VENCE – LES NUITS DU SUD : un savoureux cocktail musical
La programmation de cet événement est attendue avec impatience chaque année, comme en témoigne la fréquentation en constante progression ! Depuis maintenant plusieurs années, Les Nuits du Sud à Vence, enchantent les visiteurs et les habitants. Saluons d’ailleurs la remarquable implication de nombreux bénévoles vençois dans l’organisation de la manifestation. Les genres musicaux de tous les « suds » s’entremêlent permettant ainsi à chacun de venir apprécier ces artistes préférés mais aussi de faire des découvertes. Les amateurs de jazz auront pu se délecter grâce aux prestations de Dee Dee Bridgewater, Richard Galliano ou encore du Santos Chillemi Quartet. Ceux de salsa auront apprécié Omara Portuando, LA33, Orchestra Baobab, Ska Cubano… Bien d’autres genres étaient représentés avec Salif Keita, Vanessa Da Mata ou encore Sinsemillia, l’Orchestre national de Barbès, Magic System….Après la fermeture des accès au lieu des concerts les spectateurs sont libres de choisir la manière dont ils peuvent apprécier la musique : assis confortablement sur des chaises ou bien debout sur la piste prêts à danser ou encore attablés à l’un des nombreux restaurants qui entourent la place, pour joindre l’utile à l’agréable, autour d’un bon plat du jour !! C’est cette convivialité qui fait aussi le succès de l’événement ! Sans compter aussi tout ce qui se passe autour : expositions de peintures (au Village d’artistes) ou de photographies (dans la rue, avant chaque concerts), masters classes, stages de danse ou encore les « jours du sud ». Trois dates ont été consacrées à ces journées qui nous on permit d’apprécier lectures de comptes, spectacles, concerts et différentes animations. Les soirées « Talents Nuits du Sud » permettent à de jeunes artistes de se faire connaître et pourquoi pas d’être désigné comme LE « Talent » des Nuits du Sud de l’année. Voilà donc une édition variée est globalement bien réussie. Il faut attendre maintenant une année pour retrouver cette belle ambiance !
Laurence ARGUEYROLLES
DEE DEE BRIDGEWATER, STAR A VENCE
L’ouverture du festival s’est faite en compagnie de Dee Dee Bridgewater. Pour la première fois à Vence, la diva américaine du jazz, a présenté son projet Malien. Dee Dee et la France c’est une grande histoire d’amour. Avec son dernier album Red Earth, a malian journey, elle explore ses racines africaines. Accompagnée de neuf musiciens aux origines diverses, elle mêle les voix du Mali à ses talents d'experte en scat.
Ce mariage nous rappelle l'électrique parcours de Dee Dee Bridgewater depuis sa découverte en France en 1973 au sein du Jazz Orchestra de Thad Jones
Sur un rythme qui célèbre la terre rouge d'Afrique noire, elle compose à la mode malienne, avec improvisations et nouvelles structures de chant à la clef.
Elle n'en renie pas pour autant son époustouflant jazz vocal new-yorkais pour lequel elle a d'ailleurs été récompensée en 2007. Une soirée inoubliable, car en véritable bête de scène, l’artiste a su enflammer le public vençois. C’est toujours un grand moment musical et d’émotion de retrouver l’artiste sur scène.
Linda Pelou
NILDA FERNANDEZ ALONE…
Dans un autre registre, belle rencontre musicale en compagnie de Nilda Fernandez
Seul à la guitare, l’artiste à la voix précieuse a su charmer son public en ce début de soirée. Nilda est auteur, compositeur et interprète, ses textes sont emprunts d'une profonde mélancolie, guidée par la complexité des sentiments. Espagnol, Nilda l'est jusqu'au bout des doigts, des doigts qui glissent sur sa guitare dans des sonorités flamencas et ensoleillées. Exprimant en chanson ses attirances, ses pulsions, il nous conduit d'un fastfood de Valence (en France), à l'Espagne puis aux Etats-Unis. Les rencontres de toutes sortes rythment sa vie et ses chansons où la cour des Hommes se révèle où se dissimule sans cesse. Il met joliment en musique un poème de Gabriel Garcia LLorca et enflamme son public par plusieurs rappels. Un cadre plus intimiste aurait toutefois d'avantage valoriser son interprétation.
Autre style, Goran Bregovic et l'Orchestre des mariages et des enterrements.
