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CANNES - PALAIS DES FESTIVALS
NABUCCO, LA VOIX DE LA LIBERTE

Belle représentation de Nabucco donnée au palais des Festivals de  Cannes, le 25 avril, salle du Grand Auditorium.
L’opéra en 4 actes de Giuseppe Verdi créé en 1842 à la Scala de Milan, d’après le livret de Témistocle Soléra  évoque le parcours de Nabuchodonosor, roi de Babylone qui se convertit au dieu des Hébreux après les avoir réduits en esclavage. S’y ajoute une histoire d’amour, de jalousie et de vengeance. Ce sont les chœurs et orchestre de l’opéra de Cracovie, dirigés par le chef polonais Piotr Sulkowski ainsi que les chœurs de la Compagnie Française "de l’Opéra à l’Opérette" qui ont interprété cet opéra mythique avec une mise en scène du toulonnais Jean-Marc Biskup.
L’immense succès de cette œuvre qui a véritablement démarré la carrière artistique de Verdi doit beaucoup au sublime « Va Pensiero » du chœur des esclaves trouvant un écho immédiat chez les italiens qui subissaient alors le joug des autrichiens,  d’ailleurs, ce chant devint  le symbole de la lutte contre l’oppression. Fait incroyable, à la mort de Verdi, en 1901, 300.000  Italiens suivent son cercueil en entonnant « Va Pensiero » jusqu’à la dernière demeure du compositeur …. L’interprétation du chant par l’ensemble de l’opéra national de Cracovie est sans conteste magnifique et invite au recueillement avec ses bougies allumées dans les mains des membres du chœur tous vêtus de blanc, alignés sur le devant de la scène comme une démultiplication de « Mères Thérésa »,  silhouettes empreintes de pureté dont la simplicité et le dépouillement illuminent la scène. De cet ensemble se dégage toute la force de la résistance incarnée par le chœur. La puissance du spectacle provient aussi du  décor biblique et de l’ambiance "veillée de Noë" où Zaccharia, grand prêtre des Hébreux (rôle de basse ), Ismaël, neveu du Roi de Jérusalem (ténor) et Nabuccho (baryton) font figure de « Rois Mages» égarés au milieu des antagonismes politico-religieux et des rivalités individuelles notamment, des deux sœurs Fenena (soprano)et Abigaïlle (soprano dramatique), filles de Nabucco, Abigaïlle, la plus assoiffée de pouvoir et de jalousie étant, en fait, fille d’esclave.

L’écho de ces antagonismes se retrouve dans le caractère révolutionnaire du langage musical et dramatique, ce qui change radicalement des chants élégiaques de Bellini et de Donizetti. L’importance dramaturgique est dévolue au chœur. En tout cas, ce type d’écriture bien qu’ancrée dans l’esthétique du bel canto romantique exige des aigus en force, des graves très «  poitrinés » et des sauts de registres très périlleux. Les interprètes ont rempli leur mission avec succès et les intermèdes chorégraphiques de la compagnie M. Pujol– Senesse ont  apporté une touche orientale et colorée.
Un spectacle éblouissant   donc, où le public suit les intrigues et les jeux de pouvoir du temple de Salomon aux jardins de Babylone  en passant par les appartements royaux de Nabuchodonosor. Quant aux puissants accents lyriques des déploiements choraux, ils ont une résonance universelle et intemporelle et envoûtent notre mémoire au point de ne plus nous lâcher longtemps après avoir les avoir entendus. De longs applaudissements mérités ont clôturé cette soirée magique.   

Isabelle G.

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