CANNES - MIDEM 2O1O - 44ème EDITION

Aujourd’hui, en France, il faut savoir parler et écouter anglais.
Et ce n’est pas ce MIDEM 2O1O qui me donnera tort car, hormis la soirée des NRJ Music Awards, pas un seul artiste français au générique…
Difficile de rencontrer quelqu’un qui parle français quant à la chanson française, ce n’est pas au MIDEM qu’elle va pouvoir s’exporter !
Mis à part ce regret, l’on a vu beaucoup de choses intéressante sur ce 44 ème Marché du Disque et de l’Edition Musicale.
NRJ MUSIC AWARDS
Nous passerons très vite sur les NRJ Music Awards puisque, chaque année, ce sont à peu près les mêmes chouchous de cette radio qui y sont présents, reçoivent leurs prix et se congratulent entre eux, avec toujours l’inénarrable Nikos qui, fidèle à lui même, crie, gesticule, virevolte, s’excite comme une puce et ne peut s’empêcher de pousser la chansonnette ! Un peu fatigant, le Nikos !
Quant à Kamel Ouali, cette année invité pour remettre un prix… il s’est tout simplement trompé de prix… Sans commentaire ! A noter que beaucoup de personnalités étaient invitées, juste pour traverser la scène et remettre un prix et s’en aller… NRJ a les moyens !
Parmi les primés, notons que cette année les comédies musicales ont repris du poil de la bête puisque « Mozart » y a triomphé et la sublime Cléopâtre – Sofia Essaïdi a remporté le prix de la chanteuse de l’année. Quant à la star du soir, ce fut immanquablement Robbie Williams.
Bon, NRJ Music Awards reste une grande émission de variétés que les « d’jeun’s » ont pris d’assaut, tant dans la salle qu’à la montée des marches ou la place était noire de monde !
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LA JOURNEE DU MINISTRE
Si la France ne brille pas par sa présence musicale au MIDEM, nous avons tout de même eu, en ouverture, la visite, toute une journée, de notre nouveau ministre de la Culture : Frédéric Mitterrand.
Arrivé la veille pour les NRJ, il était à pied d’œuvre dès le lendemain matin pour l’inauguration, entouré de Député-Maire de Cannes, Bernard Brochand, du Préfet, du Président du Conseil Général, de Mme Dominique Leguern, directrice du MIDEM, il a coupé le ruban pour aller ensuite visiter les stands un à un, parler avec chacun, s’informer, se renseigner, prenant des dossiers, le tout d’une seule main puisque, suite à son accident de vespa, il a toujours le bras en écharpe…
Osons le dire, depuis Jack Lang, nous n’avions pas eu un ministre aussi attentionné sur la Culture en général, sur la musique en particulier car lui, enfin, sait de quoi il parle, son beau parcours l’ayant prouvé de décennies en décennies. Quand à rester une journée pour parler, rencontrer, discuter, découvrir des spectacles, de mémoire de journaliste, ça n’était arrivé que très, très, très rarement.
Ce que je lui dis, le fait sourire et seulement relever… « sans commentaire ! »
L’homme est charmant, loquace, d’une grande simplicité, possède beaucoup d’humour et est très proche des gens. J’avais eu l’occasion de l’interviewer à plusieurs reprises et j’avais toujours été subjugué par son immense culture et son extrême simplicité par rapport à tout cela.
Aujourd’hui, rien n’est changé, hormis qu’on ne l’appelle plus « Frédéric » mais « Monsieur le Ministre » !
Ce qui ne l’empêche pas de rire de lui-même : « Vous avez vu ? Avec ce bras en écharpe sous mon gilet, je ressemble à Polichinelle ! Sans compter que j’ai encore trois mois de rééducation…avant de me casser le second bras ! »
Depuis la veille, il n’a pas arrêté : inauguration, visite entière des stands, déjeuner, remise des médailles, concert…. Et il reste d’une grande sérénité, d’une belle patience. On sent qu’il aime ce qu’il fait. (Voir rubrique portrait)
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PLUIE DE MEDAILLES
C’est au Palais Stéphanie (ex Noga Hilton) qu’on se retrouve pour la remise des insignes d’Oficier dans l’Ordre des Arts et Lettres.
