LES SIXTIES REVIENNENT EN FORCE !

Finira-t-on un jour de ne plus parler de ces années mythiques, tellement marquantes que nombre de choses ont changé à leur avènement ?
Et entre autres, la musique avec l’arrivée de plein de jeunes apprentis chanteurs qui ont poussé comme des champignons après une pluie d’automne !
D’apprentis, certains sont devenus des pros, d’autres ont totalement disparu de la circulation mais, quatre décennies après, lorsqu’on voit ceux qui fêtent leur 40 ans de carrière, on ne peut que souhaiter à tous les jeunes d’aujourd’hui de bien se tenir aux branches !
Car aujourd’hui le métier a changé. Le temps de l’insouciance n’existe plus et ce, à tous les niveaux. Pourquoi ? Parce que, plus qu’avant, le show biz, qui porte bien son nom, est devenu une affaire de fric et non plus une chose artistique. On presse les artistes jusqu’à plus soif – le temps réglementaire étant à peu près 3 ans – et puis on jette et on passe à quelqu’un d’autre. L’artiste ne doit pas se tromper, le producteur ne peut plus se tromper. Et encore, ce dernier en a les moyens car, où sont toutes les petites maisons de disques qui faisaient consciencieusement leur travail, qui s’occupaient de leurs poulains, qui les aidaient, les soutenaient et risquaient de l’argent sur eux en prenant le temps de les installer ?
Je parle de ce que je connais car, à l’époque, qu’est-ce qu’on travaillait bien avec Barclay, RCA, CBS, Pathé, Vogue, Mercury, Philips… tous ou presque passés sous l’emprise de Universal et deux ou trois autres, le rouleau compresseur qui a avalé tous ces labels à tel point qu’aujourd’hui, lorsqu’on cherche un artiste il n’y a plus qu’un seul numéro à appeler : on est sûr à 90% de tomber sur le bon ! A l'époque, une seule attachée de presse faisait de l’usage, si je puis dire… Aujourd’hui, elles sont éphémères et si l’on tarde de téléphoner à un label, on en a systématiquement une autre en ligne… quand on ne vous dit pas d’envoyer un mail pour confirmer !
Par ailleurs, lorsqu’on était journaliste, de Paris ou de province, on n’avait aucun mal à approcher les artistes, les interviewer, les photographier, partir sur leurs traces en tournée. Aujourd’hui, ils sont enfermés dans une cage de verre et pour les aborder il faut suivre le parcours du combattant, se battant avec producteurs, distributeurs, tourneurs, managers, service sécurité et même attachés de presse qui font le barrage, ce qui est un comble. Mais, à quelques exceptions près, la presse dite « de province » est contagieuse : on ne l’approche plus. Et même pour faire des photos de scène, on n’a droit qu’à trois chansons avec des lumières miteuses, on doit signer des papiers pour – promis-juré ! – n’utiliser ces photos que pour parler du concert… Ca devient ridicule et fatigant. Le pire, c’est que l’artiste n’a plus son mot à dire où alors, en cachette… Si, si, il m’est arrivé de faire des photos « en douce », avec l’assentiment de l’artiste, pendant que l’attaché de presse s’absentait !
Enfin, quand on se demande pourquoi le public, aujourd’hui, ne reste pas fidèle à ses artistes, la réponse arrive, vite, nette, précise : l’artiste n’a plus aucun rapport avec ses fans, sauf par site de fan interposé. Alors, n’arrivant pas à approcher l’artiste, le fan ne peut plus être ce qu’il était.
J’en parle en connaissance de cause, moi qui ai été fan et un fan heureux de pouvoir approcher « sa » vedette, en l’occurrence, Dalida !
Tout ce préambule pour dire qu’aujourd’hui nos vétérans de soixante ans se portent bien, même si la télé les boudent ou les snobent. A part Sevran et Drucker, qui aiment ces artistes et leur sont fidèles, il faut patienter longtemps devant la télé pour voir paraître Nicoletta, Sheila, Michèle Torr, Nicole Croisille, qui pourtant, n’ont jamais cessé de vivre de leur métier, n’ont jamais cessé de faire des disques, n’ont jamais cessé de faire des concerts et d’avoir du succès… Je le sais, pour continuer, fidèle, à les suivre sur les routes.
