DOMINIQUE MARNY A SIX-FOURS… REGARD IMPRESSIONNISTE
Nous nous sommes rencontrés un jour à la Fête du Livre de Toulon il y a de cela… quelques années ! Ce fut une belle rencontre où, entre deux dédicaces, nous passions de charmants moments avec l’ami, romancier aussi, Jean-Michel Thibaux.
Elle à Paris, moi à Six-Fours, ce sont les salons du livre qui nous réunissent de temps en temps et là, oh sympathique surprise, voici Dominique MARNY invitée dans ma ville par l’association des bibliothécaires pour venir parler de son métier d’auteur et signer ses deux romans parus simultanément : « Hortense » et « Gabrielle » (Ed Archipel).
Deux romans, c’est beaucoup mais ce sont en fait deux livres sortis respectivement en 91 et 93 sous le titre « Les fous de lumière », qui furent des succès mais très vite épuisés.
Explication :
« Mon éditeur voulait les faire paraître à nouveau et tu sais, lorsqu’on relit un livre qu’on a écrit depuis longtemps, on ne le voit plus avec le même regard. On a un regard étrange, on ne se souvient plus de certains passages, il y a plein de choses dont on n’est pas content et qu’on ne réécrirait plus aujourd’hui de la même manière. Alors, tant qu’à les rééditer j’ai décidé de les remanier, de changer plein de choses, bref d’en faire presque un nouveau livre… En fait, deux livres. Voilà pourquoi ils sortent en même temps, ce qui est quand même assez rare !
Mais c’est vrai que ces livres représentent quand même quatre ans de ma vie et c’est important pour moi.
Tu écris beaucoup de romans historiques, du moins, inscrits dans l’Histoire et pas celle d’aujourd’hui, alors que ce n’est pas la discipline la plus facile !
Effectivement, je dois être un peu maso car j’ai écrit beaucoup de romans se passant à une autre époque que la mienne et c’est vrai que c’est plus difficile car il y a beaucoup de recherches à faire et qu’on a surtout pas intérêt à se tromper car on est très vite sanctionné par certains lecteurs. Mais jusqu’ici, je me sentait mieux d’écrire mes histoires dans l’Histoire, de créer des personnages et de les installer dans des années antérieures (Hortense commence en 1863), un peu comme si, pudique, je me cachais derrière mes personnages en les animant dans d’autres époques… Aujourd’hui je vais mieux, merci ! Du coup je me mets à écrire des romans plus contemporains.

Parle-nous donc de ces deux romans
Le premier raconte l’histoire d’Hortense dont les parents sont morts et qui vit chez sa tante avec sa cousine Gabrielle. Elle va se fabriquer un monde en écrivant des contes tout en vivant au milieu de l’Impressionnisme naissant, en voyant éclater le talent de jeunes peintres révolutionnaires nommés Monet, Manet, Renoir . Cela se passe donc sous le Second Empire où plein d’événements éclatent, où la Troisième République et la Commune vont changer beaucoup de choses. Le second roman raconte l’histoire de Gabrielle, deux histoires en parallèle donc et cette dernière va pouvoir devenir peintre grâce à des femmes comme Berthe Morizot, la femme s’émancipant et s’imposant comme personne à part entière en bravant et abolissant nombre d’interdits.
Tu les fais donc évoluer avec des personnes qui ont existé ?
Oui et ce que je raconte est leur véritable histoire. Ils ont vraiment vécu ce que je raconte. J’ai simplement inscrit mes héroïnes dans ce monde où tous les événements sont réels et tout ce que je fais dire à mes personnages (hormis les deux héroïnes bien sûr) sont des choses qu’ils ont vraiment dites.
Ce qui est drôle c’est que ce n’est pas une époque que tu as connue, toi qui est la petite nièce de Jean Cocteau !
