NOTES DE LECTURE
PAR LES PLUMES D'AZUR
Akli TADJER : IL ETAIT UNE FOIS PEUT-ÊTRE PAS (Ed JC Lattès)
C’est un fusionnel entre un père et sa fille au moment où celle-ci veut partir faire des études à Toulon. Amoureuse de Gaston à Paris, elle laissera à son père le soin de veiller sur lui. Dominé par sa culture algérienne et son passé de contes merveilleux, Mohamed passera par tous les sentiments envers ce garçon qu’elle lui confie alors qu’elle se fait rattraper par l’Islam et l’amour de Kader.
Nous allons alors traverser sa vie à travers les contes qu’il commençait toujours par « Il était une fois peut être pas » et qu’il réservait à sa fille qui s’échappe.
C’est un mélange heureux d’humour noir, de clins d’yeux à la réalité, d’amour de cet homme seul qui se débat entre deux mondes.
Commencé avec humour et un vocabulaire très actuel, le récit se fait plus grave et plus profond au fur et à mesure qu’on rentre dans son histoire et même un peu triste de le quitter à la fin.
Alice DONA : LE MAS DES DAMES (Ed Anne Carrière)
Trois sexagénaires amies d’enfance se retrouvent tous les ans pour une cure de thalasso et évoquent leurs vies sans oublier la promesse d’acquérir un mas en Provence où l’une d’elle habite, afin d’y finir leur vie ensemble.
Rêve de l’achat, de l’installation, de la cohabitation, de l’interférence de leurs existences. La vie sera-t-elle plus facile pour trois femmes qui se connaissent et qui vont réaliser leurs projets ? Vont-elles retrouver l’amour ou l’art d’être grand-mère ?
Il s’agit là d’un roman léger, un peu foufou, écrit par une ex-vedette de la chanson habituée à un certain train de vie. Très papillonnant autour d’un portrait lucide de ces « babyboomeuses » dont on ne sollicite plus l’opinion mais qui sont encore pleines d’énergie et d’amour à donner, le style est peu recherché, l’écriture gentillette, le sujet assez réel mais déjà beaucoup traité.
Michaël CHABON : LE CLUB DES POLICIERS YiDDISH
(Ed Robert Laffont - Photo 1)
Traduit de l’américain par Isabelle D.Philippe
A partir d’un fait historique réel, en effet l’administration de Roosevelt a en 1940 envisagé d’accueillir les juifs fuyant l’Europe, l’auteur imagine que cette proposition est devenue réalité et la rétrocession à l’Alaska va s’effectuer après 60 ans.
A Stika, au cœur de l’Alaska, vivent deux millions de juifs. Un assassinat est commis. L’inspecteur Landsman, flic alcoolique, libre penseur et athée, traque l’assassin.
Pseudo roman noir dans le style de Chandler, fascinant par son atmosphère et le vocabulaire choisi, mélange de yiddish, d’hébreu et d’anglais.
Derrière la drôlerie de certains personnages, dans ce peu banal roman policier, se cache une critique politique du conservatisme américain et du sionisme et du rapport entre les deux.
L’auteur aborde l’exil, la solitude, l’errance et le sentiment de ne pouvoir rien changer à la marche du monde. Il démontre aussi qu’il est possible de dire des choses graves par l’intermédiaire d’une littérature accessible.
Milena AGUS : BATTEMENTS D’AILES ( Ed de Noyelles - Photo 2)
Le livre comme l’auteur sont solidement implantés dans la campagne sarde où une jeune adolescente très angoissée depuis la fuite de son père après des dettes de jeu, écrit son journal et nous raconte les faits et méfaits de Madame, célibataire vieillissante, se battant pour conserver la propriété désuète, très convoitée par les bâtisseurs modernes qui veulent transformer ce lieu sublime en plages de luxe. Dédaignant l’argent facile, courant toujours après l’amour elle bâtit une famille atypique avec ses voisins, ses hôtes, le grand-père, le fils aîné…tous personnages décalés et attachants.