C’est pour cela que j’ai voulu leur rendre hommage en écrivant ce livre « Fan des Sixties » (Ed Why Not ?) où on les retrouve, avec aussi quelques disparus comme Dalida, Clo Clo, C Jérome, et comme quelques incontournables comme Françoise Hardy, Johnny, Sylvie… Je les ai tous rencontrés souvent, longtemps pour la plupart, certaines sont des amies fidèles (Michèle, Nico, Nicole) et je leur devais bien ce livre, à tous ces artistes qui m’ont fait rêver, qui m’ont fait passer des moments superbes (et ça continue), qui m’on fait la faveur de leur amitié.
Nostalgie ? Oui, bien sûr, mais sans regrets et ce passé continue dans le présent, ce qui ne m’a pas empêché de me faire d’autres amis comme Catherine Lara, Lara Fabian, Hélène Ségara, Maurane et quelques autres… Bizarre, il n’y a pas beaucoup d’hommes dans tout ça !
Et ce qui me fait plaisir, c’est qu’aujourd’hui, les voici presque tous sur le devant de la scène avec une belle actualité !
Sylvie, on l’a vue beaucoup durant un an : des livres à la pelle, disques et DVD, tournée triomphale… Belle, radieuse, dansant comme à ses débuts, plus jeune que jamais. Et l’on attend avec impatience un nouvel album promis pour bientôt… Et en plus, elle me doit une interview !!! Donc, on va en reparler très vite !
Sheila nous offre son oeuvre complète et on se dit, qu'après des dizaines de millions de disques vendus, le coffret est fort imposant tant le succès de cette petite fille de français moyens fut énorme.
Johnny, c'est aujourd'hui l’inamovible, « le » chanteur, l’idole, l’icône qui vient de faire un nouveau spectacle plus rock’n roll que jamais, « Flashback » et que vous pouvez retrouver en DVD et en CD sur sa nouvelle maison de disques, Warner. Un show grandiose, avec quelques belles chansons inédites comme « La loi du silence » qui l’a une fois de plus hissé au sommet, plein d’anciens rock « les plus terribles » et un « Proud Mary » fort original. Il est toujours là et bien là et ce « Palais des Sports 2006 » le prouve une fois de plus.
Michèle Torr triomphe dans la tournée « Age Tendre et Tête de bois » - qu’on retrouve sur CD et DVD Sony-BMG, deux heures de purs souvenirs, pour nous, les sixties - avec, autour d’elle, des noms qu’on retrouve avec plaisir : Richard Anthony, Frank Alamo, Jean-Jacques Debout, Annie Philippe, Nancy Holloway, des artistes qui ont fait des tubes d’un jour ou des carrières plus confidentielles mais qui sont toujours là, eux aussi. Frank (sans C, précise son épouse !), toujours svelte qui vient de nous offrir un livre de souvenirs « Mes sixties d’hier et d’aujourd’hui », Richard Anthony, beaucoup moins svelte (et c’est un euphémisme !) qui nous les a offerts voici quelques temps « Il faut croire aux étoiles », tous deux chez Michel Lafon. Eh oui, il faut croire aux étoiles car elles continuent à briller et ne s’éteindront pas de sitôt. Frank est plus fringant que jamais et c’est un vrai regret pour moi de l’avoir vu s’arrêter en pleine gloire pour raisons de famille. Mais il revient et il n’a pas changé.
Ce fut un vrai plaisir de le retrouver sur cette tournée. Et puis, son livre est plein de joie et de nostalgie mêlée. Les problèmes ne l’ont pas épargné mais il reste un garçon souriant de ses toujours superbes dents qui sont un de ses charmes. Le rencontrer pour égrener ses souvenirs fut un sympathique moment… Sans compter que je l’ai aussi retrouvé… derrière un fourneau pour « Stars en cuisine » à Ste Maxime ! Pour rencontrer Richard, ce fut plus difficile, car, ou il se préparait, ou il mangeait, ou il se reposait… Donc, pas de rencontre et c’est dommage car Dieu sait s’il en a accumulé, des tubes !