C’est vrai mais d’abord, cette période me fascine et puis j’ai vécu dans une famille qui aimait beaucoup l’Art sous toutes ses formes. J’ai beaucoup appris, engrangé de choses d’autant que
j’ai quand même, entre temps, fait l’Ecole du Louvre avant de me tourner vers l’écriture. J’ai fréquenté beaucoup d’artistes, j’ai hanté les musées, je suis donc sur un terrain ami !
Cette période me plaît particulièrement car elle vit un bouleversement, elle va nous faire basculer dans la modernité et l’on se rend compte que tout va changer. J’aime ces périodes qui sont à la limite de l’explosion. Les mentalités changent, les idées reçues sont bousculées, les femmes s’émancipent et si elles choisissent d’être artistes elles sont non seulement acceptées mais respectées.
Ces histoires se passent en France, toi qui a beaucoup écrit de romans se passant à l’étranger !
Ca c’est mon goût des voyages. Je me suis un peu calmée aujourd’hui mais j’ai toujours aimé voyager et j’ai donc tout naturellement eu envie d’écrire des histoires se passant dans des pays que j’avais envie de connaître. Car ce n’est jamais un voyage qui m’a donné l’envie d’un roman. C’est une histoire que j’avais en tête qui me décidait à aller visiter le pays où je voulais situer mon histoire. Ainsi pour « Darjeeling », moi qui suis folle du thé, j’ai eu envie d’écrire une histoire se passant dans une plantation de thé et je suis partie en Inde où je m’y suis installée…
Mais j’ai quand même écrit des romans se passant en France : A Sanary d’ailleurs pour « La rose des vents », en Touraine aussi, qui est ma région, pour « Et tout me parle de vous »… Le prochain roman se passera d’ailleurs dans cette région durant la dernière guerre.
A-t-il été facile pour toi de devenir romancière ?
Bizarrement non. Cette idée m’est venue assez tôt mais déjà, enfant, je m’isolais pour me raconter des histoires que j’inventais. Je n’écrivais pas encore. Puis j’ai commencé à écrire et est né mon premier roman « Crystal Palace » que j’ai proposé à divers éditeurs. Deux d’en eux, Lattès et Orban, m’ont répondu oui… J’ai eu beaucoup de chance, je n’avais que l’embarras du choix ce qui, aujourd’hui est à peu près impossible !
Depuis, je n’ai pas arrêté.
La page blanche ?
Chance encore… je ne connais pas ! L’écriture fait totalement partie de ma vie, je cogite beaucoup mais lorsque, vers le milieu de l’après-midi, je me mets à écrire, je ne connais jamais l’angoisse de la page blanche. Par contre, lorsque j’arrête d’écrire, j’oublie mon livre et je vaque à mes occupations, m’occupe de moi et de ma famille… J’écris tous les jours depuis trente ans… sauf en vacances !
Tu as longtemps caché ta parenté avec Jean Cocteau
Oui, car je ne voulais pas qu’on s’intéresse à moi en tant que parente de Cocteau mais pour ce que j’écrivais. Et comme nous n’avions pas le même nom, cela m’a beaucoup aidée. Bien entendu, il a bien fallu qu’un jour ça se sache mais c’était, je crois, alors que j’avais déjà écrit trois romans. De ce jour je ne l’ai plus caché, j’ai même ensuite, écrit des livres sur lui dont « Les belles de Cocteau » car, s’il était homosexuel, les femmes ont beaucoup compté dans sa vie et pas n’importe lesquelles : Colette, Chanel, Louise de Vimorin, Anna de Noailles…
Comment as-tu découvert ses écrits ?
J’ai d’abord connu Cocteau par le cinéma. Je fréquentais un petit cinéma d’art et essai de quartier et j’ai un jour découvert « La belle et la bête ». Ce fut un choc pour moi, j’avais alors 14 ans. Puis j’ai vu « Les dames du bois de Boulogne », « La princesse de Clèves »… Après ça, j’ai commencé à le lire et ce n’est d’ailleurs pas ce qui est le plus connu qui me plaît le plus ! Je me suis alors penchée sur sa vie, là encore une vie fabuleuse par rapport au côté « people » qu’on a surtout montré chez lui. Je crois qu’il n’était pas connu pour les bonnes raisons et j’ai essayé de changer tout ça avec Pierre Bergé, par le biais du Comité Jean Cocteau qu’il a créé.
