Même si le festival originel a subi une délocalisation de l’esplanade de la Pantiero à la terrasse de l’extension du palais des festivals et un virage serré vers l’électro, on constate que la programmation très pointue a su s’imposer comme un moment phare en France pour la découverte de la scène électronique internationale.

Mercredi 10 août
Jeunes et talentueux, La femme nous entraîne à sa suite dans des compos rock délicates et rythmées à l’univers un tantinet trop feutré mais qui a fédéré son public.
De l’action et de la décontraction ? Tous en slips avec Action Beat ! Pas question de jouer sur scène non, mais tous près du public pas très loin du bar. Du gros son qui décoiffe, des guitares saturées, une ambiance électrisée. Ils ont fait piaffer les amateurs du genre.
Battles magne avec virtuosité un rock psychédélique déconstruit à grands sons électroniques pour une ambiance survoltée et sur vitaminée qui a ravit le public bien vivant.
Gablé regroupe trois français déjantés. Touchés par la grâce, ils nous amènent à la découverte d’un monde sonore déglingué sorte de punk électro où les instruments les plus inattendus sont les bienvenus (corne de brume, verres…). Ce petit monde chante c’est certain mais émet aussi une quantité de sons non négligeable : éructations, gloussements, petits cris repris en boucles par les machines…

Jeudi 11 août
Pour commencer la soirée en douceur, un petit tour vers l’électro rock avec Suuns, quatre canadien dans l’air du temps qui insufflent au public pulsions psychédéliques et rythmes récurrents.
Fans de John Carpenter soyez les bienvenus avec Zombie Zombie. Les bandes-originales du réalisateur de films d’épouvante sont ici magistralement revisitées. La texture des sons analogiques années 70 / 80 est bien présente mais ce décline dans des boucles électro de dernières générations.
Blonde Redhead était attendu par un public déchainé. Ce trio propose un son bien particulier lui aussi à tendance électro rock avec des mélodies douces et entêtantes, sucrées et enivrantes propres à faires tourner les têtes comme un parfum du soir.
Avec A place to bury strangers nous voilà revenus dans le temps – et parfois ça fait du bien ! Les années 80 / 90 plus exactement avec un son très noisy qui n’arrête pas de faire penser à Joy Division.
LES SUUNS
Ben Shemie, chant/guitare, Joe Jarmush, basse /guitare, Liam O.Neill, batterie, Max Henry, clavier.
Quatre jeunes « mousquetaires » montréalais sans prétention et heureux de jouer nous ont offert un show d'excellente qualité. Une musique aboutie alternant morceaux planants ou plus rapides avec fluidité, de beats fiévreux psychédéliques aux morceaux amplifiés par les synthés, on voyage au coeur d'un rock électro post punk qui se laisse écouter avec plaisir.
Parmi les morceaux joués : Arena, Armed for Peace, Pie IX, P.V.C.,morceaux phares de leur album « Zeroes Q.C », sorti en 2010 et très apprécié. Précision au passage: Zeroes était leur ancien nom et Q.C. pour Québec, petite marque identitaire ! Le groupe est passé à 20h, ce qui n'est pas un créneau facile car les gens commencent à arriver, or ce soir-là, le parterre était déjà plein, preuve de leur côte montante. Toutes les sonorités diverses qu'ils peuvent obtenir de leurs instruments sont exploitées, parfois, on entend ses sirènes, des rythmes de batterie lancinants et montant en intensité, même la voix est souvent utilisée comme instrument supplémentaire en produisant des bruits divers ou de longues plaintes. Certains morceaux seraient très exploitables pour des bandes - son de films d'action ou évoquant une apocalypse. A suivre !
Rencontre
Quand on évoque votre musique, on la qualifie de Art Rock, vous le revendiquez ou ça vous dérange?
Avant tout, nous faisons la musique que nous aimons, on ne peut pas nier certaines influences de rock expérimental et futuriste, on aime bien « sculpter » des sons sortant de l'ordinaire, en ce sens oui, Art Rock est une forme de ce qu'on peut faire mais ce n'est pas que cela, les paroles ont leur importance aussi même si parfois la voix n'est pas narrative mais utilisée aussi comme instrument.
La ville de Montréal dont vous êtes originaires est-elle un tremplin pour les groupes musicaux?
En fait, Montréal est une ville très artistique donc l'ambiance y est très stimulante, ily a beaucoup de shows, on rencontre d'autres musiciens, d'autres artistes, ce qui enrichit, on nous donne l'occasion de nous produire, donc, en ce sens on a pas à se plaindre, notre label « Secretly Canadian » regorge de jeunes groupes novateurs.
Est-ce la première fois que vous venez en France?
C'est la première fois à Cannes, nous sommes surpris par le cadre d'ailleurs, superbe mais nous nous sommes déjà produits à Strasbourg et à Paris lors d'une tournée européenne, on se sent comme chez nous d'ailleurs, l'accueil est chaleureux, à Strasbourg, nous avons joué devant 2000 personnes, nous qui affectionnons les petites salles, c'était impressionnant et le public était formidable.
Vous êtes souvent en tournée, vous tenez le rythme?
C'est parfois difficile mais nous aimons bien changer, voir des publics différents, le public de l'Europe de l'est est très enthousiaste par exemple et ce soir nous repartons après le spectacle, on n'a pas le temps de rester, nous partons pour St Malo, Paris puis l'Europe à nouveau.