Quatre lauréats : l’Américain Peter Gelb, directeur du Métropolitan Opéra de New-York, Letta Mbulu et Caiphus Semenya, couple de musiciens africains et l’incontournable Mika, devenu star mondiale en un disque à qui –dit-il en riant – il n’offrit « que » la médaille de chevalier à cause d’une très jeune carrière, en attendant deux ans pour le sacrer officier… et lui donner une deuxième accolade !

MIKA
La veille, il a avait fait un triomphe aux NRJ Music Awards.
Des milliers de filles ont hurlé son nom et lui, grand diable frisé et souriant, il s’est éclaté sur scène !
Avant d’être la star mondiale et adulée qu’il est aujourd’hui, Michaël Holbrook Penniman était international : mère libanaise, père américain, arrivé en France à 1 an, il y reste jusqu’à 9 ans, âge où on le retrouve à Londres. Mais il reviendra en France où il sera scolarisé au lycée Charles de Gaulle avant de repartir au Royal College of Music à Londres….
On ne peut pas être plus international.
Et le voici qui arrive, dépassant tout le monde, pour cette fameuse médaille de Chevalier des Arts et Lettres, remise par Frédéric Mitterrand en personne, heureux d’accueillir ce garçon plein de charme et si souriant, dans une veste de velours violet et une chemise à feston de même couleur, créée par sa maman, nous dira-t-il !
Après avoir énuméré le nombre impressionnant de succès qui l’ont fait connaître en deux ans (Grâce Kelly, Relax take it easy, Big girls, Love Today, Rain…) et précisé qu’il est l’un des rares à avoir reçu de la France un disque de diamant et agglutiné 55.000 spectateurs au Parc des Princes, Frédéric Mitterrand, décidément sous le charme, lui fit un très joli discours :
« Vous avez apporté la grâce, le charme, la gentillesse et votre succès hors norme est aussi dû à votre talent et votre voix .Vous êtes un hymne à la joie et vous savez rester vous-même. Et vous avez eu bien raison de rester ce que vous êtes et de ne pas avoir faibli devant les maisons de disques qui voulaient vous faire entrer dans un moule. Vous avez su garder votre personnalité et rester unique….
Je sais que mon attaché de presse va râler mais on disait pareil de moi lorsque je voulais faire de la télé et proposer des choses particulières. Je n’ai jamais voulu de consensus et je me disais alors : « Je suis Liz Taylor, eux, ils sont rien ! »
(Rires des invités).
J’ai mis de l’eau dans mon vin aujourd’hui mais je n’ai pas failli à mes aspirations. Tout comme vous.
Il y a chez vous nombre de références musicales et c’est un incroyable clin d’œil que vous leur faites en vous les appropriant à votre manière. Vous êtes un globe-trotter, vous savez capter toutes les atmosphères, vous avez l’énergie ironique de la jeunesse et la virtuosité insolente de votre voix si étendue, qui va de baryton à contre-ténor, ce qui est très rare…
Je crois que vous méritez cette récompense de plus et je crois aussi que nombre de jeunes filles voudraient être aujourd’hui à ma place !!! »
C’est sous les applaudissement que le ministre accrocha tant bien que mal, avec une seule main, la fameuse médaille que Mika reçut avec émotion.
RENCONTRE

Autour d’un verre de champagne, l’on put quelque peu parler avec lui dans un français qu’il maîtrise parfaitement et sans aucun accent !
« C’est pour moi une immense fierté et une grande joie de recevoir cet honneur d’un pays que j’adore et j’y suis d’autant plus sensible. J’ai pour cela une immense gratitude et je vous fais la promesse de ne jamais vous décevoir !
Que représente la France pour vous ?
Mon enfance et une partie de ma jeunesse. J’ai été bercé par les musiques et les chansons de France. Il y a trois mots qui riment dans ma tête : France, enfance, tolérance.
Et mon amour de la musique vient de la France…
Vous écoutiez quoi ?
Beaucoup de choses car j’étais très éclectiques. J’écoutais Barbara, Aznavour, Gainsbourg, ce qui ne m’empêchait pas d’aimer la Callas ou les Beatles et de regarder « Les enfants du rock » ! J’ai aussi beaucoup voyagé, ce qui m’a ouvert à toutes les musiques car j’y étais sensible.
