Pantiero Edition 2006
C'est déjà un festival de musiques actuelles qui fête son 5eme anniversaire. Le temps passe et on a toujours autant de plaisir à retrouver la manifestation, riche d'une programmation de qualité. le public est séduit pas sa programmation qui fait la part belles aux têtes d'affiche comme aux talents qui émergent. Quatre soirées ont enflammé la Pantiero. En ouverture, le 16 août, Datarock, une formation norvégienne électro-funk suivi de Tv on the radio qui propose un mélange indie et électro. Le lendemain, Dizzee Rascal (portrait), une des stars du Royaume-uni a ébloui littéralement les spectateurs. Précédé du groupe allemands Modeselektor et des français TTC. Vendredi 18, John Lord Fonda a enflammé la scène suivi de David Carretta et Agoria. Enfin, DJ Shadow a clôturé le festival, le roi du hip hop. Seul bémol de l'événement : il faudra attendre une année pour retrouver La Pantiero qui décidemment est devenu un des événements incontournables de la Croisette !

Musique de la culture et de l'engagement
Le groupe américain Tv on the radio, originaire de New York a la tête à la fois pleine mais surtout très bien faite ; ces cinq musiciens ont autant à offrir sur scène avec leurs morceaux inclassables où se mêlent musique afro sur beats electro, rock hardcore avec crépitements de guitare ou encore hip hop et accents soul que lors d’un entretien où ils s’installent calmement et discutent en toute sincérité de leurs préoccupations et de leurs diverses préférences musicales.
Sans être un groupe "politique", ils sont très attentifs au monde qui les entoure, en particulier, le leader producteur qui ne cache rien de son rejet des dérives de la société américaine, son économie de profit qui gangrène la production musicale. Il ne veut pas être le jouet des grandes compagnies qui ont la main mise sur bon nombre de labels. Le nom de son groupe associé an nom d’un quelconque sponsor l’insupporte au plus au point. Il admet volontiers préférer une tournée européenne où il ressent moins la pression de la rentabilité qu’une tournée aux U.S.A se résumant à se produire à New York, Los Angeles et San Francisco !
Il refuse toute étiquette et déplore la passivité de la jeunesse américaine en général face à une société de surconsommation qui les engouffre ainsi que son manque d’esprit critique.
Un discours sincère de la part de ce musicien de 33 ans qui se définit comme un "cultural thief" (cambrioleur culturel) piochant un peu partout des choses qui l’intéressent, les arrangeant à sa manière avec le concours de ses acolytes, Kyp Malone, Tunde Adebimpe, chanteurs, George Smith à la basse et Jaleel Bunton à la batterie. On navigue dans une confluence des genres, le groupe ne se cache d’ailleurs pas d’avoir été nourri à M.T.V, entre autres ! Leur dernier album, "Return to Cookie Mountain", se dresse contre une Amérique qui ne sait plus où sont ces valeurs, l’exploration musicale ne va pas sans véhiculer des messages très forts, courageux par les temps qui courent !
Une grande maturité de pensée donc, une sagesse certaine empreinte d’humour et d’ironie associée à une énergie créatrice qui bouscule le formalisme ou l’appartenance à un courant particulier. David Bowie n’a d’ailleurs pas hésité à participer à un morceau musical (Province). A une question qui leur demandait de définir leur musique, David Sitek a répondu : « c’est à vous de la définir ! » Pour cette raison principalement, il ne faut pas les manquer.
Isabelle G
TV on the radio : une affaire à suivre (Photos 2 et 4)
Confortablement installée dans de somptueux fauteuils prune, sous une légère brise marine, je m'attendais à une soirée électro tonique pour l'ouverture du festival : j'ai eu bien mieux !
J'ai vite quitté mon fauteuil pour courir vers la scène : de bons moments !
