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PIERRE MONDY : "TOUT CE QUI M'ARRIVE EST DU BONUS"...

Notre commissaire Cordier est venu faire une halte au théâtre Galli, changeant ainsi de personnage pour se retrouver dans la peau d’un veuf retraité qui s’est enfermé dans sa campagne après la mort de son fils.
Gustave, dit Gus, mène donc une vie d’ermite jusqu’au jour où une voiture vient fracasser le mur de la maison et… entre dans sa chambre avec son conducteur, Marco, petite frappe qui vient de cambrioler un casino. Attendant que con complice le rejoigne, un huis clos tragi-comique s’installe entre les deux hommes et leur histoire va évoluer avec des surprises tout au long de ces heures qui s’égrènent. On va peu à peu les découvrir, ils vont peu à peu se découvrir dans une histoire sans histoire mais où le dialogue est ciselé et percutant et la situation insolite et originale.
La pièce s’intitule « Six heures plus tard » et est signée Marc Perrier.
Franck Lorrain, jeune comédien plein de promesse, tient tête avec brio à un Mondy dont le rôle est écrasant et superbe. Bravo les artistes !
Avant cette belle performance, Pierre Mondy, que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer à St Tropez et qui m’a promis que, s’il pouvait se libérer, accepterait le rôle de président du jury du festival « La Ciotat, Berceau du Cinéma » 2007*, me reçoit à l’Hôtel de la Tour, quelque peu fatigué par cette tournée mais toujours volubile, passionnant et surtout toujours aussi passionné par son métier même s’il a tendance à, aujourd’hui, lever le pied pour respirer un peu, prendre la vie comme elle vient… et les propositions comme elles viennent, car notre comédien si populaire est toujours très demandé !

« Cette pièce a été créée en 82 par Claude Piéplu et c’est suite à une tournée avec Catherine Rich que Joël Santoni m’a proposé de la remonter et de la jouer. Je tournais alors beaucoup et j’ai dit oui à condition qu’il s’occupe de tout et même de chercher un partenaire. Beaucoup de noms de jeunes comédiens ont été proposés jusqu’au jour où Franck Lorrain est arrivé un peu par hasard. Il était vraiment le personnage et a été aussitôt pris ! Nous avons répété à Paris, rodé la pièce à Orléans avant de partir en tournée. Il est question de la reprendre à Paris mais ça pose quelques difficultés de salles… On verra…

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce rôle ?
C’est le huis clos et la confrontation de deux hommes de génération différente. Gus est un solitaire qui vit dans un endroit écarté du monde et voilà que ce jeune voyou va entrer violemment dans sa vie. Bloqués dans cette maison ces deux personnages s’affrontent et se baladent sur plein de choses, de sujets. Leurs rapports sont tout d’abord, évidemment, conflictuels et au fur et à mesure la situation va évoluer. Le personnage du vieux est un peu énigmatique mais on va peu à peu découvrir son histoire. Le gamin va aussi se révéler peu à peu. C’est le principe du théâtre : deux personnages qui n’étaient pas faits pour se rencontrer vont se trouver face à face dans un moment de crise. C’est un mélange des genres, une comédie un peu douce-amère qui a valu à Marc Perrier le prix de la révélation théâtrale en 82.
Il y a longtemps que vous n’étiez plus monté sur les planches ?
Depuis 98. Je n’ai pas arrêté de tourner le nouveau Cordier, puis « Joseph » puis « Mag + 70 » qui a eu le prix de la comédie à Luchon…

Pas marre de Cordier ?
Non car la formule est aujourd’hui différente. Bruno voulait voler de ses propres ailes car il commençait à être trop marqué par ce rôle et je le comprends. Du coup la famille est passée au second plan et on a fait 50/50 avec un artiste différent à chaque épisode : Valérie Kapriski, Michel Leeb, Bernard Le Coq, Véronique Jannot. Je viens de tourner un épisode avec Yannick Baraban (Dolmen) et donc c’est intéressant d’être face à quelqu’un de différent chaque fois !