Entre la réalité des descriptions somptueuses de la nature et la violence des sentiments de chacun on se laisse emporter par la prose à la fois délicate et drue de l’auteur. Le lecteur retrouvera l’écriture simple et faussement ingénue à la fois du précédent livre. Avec habilité l’auteur tisse son récit désespérant en soi, mais grâce à la poésie, au rêve et à la magie, ces êtres atypiques arrivent à survivre.
Philippe BESSON : LA TRAHISON DE THOMAS SPENCER
(Ed Julliard - Photo 3)
Philippe Besson s’appuie sur les dates clefs de l’histoire contemporaine pour donner vie à ses deux héros nés le même jour à Natchez, Mississipi, pur concentré de sudistes, ségrégationnistes et traditionalistes un 6 août 1945, jour du largage de la première bombe atomique sur Hiroshima. Il s’appuiera également sur des évènements majeurs comme l’assassinat du président Kennedy ou celui de Martin Luther King, ou l’engagement des Etats Unis dans la guerre du Viet-Nam et son embourbement.
Paul et Thomas vont grandir puissamment liés par l’amitié, tous deux marqués par le deuil. Entre Thomas, enfant sans père élevé en vase clos par sa mère et Paul, dont le frère est mort au combat en Corée, vont se créer des liens puissants tout au long de leur adolescence faite de baignades, de parties de pêche dans la chaleur de l’été. Ils s’éloigneront peu à peu au fil des ans, séparés par leurs études, leurs différences politiques, leurs aventures amoureuses jusqu’au jour où Thomas tombera amoureux de Claire la fiancée de Paul parti se battre en Corée d’où il reviendra estropié.
Les thèmes de l’auteur : amitié, sensualité, conscience politique sont très présents ici de même que l’inclusion des faits politiques dans le romanesque. Un crescendo nous conduit de l’insouciance de l’enfance au drame de la vie d’adulte dans un style clair et prenant.
Philippe ROUTIER : POUR UNE VIE PLUS DOUCE (Ed Stock)
Un homme, fonctionnaire à la poste se marie, a un enfant… quoi de plus normal ?
Heureux oui, mais entraîné dans le cercle infernal de l'endettement cet homme maintenant divorcé et vivant dans un environnement sordide commettra le geste impardonnable qui le conduira en prison pendant 12 ans. La sortie de prison offrira au père et au fils des retrouvailles pudiques et silencieuses. Malgré l'espoir et l'amour il n'y aura pas de seconde chance pour une vie plus douce.
Histoire implacable où notre société de consommation est montrée du doigt et demanderait en urgence une régulation.
Roman à l'écriture simple et sensible avec des personnages vrais, pudiques, solidaires et attachants.
Mais surtout, roman d'amour entre un père et un fils, roman sur le pardon.
Sylvie BRUNEL : MANUEL DE GUERILLA A L’USAGE DES FEMMES
(Ed Grasset - Photo 4)
Ce titre racoleur est un essai sur les femmes de 50 ans, nées avec le féminisme, mais qui doivent composer avec des maris qui, ne les trouvant plus assez jeunes, ni assez belles les quittent à mi-vie. Cette génération de femmes « libérées » souffre d’être abandonnée.
Partant de son histoire personnelle, Sylvie Brunel raconte sa séparation avec son mari Eric Besson, actuel Ministre du Gouvernement. Il ne s’agit pas pour elle de faire le procès de son ex-mari, mais de décrire à travers lui les hommes de pouvoir, orgueilleux, séducteurs, plus préoccupés de leur vie publique et politique que de leurs épouses et d’en analyser les conséquences.
Elle « égratigne » gentiment le machisme de ces hommes, sans agressivité, avec humour et même avec sérénité.
Lecture facile et agréable du récit de cette femme sereine, éminente géographe, qui reste une féministe convaincue.
RENCONTRE
BERNADETTE PECASSOU-CAMEBRAC
NOUS ENTRAINE DANS LE SILLAGE DU FRANCE

Elle est journaliste (presse écrite, radio, télé) et romancière. En tant que telle, elle une certaine curiosité et en même temps de l’imagination. Alors, de sa belle plume, elle fait d’une pierre deux coups : amoureuse du France, elle y fait embarquer son héroïne, Sophie, qui est, comme par hasard journaliste et qui va vivre une aventure incroyable sur ce bateau mythique, au milieu du luxe le plus inouï, des artistes célèbres qui y ont embarqué et d’une traversée où l’auteur nous fait revivre une époque magnifique.
