MACHA MERIL :
« IL FAUT REVISITER LES FONDAMENTAUX ! »
Macha Méril, c’est un vent d’alizé, plein de fraîcheur et de soleil. C’est une slave au comportement méditerranéen puisque de descendance russe, née à Rabat, ayant vécu en Italie, avec le soleil dans le sourire et dans les yeux, une volubilité extrême. C’est aussi une sacrée dose d’humour, une grâce, un charme, une classe innés. Pourtant elle ose dire – et écrire ! – tout haut des choses qu’une femme ne devrait ni dire ni écrire. Et c’est ce qui me plait chez elle.
Elle a tout pour plaire, rayonne de beauté et de peps même lorsqu’elle est en dessous de zéro… Ca, c’est slave !
Voilà 10 ans que je la "pratique"...définitivement charmé.
Aujourd'hui, nous avons lié des liens d'amitié. Nous ne manquons pas une occasion de nous téléphoner, de nous envoyer des mails et à chaque fois, la rencontrer est un grand moment de charme et de plaisir, tant elle a de joie de vivre.

D'ailleurs, notre première rencontre fut sous le signe du soleil, au festival de la fiction TV de St Tropez où elle présentait un film très drôle et elle m'avait parlé de son rôle :
"Le sujet est d’une cruauté extrême puisqu’il s’agit d’un mort dont tout le monde se fout, c’est un être humain mais l’intérêt personnel passe outre C’est vachard jusqu’au bout !
Ca se rapproche du cinéma anglo-saxon. L’intrigue est menée tambour battant et chez nous, on ne trouve pas ce genre de film si empreint de cruauté et qui, pourtant, fait rire. Peut-être chez Chabrol, c’est tout. Et j’ai un appétit féroce de faire des comédies grinçantes car c’est assez loin de moi. En tant que femme, je suis moins courageuse, pas aussi culottée…
Croyez-vous ?!
Vous me voyez comme dans le film ?
Oui, je trouve qu’il y a beaucoup de vous dans ce rôle !
Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
Euh… c’est moi qui pose les questions ! mais lorsqu’on ose écrire un livre comme « Biographie d’un sexe ordinaire » (Ed Albin Michel), c’est assez... « couillu » !
Ca vous a choqué ?
Non car c’est fait avec humour, avec élégance…
Merci ! C’est vrai que je passe souvent au-dessus du jugement des autres. J’aime déconcerter car la vie n’est jamais vraiment installée".
Voilà. Le ton était donné et c'est toujours sous cette couleur "charme-humour" que nous nous retrouvons.
En fonction de quoi choisis-tu tes rôles ?
En fonction… de ce qu’on me propose, d’abord ! Au cinéma on ne me propose rien. Quant à la télé, je ne veux être ni nostalgique, ni d’avant-garde. Jaime les rôles qui montrent joyeusement ce qu’on peut vivre tous les jours. J’adore les comédies car elles sont très efficaces pour faire passer beaucoup de choses. C’est un joli système pour assener des vérités. Nous autres comédiens, avons un fort sens de la responsabilité car on représente la vie.
Le cinéma te manque-t-il ?
Non, dans la mesure où je m’exprime ailleurs. Et j’irai jusqu’à dire que les comédiens de télévisions doivent être meilleurs car ils jouent sans filet. Nous n’avons pas le temps de répéter, de refaire vingt fois une scène si c’est mauvais. On ne peut pas faire d’erreurs et être tout de suite efficace. A la télé, il n’y a pas de temps à perdre. Le cinéma offre un confort que nous n’avons pas à la télé.
Et puis, la télé fait des scores extraordinaires car, comme le disent les italiens : « On cuit, on mange » ! On consomme vite, on a tout, tout de suite. Le public télé c’est la civilisation de l’éphémère et elle ressemble à cela à notre époque, c’est le transfert absolu. Et on ne peut pas se fermer à l’évolution du temps.
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Donc, pas de regrets ?
Non. Le cinéma m’a abandonnée ou presque, ça ne m’empêche pas de dormir puisque je continue à faire des choses que j’aime ailleurs. J’ai tourné avec de nombreux et magnifiques metteurs en scène. J’ai de beaux souvenirs mais je ne vis pas dans la nostalgie. Je tourne, on m’apprécie toujours et je fais des choses que j’aime comme « Gigi » que j'ai tourné avec Caroline Huppert.."
Rencontre encore à Paris puis à Sanary avec la pièce qu'elle a joué avec Laurant Deutsch "L'importance d'être constant" d'Oscar Wilde. Elle est aussi venue, sur mon invitation, rendre hommage à Claude Pinoteau au festival de la Ciotat... Elle est de toutes mes fêtes et ce n'est pas fini. Aujourd'hui, elle sort deux livres à la fois : une espèce de bio-roman intitulé "Jury" aux éditions Albin Michel et "C'est prêt dans un quart d'heure" aux éditions Robert Laffont, livre - et ce n'est pas le premier ! - de recettes car elle est fin gourmet et excellente cuisinière.
Bon, Macha, d'abord ce "Jury", sous-titré "roman" mais qui est en définitive difficile à classer car c'est à la fois, biographique, il y a des réflexions sur le Maroc, le cinéma, une histoire d'amour qui se termine... Un livre foisonnant et inclassable...
C'est d'abord un livre sur le déclin d'un pays : le Maroc où je suis née et où je reviens, jurée d'un festival. Déclin aussi d'un cinéma que toi et moi avons connu, aimé. Déclin enfin de cet amour avec Sandro qui se termine... C'est vrai que ce n'est pas un roman traditionnel, c'est assez déroutant et on me le reproche quelquefois mais au départ je voulais axer ce livre sur le cinéma. Après, je me suis surprise à dévier sur d'autres choses et je me suis laissée porter.