Le Dj en place ce soir là pour chauffer l'ambiance, avant chaque concert, a su mettre le feu à la partie du public amassée devant lui qui était littéralement déchaîné. Datarock est un drôle de groupe de drôles de norvégiens. Ils se définissent eux-mêmes comme un savant mélange des Bee Gees et de Kraftwerk et le résultat est explosif ! Vêtus de joggings rouges à capuches ils sautent sur scène dans tous les sens, esquissant quelques pas d'aérobics, courants sur place guitare à la main. Leur musique plus rock - punk qu'électro est réjouissante. Leurs textes déjantés et marrants son plein de second degré à l'image de leur départ de scène : serviettes éponge blanche sur les épaules nos sportifs reprennent en cœur avec le public le titre succès du film "Dirty Dancing" ! Leur seul album à ce jour : Datarock Datarock est à se procurer d'urgence ! Les Américains de ! (tchk tchk tchk) quant à eux sont plus proches de la fusion. On descelle parfois quelques vagues échos des Red Hot Chili Peppers. Le groupe formé en 1995 par la réunion de deux formations - Black Liquorice et Popesmashers - a été rejoint par le chanteur hardcore Nic Offer. Sa prestation scénique est plus calculée plus stéréotypée. Leur musique n'est pas complètement persuasive. Tête d'affiche ce soir Tv on the radio. Monté à Brooklyn en 2001, ce groupe base la majorité de ces compositions sur la voix du chanteur très charismatique qui a su enflammer le public même si les réglages sons étaient plutôt mauvais. Terriblement post-punk, leur musique devient grâce à l'électro un cocktail puissant à déguster sans modération. Un groupe à suivre de très près.
Laurence Argueyrolles
Dizzee Rascal : une constante recherche musicale (Photo 6)
Choix judicieux une fois de plus dans la programmation Pantiero que le jeune prodige Dizzee Rascal, Dylan Mills de son vrai nom, talentueux représentant du courant Grime, musique urbaine made in U.K où se mêlent un rap très syncopé, hip-hop et sons électro. Sous la cool attitude arborée, casquette de travers sur la tête, baskets de rappeurs à son nom, - et oui -, se cache un redoutable bourreau de travail ; avec son regard malicieux, il répond tout naturellement aux questions et souligne son investissement constant dans ses explorations musicales ; il se définit comme un
" workoholic ". Ce n’est pas un hasard si le prestigieux Mercury Award, récompense de musique anglaise lui a été décernée en 2003, pour son 2 ème album , "Boy in da corner é , alors qu’il était en compétition avec des groupes comme Coldplay .
Il admet que cette reconnaissance l’a propulsé sur le devant DES scènes … La sortie d’un 3 ème album n’a pas été tellement ressentie comme une pression par rapport aux succès précédents ; se maintenir au top lui insuffle davantage d’énergie et de créativité. Le R n’ B, la soul, le hip-hop restent ses influences majeures mais il n’est pas contre la diversité, il est prêt à se laisser tenter par d’autres aventures musicales et pourquoi pas participer à un morceau de rock, entre autres !
Sa récente expérience de concert en Serbie l’a considérablement enthousiasmé ;
« J’imaginais un terrain de guerre .. », confie-t-il , en fait l’accueil, les gens, le dynamisme de l’endroit l’ont beaucoup touché. Il a déjà pas mal roulé sa bosse et souhaite continuer à s’exporter mais aussi enrichir sa production afin de donner au Rap anglais la dimension qu’il mérite.
Là -dessus, il n’hésite pas à reconnaître la supériorité actuelle du Rap français et américain dans sa diversité, sa diffusion, ses représentants. Nos meilleurs rappeurs français ne lui sont d’ailleurs pas inconnus.
Talent confirmé donc, à suivre surtout, car on peut présumer qu’au niveau de la scène urbaine, le "Rascal" réserve encore d’excellentes surprises !
Isabelle G
Rascal : un prodige qui monte
Inconfortablement installée, sous la pluie, dans de somptueux fauteuils prune non étanches, je m'attendais à une soirée éléctro animée : j'ai eu bien du mal.
Avant chaque concert les mix de ce soir étaient plutôt technofunk, plutôt lassants. Côté son, là encore, les réglages n'étaient pas parfaits ce qui a pu nuire aux prestations ? Je suis restée dans mon fauteuil…
Pourtant Modeselektor avait bien commencé. Mais les deux allemands seuls devant leurs machines se sont révélés rapidement trop hétéroclites. Même si quelques pointes de hip-hop (dont une réutilisation des TTC) insérées dans leurs beats étaient quelque peu bienvenues, le reste était décevant. Annoncé comme influencé par la techno et le hip-hop, la plupart de leurs sons s'aventuraient plutôt dans le monde de la house…pas forcément transcendant…en dehors d'un dance floor. TTC est formé de trois parisiens : Teki Latex, Tido Berman et Cuizinier rejoint depuis peu par Dj Orgasmic entre autre. Ce groupe de hip-hop, complètement décalé avec son milieu propose des musiques éléctro mêlées au flow rap. Leurs textes, sans doute à prendre aux derniers degrés, sont acides et pas forcément drôles. A peine audibles les paroles étaient couvertes cependant par un son relativement cacophonique. Mieux enfin Dizzie Rascal, jeune prodige anglais d'une petite vingtaine d'année. Il s'inspire autant du hip-hop et du R&B américains que du rock garage et la drum’n’bass britannique. Son premier album Boy in da Corner lui a valu en 2003 le Mercury Music Awards décerné chaque année en Grande-Bretagne.
