AVANT-PREMIERE A TOULON :
OMAR M'A TUER...

C'est l'histoire d'Omar Raddad, un jardinier marocain qui vivait en paix au milieu des fleurs avant que sa patronne ne soir retrouvée sauvagement assassinée avec, inscrit sur le mur de la cave en lettres de sang (le sien) "Omar m'a tuer". A partir de là, la police, la presse, la population s'emballent et son procès va retentir dans le Sud-Est puisque Omar vit entre Cannes et Toulon...
Il y a 20 ans aujourd'hui et ce crime n'est toujours pas élucidé puisque Omar a toujours clamé son innocence et il y a eu tellement d'incohérences dans ce procès qu'aujourd'hui ce jardinier marocain est libre mais toujours pas lavé de ce crime. Il poursuit toujours sa bataille en toute discrétion mais avec une force qui le fait tenir.
Roschdy Zem nous offre aujourd'hui ce film au titre éponyme et a choisi son complice Sami Bouajila pour l'incarner. Et ce verbe n'est pas trop fort tant l'acteur s'est glissé dans cet homme.
L'intelligence du film est de montrer, en parallèle le cheminement d'Omar Raddad, de procès en prison et celui d'un écrivain, convaincu de son innocence et qui va jouer les détectives. Cet écrivain existe, il se nomme Jean-Marie Rouard et a écrit ce livre. Il est là, sous un nom d'emprunt, magistralement interprété par Denis Podalydès. C'est un personnage lunaire mais obsédé par le fait de découvrir la vérité et, tel un petit taureau, fonçant obstinément pour la trouver.
Semi-polar, semi-enquête, entre docu et fiction, le film tient en haleine jusqu'au bout, même si l'on en connaît le dénouement. Les deux comédiens sont superbes et Roschdy Zem a pris le parti de filmer les deux personnages de façon différente, Omar en plan rapproché, très intériorisé, jouant sur l'émotion et l'incompréhension (Omar, alors, parlait très peu français) l'écrivain en plans rapides comme dans l'urgence, tel un "Tintin" à l'affût du moindre détail.
Mais tous deux allant vers le même but avec obstination.
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RENCONTRE AVEC ROSCHDY ZEM & SAMI BOUAJILA
ROSCHDY ZEM
Roschdy, pourquoi ce film ?
Nous tournions "Indigènes" avec Rachid Bouchareb lorsqu'il m'a parlé de ce projet qu'il avait écrit en partie, basé sur le parcours de cet homme. Il me proposait de jouer le rôle. Il m'a fait lire ce qu'il avait écrit et j'ai été tout de suite passionné par cette histoire. Mais il avait alors beaucoup de travail, alors, je lui ai demandé de réaliser le film, j'ai proposé le rôle à Sami, complice de 20 ans et la machine a été lancée.
Quel regard aviez-vous alors sur Omar Raddad ?
Celui du citoyen lambda, je n'avais pas d'empathie particulière pour lui mais au vu de l'histoire, du procès, je me suis passionné pour toutes les zones d'ombre, pour toutes les pistes non explorées, sur toutes les incohérence, me demandant comment, avec des bases si fragiles, l'on pouvait condamner quelqu'un. Du coup, mon film a pris une autre dimension.
Avez-vous rencontré Omar ?
Oui bien sûr et j'ai vu un homme blessé dont la vie s'inscrit, même aujourd'hui, en pointillé. Il est vivant et libre mais son esprit est toujours en prison et, même si beaucoup de gens pensent qu'il a été gracié parce qu'il n'était pas coupable, lui il sait que c'est faux et il m'a donc encouragé à faire le film. C'est un homme qui n'abdiquera jamais et l'avenir, j'espère, nous donnera raison.
Votre film balance entre documentaire et fiction...
Je ne crois pas car le documentaire s'arrête à partir du moment où il y a des interprètes qui disent un texte appris, ce qui est le cas. C'est je crois, une fiction qui s'appuie sur des faits réels et avérés mais avec aussi des choses, des scènes et des personnages inventés ou crées.
Avez-vous eu des pressions lors du tournage ?
Oui mais, je dirai, des pressions "légales" ! des menaces de procédures, évidemment, ce qui me semble des méthodes classiques et acceptables lorsqu'on touche à la justice. Mais je n'ai rien eu d'autre, pas de menaces personnelles ou des menaces de mort...
Le choix de Sami Bouajila...
Il s'est fait tout naturellement. Le choix, d'abord, était cohérent et puis nous avons un vécu très fort depuis vingt ans, on a cet esprit de troupe théâtrale avec lui Bréat, Bouchareb... Pour moi c'était une évidence et c'était la continuation de ce que nous faisons depuis 20 ans : un travail en famille.
Aujourd'hui que le film est tourné, le croyez-vous coupable ?
