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TOULON - LA SAGA DES CAFES MAURICE
Par BORIS TOUATY

« Cafés Maurice… Un vrai délice ! »
Quelques mots pour une « réclame » (à l’époque, on ne parlait pas de publicité !) que les Toulonnais ont maintes fois vu sur les murs, de leur ville, dans les journaux, dans un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
Pour moi, qui avais alors une dizaine d’années, j’allais au lycée Dumont d’Urville, ma tante me déposait à l’entrée du lycée qui se faisait alors au début de la rue de Lorgues, ce qu’on appelait alors « Le petit cours » par rapport au « grand » cours Lafayette qui débutait plus bas.
Arrivé là, de délicieux effluves de café vous parvenaient aux narines. C’était là que le grand magasin des Cafés Maurice étaient situés et que ma tante travaillait.
C’est dire si les Cafés Maurice ont bercé mon enfance puisque, même aujourd’hui, je sens encore ce merveilleux parfum qui chatouillait chaque matin mes narines.
Sans compter que ce café, qui entrait dans toutes les maisons toulonnaises, était toujours très attendu des enfants car, si l’on n’en buvait pas, on était impatient que notre grand mère ouvre le paquet pour découvrir la surprise du moment : des timbres qui donnaient droit, en les collectionnant, à de petits cadeaux, des vignettes représentant des oiseaux chamarrés, des écussons de France, ces images que l’on collait sur un album ou sur une carte de France… les « Panini » d’aujourd’hui !
Bref, ces Cafés Maurice ont fait les délices de ma jeunesse, mais aussi, durant 70 ans, des Toulonnais, des Varois… et des autres !

Démarrage en Alsace
Une belle saga que celle des Maurice - le nom faisant aujourd’hui parti du patrimoine toulonnais - qui démarre en Alsace, pour atterrir vers 1910 à Toulon via Haïti… Histoire qui mériterait une série télévisée… mais qu’aujourd’hui vous pouvez découvrir et lire grâce à un tout jeune homme de presque 20 ans, Boris Touaty, étudiant à Nice, vivant à la Seyne sur Mer et qui nous raconte la belle aventure de la famille Levy. Sa famille.
Car les Maurice se nomment alors Levy et Boris est l’arrière-arrière petit-fils du créateur de cette entreprise, Marc Maurice Levy.
De l’Alsace en Haïti
D’origine alsacienne, Marc Maurice Levy , né en 1859 doit évacuer sa région dans les années 1880 lors de l’annexion de l’Alsace à la Prusse. Allez chercher pourquoi, le voilà avec sa femme à Haïti. C’était alors un grand et beau pays, indépendant depuis 1804, où il faisait bon vivre. Ceci explique peut-être cela.
Là bas, le café est roi et très vite Marc Maurice s’y intéresse et se lance, avec des locaux, dans la production et la torréfaction. Il y restera jusqu’en 1892, le temps d’avoir deux fils et surtout, d’avoir la nostalgie de la France.
Arrivée à Toulon
Il va donc se retrouver à Toulon avec femme et enfants. Toulon, parce qu’il a de la famille qui s’y est établie.
Il va rester dans le café car c’est devenu une passion et un art de vivre chez lui. Sans compter qu’il a gardé des accointances avec les producteurs haïtiens. Le café, sachons-le, reste tout de même le second produit marchand après le pétrole. 80% de la population en boit… sauf Boris, me confie celui-ci en riant.
Il décide alors, en 1910 de fonder à Toulon une torréfaction, rue Mairaud, la première dans la région, combinée avec une boutique, 1, rue de Lorgues où les gens pourront venir choisir leur café et l’emporter empaqueté et recevoir des timbres qui, accumulés, leur donneront droit à des cadeaux. C’est une innovation dans le commerce !
Il fallait trouver un nom à ce café. Le nom de Maurice sonnant mieux, il choisira donc son second prénom pour en faire un nom qui deviendra très vite connu d’un peu partout en France, Nîmes, Lyon, la Franche Comté, les départements de l’Est..
Georges et Marcel, ses fils, le rejoignent très vite et peu à peu , prennent le relais du père. C’est vers 1934 que naît l’usine des cafés Maurice, entre le Champ de Mars et l’avenue Marcel Castié, une usine sur trois niveaux, ultra-moderne avec les procédés techniques les plus en pointe. Entre 50 et 70 employés vont y travailler, des femmes en majorité, pendant que le service commercial extérieur prend aussi de l’importance, formant des réseaux sur toute la France.