ZOMBIE ZOMBIE
La claque de la soirée! Autre style que les précédents mais ce duo parisien aux multiples influences psychédéliques nous fait voyager-depuis 1997- dans un monde cosmique qui manie l'univers rock synthétique et électro à la perfection. Beaucoup d'énergie et de bonne humeur pour une musique qui nous prépare à recevoir les extra-terrestres, lorsqu'on les écoute, on est aux frontières du réel avec l'impression bizarre d'une menace planant sur l'humanité !
Les sons synthétiques montent en puissance, la batterie est increvable, le batteur pousse parfois des « aboiements » désespérés sur une musique de course-poursuite. Pas étonnant que le dernier C.D. du groupe rende hommage aux musiques des films de John Carpenter : Halloween, The Thing, Assault on Precinct 13, l'univers est celui de l'angoisse et d'une force incontrôlable qui peut s'abattre sur les gens à tous moments, certains morceaux sont très dansants aussi et peuvent faire concurrence à Martin Solveig et David Guetta. Un show génial, géant, énergique et séduisant, à recommander pour s'évader !

BLONDE REDHEAD
Pas évident d'exister après le show précédent ! Ce groupe new-yorkais formé par la guitariste-chanteuse, Kazu Makino et les frères Pace aux synthés produit une musique un peu molle, on va dire: hypnotique et méditatif pour être plus positif, c'est un genre qui a ses fans mais tous les morceaux, très synthétiques se ressemblent un peu, la sono recouvre la voix de la chanteuse dont il est difficile de suivre les paroles, sa voix monte surtout en puissance lorsqu'elle pousse quelques plaintes gémissantes lors d'un passage un peu lent. En scène depuis 94, ce groupe a trouvé son public et à Pantiero, les amateurs du genre étaient présents mais l'ensemble reste moins novateur et original que les autres groupes. A découvrir pour certains, à consommer avec modération pour les autres !

Vendredi 12 août 
Publicist est un new-yorkais à part. Ce qui lui plait c’est avant tout de faire danser et d’y trouver autant de plaisir. Alors son action est simple et efficace : seul avec sa batterie, son matos électronique et son micro, au pied de la scène, il invite l’auditoire à se rapprocher. Le performer arrive droit au but, même si le public n’est pas encore très dense.
Vient ensuite The Field et ses deux acolytes, batteur et guitariste. Techno savante et planante matinée de rythmes rock judicieusement distillés, le trio accapare corps et âmes.
Pour ce 10e Pantiero, Arnaud Rebotini fait l’exception : il est le seul à être à nouveau invité. Le producteur et musicien parisien a de plus en plus la côte au niveau international. Entouré des ces désormais célèbres machines analogiques des années 80, il se donne à fond toujours imprégné de techno de Détroit et avec cette volonté de faire bouger les foules.
Visiblement tout le monde attendait Paul Kalkbrenner. Les fans étaient nombreux, allant jusqu’à rechercher désespérément des billets à l’entrée du festival absolument complet ce soir là. Son show spectaculaire le met en scène encadré de volumes impressionnant où défilent des images hypnotiques à l’instar de sa musique.

