NOTES DE LECTURE
Par les Plumes d'Azur
L’EVANGILE DES ASSASSINS d'Adam BLAKE (Ed MA - Photo 1)
Des évènements sans liens apparents alertent une inspectrice de Scotland Yard et l’incitent à enquêter malgré la mauvaise volonté et l’inertie de son service . Elle va avoir une aide inattendue en la personne d’un homme dont la femme et les enfants ont disparu .
L’auteur a choisi une intrigue basée sur les traductions diverses et controversées de manuscrits tels que ceux de la Mer Morte, pour bâtir un scénario aussi plausible que farfelu concernant des révélations sur la mort du Christ . Il nous entraîne avec talent dans plusieurs enquêtes parallèles . Le style est accrocheur , les personnages bien campés . Il fait preuve d’une imagination débordante, d’un sens du suspense indiscutable et d’une solide érudition concernant les fameuses découvertes , l’usage de certaines armes ou les arcanes de l’informatique . Certaines scènes sont très violentes .
Dans la veine du « Da Vinci Code » il nous offre là un polar captivant
L’APPEL DU SAHARA de Judith BROUSTE et Pierre BRULLE
(Ed Place des Victoires - Photos 2 et 3)
Après un bref rappel de la conquête du Sahara par l’armée française, les auteurs retracent la vie de trois hommes qui ont contribué à cet épisode historique : Ernest Psichari, Hubert Lyautey et Charles de Foucault.
Ernest Psichari, petit fils de Ernest Renan, s’engage dans l’armée contre l’avis de sa famille. Il participe à la conquête du Sahara où il a la révélation de Dieu. Entré dans le tiers ordre dominicain, il hésite entre l’armée et la prêtrise lorsqu’il est tué pendant le guerre de 1914.
Hubert Lyautey participe au développement colonial de la France et devient résident général au Maroc. Très critique sur la politique de la France, il préfère prendre sa retraite.
Charles de Foucault, soldat dépravé, découvre la spiritualité et l’islam au Sahara. Il entre dans les ordres et se retire dans le Hoggar où il écrit un dictionnaire touareg et meurt assassiné.
Beau livre broché très illustré de gravures de l’époque mais sans grand intérêt historique. Les récits de la conquête et des vies des trois hommes sont trop condensés pour intéresser un néophyte
LA CHAMBRE A REMONTER LE TEMPS de Benjamin BERTON
(Ed Gallimard - Photo 4)
L’action se situe au Mans dans une maison habitée par un couple de trentenaires, cadres cultivés, sociables et unis . L’épouse vient de donner naissance à une adorable fillette ce qui justifie leur installation récente dans une maison et un quartier agréable. Le mari prend le train tous les matins pour aller travailler à Paris . Leur vie est celle de beaucoup d’autres , rythmée par le travail, le bébé, les courses, le bricolage….et les loisirs réduits . Alors l’ennui s’installe dans le couple ! Un tableau doux et drôle , mais amer et parfois effrayant .
Tout bascule lorsque le narrateur pénètre dans la chambre du milieu , celle qu’il baptise « la chambre à remonter le temps » , la fiction ultra réaliste devient une histoire improbable où le narrateur se perd dans l’irrationnel . Est-il en proie à une dépression ? devient-il fou ?
Dans un style classique l’auteur analyse avec précision le long cheminement qui amène son personnage à une solution extrême , montrant son obsession de la famille unie et protégée comme les contradictions de son comportement et surtout la lente dégradation que le temps inflige à la plupart des relations de couple . Le lecteur n’a qu’un son de cloche, les réactions de la compagne n’étant connues que par la dimension que leur prête le narrateur
L’auteur maintient une ambiguïté sur ce qui se passe réellement, le suspense côtoie le fantastique . Et si ce voyage dans le temps était une façon d’échapper à l’ennui ?
La partie réaliste est remarquablement décrite , quant à la partie paranormale tout dépend me semble-t-il des lecteurs et de leur attitude vis à vis de ce genre de phénomènes
Facile à lire mais déroutant , une fin ouverte !
