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RENCONTRE AVEC UNE DIVA APPASSIONNATA : JULIA MIGENES
Un reportage d’Isabelle G

Confortablement lovée dans un canapé, la Diva internationale Julia Migenes répond aux questions des journalistes lors de la conférence de presse qui lui est consacrée, vendredi 23 mars, à l'hôtel Suite résidence à Cannes, avec un calme et une bonne humeur déconcertants. Cet autre visage offre un contraste inattendu avec l'image de ses prestations scéniques et cinématographiques où "l'oiseau rebelle" virevolte et chante avec une énergie peu commune. Elle évoque le récital qu'elle présente sur la scène du Palais des Festivals le lendemain à 20h30, '"Alter Ego", mis en scène par Philippe Calvario - avec lequel elle a déjà travaillé pour "Angels in America" en 2004 au Théâtre du Châtelet à Paris - , Alter Ego lui offre l'occasion de se démultiplier pour régaler le public avec toutes les facettes de son talent varié. Elle le souligne d'ailleurs : elle ne veut pas être figée dans un genre, elle revendique sa liberté d'expression artistique. La danse et le chant sont souvent liés dans ses prestations ; si le chant la comble, la danse demeure une véritable thérapie qui met, selon elle la musique en harmonie avec le corps et libère l'esprit. 
Concernant sa carrière, elle ne peut choisir quel a été son rôle le plus marquant ; Salomé,  Carmen, Tosca, Lulu ( entre autres ), tous lui ont apporté sa part de bonheur mais l'essentiel de la passion qui l'anime est consacrée à présent à la mise en scène. Elle avoue d'ailleurs une admiration sans borne pour Maurice Béjart avec lequel elle a adoré travailler. Cela a généré une impulsion pour des créations personnelles : "Diva au bord de la crise de nerfs",  "one  woman show"  dans lequel elle tourne l'opéra en dérision. Des choix personnels donc, et la passion de la mise en scène restent les moteurs essentiels de son inépuisable énergie. 
Avec une certaine humilité, elle confesse que le rôle de Carmen n'était pas tout à fait gagné : Rosi, le metteur en scène ne la trouvait pas assez belle mais il a fini par reconnaître son aura à l'écran ainsi que la qualité de ses prestations ; sa sensualité débordante et son énergie ont assuré à cette production un succès encore jamais démenti à ce jour. Elle n'hésite pas non plus à raconter avec humour un incident très désagréable survenu peu de temps avant une représentation où un produit destiné à arranger sa coiffure lui a fait tomber les cheveux qui lui entouraient le visage et le front, elle n'a pas paniqué ; " je suis rrrresté Zen et j'ai continué le show",  déclare t-elle en roulant ses ' r ' !
Dans les confidences plus intimes, ce qui a représenté une sensation particulière a été de donner à ses filles l'affection qu'elles lui réclamaient, cela l'a obligée à la tendresse, inconnue d'elle dans son enfance. Elle n'a pas été choyée, loin de là et on sent les blessures indélébiles de jeunes années peu privilégiées. A  l'heure actuelle, en tout cas, la sérénité qu'elle affiche est contagieuse et transmettre sa passion du métier dans toute sa richesse et sa variété aux jeunes talents qu'elle auditionne reste sa priorité. Son dernier défi : la mise en scène du "Barbier de Séville" de Rossini que lui ont confié les Opéras en Plein Air pour la septième édition de 2007. C'est ainsi que la "Divine Diva" continue d'enrichir son parcours.

