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NOTES DE LECTURE
Par LES PLUMES D'ARGENT

BEAUFORT, de Ron LESHEM (Ed Seuil - Photo 1)
Beaufort est le nom d’une ancienne citadelle construite par les Croisés au Sud du Liban. Les Israéliens s’y sont installés, ainsi que dans des forts voisins, pour surveiller le territoire libanais et protéger Israël des attaques du Hezbollah. Ces forts sont très exposés et subissent périodiquement des bombardements, des tirs de missiles et des assauts de groupes armés. Dans ce roman qui se situe en 1999-2000, dans la période précédant le retrait de l’armée israélienne hors du Liban, le narrateur est un jeune officier sorti du rang, qui est à la tête d’un commando chargé de garder le fort, et d’organiser des embuscades à l’extérieur en vue de déjouer d’éventuelles attaques. Son commando est composé d’une dizaine de jeunes soldats d’origines diverses, et il nous fait vivre leur existence quotidienne dans l’espace confiné du fort, leurs peurs, leurs fantasmes, leurs moments de défoulement, l’attente des périodes de permission, mais aussi leurs réactions de révolte devant la mort ou les blessures de camarades ou devant des décisions contestées de leur commandement.
Ecrit dans une langue très vivante cet ouvrage de journaliste qui tient autant du reportage que du roman montre avec force les liens de camaraderie, d’amitié et de solidarité qui se tissent dans un groupe sans cesse exposé au danger. Il nous fait pénétrer au cœur de l’armée israélienne où la souplesse des relations hiérarchiques permet de franches discussions avec l’autorité sans exclure la discipline. Il montre enfin comment la perception de la guerre du Liban en Israël et le développement de groupes de contestation dans le pays a pu avoir un effet démotivant sur l’armée.

L’ENFANT DES TENEBRES d’Anne-Marie GARAT (Ed actes Sud - Photo 2)
Ce roman met en scène, vingt ans après, les héros principaux d’un autre ouvrage du même auteur « Dans la main du diable ». Le premier roman se déroulait dans la période précédant la guerre de 14-18, et celui-ci se situe dans une période tout aussi trouble, les années 1933-34 qui voient la montée du nazisme et des régimes totalitaires en Europe. Ce récit foisonnant mêle une belle histoire d’amour avec de sombres intrigues liées au démantèlement d’un réseau français de soutien au régime hitlérien, et à l’organisation de l’évasion hors d’Allemagne d’un scientifique juif spécialiste en énergie nucléaire.
Ce nouvel ouvrage déçoit cependant un peu après le passionnant roman que constituait « Dans la main du diable ». Pour introduire des personnages qu’elle a déjà fait vivre dans une période antérieure, l’auteur a choisi d’utiliser de nombreux retours en arrière, ce qui nuit au rythme du récit dont les intrigues ne se mettent réellement en place que dans la seconde moitié de l’ouvrage. Par ailleurs l’attention du lecteur se disperse entre de nombreux acteurs, et plusieurs intrigues dont la cohérence est assurée un peu artificiellement. 
Il n’en reste pas moins qu’A.M. Garat est une remarquable conteuse, qui fouille la psychologie de ses personnages, et qui charme le lecteur par sa belle prose et son lyrisme.

LA MAISON DU CALIFE de Tahir SHAH (Ed de Fallois)
L’auteur est un Anglais d’origine afghane , marié avec une femme d’origine indienne , il a deux enfants qu’il voudrait voir s’épanouir ailleurs que sous les brouillards londoniens . Il choisit le Maroc comme lieu de résidence et y achète un riad immense et en ruine à Casablanca en plein milieu d’un bidon ville ? Ce livre est le récit de cette installation : mésaventures liées à la restauration de la maison, problèmes dus aux us et coutumes marocaines, aux préjugés aux superstitions, mais aussi richesses des relations humaines et des contacts engendrés par ces mésaventures et problèmes
Voici un livre insolite, émouvant, lucide, sincère, un petit chef d’œuvre d’humour ! Ceux qui ont habité le Maroc, retrouveront avec délectation des détails savoureux sur ses habitants, que l’auteur épingle avec justesse, humanité et gentillesse . Quant à ceux qui ne connaissent pas le pays ou ne le connaissent qu’en touriste, ils plongeront avec plaisir dans ce récit drôle sans être jamais méchant . On se souvient du livre de Peter Mayle « une année en Provence » tellement juste et drôle dans sa façon de raconter ses déboires avec le « Midi » et ses ouvriers tellement différents des Anglais , Tahar Shah a fait aussi bien si ce n’est mieux avec le Maroc et les particularités de ses habitants en général , de ses artisans indolents en particulier !
Ce livre a fait partie à juste titre des dix meilleurs livres de l’année 2006 au Time magazine et a généré de nombreuses critiques dans lesquelles se bousculent des qualifications telles que charme, humour, sensibilité, sagesse, magie, divertissement, et autre !
Si cette lecture ne vous incite pas à entreprendre la restauration d’une maison au Maroc, au moins vous donnera-t-elle envie d’aller voir le pays et vous aura-t-elle fait passer un excellent moment.