La guerre est là
Et puis la seconde guerre mondiale arrive et la famille Levy doit prendre la fuite, gagnant d’abord la Suisse, pour atterrir en Haute Savoie. L’usine continuera à tourner sans eux, tenu par un administrateur provisoire nommé par le régime de Vichy.
Les grands parents sont hélas déportés.
Jean-Claude, fils de Marcel, a alors 13/14 ans et ne retrouvera sa grand mère Emma qu’à la fin de la guerre, rentrant à la Valette où elle habite, Marcel étant décédé. Georges, réfugié à Tours, les rejoint enfin avec son épouse et son fils Jack.
Evidemment, l’entreprise a souffert de la guerre et de l’ingérence mais tout le monde se remet au travail. C’est dans les années 50 que le nom de Maurice, devenu tellement emblématique, remplace progressivement le nom de Levy.
Tout redémarre
Jean-Claude alors entre à son tour dans l’affaire alors que son cousin Jack partira vers d’autres cieux. Mais grâce à Jean-Claude, la saga continue. Et en 1961 il devient PDG de l’entreprise, l’automatisant et la modernisant au maximum , changeant de look et de packaging ce produit qui fera son entrée dans les supermarchés… et à la télévision car ce sera la première marque de café qui se montrera dans la petite lucarne, la première pub étant produite par Pierre Techrnia et le café vanté par un duo célèbre d’alors : les Frères Ennemis ! La mode étant aux cartes postales de vedettes, on trouvera les artistes du moment comme Gilbert Bécaud, évidemment, Jean Marais, Yves Montand, Danielle Darrieux, Françoise Arnoul et bien d’autres sur des photos avec l’emblème des cafés Maurice au verso.
Mais la mondialisation et la concurrence des grands groupes commencent à se faire sentir, les difficultés pointent leur nez, dont la crise pétrolière de 1973. Jean-Claude tiendra le coup jusqu'au dépôt de bilan qui aura lieu en 82.
Se souvenir…
Que reste-t-il de tout cela ? L’usine Maurice, devenue Espace Maurice, a été transformée en centre d’affaires avec bureaux, mais on a hélas enlevé toutes les belles décorations célébrant les cafés Maurice,
Alors, aujourd’hui, Boris Touaty, arrière-arrière petit-fils de Marc Maurice, arrière petit-fils de Marcel, petit-fils de Jean-Claude et fils de René Touaty qui a épousé Martine (une des trois filles de Jean-Claude), a eu envie de se plonger dans cette superbe saga familiale.
Aidé par la mémoire de son grand père, récupérant partout où il pouvait, photos et documents et retrouvant même des employés qui vivent encore dans la région, il a décidé de mieux apprendre cette histoire qui est celle de ses ancêtres et de l’offrir à tous et surtout aux Toulonnais qui ont été élevés au café Maurice !
Il s’est pris au jeu de l’Histoire, des recherches, des rencontres, s’est totalement investi durant un an et demi pour nous offrir cette belle aventure, avec curiosité et passion, a retrouvé et acheté des documents perdus qu’il nous offre en photos avec, aussi, une vraie leçon de choses (comme on disait alors !) sur le café, une leçon d’Histoire sur l’Alsace de l’époque de son trisaïeul, la période ha¨tienne avant le retour en France et cette belle épopée qui, aujourd’hui, s’arrête avec lui, tout au bout de l’arbre généalogique qu’il nous donne en prime pour nous y retrouver.
Et c’est son grand père, Jean-Claude, qui lui a offert la préface avec l’émotion qu’on devine.
C’est un beau roman… C’est une belle histoire.

Jacques Brachet
« Cafés Maurice, une saga toulonnaise » par Boris Touaty
(Géhess Editions)
Pour vous procurer ce livre : 04.94.34.35.83 – 06.74.65.02.55
cafesmaurice@gmail.com - www.cafesmaurice.com

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