Alter Ego : les harmonies scéniques de la Migenes              

Julia Migenes se fait plaisir dans son récital "Alter Ego" et nous emporte dans des tourbillons musicaux aux accents jazzy, blues, afro-cubains avec un petit intermède de chansons populaires françaises. Sa voix chaude, profonde, puissante va du plus aigu au plus grave avec une facilité époustouflante. C'est envoûtant ainsi que la grâce et la sensualité naturelles que son corps dégage ; le spectacle est d'une grande qualité et  nous entraîne dans un univers musical peu conventionnel.
Même si ses vocalises de cantatrice représentent l'essentiel de sa prestation scénique, elles les emploie dans un genre aux antipodes de l'opéra classique, ce qui donne toute sa dimension à l'originalité de son spectacle. Elle passe de la chanson d'amour, "So it is", un des titres de son dernier album à des variations très dansantes aux accents brésiliens où sa voix puissante fait merveille et, surprise de taille, les   "Alter Ego" ne manquent pas dans son show, elle n'est pas toute seule sur scène ; les talentueux Edouard Ferlet au piano, au parcours sans faute et arrangeur des mélodies, Alain Grange au violoncelle, Xavier  Dessandre-Navarre aux percussions et l'exceptionnel Thiéno Thioune, danseur noir habillé de blanc. Tous sont impeccablement rôdés et ils ont libre cours avec des intermèdes musicaux et dansés qui alternent avec les passages lumineux de Julia Migenes. Elle danse avec Thiéno dans des corps à corps dignes du tango argentin mais lorsqu'il est seul, il semble en apesanteur tant ses mouvements défient les lois terrestres, il effectue des figures de break dance à faire pâlir les jeunes qui le pratiquent dans les rues des banlieues, sa souplesse est telle qu'on dirait un homme caoutchouc, sa performance laisse le public pantois!
Les musiciens aussi effectuent à plusieurs reprises des variations de jazz et de rythmes afro-cubains aux accents presque primitifs ; la musique naît alors de tapotages sur la joue (le percussionniste), de souffles divers, sifflets et ondulations d'oiseaux, le violoncelle vibre en accord et le pianiste n'utilise pas seulement les touches mais aussi l'intérieur du piano d'où surgissent des sonorités incongrues. Toute cette richesse de sons et de rythmes se mêle aux morceaux chantés de l'interprète. Dans les morceaux les plus forts ; une ballade irlandaise "The wind that shakes the barley", on apprend d'ailleurs que Julia Migenes a des origines irlandaises ainsi que grecques et portoricaines et on sent qu'elle est fière de ce mélange, ce qu'elle fait très bien ressentir dans son spectacle. Puis, arrive une inattendue complainte de Jaques Brel ; "les paumés du petit matin" où s'insère un "Milord" que le public accompagne en claquant des mains. Ca donne d'ailleurs envie de l'entendre encore chanter des succès d'Edith Piaf, sa voix s'accordant très bien avec ce type de chansons. Tous ces morceaux chauds, vibrants, sensuels nous laissent médusés mais surtout enrichis de sensations musicales diverses et aussi ravis que l'équipe d'interprètes dont l'accord est parfait.     
Cependant, on se doit de reconnaître l'ambition de la production "Alter Ego" pas forcément accessible à toutes les oreilles. Le genre est très spécifique et une adhésion en masse du public n'est pas vraiment garantie au départ.  Or la force de conviction de la Diva est telle qu'on se laisse porter, on la sent tellement emballée et enthousiaste ! La variété des morceaux et l'alternance de mélodies douces ou très rythmées attise également notre curiosité et on ne peut que féliciter les acteurs de l'évènementiel cannois pour ce choix judicieux qui nous ouvre d'autres horizons.
Avant tout, c'est du grand spectacle ; le professionnalisme et l'expérience des plus grandes scènes du monde ainsi que le travail acharné et l'influence des maîtres du genre, tout cela est perceptible de bout en bout et très convaincant ! Le public  qui pouvait être parfois surpris par ce show d'inspiration très libre a applaudi avec chaleur et sincérité. Ce sont ces mots que nous retiendront pour qualifier ce récital unique en son genre en ajoutant l'harmonie, l'harmonie d'une équipe sans faille en attendant un prochain passage de la Divine Julia.
Qu'elle ne nous fasse pas trop attendre !

Justement, elle ne nous fera pas trop attendre puisqu'elle sera en concert le vendredi 4 mai à 20h30 à l'auditorium du Casino des Palmiers d'Hyères.
Renseignements : 04.94.00.78.80

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