« Pourquoi le France, Bernadette ?
Parce que LE France… c’est LA France !
La France des années 60, si confiante en l’avenir car ce fut un grand moment d’harmonie dans notre pays. Le monde ouvrier prenait ses lettres de noblesse, l’élite intellectuelle était en plein épanouissement. C’était la France de de Gaulle et Malraux qui avaient une idée de grandeur de leur pays.
Le France était l’aboutissement merveilleux de cet équilibre.
C’est pour cela qu’il est entré dans la légende ?
Evidemment mais aussi pour beaucoup d’autres raisons dont celle, hélas, d’être mort jeune. Mais comme les héros, comme James Dean, mourant jeune et beau, on entre dans la légende.
La France y était attachée et, tout comme un personnage hors du commun, il a eu un destin exceptionnel qui peut se résumer par trois adjectifs : Aimé, trahi, oublié.
On ne se souvient que de sa jeunesse, de cette belle harmonie… et comme toute harmonie, ça ne dure pas !
C’était un bateau exceptionnel ?
Mais oui car il faut savoir que c’était la première coque soudée que l’on réalisait, alors qu’avant, elle était rivetée. Et ce, sur 315 mètres ! Personne ne pensait qu’il tiendrait sur le plus dangereux océan du monde : l’Atlantique. Et le monde a été ébloui de le voir fendre l’eau…
C’était un bateau unique au monde et qui l’est resté.
Vous en parlez avec passion !
Oui c’est vrai, car j’y suis très attachée mais je sais pourquoi ! Le monde entier aimait le France car c’était le symbole de l’art de vivre à la Française et un moment heureux de notre vie.
Pourquoi alors ne pas simplement avoir écrit un document ?
Je ne nie pas que j’ai une formation de journaliste, j’ai travaillé un peu partout dans le monde, j’ai 30 ans de journalisme national mais si j’ai préféré écrire un roman autour du France, c’est pour le côté romantique… Le romantisme me permet de toucher à l’essence même, au souffle de la chose. C’est une histoire d’amour où le héros est le France, un bateau de tous les grands destins, des grands sentiments… Ce n’est pas « La croisière s’amuse » !
Je suppose que vous avez le regret de ne pas y être monté ?
Pas du tout ! Je n’ai aucun regret car monter dessus m’aurait terrorisée ! C’est, je sais, un beau paradoxe mais j’aurais eu très peur de savoir que je naviguais sur des abysses ! C’est donc un mélange d’amour et de peur et de plus, ça garde ainsi pour moi la dimension romantique.
LE FAON de Magda SZABO (Ed Viviane Hamy)
Eszter, aujourd'hui actrice de théâtre au talent reconnu, a pour amant le mari de son amie de jeunesse, la douce et belle Angela. Elle supporte mal le souvenir des difficultés financières de ses parents uniquement préoccupés de leur amour, son extrême pauvreté, que sa naissance aristocratique aurait du protéger. Elle ne vit pas, elle joue sans cesse un rôle et fait souffrir comme elle a souffert. Rien ne l'apaise.
La jalousie est dépecée, décortiquée par Magda Szabo avec virtuosité. Ce livre plonge le lecteur dans une atmosphère noire où la surenchère des sentiments ne peut trouver d'autre fin que la mort.
Roman admirable, parfois complexe à suivre car le lecteur passe d'une époque à une autre sans transition, mais une lecture magnifique qu'on ne saurait abandonner.
LA PUISSANCE DES CORPS de Yann QUEFFELEC (Ed Fayard)
Avec une légère anticipation sur le calendrier, l'action se passe en 2013.
Remus, un colonel des services secrets de l'Elysée, essaie de retrouver un enfant de 8 ans kidnappé, seul moment d'humanité du livre. Après 60 pages d'une description insoutenable et écœurante des abattoirs et des traitements des viandes pourries recyclées, Queffelec se complaît dans l'ignominie du colonel et des petites intrigues.
