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NICOLETTA... SOUVENIRS D'EN FACE...

Avec Nicoletta, c’est une amitié de plus de 30 ans…
Nous nous sommes connus lors de la fameuse tournée Christophe-Michèle Torr-Hervé Vilard, moi, jeune journaliste qui suivait la tournée d’été, elle en tant qu’habilleuse-secrétaire d’Hervé. A dire vrai, elle ne faisait pas grand chose sinon rigoler, s’amuser en attendant d’enregistrer son premier disque. Elle s’appelait encore Nicole Grisoni.
Nous ne nous sommes jamais perdus de vue, nous voyant à chaque occasion et nous téléphonant de temps en temps.
J’ai connu ses hauts et ses bas, ses peines et ses joies et nous avons fait ensemble des tournées mémorables à une époque où l’insouciance était de rigueur et où « les vedettes » ne se prenaient pas la tête comme aujourd’hui.
Ainsi passèrent les années avec toujours la musique en contrepoint et voilà qu’enfin notre Nico nous offre aujourd’hui ses souvenirs par l’intermédiaire d’un livre paru aux éditions Florent Massot : « La maison d’en face ».
Cette maison est celle qui, comme son nom l’indique, faisait face à celle qu’elle habitait avec ses grands parents et sa mère, Jeanne, déficiente mentale, dans ce petit village de Vongy en Haute-Savoie. Il y avait là une gentille dame qui, elle l’apprit assez vite, était sa seconde grand mère, la mère de celui qui, un soir de 14 juillet, avait profité de l’innocence de sa mère et puis s’était enfui, laissant là une faible femme enceinte.
A partir de là, Nicole vivra une enfance chaotique et pas toujours drôle, même si elle fut entourée d’amour par sa mère et sa grand mère. Il en aurait fallu moins pour en faire une fille révoltée. Ce qui se passa chez elle avec, pour adoucir ces années difficiles, « La musique » comme elle l’a chanté avec le succès que l’on sait et qui fut le départ d’une belle carrière qui continue aujourd’hui, alors qu’avec l’âge et l’amour d’Alexandre, son fils et Jean-Christophe, son compagnon, elle a trouvé une certaine sérénité, ce qui lui a permis de prendre assez de recul pour pouvoir écrire ce livre de souvenirs fort émouvant.
Quel parcours elle a eu, notre Nicoletta ! Digne d’un scénario de film ou d’un roman, mais qu’elle raconte avec beaucoup d’amour, sans pathos ni mélo et avec la pêche qu’elle a toujours eue et ce dicton, signé Nietzsche, qui ne l’a jamais quittée : « ce qui ne détruit pas rend plus fort ». Et forte, elle l’a été, elle l’est encore car si la vie pour elle, est un manège, il ne fut pas toujours de tout repos. Le long fleuve tranquille, elle n’a pas connu mais aujourd’hui le cours s’est adouci et ce livre est là pour en témoigner, comme ce beau disque qu’elle nous a offert voici quelques mois, paru chez Universal « Le rendez-vous », un joli rendez-vous jazzy, musique qu’elle aime tout comme le gospel qu’elle emmène de salles en églises avec cette foi et cette voix à nulle autre pareille.
Pour l’occasion, nous nous retrouvons au téléphone pour une conversation à bâtons rompus et mille choses à nous dire !

« Dans ce livre, je dévoile mon enfance, chose que jusqu’alors je n’avais jamais faite et que les gens, les fans, ceux qui s’intéressent à moi, ne connaissent pas particulièrement car je n’ai pas l’habitude d’en parler.
C’est pour cela que j’ai préféré m’appesantir sur cette partie de ma vie, mon enfance et mon adolescence plutôt que sur ma carrière que l’on connaît par cœur. Je ne voyais donc pas trop l’intérêt de parler de mes galas, mes galères, mes succès… Je préfère faire participer le lecteur à un voyage à travers ma mémoire. Bien sûr, je parle quand même de ce métier qui compte tant pour moi et surtout des gens qui m’ont offert leur aide et leur amitié sincère (et il y en a peu dans ce métier !) et m’ont permis d’avancer comme Adamo, Eddy Mitchell, Johnny, Bécaud et Hervé Vilard qui reste mon petit frère.
Il y a beaucoup de souffrance dans cette enfance !
C’est vrai que je n’ai pas été épargnée mais tu sais, beaucoup d’entre nous passent par des moments difficiles. Je ne suis pas la seule et puis il y avait beaucoup d'amour et la foi et la musique m’ont tout de même permis de vivre avec des buts, des envies… Ca n’a pas toujours été facile mais souvent l’enfance et l’adolescence sont synonymes de mal être et chacun s’en sort comme il peut. Moi, ça a été la musique.
C’est ce qui t’a donné cette force et ce talent ?
La force de vaincre et d’avancer, oui, sûrement. Le talent, je crois qu’on l’a en soi et qu’il faut le cultiver mais ce n’est pas parce qu’on a été malheureux dans sa jeunesse que ça donne du talent. Il y a partout des gens qui ont du talent mais il est une chose certaine c’est que lorsque tu es dans la merde tu n’as que deux solutions : ou tu te suicides ou tu décuples tes forces pour t’en sortir, ce que j’ai fait. J’ai d’ailleurs fait les deux ! Il est évident qu’un mec qui vit dans une famille aisée, sans problème et à qui tout tombe tout cru dans la bouche, sera moins aguerri, plus ramolli et n’aura pas cette volonté farouche de sortir du trou. Après, ça dépend aussi de ton caractère.
As-tu eu des difficultés à remonter dans ton enfance et surtout à l’écrire ?
Mon enfance, elle est en moi, dans mon cœur, dans ma tête. Elle ne m’a jamais quittée. Le plus difficile a été de mettre tout en ordre car ça se bousculait dans ma tête. Il fallait trouver une chronologie, un rythme, une façon d’écrire les choses sans que cela devienne « Les misérables » et que tout soit clair et compréhensible. Mais j’ai eu un coach formidable, qui m’a guidée et m’a aidée à tout mettre en place. Mais je ne suis ni écrivain ni journaliste et j’ai vraiment dû beaucoup bosser. J’écrivais mais ça manquait de structuration et lorsque j’étais contente des mes quelques pages, le lendemain il fallait recommencer… Je crois qu’aujourd’hui ce livre tient la route, que l’écriture et fluide et qu’elle reflète ma personnalité.