Laurence Argueyrolles
Soirée exceptionnelle à la Pantiero
Pour son avant dernière soirée, la piste du Festival Pantiero s’est enflammée avec un plateau réellement exceptionnel. John Lord Fonda a ouvert la soirée avec un ensemble de morceaux electro techno impeccables, le rythme est bien soutenu et la prestation sonore prend une telle ampleur parfois que les vibrations en étaient palpables dans les plus petits recoins de la pelouse ! Le public, très enthousiaste les a très bien ressenties aussi et s’est déhanché tout au long du show.
Les effets visuels sont restés assez sobres, rayons laser, quelques fumées qui embrasent la scène d’où émerge la silhouette presque fragile de John Lord.
L‘atmosphère créée, parfois, est très particulière, on pourrait imaginer une bande son de film pour accompagner un moment crucial de l’action, par exemple.
Lors de l’interview, après sa prestation, J.L. Fonda avoue son intérêt pour les bruits d’avion ou des voix dans des haut-parleurs, ils sont intégrés dans certaines de ses productions. Son travail consiste principalement dans un "mixage maison", il opère sur un logiciel prévu à cet effet puis approfondit ses explorations sonores, il tient compte de l’appréciation de son manager et de son entourage professionnel, cela lui permet de voir si la composition fait mouche mais à la base, il essaie de rester aussi proche que possible de ses choix personnels.
Il s’avoue volontiers indépendant et ne pas trop supporter la pression d’un travail de groupe, être seul aux commandes lui convient, il essaie d’avoir un pack de "machine live" transportable avec un maximum de choses dans une seule valise.
Est-il prêt à se livrer à un show en pleine nature, comme l’a fait J.M. Jarre auparavant ? Il n’y a pas vraiment pensé mais pourquoi pas un show de nuit dans Death Valley, endroit hallucinant et extraordinaire à ses yeux .
Sa grande référence ? Depeche Mode dont il admire la longévité et le dynamisme malgré les hauts et les bas, il a d’ailleurs fait une reprise personnelle de "Personal Jesus" dans son album Debaser d’une grande qualité technique .
Cette qualité a été également reconnue au festival Pantiero par une large ovation sincère du public cannois.
David Carretta (Photo 3), est apparu ensuitecomme un showman très expérimenté. Les effets visuels étaient multiples et variés, entre rayons laser, fumées multicolores, jeux de lumière …A mi-chemin entre Cerrone pour le côté Dance et Carlos Santana pour le physique avec un casque de cheveux bruns frisés et une grosse moustache, look un peu "seventies" , il officie torse nu. A chaque morceau, les rythmes electro - techno - pop synthétique s’amplifient et c’est le délire total dans la foule, plus compacte depuis le début de la soirée.
Tout est impeccablement agencé, tel un gourou, D. Carretta lève les mains jointes vers le ciel ou les bras et prend autant de plaisir à animer le show que le public en a à l’écouter. Ca remue pas mal, ça " pulse", il a droit à un rappel et on a frôlé l’émeute s’il ne revenait pas ! Son final a dépassé tout ce qu’on pouvait attendre de ce producteur- interprète performant, habitué des dancefloor. Pas étonnant que sa renommée internationale soit si solide. Du très grand bonheur pour le public Pantiero ! Agoria, talentueux D.J , encensé par le magazine Trax et membre organisateur des nuits sonores de Lyon a offert un festival electro-techno au rythme assez rapide, avec une puissance sonore inouïe, il a terminé en beauté cette soirée si bien commencée.