Où est passé l'auteur des "Noces barbares"?
Difficile de trouver du plaisir à lire ce tissu répugnant de vulgarité, de grossièreté, de non-respect de la personne humaine sans parler de celle des animaux!
L’HIRONDELLE AVANT L’ORAGE de Robert LITTELL
(Ed Bakerstreet - Photo 3)
En 1979, Robert Littell rencontre la veuve d'Ossip Mandelstram, illustre poète russe des années 30, mort en déportation. Ayant réuni une importante documentation, Littell décide d'écrire l'arrestation, la condamnation, la déportation de Mandelstram vers la Sibérie puis sa mort. Règne de l'absurdité, de l'entêtement, de la folie de Staline. Roman écrit à trois voix, celle de la veuve, celle de la maîtresse et celle de la poétesse Ana Akhmatova, fiction et vérité sont habilement mêlées pour offrir au lecteur une très intéressante et agréable lecture.
NEW-YORK, JOURNAL D’UN CYCLE de Catherine CUSSET
(Ed Mercure de France - Photo 1)
Petit livre de 130 pages agrémenté de très jolies photos de bicyclettes ou de vues de Manhattan faisant partie de la Collection " Traits et Portraits" de Mercure de France.
Catherine Cusset promène le lecteur sur un vieux vélo dans la ville de New York au péril de sa vie. Rien n'arrête Catherine Cusset qui, de rue en rue, découvre Manhattan, souvent accompagnée de son mari qui préfère les rollers. Rencontre avec une ville attachante, bruyante, vivante, cette vie que Catherine Cusset aimerait concrétiser en concevant un enfant, d'où le titre de l'ouvrage "Cycle".
Oui, pour le portrait magnifique et contemporain de Manhattan, mais non, non, non aux problèmes personnels qui relèvent de la psychothérapie.
TERRORISTE de John UPDIKE (Ed le Seuil - Photo 5)
L'action se passe dans une proche banlieue de New-York. Un conseiller d'éducation juif, non pratiquant tente en vain de convaincre Ahmad, un brillant étudiant, de poursuivre ses études. Ce jeune garçon trouve très vite du travail dans une entreprise de transports et vit en parallèle sa foi de musulman en appliquant à la lettre les lignes du Coran. Rien ne le détourne de sa mission inculquée par l'imam qui le conduit irrémédiablement vers le sacrifice suprême.
Ce sacrifice punira un peuple américain arrogant, impur et incroyant.
Roman admirable, truffé de détails de la vie quotidienne taillés au scalpel. Réflexion sur l'illusion et la désillusion.
"Terroriste", titre volontairement accrocheur, voulu par un auteur désabusé certes, mais incroyablement lucide, réaliste, roman terrifiant de vérité
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LA SOLITUDE DE LA FLEUR BLANCHE d’Annelise ROUX
(Ed Sabine Wespieser - Photo 2)
Annelise Roux est née à bordeaux ceci est son 4° livre
Née après « les évènements d’Algérie, Annelise Roux nous retrace la vie étriquée de ces habitants d’un pays triste et froid où ses parents ont trouvé refuge après leur rapatriement d’Algérie.
Habitée par un questionnement à propos de ses origines, elle ne retrouve pas les déserts et les villages caillouteux de son « là-bas ». Elle inscrit son destin dans la tragédie après le décès de son père tué par des chauffards et part à la recherche de tous les morts dont elle a partagé un bout de vie Son lieu de prédilection : le cimetière du village d’où elle nous évoque la tragédie de chaque famille partageant la peine et nourrissant sa tristesse.
Cette évocation nostalgique et torturante de ces êtres humiliés, bafoués est certes émouvante mais reflète une grande tristesse. Les longues phrases nous perdent un peu dans les dédales des vies évoquées. Le style est soigné, les situations bien rendues mais nous laissent peu d’espoir quant à la capacité au bonheur futur de la narratrice.
LE REQUIEM DE FRANZ de Pierre CHARRAS (Ed Mercure de France)
Pierre Charras se penche sur la vie intense et tourmentée de Franz Schubert, mort prématurément de la syphilis à l’âge de 31 ans en laissant une œuvre considérable.