Que lisais-tu enfant ?
J’ai eu une éducation très sévère avec interdiction de se servir dans la bibliothèque familiale. Etant donné que les interdits sont toujours attirants, je les ai bravés allègrement et à 12 ans je découvrais Sagan, Troyat… A 13 ans, je suis partie en Angleterre et j’ai lu « Les mains sales » de Sartre… je me suis d’ailleurs copieusement ennuyée !
Tes lectures d’aujourd’hui ?
En ce moment j’emporte avec moi « Les enfants empereurs » de Claire Messud (Gallimard) je viens de lire le très beau livre de Jean-Luc Moreau « Le goût de vivre » consacré à Simone de Beauvoir (Ecriture). J’ai beaucoup apprécié aussi « La consolante » d’Anna Gavalda (Dilettante) et le livre très tendre qu’a écrit Geneviève Laporte sur Picasso qu’elle a aimé « Du petit Pablo au grand Picasso » (Le Rocher….
Alors, nouveauté chez toi : tu te lances dans le théâtre !
Oui et ça été un peu par hasard… Avec Paul Gourevitch nous avions écrit ensemble un roman en 2003 et un jour, l’idée à germé qu’on pourrait en faire une pièce de théâtre, en le modifiant bien sûr. C’est un huis clos qui se passe un soir où le courant a été interrompu par une tempête. Une femme seule dans sa maison reçoit la visite d’un voisin qui cherche des allumettes. Elle reçoit le visiteur et ils vont passer la nuit dans le noir, à se raconter, se découvrir… qui est vraiment cet homme ? D’où vient-il ? Que cherche-t-il ?.
La pièce s’intitule « Ne disons pas au jour les secrets de la nuit ». La mise en scène est de Julien Nortel et c’est Marion Dubos (la fille d’Alain, l’écrivain) et Olivier Glafione (le frère de Jean, le médaillé d’Atlanta !) qui l’interprètent. La pièce se jouera du 14 mai au 28 juin au Théâtre de Nesle à Paris (01.46.34.61.04)
Ecrire à deux, ça donne quoi ?
Pour l’écriture du livre, c’était nouveau pour moi mais nous avions une idée directrice et l’on écrivait chacun de notre côté. Après quoi chacun lisait ce que l’autre avait écrit, nous en faisions une synthèse et on ne gardait que lorsqu’on était d’accord tous les deux.
Pour la pièce c’est un peu différent car l’adaptation, c’était encore quelque chose de nouveau pour moi. On s’est un peu partagé la besogne, moi m’appesantissant sur l’héroïne, lui sur le héros, faisant ainsi ressortir le côté psychologique de chacun des personnage. Je dois dire que ça a été un moment fort pour moi.
Alors, prochaine étape ? Quelque chose que tu n’as pas encore abordé ?
Exactement ! J’ai très envie d’écrire une comédie musicale ! J’ai le sujet dans ma tête mais je sais que l’aventure est folle car là, elle ne dépend pas que de moi mais de beaucoup d’autres choses et de gens : un producteur à trouver intéressé par mon sujet, la musique, la chorégraphie, un théâtre… Pour le livret, il n’y a pas de problème, je sais que je peux l’écrire. Mais après, si je trouve tous les gens pour faire aboutir ce projet – ce qui n’est déjà pas une mince affaire ! – comme je me connais, je voudrai suivre le projet de A à Z et ça va me prendre un temps fou !
Alors, on n’en est vraiment aujourd’hui qu’aux souhaits et à l’envie…
Projet à suivre, donc ! »
Propos recueillis par Jacques Brachet
Photo : rencontre de deux Dominique : Dominique Ducasse, adjointe à la Culture de Six-Fours et Dominique Marny, écrivain. |