UN ETE SANS LES HOMMES de Siri HUSTVELDT (Ed Actes Sud - Photo 5))
Traduit de l'Anglais par Christine Le Boeuf.
L’action se situe à Bonden dans le Minnesota au cours de l’été 2009.
La poétesse universitaire Mia Fredricksen vient se réfugier dans sa ville natale après que son neurologue -chercheur de mari lui ait annoncé au bout de trente ans de mariage, son désir de « faire une pause » - une française de vingt et un ans- !
A cette occasion, tout juste sortie de son hospitalisation suite à une crise de « bouffée délirante » elle retrouve sa fille, sa sœur et sa mère, fait la connaissance d’une jeune maman voisine, d’un groupe de vielles dames affiliées à un club de lecture et de sept adolescentes qu’elle tente de sensibiliser à la poésie. Tous les âges de la vie lui sont représentés, « la vierge, la mère, la vieille »
Chaque groupe de ce gynécée est décrit avec justesse et un humour truffé de références intellectuelles ou littéraires, qu’il s’agisse du parler grégaire des jeunes filles ou de la sphère des pétillantes octogénaires atteintes de « senioriose ».
Ainsi le thème de cette lecture glisse progressivement de celui de l’adultère, la séparation, vers une étude moins banale de l’effet du temps sur l’unité de l’être et les relations humaines.
Le roman est plaisamment subversif à l’encontre de notre société patriarcale, un brin élitiste mais remarquable.... S’agirait il d’une auto fiction ?
LE GRAND PARTOUT de William T.VOLLMANN (Ed Actes Sud - Photo 6)
William T. Vollmann est né en 1959 à Los Angeles ( Californie).
Ecrivaim, journaliste, essayiste américain, connu pour ses romans fleuves . Son oeuvre mêle fiction et essais, il aime l'histoire. Il vit actuellement à Sacramento.
Ce récit, paru en 2011, fait découvrir la pratique des hobos, ces voyageurs resquilleurs qui, depuis la fin du 19ème siècle, montent à bord des trains de marchandises. Vollmann, accompagné de son ami Steve, emprunte ces trains et va à la rencontre des hobos dont il
recueille les témoignages. Ils vont à la recherche du Grand Partout et de la Montagne Froide qui se cache quelque part en Amérique. Le but de son aventure consiste à vivre en vagabond, à éviter les équipes de sécurité, à réussir à monter ou sauter des trains en marche, passer des heures dans des wagons sans en connaître la destination.
Pour Vollmann « ce n'est pas la destination qui nous enrichit mais le voyage ». Il aime vivre dangereusement , resquiller, et dit qu'il ne considère jamais ses tentatives de resquilles ratées
comme des échecs car « on vit vraiment plus dans ces moments-là » .Pour lui , la peur et le bonheur ne sont-ils pas la même chose?
A travers son récit, Vollmann trace un portrait de son pays , comparant le temps présent avec
autrefois, regrettant le temps de la liberté à l'époque des pionniers, mais il se rend compte que la vie est plus facile actuellement . Il est plein de contradictions. Ce livre lui permet de réfléchir à sa vie dans son Amérique qu'il aime, il s'interroge sans fin sur qui il est et où il va, il ne veut pas être esclave de la technologie.
Bon moment de lecture.
VIRGINIA et VITA de Christine ORBAN (Albin Michel - Photo 7))
Très proche d’une biographie, ce roman se situe dans les années vingt, essentiellement à Monk’s house la résidence des Woolf à Rodmell, dans le Sussex.
On y retrouve tout ce qui a pu constituer la vie et les relations de Virginia Woolf.
On côtoie ainsi son mari, Léonard, sa sœur Vanessa, son père Sir Leslie Stephen et Nelly sa femme de chambre, tous regroupés autour de la romancière, solidaires de sa folie et de son génie.
Puis viennent les amis, proches, en particulier, l’aristocrate Vita Sackeville-West, voisine immédiate. Un autre cadre, un autre milieu avec pour règle « le plaisir de l’instant » ; une tribu unique dans la belle maison de Seven Oaks.