Samedi 13 août 
Décollage planant ce soir avec le duo Walls qui entraine le public dans une hypnose électronique progressive et lancinante grâce à un son post-psychédélique hors pair.
Petit passage au Pays du Soleil Levant avec Gold Panda Dj londonien imprégné de musiques orientales. Les projections, en arrière plan, nous proposent des balades urbaines décalées parfaitement en adéquation avec l’électro minimaliste et entrainante de l’officiant.
Trentemøller a mis le feu ce soir là. A l’approche de leur apparition, c’est une véritable marée humaine, le public en masse qui s’avance vers la scène. Il faut bien dire que la formation électro noisy très rock déchaîne les passions. Pourquoi mixer des sons quand on peut les produire en live ? Gablé avait déjà exécuté une petite démonstration dans ce sens mercredi soir. Alors c’est parti pour les maracas et autres percussions en tout genre. Guitares et batterie sont toujours bien présentes. Le ton s’endurcit au fil du concert, les pogos s’enchaînent (avec même une évacuation manu militari si, si). Un excellent live !
L’ambiance se calme avec Nathan Fake et reprend un accent électro minimaliste légèrement noisy mais qui reste cependant trop uniforme pour convaincre.


Rencontres
THE FIELD
Quelles sont vos influences ?
Essentiellement la musique techno allemande des années 70 comme Kraftwerck. Nous apprécions aussi Daftpunk.
Comment définissez-vous votre musique ?
Comme de la musique électronique composée de rythmes répétitifs, martelant. Les deux derniers albums sont plus ambiant / techno.
Comment composez-vous ?
Je compose en studio des séquences sur des machines analogiques (synthétiseurs, vibraphone) et aussi piano. 
C’est votre premier set à Cannes ?
Oui et nous sommes très enthousiastes de participer au festival Pantiero. C’est une occasion d’élargir le public. 
Des projets ?
Nous venons d’achever il y a un mois le montage d’un vidéo-clip en Suède. Une tournée est également en cours. 
Parlez-nous de la scène musicale suédoise ?
Elle est active. On soutient les groupes, on leur donne l’occasion de se produire dans divers festivals. 
PUBLICIST – Sebastian THOMSON
Pourquoi ce nom ?
Parce qu’il évoque un individu spécifique et non un concept. 
Tu appartiens à deux groupes : Transam et Weird War. En quoi ces collaborations t’influencent-elles ?
Transam représente le gros de mon travail mais dans mon projet solo son influence ne représente seulement que 5%.
Quelles sont tes influences musicales ?
Mon projet solo correspond à la musique que j’ai envie d’entendre. En fait c’est de la musique de club. Je produits des sons influencés par ceux des années 1980. Je m’inspire de l’Acid et de la House Music mais cela peut aussi être du Funk.  
Comment est venue l’envie du projet solo ?
C’est en allant dans les clubs londoniens, où la musique est vraiment très variée, c’est ce qu’on fait de mieux. Je sais jouer de la batterie, du synthé. Et je me suis dit que je pouvais me débrouiller seul et au fil des envie réunir le groupe mais ce n’est pas facile chacun des membres a des obligations je ne veux pas gêner cela. 
Comment composes-tu ?
Avec mon synthé et ma batterie. Ce que je fais est proche de la robotique. La base est constitué par le rock et j’y ajoute du funk c’est ce qui caractérise le mieux ma musique. 
C’est la première fois que tu viens en France ?
Non mais à Cannes oui. J’ai joué à Paris mais je dois avouer que c’est surtout en Belgique que je fais un tabac. C’est J.M. Sevain qui m’a sollicité pour Pantiero. Ici le cadre est superbe, je sui content de participer à ce Festival.  
Quels sont tes projets ?
Je retourne aux USA, je me produirais à San Francisco en septembre. Une page Facebook existe sur mon actualité. 

Photos
1.Tremlawer - 2. Le public de LaFemme ! - 3. Publicist - 4.Field


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