MAURANE A RAMATUELLE
« JE SERAI TOUJOURS EN MANQUE DE CLAUDE »
C’est la chanteuse belge la plus française, la plus talentueuse, la plus sympathique…
Retrouver Maurane est toujours un plaisir, surtout qu’entre elle et moi il y a souvent eu des bulles… de champagne !
Elle avoue en toute franchise qu’elle adore cette boisson et c’est vrai qu’à chacune de nos rencontres il y a toujours eu quelques coupes par-ci, par-là… Et aussi beaucoup de rires car Maurane ne se « la pête pas » comme certaines de ses consœurs et j’ai de beaux souvenirs de nos rencontres, à St Tropez avec Catherine Lara où l’on s’est marré car « Lala » n’est pas une triste non plus. Et cette soirée de la Fête de la Musique à Marseille mais version belge avec elle, Marka et Philippe Lafontaine… Que de beaux moments ! Et il y en a eu d’autres dont, déjà, sa venue à Ramatuelle où l’on a encore trinqué !
La revoici donc à Ramatuelle avec son nouveau spectacle « Ô Nougaro », hommage à celui qu’elle admire depuis toute petite et qui, au fil des ans et de son insistance, est devenu son ami.
Des répet’ au soleil avec une pêche, une énergie et un sourire magnifique, malgré une nuit sans sommeil. Mais, professionnelle, elle fait consciencieusement sa balance avant d’aller un peu se reposer. Mais nous ferons quand même notre ultime interview.
A Ramatuelle, ce fut le triomphe et les coussins lui ont plu dessus, à tel point qu’avec ses musiciens, elle s’est roulée dedans avec délices. Un seul petit regret : que les lumières ne soient pas à la hauteur de son spectacle, elle, écrasée dans un halo blanc, les musiciens complètement dans l’ombre… Seules les colonnes du théâtre étaient correctement allumées.
Mais ce fut quand même un beau moment.
Un beau moment qu’elle confirme d’ailleurs.

RENCONTRE
»C’est vrai, ça a été un moment magique chargé de beaucoup d’émotion. Cela restera un vrai grand souvenir… Et quel plaisir de nager au milieu des coussins ! Tout le monde a fait des photos ! J’ai de quoi faire un album.
Alors, Maurane, cette première rencontre avec Nougaro ?
Comme je l’explique dans mon spectacle, ma première rencontre a eu lieu alors que j’avais 14 ans ! Pour moi, c’était l’artiste idéal, il possédait tous les ingrédients qui me fascinaient. Tout était là, chez lui et je tenais à cette rencontre comme à la prunelle de mes yeux !
Je l’ai vraiment poursuivi sans me demander si c’était bien, si c’était mal. Je m’en foutais et lorsque j’y pense je me dis que j’étais gonflée de le poursuivre ainsi… Aujourd’hui, je ne sais pas si j’oserais !
D’autant que Claude m’a jetée plusieurs fois. Il faut avouer qu’il n’était pas très chaleureux, pas très avenant… Il était plutôt froid et ne favorisait pas les rencontres. C’était un homme assez renfermé, renfrogné, lunatique, timide aussi… Mais bon, c’était comme ça !
La différence entre le Nord et le Sud mais en sens contraire !
Exactement. Lui le Méridional, il était froid…Moi la Belge, j’étais plutôt chaude… Et ça a fait des étincelles !
Heureusement que ça s’est arrangé avec les années et qu’une vraie amitié nous a liés très vite. Nous étions très proches et lorsque j’allais à Paris, je dormais chez lui. Il avait des problèmes avec sa copine du moment et quelquefois, l’un ou l’autre, nous éclations… Nous avions chacun notre tour des sautes d’humeur… il y avait une folle ambiance dans la baraque !
Mais je garde des souvenirs mémorables de soirées avec Patrick Sébastien, Pierre Richard… A 18 ans, je vivais une aventure palpitante !
Avec tout ça, vous n’avez jamais eu de projets, jamais travaillé ensemble ?
Non, ça ne s’est pas fait… Je me dis que ça ne devait pas se faire. Il y a eu quelquefois des débuts de textes qu’il me faisait écouter en vue d’une chanson. Mais ça n’a jamais abouti. Ce n’est que lors de son tout dernier album qu’il m’a proposé de chanter en duo avec lui « L’espérance en l’homme ». J’étais bouleversée, j’adorais la chanson… mais j’étais tellement saisie que je n’ai pas pu m’exprimer. Alors, il a cru que je n’aimais pas la chanson… et il l’a enregistrée sans moi !
Ca a dû être un sacré coup pour vous ?
Oui… c’est un ratage total et je m’en veux de n’avoir pu m’extérioriser pour lui dire le bonheur que j’avais, de lui dire à quel point j’aimais cette chanson. Ca me fiche encore les boules aujourd’hui, je n’accepte toujours pas d’avoir raté cette rencontre musicale. Bien sûr, je chante cette chanson mais je suis en manque de Claude et j’aurai toujours ce manque. C’est un abominable ratage et mon plus grand regret…
Comment est venue cette idée d’album ?