Sans aucun doute inspirée de leur correspondance, le roman fait vivre la relation difficile des deux femmes : amour, frustration, jalousie, complicité. Homosexualité assumée.
Parallèlement au travers de cette relation surgit Orlando, un personnage crée par Virginia Woolf, figure androgyne, très proche de Vita. Vérité et imagination se mélangent. Le personnage tumultueux prend le pas sur la réalité d’une relation. La passion se métamorphose en création littéraire que seul le mot fin pourra apaiser.
Un bel essai, une transformation réussie.
LE JOURNAL INTIME D’UN ARBRE de Didier VAN CAUWELAERT
(Ed Michel Lafon - Photo 8)
Un poirier de trois cents ans vient d’être abattu par la tempête . Il vit encore et va survivre dans les bûches qui seront débitées et surtout dans une sculpture réalisée par une fillette malheureuse .
Dans le style fluide et agréable qui lui est propre , l’auteur remonte dans le temps au fil des souvenirs de l’arbre , raconte les évènements dont il a été témoin , pendaison d’une sorcière, assassinat d’un tout jeune résistant , ou autre ! Il entremêle les époques , nous offre des personnages émouvants , des situations intéressantes , une humanité toujours présente cours de ces trois derniers siècles et aborde avec finesse notre décennie, ses particularités et ses problèmes Il fait en particulier un portrait superbe de son dernier propriétaire et des liens qui les lient . A noter des commentaires botaniques intéressants sur la vie des arbres .
Un livre charmant à lire comme une friandise.
FRANCESCA, EMPOISONNEUSE A LA COUR DES BORGIA de Sara POOLE
(Ed MA - Photo 9) - Traduit de l'Américain par Patricia Barbe-Girault.
A Rome l’été 1492 ,l’empoisonneur attitré des Borgia meurt subitement empoisonné lui-même. Sa fille Francesca cherche alors à découvrir le meurtrier de son père en devenant l’empoisonneuse en titre de la famille Borgia puisque telles étaient les mœurs de l’époque. S’ensuivent des rencontres tumultueuses dans le ghetto de Rome, des bagarres rangées avec de mystérieux assaillants qui en veulent à sa peau mais d’où elle ressort indemne, des intrigues auprès de ténébreuses matrones, toutes ces victoires lui ouvre le lit de César Borgia et lui offre le partage des confidences de sa fille .Elle parviendra à ses fins et découvrira bien sûr les assassins de son père
Nous sommes en présence d’un roman historique écrit par une romancière américaine férue de plantes vénéneuses et de poisons , qui développe fort bien tous leurs effets maléfiques dans cette époque tourmentée de la vie scandaleuse à Rome .Le récit écrit comme un journal intime par Francesca nous fait pénétrer dans les bas-fonds de l’histoire tout en survolant les sentiments et les émotions de chacun. Interpellant parfois le lecteur qui se retrouve souvent plus spectateur d’une série télé comme il en foisonne en ce moment que comme lecteur d’un drame. La couverture elle-même évoque plus le boitier d’un DVD que celle d’un livre. A lire comme un roman d’aventure.
DESOLATIONS de David VANN (Ed Gallmeister)
Très loin, perdu en Alaska au bord d'un lac, un couple se déchire. Depuis peu à la retraite, Gary entreprend la construction d'une cabane sur une île déserte avec sa femme Irène qui souffre d'atroces migraines. La cabane est à l'image de leur couple, elle n'a ni fondation, ni plan défini, le colmatage sauvage ne suffit pas à masquer le manque de préparation. Couple mal assorti, lui doctorant médiéviste de Berkeley mais n'ayant jamais terminé ses études, elle, institutrice d'école maternelle, les rancoeurs s'accumulent, les espoirs déçus, les mensonges et bientôt la haine. La nature aussi est hostile, il pleut, bientôt il neigera, il faut se contenter de rien et encore est-ce trop!
Après un premier roman magnifique, Sukkwan Island, où David Vann relate la relation père-fils, l'auteur complète sa vision pessimiste de la famille.
Trahison, désamour, vengeance sont le lot de tous, l'espoir n'est pas au rendez-vous.
Jamais un livre n'aura porté plus justement son titre. |