L’on vous a vu, il y a deux ans à Six-Fours, aux « Voix du Gaou » et l’on a été frustré de ne vous applaudir que trois quart d’heure !
Croyez bien que j’étais aussi frustré que vous lors de cette première tournée mais le succès a été si soudain que je suis parti en concerts avec un seul album à mon actif, donc dix chansons, ce qui était peu. Je ne voulais pas chanter de reprises aussi je chantais tout l’album. Mais à la fin cela devenait pesant. Je vous promets que si je reviens, le concert sera plus long et plus étoffé, maintenant que j’ai deux disques à proposer !
Que représente la musique pour vous ?
Tout… ou presque. Enfant, j’ai beaucoup voyagé, j étais timide, solitaire, isolé et c’est la musique qui m’a aidé à m’intégrer, m’imposer. C’est pour cela que j’ai vraiment tenu tête aux maisons de disques qui voulaient que je fasse autre chose que « ma » musique. Je savais ce que je voulais et je crois que j’avais raison ! »
C’est avec gentillesse et simplicité qu’il se fit prendre en photo avec tout le monde, malgré – comme d’habitude ! – un garde-chiourme qui voulait vider tous les photographes, d’autant que Mika était vraiment heureux de voir cette admiration autour de lui.
Le voilà reparti vers d’autres aventures musicales, déjà avec ce nouvel album « The boy who new too much » et il nous a confié, qu’en attendant de revenir à Six-Fours, si on l’invitait, on pourrait l’applaudir au Dôme de Marseille le 23 avril et au Nikaïa à Nice le 1 er mai…
Fans, courrez !
MIDEM TALENTS
Parmi les belles découvertes de ce MIDEM, deux artistes tout à fait remarquables, aussi différents l’un que l’autre : la berbéro-touareg Hindi Zahra et l’Afro-Anglais Wayne Beckford.
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Hindi Zahra est belle, sa voix est ample et très jazzy mâtinée oriental et cela lui donne une originalité et une grâce magiques. Il y a tout l’Orient dans sa voix et dans sa façon de danser très féline, très sensuelle. Ses compositions aussi sont aussi faites de tous ces mélanges et c’est ce qui donne au timbre de sa voix ce curieux cocktail de tous ces voyages qu’elle a pu faire en s’imprégnant de la musique traditionnelle Gnaoua car elle a aussi vécu au Maroc, elle a aimé le monde de Bob Dylan, le raggae de Bob Marley, le blues de Billie Holiday…
C’est tout cela qu’elle nous offre, tantôt dans une belle sobriété, avec économie de gestes, tantôt pleine d’énergie et enflammant la salle de ses accents orientaux. Un grand moment de charme.
Et puis… la dynamite faite homme avec l’arrivée de Wayne Beckford, ce superbe et immense black dans un costume gris métallisé, d’une élégance rare, sourire ravageur et pêche d’enfer. Il démarre sur les chapeaux de roues et nous offre une musique de folie comme au bon vieux temps du vrai rythm’n blues, de la véritable soul music, de la Tamla Motown, d’Isaac Hayes, tout en étant très moderne, très urbain dans le son. Il chante, danse superbement, est accompagné de deux sublimes choristes et de deux cuivres fous, l’orchestre le suivant comme un seul homme. Il a mis le feu à la scène, à la salle debout… C’est monstrueux. Une bombe au MIDEM.
Son premier CD « Change » va sortir dans les semaines qui viennent mais il faut savoir que depuis quelques années cet auteur – compositeur – producteur – arrangeur a travaillé avec les plus grands, de Seal à UB40 en passant par Akon, Robyn, Beverly Knight, Rihanna et quelques autres belles pointures…
Bref, sa performance aura été un grand moment du MIDEM 2010.
MIDEM CLASSICAL AWARDS
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Sixième édition de cette prestigieuse soirée qui réunit chaque année le nec plus ultra de la musique classique.
