RENCONTRE A CHARLEMAGNE
CHRISTIAN MORK
« DARLING JIM » : UN ROMAN NOIR EN IRLANDE
Nous sommes dans un village perdu d’Irlande : Castlebownbere. Un postier vient de découvrir trois femmes assassinées dans des conditions abominables. Il s’agit d’une tante et ses deux nièces. L’on se perd en conjectures car la police pense qu’elles se sont entretuées. Comment ? Pourquoi ? Enigme.
Jusqu’au jour où un autre postier tombe sur un courrier resté en instance : c’est le journal intime d’une des nièces qui y révèle des choses incroyables, une histoire de fou. Il y découvre entre autre un certain Jim Quick, conteur de légendes irlandaises, au charme angélique mais prédateur inquiétant qui a l’air de laisser des cadavres derrière lui, tel un loup en cavale…
Et nous voilà partis dans une histoire pleine de violence et de mystère qui nous tient en haleine jusqu’à la fin. Une fin que l’on connaît dès l’entrée de jeu, avec un flash back dont le fil conducteur et le carnet de Fiona, l’une des victimes.
Le livre, sorti aux éditions Le Serpent à Plume, s’intitule « Darling Jum »
Atmosphère envoûtante dans un lieu tout aussi envoûtant auquel Christian Mork, on le sent, a succombé. Ce Danois de Brooklin n’en est pas à son premier roman mais c’est le premier qui sort en France et dans 14 autres pays.
Un livre que vous ne lâcherez plus et une rencontre avec l’auteur, pleine de charme.
Christian Mork, comment, du Danemark, se retrouve-t-on à Hollywood ?
Par hasard !
A 22 ans je suis parti aux Etats-Unis pour entrer à l’université et faire du journalisme.
J’ai eu la chance que l’on me prenne au magazine « Variety » à New-Yok. Mais les bureaux fermant, l’on nous a envoyés dans les bureaux d’Hollywood. C’était en 92.
Là, j’ai commencé à fréquenter le milieu cinématographique, les grands studios comme Columbia, Warner, Disney… J’ai rencontré des producteurs et un jour, alors que je déjeunais avec l’un d’eux, il m’a proposé de travailler avec lui. C’est comme cela que j’ai écrit des scénarios et que j’ai fait de la production durant 6 ans.
J’ai travaillé avec Schwartzenegger, avec De Niro (j’ai fait avec lui « L’avocat du Diable »), sur de nombreuses grosses productions mais j’ai aussi travaillé sur des petits films indépendants et c’est ce qui m’a plu le plus. C’est en travaillant sur l’un de ces films que j’ai découvert l’Irlande. Ca a été un coup de foudre.
C’est ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre ?
Oui, en partie car j’ai vraiment adoré ce pays, son ambiance. Mais c’est aussi en découvrant un fait divers où l’on avait découvert trois femmes mortes dans une maison. Ca m’a donné l’idée de départ du livre et j’ai eu envie de combiner l’histoire policière, l’histoire d’amour, l’histoire psychologique autour du journal intime d’une des filles et le portrait de ce Jim mystérieux, énigmatique, prédateur de charme…
Vous qui êtes dans le cinéma, pourquoi écrire un roman plutôt qu’un scénario ? Car c’est très cinématographique !
J’aime écrire des livres, celui-ci n’est pas mon premier et j’avais simplement envie d’écrire cette histoire en m’inspirant de l’atmosphère irlandaise. Je m’y suis d’ailleurs installé quatre mois pour écrire.
Vous savez, durant 12 ans de production à Hollywood, j’ai côtoyé les auteurs les plus inspirés mais aussi une faune de malades et de psychopathes ! Un scénariste, c’est le maillon de la chaîne qui doit faire plein de compromissions et de concessions s’il veut que son scénario soit pris. Ecrire un livre, c’est la liberté totale. Je suis à la fois scénariste, metteur en scène, décorateur, je peux mettre le nombre de personnages que je veux, trouver les lieux les plus fous et les plus insolites… Je n’ai aucun problème de budget !….
Mais aujourd’hui que le livre existe….
Je ne dis pas que ça ne se fera pas mais en tout cas, ce ne sera pas à Hollywood car c’est un sujet trop européen. Le livre a eu un certain succès mais pour eux, l’histoire est trop quotidienne, trop irlandaise, trop « exotique », le sujet est trop psychologique, il n’y a pas d’action, c’est un film d’atmosphère et même s’il y a du suspense ça ne passera pas chez eux !
Vous avez déjà écrit plusieurs livres. Pourquoi est-ce le premier qui sort en France ?
Les autres sont sortis au Danemark et aux Etats-Unis : « L’océan de l’ombre » qui se passe aux Caraïbes, « La porte de l’empereur » qui se passe à Saïgon, j’ai fait un thriller qui se passe à Venise… Je voyage beaucoup ! Et je prépare une trilogie…. Mon premier roman est sorti en 1999…
Alors, pourquoi celui-là ?
Parce qu’il se passe en Europe et mon éditeur a pensé qu’il serait bien que je me fasse connaître en France avec celui-là car il y a chez vous une tradition de « Roman noir » qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Ce livre était bien adapté pour la France et d’ailleurs, il a bien démarré.
Vous connaissiez la France ? Car vous parlez bien notre langue !
Oh j’ai beaucoup de lacunes mais j’ai connu la France grâce à mon père Erik Mork, qui était comédien. Il a beaucoup joué en France et a d’ailleurs été promu Chevalier des Arts et Lettres ! Il m’a souvent amené avec lui et, même si je ne parle pas bien le Français, je suis très francophone. Et je suis ravi de découvrir Toulon, Lyon, Strasbourg grâce à ce livre.
Aujourd’hui, où vivez-vous?
Toujours à New York. Je suis installé depuis cinq ans à Brooklyn où vivent d’ailleurs beaucoup d’auteurs. Mais je vais souvent au Danemark où j’ai gardé des amis et où vit ma mère.
En quelle langue écrivez-vous vos romans ?
Bizarrement, en anglais ! Depuis 22 ans j’ai appris à vivre, à parler, à penser en anglais. Je suis un émigré ! Je vis dans un univers très anglo-saxon. Ensuite je les traduis en danois en y apportant quelques différences subtiles, des détails que seuls les Danois peuvent percevoir. Le roman reste le même mais il est quelque peu adapté !
Reviendrez-vous au cinéma ?
Aujourd’hui, ce n’est pas à l’ordre du jour. J’ai sorti mon premier livre assez tard, j’avais 34 ans. J’en ai 43… J’ai du retard à rattraper et j’ai le privilège que ça marche…Je continuerai donc dans cette voie… pour le moment !
Propos recueillis par Jacques Brachet |