Par sa femme Hélène. Il allait avoir 80 ans et un jour elle m’a proposé d’enregistrer ce disque pour le lui offrir. Elle savait qu’il avait très envie que je le chante… Moi non ! Elle m’a appris quelque chose que je ne savais pas. Moi je n’osais pas, même si on en avait quelquefois parlé avec Claude. Il m’avait dit très sérieusement : « Il va falloir assurer ! » Je trouvais que 5 ans après sa disparition, c’était trop tôt. Je ne voulais pas précipiter les choses… Si Hélène n’avait pas insisté, je ne l’aurais pas fait maintenant ! Je trouvais qu’il n’avait pas eu la reconnaissance qu’il aurait dû avoir de son vivant.
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Nicole Croisille a déjà fait la même chose avant vous. Y avez-vous pensé ?
Bien entendu, on en a beaucoup parlé avec Nicole qui est une amie. Lorsque je suis arrivée en France, elle a été ma première fan. C’est la première personne connue que j’ai rencontrée et elle a toujours dit beaucoup de bien de moi. J’adore l’artiste qui est belle, qui a une pêche d’enfer, qui est une battante, une boule d’énergie. J’adore aussi la chanteuse et je sais qu’elle a vraiment fait ce disque parce qu’elle aimait Claude. Ils avaient de beaux liens d’amitié et elle avait aussi une belle légitimité à faire ce disque. Elle est d’ailleurs venue faire un duo avec moi à l’Olympia sur « Tu verras ». On aurait dû faire un trio avec Didier Lockwood cet été mais elle jouait au théâtre…
Comment s’est fait le choix des chansons parmi tous ces chefs d’œuvres ?
Je ne me suis pas beaucoup posé la question car il a écrit de telles choses, belles, riches, qu’il y avait le choix. D’un côté ça a été mon instinct, mes coups de cœur. De l’autre, il y avait la maison de disques qui voulait des tubes, ce qui était normal. Mais ça s’est fait sans problème. La seule chanson que j’ai refusée c’est « Nougayork » car je trouve que ce n’est pas représentatif de l’œuvre de Claude, de ce qu’il était.
Parmi ce que vous avez choisi, il y a beaucoup de chansons d’homme !
C’est vrai mais nous avons choisi, avec Hélène, de ne pas féminiser ces chansons. Je préfère être la femme qui porte la culotte, j’assume mon côté viril, comme Claude avait un côté féminin - pas efféminé, attention ! – comme tous les machos… Et je suis très attirée par les machos car ils ont tous une fragilité cachée. J’ai choisi de chanter des chansons « couillues » en jupe… J’aime bien cette idée et, en confidence… j’ai des couilles énormes !!!
Mais s’attaquer – comme Croisille d’ailleurs – à « Toulouse », qui est vraiment une chanson très personnelle… faut oser !
C’est vrai, faut oser car ce n’est pas notre chanson, ce n’est pas notre ville, ce n’est pas notre histoire. Mais c’est une chanson incontournable et en y mettant notre petite note personnelle, on peut se l’approprier. Même si je conçois que ça puisse heurter !

Le CD a été un succès, la tournée n’arrête pas de jouer les prolongations*… A quand un nouveau disque ?
A vrai dire, il est déjà enregistré depuis 1 an et devrait sortir… en septembre 2011 !
Il faut dire que tout m’est tombé dessus car au départ, il n’était pas question de faire une tournée. Puis Hélène m’a proposé de faire deux concerts, l’un à Toulouse, l’autre à Bruxelles. Et de là les demandes ont afflué. Du coup je me suis lancée, les musiciens sont ravis, avec Nougaro ils prennent leur pied. Quant à moi qui n’attendais rien de ce projet affectif, toute une partie de ma vie est remontée à la surface, je me suis prise au jeu et je suis la plus heureuse ! Si je dois être son porte-parole, je le fais avec joie… je m’y colle… Croisille !!!!
On peut parler de ce disque ?
Oui, pour allécher les lecteurs ! Ce ne sont que des chansons bien française écrites en collaboration avec Brigitte Fontaine, Art Mengo, Julien Clerc, Jean-Claude Vannier, Juliette, François Maurel…. Bizarrement, ce disque s’est fait en 6 jours à New-York, dans les conditions du direct, comme au bon vieux temps, avec un arrangeur magnifique, un ingénieur du son énorme… Que des pointures ! Ca s’est fait dans une ambiance sereine, relax, constructive. C’est un disque très français avec une New-York touch » qui lui donne un côté original et très particulier.
Il est donc enregistré », mixé, mastérisé… Ne manque que la photo de la pochette et le titre de l’album… J’ai une petite idée mais je vous en laisse la surprise !
Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier
*Elle sera à Aix-en-Provence le 18 novembre
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