Tout le monde les attendait et leur arrivée fut quasi triomphale ! Le paroxysme étant marqué par l'arrivée des cuivres traversant la foule jusqu'à la scène. Il y avait là déjà une quinzaine de musiciens - instruments à cordes, à vent - une dizaine de chanteurs et deux exceptionnelles chanteuses bulgares qui venaient d'interpréter quelques morceaux aux accents d'une forte poésie ! Et puis Goran Bregovic est monté à son tour sur scène, véritable apparition en costume de lin blanc, impressionnant chef d'orchestre, guitariste et chanteur. L'essentiel du public était là pour ce fameux déchaînement musical où la fanfare tzigane endiablée a envoûté tout l'auditoire, le portant quasiment jusqu'à la transe. Mais il y a l'autre Goran celui qui s'inspire de la tradition des Balkans où la voix des femmes et les choeurs des hommes atteignent une puissance de beauté redoutable. Ainsi ceux qui ne connaissaient pas cet aspect là de sa musique ont pu en déguster quelques beaux extraits. Devenu célèbre pour sa collaboration avec le réalisateur Emir Kusturica, Goran Bregovic a écrit d'autres bandes originales de films et aussi édités de très nombreux albums dont le prochain sortira cet automne.
STEPHAN EICHER… ON ATTENDAIT MIEUX
La prestation de Stephan Eicher était quelque peu décevante. Bien sûr le public, enthousiaste, a entendu tous les tubes du chanteur suisse mais l’interprétation n’était pas à la hauteur. En effet, chanter, jouer de la guitare ou (pour ces deux musiciens) jouer de la batterie sur une bande son enregistrée en studio n’est pas forcement évident. L’effet n’est pas garanti et les décalages visibles. Le public venu écouté Stephan Eicher a quitté ensuite massivement les lieux, alors qu’il aurait pu découvrir un groupe au combien original et amusant : Nortec Collective. Ces mexicains de Tijuana versent dans la fusion « électro » folk : un mélange heureux et même joyeux ! Imaginez sur scène des ordinateurs certes – c’est le principe de la musique électronique – mais aussi un incroyable accordéoniste aux allures de cow-boy, tout de noir vêtu, ainsi que deux excellents trompettistes ! Ils ont enflammés les quelques spectateurs présents et il a été bien difficile de les arrêter !
Laurence Argueyrolles

LA DER
Côté découverte, la dernière soirée du Festival Nuits du sud nous a offert un savoureux cocktail musical.
Nous avons commencé avec un zeste jazzy néo-zélandais et une pointe de groove. Le quartet Aronas, qui rassemblait piano, basse, percussions et batterie, mêlait aux improvisations pianistiques du leader, Aron Ottignon, la frénésie des rythmes maoris (les maoris sont des populations polynésiennes autochtones de Nouvelle-Zélande). Cette formation séduisit une grande partie du public, surtout par l'énergie qu'elle déployait.
Mais c'est le concert suivant qui constituait pour nous le fleuron de la soirée : Ska Cubano (Photo) nous a littéralement enchanté pendant un peu plus d'une heure. Autour du charismatique et magnétique chanteur londonien Natty Bo (également peintre et clown) évolue une pléiade de talentueux musiciens aux origines diverses tels que le trompettiste jamaïcain Eddie "Tan Tan" Thornton, la jeune saxophoniste japonaise Megumi Mesaku ou le bassiste cubain Ray Crespo. Ils mettent en scène un détonant mariage entre ska et mambo. Chantés en anglais ou en espagnols, certains standards de la musique cubaine sont ainsi revisités avec une intelligence et une sensibilité musicales hors du commun. Il en résulte un son original ; voici une exubérance fertile qu'on aura sans doute plaisir à retrouver à travers les albums du groupe « Ay Caramba ! » ou « Ska Cubano ». Une très belle découverte...
La dernière partie de la soirée nous a semblé un peu plus conventionnelle avec NG La Banda fondée par le flûtiste José Luis Cortès, il y a 20 ans. Ce grand ensemble cubain a cependant guidé avec enthousiasme les pas de danse du public jusqu'à 1h du matin en distillant des rythmes traditionnels cubains de salsa, de timba ou encore de calypso. Notons également la pertinence de la section cuivre bien étoffée...
Une soirée très agréable et assez riche vint donc clôturer cette 11ème édition des Nuits du Sud.
Géraldine Martin |