Je pense qu'il ne l'est pas et je pense même que si ça se passait aujourd'hui, il ne serait pas condamné car il y a trop de choses non éclaircies, oubliés, d'affirmations qui ne se basent sur rien. Beaucoup de pistes sont restées inexplorées.
Et Omar, on le voit, s'est plié à tout ce qu'on lui a demandé pour arriver à se faire entendre et il continue sa quête. D'ailleurs sa condamnation est ambiguë car si c'est, comme on l'a dit, un crime crapuleux, c'est 30 ans de prison. Et là, où la peine est trop forte parce qu'il n'y a pas assez de preuves ou elle n'est pas assez forte... Et personne n'a pu trancher. Il y a plein d'éléments qui laissent à penser que ce n'est pas lui : on n'a trouvé d'ADN d'Omar nulle part, de sang de sa patronne nulle part sur lui ou chez lui, elle était dans le noir et blessée, elle n'aurait pas pu écrire et ce n'est pas lui qui a pu écrire le message... Même aujourd'hui l'histoire continue puisqu'on a trouvé un ADN qui appartient à une tierce personne. On va avoir de nouveaux éléments de réponse.

Cette avant-première se passe à Toulon...A quelques kilomètres où vit Omar aujourd'hui..
(sourires) Oui, ce n'est pas innocent même si, le hasard fait que le film sort 20 ans après procès. Par contre ça, ce n'était pas calculé car il n'y a pas lieu de fêter l'événement. Quand à Monsieur Addad, il ne sera pas présent. Il reste discret, il ne veut pas s'exhiber, pour lui, le film et l'affaire sont deux choses différentes.
Comment est-il aujourd'hui ?
Il a perdu beaucoup à se battre, d'autant qu'il continue à le faire. Mais il est réaliste et aujourd'hui, il ne se base que sur du concret. On sent malgré tout une force, une volonté incroyables en lui et il a toute mon admiration.
Aujourd'hui à Toulon, vous montrez ce film pour la première fois. Dans quel état d'esprit êtes-vous ?
Content ! Je suis resté 4 ans sur ce film car l'écriture, c'est quelque chose de très long, de très prenant, qui prend beaucoup de temps. 2 mois de tournage, suivis de 6 mois de montage... Ca fait long et il est donc temps que je le montre à d'autres qu'à la famille ou les amis qui trouvent toujours que c'est magnifique ! Donc ce soir, première émotion, premières sensations, il y a vous, la presse, pour faire passer les choses et puis il y ce pourquoi on fait tout ça : le public. C'est cet avis-là qui m'intéresse le plus !
SAMI BOUAJILA
Sami, avez-vous hésité à jouer ce personnage ?
Non car d'abord c'est Roschdy qui me le proposait et puis parce que j'ai vu ce que je pouvais en faire. J'ai d'ailleurs toujours été vigilant car je ne voulais pas faire quelque chose en demi-mesure. Je n'ai pas l'habitude "d'habiter" mes personnages. Je les prends et il y a toujours une partie irrationnelle qui fait partie du boulot et qui doit être cohérente avec le personnage que j'incarne.
Justement, avez-vous rencontré Omar Addad pour vous en imprégner ?
Je l'ai rencontré, oui mais pas pour m'en imprégner car c'est en fait un rôle que j'interprète à ma façon, il fallait que ce soit "mon"Omar. Je ne l'ai donc rencontré que deux fois et j'ai volontairement gardé mes distances pour démythifier le personnage, garder un certain mystère.
Est-ce qu'on sort indemne d'un tel tournage ?
Oui car lorsqu'on s'attaque à un rôle, il faut être vigilent pour ne pas se laisser bouffer par lui. Il faut avoir de la lucidité, du recul, maîtriser ses sentiments sinon il est impossible de tourner. La sérénité fait partie du succès du projet. Il faut avoir la capacité de ne pas se laisser envahir par le rôle, par l'histoire, il faut se protéger pour pouvoir rebondir. Il faut rester disponible.
Vous êtes Tunisien, vous incarnez un Marocain. Parliez-vous la langue ?
Non et j'ai dû l'apprendre en six mois avec un coach à raison de quatre, cinq séances par semaine. Les accent sont très différents, le Tunisien est plus appuyé. Mais je parle arabe et j'ai de l'oreille et grâce au coach, tout s'est bien passé.
Bizarre que cet homme qui vivait en France ne parlait alors pas le Français...
Pas tant que ça car c'est un homme simple, un peut poète, qui aime les fleurs et les jardins. S'il est venu en France c'est pour retrouver son père. Il n'a pas fait d'études, il n'est conditionné par rien. C'est un homme libre qui n'a pas de gros besoins, pas de désirs particuliers. il vit sa vie avec sérénité, sans se poser de questions. Les quelques mots de Français qu'il connaît lui suffisent. C'est un beau et simple personnage."
Un reportage de Jacques Brachet |