La seconde période, ton arrivée à Paris, est plus drôle !
Heureusement ! Et même si je vis seule et sans un rond, je suis dans mon élément, je suis jeune, insouciante, je mange comme je peux, je dors où je peux et j’ai un ami à mes côtés : Hervé Vilard, qui a à peu près le même cheminement que moi. C’est un frère, un complice et l’on a fait des choses insensées ensemble…
Comme quoi ?
On squattait l’appartement d’un de ses copains et comme on n’avait pas de quoi s’acheter un savon, on s’est mis à utiliser les savonnettes que l’ami, qui voyageait beaucoup, collectionnait avec amour… Sa collection en a pris un coup !
Pareil pour le laitier : il fallait choisir entre acheter du lait, du beurre ou du fromage. Alors, l’un de nous occupait le vieux monsieur et subrepticement l’autre piquait quelque chose… Jusqu’au jour où le laitier nous a fait comprendre qu’il n’était pas dupe de notre manège !
Après ça, nous sommes partis en tournée avec Michèle Torr et Christophe (tu étais là !) et, comme il cartonnait avec « Capri, c’est fini », il m’a imposée comme habilleuse sur la tournée. Et ça a été une période drôle et folle.
C’était la belle époque des grandes tournées !
Oui, on partait pour deux, trois mois, j’ai fait les premières parties d’Adamo, Eddy, Johnny, on s’amusait beaucoup, on était heureux de chanter. Puis il y a eu les podiums dont le fameux que nous avons fait ensemble encore avec C Jérôme et Carlos… Rappelle-toi comme c’était joyeux ! Les tournées c’était quelque chose, pas comme aujourd’hui où tout le monde est coincé et se prend au sérieux. Nous, nous faisions bien notre métier mais nous gardions du temps pour nous amuser et j’ai beaucoup de peine en pensant à C Jérôme et Carlos, car on en a fait des rigolades ensemble… Ce sont de sacrés beaux souvenirs. Aujourd’hui, le métier a beaucoup changé…
Tu as eu des passages à vide…
Comme tout le monde bien sûr. C’est dur, ça fait mal et ça te fait poser beaucoup de questions. Lorsque tu n’es plus un gros vendeur de disques, on te lâche, les radios et les télés t’oublient. Seul reste le public, fidèle et grâce à qui aujourd’hui, après plus de 35 ans de carrière, je suis toujours là. Mais c’est parce que je l’ai toujours respecté et c’est la leçon que m’a apprise Adamo : toujours respecter le public. Je suis rarement partie d’un spectacle sans saluer les fans, signer photos et disques… comme ne le font plus « les jeunes stars » d’aujourd’hui. Rencontrer les gens qui t’aiment et grâce à qui tu peux continuer de faire ce métier, c’est la moindre des choses, non ? Et en plus, ça me plait.
Alors, je ne fais pas de Zéniths, je fais des petites, des grandes, des salles moyennes, des églises aujourd’hui avec mes gospels et je suis heureuse !
Tu es aujourd’hui ta propre productrice ?
Oui et c’est la condition sine qua non pour continuer et pour pouvoir être maître de tout, même si les majors voient ça d’un mauvais œil et nous mettent les bâtons dans les roues car il y a de plus en plus de chanteurs qu le font !
On te revoit beaucoup aujourd’hui à la télé, on t’entend beaucoup à la radio…
Comme par hasard ! Je suis en tête des ventes avec ce livre alors tout le monde prend le train en marche ! Mais aujourd’hui c’est comme ça, il faut s’y faire et prendre le bon lorsqu’il vient…
Tu vois, je suis devenue philosophe !!! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

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