Alors,pourquoi l'intituler "roman" ?
Parce qu'on ne savait pas comment l'intituler et mon éditeur a pensé que, du fait que je racontais des événements liés à deux festivals, que je donnais d'autres noms aux jurés qui m'entouraient et que ce n'était pas une vraie biographie, on pouvait l'appeler ainsi.
Le lecteur peut être un peu perdu...
Je ne crois pas. Et puis, pourquoi voudrait-on toujours qu'on écrive quelque chose qui ressemble à ce qui existe déjà ? Je crois que c'est ce qui fait l'originalité d'un livre. En fait, je ne me considère pas comme une romancière. Je suis quelqu'un qui écrit selon ses pulsions, ses envies. Un vrai écrivain, souvent on ne connaît pas son visage. Un artiste qui écrit, le public le connaît, je suis quelqu'un qui s'exprime au théâtre, à la radio, au cinéma, à la télévision... Je ne peux donc pas écrire comme n'importe qui et je peux me permettre ce luxe. On attend toujours quelque chose de moi qui n'est pas tout à fait neutre
C'est un livre très nostalgique car c'est la fin de... tout ! Du Maroc que tu as connu enfant et que tu ne reconnais plus, d'un cinéma qui a beaucoup changé, d'un amour qui se termine...
C'est un peu ça, mais c'est aussi un moment de ma vie où des choses se terminent, des pages se tournent et la fin reste optimiste puisque s'ouvre quelque chose d'autre devant moi. Tu me connais, je suis d'un naturel optimiste, j'ai confiance en la vie. Je ne vis pas des réminiscences de ce que j'ai vécu mais de ce que je vais vivre demain.

Voilà que tu nous offres un nouveau livre de cuisine, autre passion !
Oui, et j'ai mis deux ans à le terminer car je voulais qu'il ne soit composé que de recettes que je fais aux amis, à la famille, des recettes qui ont l'air d'être faites en un quart d'heure mais qui soient aussi simples à faire que goûteuses sans être obligée d'acheter des surgelés ou autres conserves ou encore des plats tout prêts du traiteur sans savoir ce qu'il y a dedans.
Difficile lorsqu'on est seul...
Et pourquoi ? Ce n'est pas parce qu'on est seul qu'on doit manger du "tout préparé ! J'aime me faire un bon petit plat que je déguste sur une belle table, avec une bougie. Un bon repas c'est un bon moment de la vie. Moi, je suis fervente du plat unique mais je veux qu'il soit délicieux. C'est ma philosophie. Et je voulais faire partager l'expérience d'une femme de ma génération.
Et sais-tu que nombre d'hommes aujourd'hui se mettent à la cuisine... et achètent mon livre !
Tu es donc pour la femme à la cuisine ?
Oui et l'homme aussi Car c'est amusant, si l'on est gourmand et inventif, si l'on aime manger, on se découvre des capacités et faire de la bonne cuisine reste un pouvoir extraordinaire. Les mœurs changent mais les fondamentaux restent. Alors il faut les revisiter, que ce soit la cuisine ou le théâtre, le sexe, l'amour... Tout revisiter, c'est ça ne pas vieillir !!!"
Risque pas que Macha vieillisse, elle est tellement débordante d'énergie, de curiosité, de joie de vivre et de projets !
Ses projets ? elle démarre le tournage du prochain film de James Huth (Brice de Nice). Il s'intitule "Un bonheur n'arrive jamais tout seul". Elle partage la vedette avec Gad Elmaleh, dont elle joue la mère et Sophie Marceau, nouvel amour de son fils qui débarque avec trois enfants !
Elle a en projet une pièce de théâtre pour la rentrée, vient de tourner un téléfilm qui est passé mardi sur la 3, "Les nuits d'Alice" avec Elsa Lunghini et Mathilda May, elle prépare pour 2012 un livre qui parlera des femmes et de l'humour du XVIIème siècle à nos jours. On y retrouvera des phrases de George Sand ou Anne Roumanoff; de Ninon de Lanclos ou Valérie Lemercier...:
"La femme intelligente - me dit-elle en riant - ce n'est pas d'aujourd'hui. Ce livre sera à la fois drôle et philosophique et je vais l'écrire avec un historien..."
Par ailleurs, elle sera l'une des invités des prochaines rencontres des Amis de Tamaris Pacha... qui n'auront jamais si mal porter leur nom puisque, l'association chassée de la Villa Tamaris, sera, grâce à Claude-Henri Bonnet et son équipe, hébergée au foyer Campra de l'Opéra de Toulon !!!
Chaque année, l'association propose trois journées autour de la littérature, associée à un autre art. L'an dernier c'était la chanson, l'an prochain ce sera le théâtre, cette année ce sera la danse. Hommages seront rendus à Cyril Atanassoff et Jean Babilée, Catherine Lara viendra évoquer le ballet "Au delà des murs" dont elle a écrit la musique. Seront aussi présents le réalisateur Dominique Delouche, les chorégraphes Pascaline Rictarch, Julien Derouault, Erick Margouet, les écrivains Clotilde Bernos, Belinda Cannone, Béatrice Commengé... dont Macha lira des extraits de leurs oeuvres.
A noter donc à l'Opéra de Toulon les 31 septembre, 1er et 2 octobre
Et entre deux passions, elle aime cultiver son jardin du Gers où elle reprend des forces... pour mieux repartir !
Jacques Brachet |