Lorsqu’on voit votre carrière cinématographique et théâtrale, les noms superbes qui ont jalonné votre carrière, n’est-ce pas un peu frustrant d’être devenu, pour le public, tout simplement le commissaire Cordier ?
Pas plus que ça ! Il en a été de même avec la série de « La septième compagnie » mais c’est la rançon du succès ! C’est comme ça, on se trimballe des personnages devenus populaires et ça n’est pas plus encombrant que les gendarmes ou les bronzés pour d’autres ! Ca vous suit. Le seul problème est que ça vous marque par rapport à la profession et quelquefois ça vous ferme quelques portes.

De la nostalgie ?
Oh non, pas vraiment. C’est vrai que tout, ou presque, est dans le rétroviseur mais je suis heureux de ce que j’ai fait et vécu, des amitiés indéfectibles que m’a apporté ce métier. Aujourd’hui je me dit que chaque chose qui arrive est du bonus. Il y en a tellement qui ne peuvent plus jouer parce qu’on les a oubliés ou parce qu’ils n’ont plus la santé pour le faire… Moi, je suis encore là et j’ai encore la possibilité de faire des choses que j’aime. J’ai le bonheur de toujours faire ce qu’il me plait, sans m’accrocher, sans avoir à chercher… Je laisse venir les choses…

Le théâtre est quand même votre grande passion ?
C’est vrai que c’est le théâtre qui a toujours le plus compté dans ma vie. J’ai toujours, jeune, rêvé de faire du théâtre et cette passion ne m’a jamais quitté. Quand je pense à ce que j’ai fait, je pense avant tout au théâtre car il a beaucoup rempli ma vie…
Pourtant vous ne voulez plus mettre en scène…
Oui mais ça, c’est différent. Je crois que je n’ai plus le punch nécessaire pour mettre en scène car c’est un travail de fou : il faut trouver un théâtre, l’argent, une équipe, des comédiens, être présent à 100% avant, pendant, après et ça, aujourd’hui, ça me fatigue. C’est un investissement d’énergie que je n’ai plus. Je préfère qu’on me propose un rôle et tout simplement le jouer sans avoir toute cette chape de responsabilités sur les épaules.

Vous venez d’écrire un livre « La cage aux souvenirs » chez Plon, alors que vous aviez souvent refusé de le faire !
C’est vrai et c’est tout bête : je n’avais ni le temps, ni l’envie et c’est Olivier Orban qui est revenu à la charge. Je n’étais pas plus emballé que ça mais il m’a poussé, arguant que j’avais fait de belles rencontres dans une période où l’on savait vivre et s’amuser… J’ai fini par dire oui et… je suis parti à la cave retrouver, sinon « la cage aux souvenirs », du moins la valise aux souvenirs où ma mère avait entassé plein de choses. Ce fut plein de surprises, quelquefois drôles, quelquefois douloureuses comme ce journal qu’elle avait écrit après la mort de mon père, où elle parlait de son chagrin alors que mon frère et moi ne nous étions pas rendu compte à quel point mon père lui avait manqué après 40 ans de vie commune. Pour nous elle était seulement une maman… J’avoue que j’ai eu du mal à maîtriser mes larmes et je n’ai pas pu lire jusqu’au bout…
Et puis il y a les véritables amis que j’ai perdus : Maillan, Poiret… C’était l’amitié vraie, fraternelle… Ils sont toujours près de moi… Je pense à eux, je me dis par exemple qu’en cette période électorale sinistre on aurait beaucoup rigolé avec Jean…

Alors, aujourd’hui ?
Eh bien, je continue à tourner des Cordier tant qu’on m’en propose même si ça commence à s’épuiser. J’ai encore signé pour trois épisodes. Après… on verra. Il est question d’en tourner un avec Arditi et l’on en a très envie tous les deux. Encore faut-il qu’on trouve un sujet solide. Sinon je n’ai pas de plan. Je ne suis pas un boulimique de travail, je n’ai pas peu de manquer de travail, je vis – presque ! – au jour le jour, je n’ai pas de projets lointains, je ne suis pas en manque mais tant que j’ai la santé, car c’est primordial et aussi la mémoire, le tonus et l’énergie, je continue… en me disant que j’aurai la sagesse de m’arrêter à temps !

Propos recueillis par Jacques Brachet

La Ciotat, Berceau du Cinéma – 26 ème édition – 30 mai au 3 juin
Renseignements : 04.94.34.38.95 – 06.63.37.09.44

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