Michèle Torr aussi nous a offert cette année ses souvenirs dans « La couleur des mots » paru chez Jacques-Marie Laffont, accompagné d’un DVD Olympia superbe où elle fêté ses 40 ans de carrière et, en bonus, un bel album avec des chansons magnifiques comme « La louve », « Rentrer sur scène », « Monsieur Cézanne », qu’on regrette que Michel Drucker, dans son émission sur Marseille, ne lui ait pas fait chanter. Des chansons qui prouvent qu’en 40 ans, elle n’a pas fait que le sempiternel « Emmène-moi danses ce soir ». Elle a un beau répertoire et sur son DVD Olympia ou sur celui d’Age Tendre, on la retrouve mince, svelte, éblouissante et très, très, très loin d’être « ringarde » ! Elle peut en démontrer à nombre de jeunettes. Quant à la voix, c’est l’une des plus belles qu’on ait en France ! Même les jeunes artistes le reconnaissent comme Hélène Ségara, autre belle provençale de talent (photo prise lors de l’émission « Tenue de soirée » du même Michel Drucker !)
Et revoici Nicoletta qui nous offre un merveilleux « Rendez-vous » d’amour et de blues chez Philips. La voix a toujours ce timbre rocailleux que l’on aime et si elle a perdu un peu de puissance elle a acquis une gravité qui la rend plus émouvante et la fait de plus en plus ressembler à une chanteuse black. Beau disque jazzy avec quelques reprises de standards et quelques nouveautés comme ce « Rendez-vous » signé Manu Chao, très réussi, une magnifique version de « Summertime », une autre très belle chanson « Les hauts murs » qui rappelle ses débuts avec « Ca devait arriver » et celle belle « Samba Cancäo » de Lavillier, style jazzy-brésilien qui lui va à ravir. D’ailleurs, elle a fait « comme si » avec « Georgia on my mind » petit bijou où elle rend la pareille à Ray Charles qui lui avait piqué « Il est mort le soleil » !
On attend ses mémoires. On en a déjà parlé. J’en parle dans mon livre et peut-être vais-je un peu la titiller pour qu’on s’y attelle !
Et voilà la diva : Croisille. Une carrière exemplaire, éblouissante même si elle est tout à fait originale : danseuse, mime, comédienne, chanteuse… Elle sait tout faire et c’est peut-être ce qui l’a desservie en France. Aux USA, où elle failli rester, elle serait une grande star comme Streisand ou Minelli. Elle a préféré la France, ses étiquettes, ses incompréhension, elle a traversé les années 60 à contresens et a fait une carrière sur des coups de cœur et des rencontres. Le dernier en date : Nougaro. Son ami, son frère tant il y avait de connivence entre eux mais aussi de similitudes. Elle peut chanter tout Nougaro si elle veut car tout lui va bien. Et son spectacle au Théâtre Dix Heures est un petit bijou tout comme son disque « Nougaro, le jazz et moi » (Universal music jazz France) qui est une merveille même s’il nous manque les applaudissements car ce disque est un « live » sans public. Didier Lockwood, Dédé Ceccarelli, entre autres, y ont participé et le duo virtuel Nougaro-Croisille sur « A bout de souffle » est un grand moment. Elle a su mêler plusieurs chansons par thème, le travail musical est extraordinaire. Normal lorsqu’on est entouré de telles pointures. Et puis, clin d’œil plein d’humour au comparse de Nougaro, Maurice Vander avec « Le coq et la pendule », bien dans la lignée de Nougaro. Et, cerise sur le gâteau, un hommage à Nougaro par l’ami « à la vie à la mort » de Nicole, son pianiste Aldo Franck : « In aeternam ». Enfin, « la méchante de Dolmen » nous offre ses souvenirs musicaux dont certains, que j’ai partagés avec elle (voir encore… mon livre !) aidée par le journaliste Thierry Lacamp. Lisez vite « Je n’ai pas vu passer le temps » (Ed Cherche Midi) qui raconte une vie de saltimbanque hors du commun et ses rencontres avec Marceau, Lelouch, Nougaro, Lai et quelques autres…
Claude François fait aussi partie de mon livre. Normal, il est l'un des symboles de ces années 60. Il a créé un style unique. Je l'ai suivi en tournée, ça n'a pas toujours été tout rose mais on avait trouvé un terrain d'entendte et l'on s'aimait bien. Parti en pleine gloire, il reste un mythe que les nouvelles générations découvrent et apprécient. Tout comme Dalida.
Et pour terminer, donc, un clin d’œil à mon amie Dalida, qui est aussi dans mon livre, dont on célèbrera en mai prochain ses 20 ans de disparition.