UN JARDIN DANS LES APPALACHES de Barbara et Camille KINSLOVER
(Photo 3)et Steven L.HOPP (Traduit par Claire Buchbinder. Ed Rivages)

Auteur reconnu mondialement pour son implication dans la défense de notre planète, l’auteur raconte avec humour mais grande précision son aventure familiale de vie dans une ferme où ne seront consommés que les produits récoltés, ou fabriqués à l’ancienne comme le fromage.
Que dire de l’abondance de la récolte de tomates ou de courgettes ; les nombreux amis ne suffiront pas à la consommation de ces généreux aliments !
Sa recherche d’espèces anciennes incite le lecteur à prendre conscience de notre mode de vie.
Pourquoi consommer des framboises en hiver ? Elles proviennent forcément de l’autre bout du monde et ont été expédiées par avion, ce qui est à l’opposé d’une politique de réduction d’énergie.
Chaque chapitre dûment documenté et complété par un article scientifique de Steven Hopp son mari, et des recettes de cuisine de sa fille Camille, est une incitation à changer notre mentalité, un affectueux clin d’œil à la mère de famille et un profond respect pour les agriculteurs .Elle nous confie ses rencontres insolites, ses contacts et sa lutte face aux énormes groupes financiers de l’alimentaire qui pensent profit immédiat.
Ce livre s’adresse à un public américain gorgé de fast-food ; fort heureusement le public français est attaché aux plaisirs de la table et semble moins menacé, toutefois prenons garde.
Un impressionnant listing d’organismes, de références, est joint à ce livre et le lecteur mesure l’immense travail entrepris par l’auteur.
A déguster chapitre après chapitre, mais attention à l’indigestion, ce livre fait tout de même 520 pages.

UNE OMBRE SANS DOUTE de Michel QUINT (Ed Joëlle Losfeld)
Le narrateur, la soixantaine, architecte international, revient après une très longue absence régler la succession de ses parents, dans son village du Nord . Il apprend qu’ils se sont suicidés . Qu’ont-ils bien pu découvrir que l’on ne peut supporter à leur âge ?
En vidant les placards de leur maison , les fantômes du passé ressurgissent , et les anciennes amies vont aider à reconstituer ce passé . De vieilles histoires de guerre, d’occupation, de résistance, d’espion anglais , de dénonciations refont surface , mais aussi d’amours anciennes, de jalousie ,de passions malheureuses, de secrets familiaux bien gardés .
Le suspense est haletant, le texte très dense, l’histoire complexe . L’auteur avec son talent habituel excelle à nous replonger dans la vie des petites gens avant guerre ou en pleine occupation , à nous faire découvrir la part du rêve et de la réalité .
Une des originalités de l’ouvrage est d’avoir imaginé l’identification de cette histoire avec celle du narrateur quelques décennies plus tard , c’est en filigrane une réflexion sur la création littéraire . Tout ceci est présenté de flash-back en flash-back, avec le risque de se perdre , mais on s’y retrouve à la fin , avec la certitude d’avoir lu un très bon livre !

UNE NOUVELLE VIE de Françoise BOURDIN (Ed Belfond)
Romancière et scénariste expérimentée, Françoise Bourdin entraîne son lecteur à Trouville, dans une grande maison familiale appelée « le Paquebot », maison qui révèlera ses mystères peu à peu.
Alban Espérandieu, petit-fils de Jo quitte l’aviation civile après un accident aux yeux qui ne lui permet plus de voler. Finis les longs courriers, les sorties entre aviateurs, hôtesses de l’air, la vie doit repartir sur de nouvelles bases, il lui faut se reconstruire une nouvelle vie et Valentine, la femme qu’il aime et veut épouser le suivra malgré sa difficulté à exprimer ses sentiments profonds.
La grand-mère semble très contrariée par la décision d’Alban de retaper le paquebot et de s’installer définitivement dans cette maison qui cache bien des secrets. Avec ses frères, Alban découvrira et creusera quelques séquences de la vie de ses parents disparus tragiquement. Petit à petit, les souvenirs occultés remonteront à la surface, mais la sagesse de la grand-mère et de l’ami de toujours saura préserver la famille de souffrances inutiles.
C’est un roman sur la fidélité aux serments, cependant la trame du roman reste bien mince.

© 2008 Evasion Mag