Elle était cette année présentée en anglais et français ‘enfin !) par James Jolly éditeur et rédacteur en chef du plus ancien magazine au monde consacré à cet art « The Gramophone » et la pétulante « diva », la contralto Marie-Nicole Lemieux qui, durant la cérémonie, nous a offert la magnifique « Chanson triste » de Duparc.
Au palmarès, que des grands, de Jordu Savall pour son magnifique disque « Jérusalem, la ville des deux paix » avec Montserrat Figueras, à Sandrine Piau, soprano pour son disque « Between heaven et earts » sue des musiques de Haendel, en passant par la mezzo soprano Elïna Garanca, qui s’était perdue dans les coulisses et s’est excusée en disant « I am blonde » avant de nous interpréter magnifiquement l »Habanera de « Carmen » de Bizet…. Notons la performance superbe des King’s Singers qui nous ont interprété « Recipe of love » d’Harry Connick Junior avec un talent et un humour qui ont fait chauffer la salle.
Hommage émouvant à une grande dame qui s’est illustrée dans tous les plus grands opéras du monde : la soprano Mirella Freni sous une standing ovation du public.
Très émue, elle avoua en souriant qu’elle avait arrêté sa carrière depuis quatre ans mais cet award – qui aller trôner avec la multitude d’autres victoires reçue – avait un goût particulier puisqu’il était donné par des professionnels qui ne l’avaient pas oubliée. Grand moment d’émotion.
Et puis, ultime estocade lorsque, accompagné par le grande orchestre Sinfonietta Cracovia dirigé par John Axekrod, qui conduisit tous les artistes de la soirée, apparut ce jeune pianiste canadien de 15 ans Jan Lisiecki qui, très concentré, assis au bord du tabouret, droit, concentré, les yeux fermés, les bras le long du corps, attendit quelques minutes l’ouverture par l’orchestre du concerto pour piano et orchestre N°1 en mi mineur op 11, avant de sa lancer avec une virtuosité hallucinante sur son clavier, faisant frissonner par une telle interprétation le public en émoi et même l’orchestre qui ne fut pas le dernier à l’ovationner.
Quelle merveilleuse contribution à cette année Chopin, que ce grand prodige blond au sourire timide qui est en train de triompher un peu partout dans le monde !
On ne pouvait conclure plus majestueusement et plus merveilleusement cette soirée magique !

LE PALMARES
Musique ancienne : « Jérusalem, la ville des deux paix ». Jordi Savall, Montserrat Figueras, la Capella Reial de Catalunya, Al-Darwish, Hesperion XXI
Musique baroque : « Teleman – Brokes-Passion » . René Jacobs
Récital de chant : Sandrine Piau « Haendel – Between Heaven et Earth »
Musique chorale + enregistrement de l’année : Bernard Kontarsky « Zimmermann – Requiem for a young poet »
Opéra : “Chostakovich – The nose”
Solo instrument : Thomas Zehetmair, clarinette “Paganini – 24 capricci”
Musique de chambre : Quatuor Ebene « Ravel-Debussy-Fauré – String Quartets »
Concertos : Ronald Brautigam « Beethoven – pianos concertos »
Musique symphonique Bamberger Symphoniker, Jonathan Not « Malher – Symphony N°9 »
Musique contemporaine : Roger Murano, Yvonne Naef « Messiaen – The works of orchestra »
Premier enregistrement : Concerto Köln « Rigel – Symphonies »
Rééditions : « Friedrich Gulda – The Early Recording
DVD Opéra-ballet : “Tchaïkovsky – Eugène Onegine »
DVD concerts : « The King’s Singers live at the BBC Proms »
DVD documentaire : “Sergiu Celibidache - You don’t do anything, you let it avolve »
Révélation de l’année : José Franch-Ballester, clarinette
Instrumentiste de l’année : Angela Hewitt, pianiste
Artistes lyriques de l’année : Elïna Garanca, mezzo-soprano, Christian Gerharher, baryton
Hommage de l’année : Mirella Freni, soprano
Label de l’année : Naïve
Prix Spécial Chopin avec l’Institut Frédéric Chopin de Varsovie : les pianistes Dinu Lipatti et Nikolaï Demidenko
Un reportage de Jacques Brachet
Photos Christian Servandier (Sauf NRJ) |