Déjà 20 ans… Le temps passe et elle nous manque toujours autant.
Mais nul doute que son frère, Orlando, va la faire revivre avec éclat pour ces 20 ans. Déjà se prépare une immense expo parisienne et notre festival « La Ciotat, Berceau du Cinéma » (30 mai-4 juin), lui rendra également hommage.
Dalida, qui fut la charnière entre les sixties et "les années d'avant" dont beaucoup d'artistes furent balayés. Elle, elle resta, stoïque, traversa les décennies et les modes, devançant souvent tous ces courants arrivant d'un peu partout, du raggae au disco en passant par la chanson orientale.
Image emblématique qui n'est pas près de s'éteindre, tout comme ces années 60 qui marqueront à tout jamais une époque et qui font même réver les jeunes par leur folie, leur liberté, leur joie de vivre qu'ils ne retrouvent pas aujourd'hui.
Mais, bon, assez de nostalgie car c'est le passé qui fait le présent et vénérons simplement tous ces artistes qui ont beaucoup ouvert de voies.
Oublions les mots "ringard", "has been"... Ils n'existent pas aux USA. Là-bas on salut les grandes et longues carrières. Essayons de faire de même en France et apprécions ces beaux artistes, souvent plus jeunes que nos jeunes.
Les sixties nous préparent encore de belles surprises !
Jacques Brachet
Tournée AGE TENDRE & TETE DE BOIS : 20 Janvier, Nikaïa, Nice
28 mars, Zénith-Oméga, Toulon - 30 mars, le Dôme, Marseille.

Et puis voilà un livre qui va plaire à tous ces fans des sixties et à tous ceux qui liront cet article avec nostalgie et joie (du moins je l’espère !)
Il s’agit d’un grand et beau livre d’images au titre on ne peut plus explicite :
LE TEMPS DES COPAINS par Tony FRANK (Ed Scali)
Pour ceux qui ne le sauraient pas, Tony Frank était l’un des photographes de ce mag mythique qu’était « Salut les copains », notre bible « sixtiesienne » !
Il y avait Jean-Marie Périer, Benjamin Auger et Tony Frank… Trois magnifiques photographes auxquels ont doit une merveilleuse photothèque de cette époque.
Ces trois mecs étaient aussi connus que les idoles qu’ils photographiaient. On bavait sur leurs photos et si l’on était fan de… on était jaloux des super reportages qu’ils nous offraient à longueur de mois, reportages originaux car les artistes étaient toujours prêts, toujours consentants à faire une séance originale en studio ou dans un pays de rêve. Et on rêvait d’être à leur place. Mais on en n’avait pas le talent !
Chacun avait ses idoles de prédilection et si Périer avait son Clo Clo, Auger sa Dany, Tony Frank avait entre autres son Johnny. Je le rencontrai d’ailleurs un jour sur l’île de Bendor avec l’idole (Voir… « Fan des sixties » !).
Et puis, comme les autres photographes avec qui « ils se tiraient la bourre » pour avoir les plus beaux reportages, lorsque SLC s’arrêta, leur talent fit qu’ils furent engagés ailleurs et continuèrent leur travail différemment et dans d’autres conditions. Les sixties s’éloignaient, la maturité arrivait et Podium ou SLC laissèrent la place à Paris Match et autres magazines. Mais Tony Frank continua de travailler avec ces artistes de légende pour des reportages, des pochettes de disques, des photos ou des affiches….
C’est tout cela qu’aujourd’hui il raconte en photos : 40 années de photographies, témoignages de diverses époques, images emblématiques, images cultes mais images sublimes, qu’elles soient en couleur ou en noir et blanc, de « Mélodie Nelson » à Dalida dans le désert du « Sixième jour », d’images léchées en studios, en reportages vérité, Tony Frank a fait du bon boulot et même si l’on n’est pas cette époque, on prend un réel plaisir à feuilleter cet album d’art, même si l’on est un peu frustré de ne pas avoir beaucoup d’explications car chaque photo a une histoire.
A noter que Renaud, Hugues Auffray, Johnny, Nathalie Baye, Eddy et Véronique Sanson lui offrent un joli et fraternel clin d'oeil en préface.
En tout cas, après les albums de Périer, celui de Tony Frank va entrer au Panthéon des livres qu’il faut avoir et qu’on pourra admirer à satiété.

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