Isabelle G
DJ Shadow : l'ombre d'un géant (Photos 5 et 7)
Pari réussi pour la dernière soirée Pantiero ; on peut parler de méga fête devant un parterre bondé ! Tout d’abord, les groupes Blade feat.Respek Ba+ D.J et Puppetmastaz ont produit un show, chacun à leur manière avec une bonne humeur communicative, les premiers avec un bel accent écossais et des morceaux hip-hop rap bien balancés, leur album "the Unknown", sorti en 1998 a représenté l’une des plus grosses ventes du hip-hop anglais, les seconds ont fait évoluer des marionnettes sur scène, genre Muppets dont une avec un chapeau haut de forme noir , marque distinctive du groupe. Ils ont fait du "cirque" en mêlant sketches parlés, morceaux à la fois hip-hop, rap pur ou à la "sauce" funky soul . Original et plutôt drôle !
Le showman très attendu, D.J Shadow est arrivé-en retard -, et là , c’est une autre dimension ainsi que des moyens bien supérieurs aux groupes précédents. D.J fait preuve d’une parfaite maîtrise sur une impressionnante table de mixage, c’est de la technique haut de gamme, un grand écran en arrière-plan sur lequel défilent des images puis une musique funk-soul assez planante s’élève et nous emporte dans un flot de sonorités envoûtantes.
Pour info, D.J Shadow représente le courant "abstract hip hop" ou encore "trip-hop", ce qu’il nous fait entendre est plus proche de l’abstraction que du hip-hop bien que le hip-hop soit présent dans quelques morceaux mais avec un puissant arrière-plan synthétique qui amplifie les sons. La vidéo fait défiler (entre autres) un ensemble de personnages robotisés rappelant le célèbre "Métropolis" de Fritz Lang mais sur un mode futuriste, ou des têtes fabriquées par collages façon bandes dessinées des années 50, un autre passage fait apparaître le visage de Bush grimaçant un sourire, progressivement noyé dans une masse d’eau avant de disparaître, le message anti-guerre est très clair, les autres thèmes des images évoquent plus ou moins la déshumanisation ou représentent simplement des effets visuels, à noter qu’ils sont d’une rare qualité , le public se laisse porter par cet univers à la fois étrange et novateur . On sent bien que pour l’artiste, ce travail sur l’image fait partie intégrante de ses explorations musicales. Lors de sa conférence de presse, il a précisé être aquarelliste à ses heures, ils aiment les nuances, les effets visuels offrant une palette aussi diversifiée que possible. L’ensemble est puissant et force l’admiration.
La plupart des morceaux qui sont présentés à Cannes figurent parmi les dernières productions de cet artiste raffiné à la culture éclectique, D.J Shadow est constamment en quête d’une variété infinie de nouvelles créations musicales. Il avoue voir très peu sa famille depuis quelques temps car ses tournées l’accaparent beaucoup, malgré cela, il voudrait faire plus sur la scène européenne, il revient d’Allemagne mais n’a fait qu’un show en Espagne et en Italie. Toute source d’inspiration est bonne pour lui, il avoue volontiers écouter la radio de Bay Area, à San Francisco dont il est originaire, la côte ouest est très productive en electro hip-hop et D.J.S. déplore que seul, le hip-hop new-yorkais soit connu du public européen, selon lui, il est dommage que le hip-hop, hors scène new-yorkaise soit si ignoré alors qu’il offre une grande qualité et une grande diversité. Il admet, pour sa part, à peine commencer à tolérer la musique country western et il pourrait envisager d’en inclure des sonorités dans ses mixages !
Son pseudonyme Shadow n’est plus très à propos, dit-il, il lui vient d’un temps où il ne jouissait pas de sa notoriété actuelle et où il avait l’impression d’être inexistant , il était "at the back ", comme beaucoup dans ce milieu ! "L’ombre" brille de tous ses feux à présent, c’est le cas de le dire, ses productions pourraient tout à fait convenir dans un stade immense avec un écran format géant pour laisser à sa musique "synthético - transcendento expérimentale" toute sa dimension. Le festival Pantiero nous en a donné un aperçu des plus bluffants, dommage que D.J.G ne nous ait pas régalés plus longtemps, sa prestation était un peu courte. Opération promotionnelle ?... En tout cas, il ne reste plus au public qu’à rêver sur toutes ces harmonies en attendant la prochaine édition de la manifestation.
Isabelle G |