Des textes liturgiques de la messe de requiem servent de tête de chapitre à ce roman écrit à la première personne. L’auteur fait parler sur son lit de mort le musicien qui rêve, délire tout en revenant sur son passé. Il nous parle aussi des tourments, des joies et des doutes qui ont accompagné la composition de son œuvre gigantesque. Il se décrit comme un homme petit, gros ,myope et rendu chauve par la maladie, complexé par son physique mais on découvre aussi un homme amoureux du vin, fidèle en amitié et dont la courte vie fut marquée par la musique et les rêves.
Lecture très humaine du génial musicien, revu par Charras bien sûr, qui nous donne un récit simple et émouvant qui séduira les passionnés de musique
L'AMOUR EST UN FLEUVE DE SIBERIE de Jean-Pierre MILOVANOFF
( Ed Grasset - Photo 4)
Au début du roman , une voix apostrophe le sosie de l’auteur. La voix est celle de Silvio, gardien d’un camping du bord de mer, en Camargue, vivant entre ses caravanes vides et ses bungalows clos. Il a passé sa jeunesse dans un vieil hôtel de la région tenu par sa mère. L’hôtel a été vendu, sa mère s’est retirée dans une maison de retraite, il se rappelle les souvenirs d’une jeunesse passée à la recherche de celui qui pourrait être son père parmi les hommes qui ont gravité autour d’elle. La naïveté du jeune garçon est touchante, l’auteur nous plonge avec talent dans un univers marqué par le manque du père qui déclenche une enquête sentimentale obstinée nous menant dans le passé mais aussi dans le présent des protagonistes retrouvés.
Lors d’une violente tempête, Silvio le rêveur, le marginal, le nostalgique, se retrouvera face à son destin, un choix de vie ou de mort !Une écriture fluide qui permet une construction particulière avec des chapitres sous forme d’interviews des différents personnages. Le récit se déroule en douceur avec délicatesse bien que mélancolique, exactement comme un blues.Un beau moment de lecture.
LES ONZE de Pierre MICHON (Ed Verdier)
L’auteur imagine un tableau exposé au Louvre qui représente onze personnes du Comité de Salut public en 1794, dont bien sûr, Robespierre et Saint-Just
Il raconte les circonstances de la commande, la vie du peintre et de sa famille et fait un rapide tour d’horizon sur les personnages du tableau.
Evocation historique précise et documentée de l’époque, aussi bien sur le plan social que politique, l’auteur part cependant dans tous les sens et l’on est étourdi par tous ces aspects de l’histoire, la petite comme la grande !
C’est une façon de nous raconter l’Histoire avec des références à Michelet. Le style peut paraître pompeux, à la limite ennuyeux par les répétitions et les mots savants, et peut être considéré comme réservé à des connaisseurs. Mais pour d’autres, ce peut être une belle langue classique très recherchée.
Il a d’ailleurs obtenu le prix de l’Académie Française.
Que l’on aime ou pas, c’est un petit livre qui ne laisse pas indifférent
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TROIS FEMMES PUISSANTES de Marie NDIAYE (Ed Gallimard)
Prix Goncourt 2009
Récits de trois femmes fortes qui ont en commun l’Afrique et Dakar.
D’abord Norah, avocate à Paris où elle vit avec son compagnon et ses enfants. Rappelée à Dakar par son père, tyran domestique et familial qui régit une famille éparpillée et qui se réfugie dans le flamboyant de la cour pour méditer, elle dénouera les fils inextricables tissés entre ses frères et sœurs et tentera de se rapprocher de lui
Puis Fanta, jeune érudite qui suit son mari dans le Bordelais et que nous découvrons par le récit de celui-ci. Incapable d’offrir à son épouse la vie dont elle rêve ils se perdra dans une vie banale et sans attrait de la vie rurale.
Vient enfin Khadi, bouleversante déracinée, veuve et rejetée de tous qui ne trouvera qu’en elle la force de tenter de partir, de s’exiler vers des terres plus hospitalières mais qui échoue.
Roman très dur, à l’écriture incisive qui nous décrit des femmes luttant pour leur dignité contre les humiliations et la fatalité que leur inflige la vie.
MEMOIRES DE MARC-ANTOINE MURET de Gérard OBERLE
(Ed Grasset - Photo 6)
Encore une histoire - peut-on penser – où, au nom de la liberté, de l’intelligence et de la poésie, tout serait permis, surtout les mœurs dépravées ou contre nature …..
Pourtant, au fil des pages, on se laisse emporter par une écriture magnifique, baroque et flamboyante à l’image de ce XVIème siècle français, par les rencontres poétiques, littéraires et historiques, par l’épicurisme joyeux du moment.
Oberlé ne fait pas l’apologie des débordements scandaleux de Marc-Antoine Muret, mais les décrit avec brio et truculence. Cela étant, on peut se lasser de trop de débauche, d’orgies, de mignons, de ténèbres et se sentir atteint par le dégoût. On peut se demander aussi s’il était vraiment utile de ressortir des oubliettes de l’Histoire, cet intellectuel brillant mais tellement dépravé qu’il en gâche la poésie qu’il sert !
On n’en est pas moins emporté par le style d’Oberlé, ses formules colorées, la joie de vivre et l’irrévérence, le culte des arts, de la poésie et de la beauté, de l’amitié aussi, points communs probablement entre l’auteur et Muret
LES HEURES SOUTERRAINES de Delphine VIGAN (Ed Lattès)
C'est un grand et beau roman sur la solitude que l'on porte en soi : soit on la laisse vous grignoter soit on choisit de lui livrer une guerre totale.
La vie trépidante, le côtoiement anonyme du métro ne font que rendre l'atmosphère de plus en plus oppressante jusqu’à suffoquer. L'auteur ,à travers l'un de ses héros, décrit admirablement la vie en entreprise, sa dureté, son hypocrisie, ses lâchetés et le point de départ où tout chavire. L'engrenage fait d'humiliations, de privations, de blessures jusqu'au point de non retour où, bien qu'épuisée, pour rester vivante son héroïne partira de l’entreprise pour se protéger.
Enfermé dans le même schéma l'autre héros, urgentiste, devant son amour impossible, ne luttera pas et se laissera aller à la grande solitude. Sa vie trépidante et l'agitation de la ville ne font que renforcer son choix.. Ces deux personnages laminés par la vie et par la ville, pourraient se rencontrer ; ils vont seulement se croiser sur la même ligne de métro.
Très beau livre actuel et réaliste, traité avec beaucoup de justesse, mais triste par le mal être des personnages et l'écrasement de quotidien sans pour cela tomber dans le pathos
Bien sur ce n'est pas gai mais on dévore ce livre !
UNE ANNEE ETRANGERE de Brigitte GIRAUD (Ed Stock)
Nous sommes en Allemagne au début des années 80.
Laura jeune française de 17 ans a décidé de passer six mois comme jeune fille au pair, voulant fuir sa propre famille meurtrie par la mort récente de son petit frère.
La vie simple et les habitudes de la famille qui l’accueille la troublent. Elle découvre qu’elle comprend très mal la langue, elle n’est jamais sûre de saisir ce qu’on lui dit et elle a du mal à communiquer avec les nuances qui lui paraissent indispensables.
Est-elle venue pour s’occuper des deux enfants presque des adolescents, pour s’occuper du ménage pour parfaire son Allemand, pour gérer sa propre crise familiale, ou tout simplement pour se retrouver et grandir enfin ?
L’auteur traduit avec précision l’isolement lié autant à la langue étrangère qu’au dépaysement
Son analyse du climat familial qui en découle se révèle au lecteur en même temps que la jeune narratrice en prend conscience. Un des points importants du livre, semble-t-il, est qu’elle ne reprend possession d’elle-même qu’à partir du moment où elle peut s’exprimer en français.
Roman d’apprentissage, très agréable à lire, où le choc des cultures est rendu avec minutie, où la « langue » dispute à la jeune fille le premier rôle .
Livre qui questionne encore quand on le referme ! |