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EVENEMENT
PIETRAGALLA-DEROUAULT : MARCO POLO DEBARQUE AU ZENITH

C’est le mardi 23 novembre à 20h30 que le Zénith recevra cette somptueuse fresque musicale, chorégraphique et cinématographique qu’est « Marco Polo », le ballet que la sublime « Piétra » alias Mare-Claude Piétragalla et son compagnon, le beau danseur et chorégraphe Julien Derouault ont créé avec fougue, énergie, passion et talent bien sûr, autour de ce personnage mythique mais en incluant des danseurs de toutes origines, du classique au hip hop, un dessin animé venu des studios Chrysoïd en décor, des musiques de Christophe, Armand Amar et The Chemical Brothers, de très beaux costumes signés Patrick Muru et des lumières d’Eric Valentin.
Une fresque qui va ravir petits et grands.
Rencontre avec un couple magique

MARIE-CLAUDE PIETRAGALLA : LA CREATION EST UN COMBAT
Vous avez appelé votre compagnie « Le Théâtre du corps »…

Effectivement et ce titre symbolise tout le travail que Julien Derouault et moi faisons depuis dix ans. Tout s’inscrit dans le corps, le conscient, l’inconscient, ce dont on hérite et ce que l’on en fait, ce que l’on crée.
Nous transcendons notre vécu, nos émotions à travers le geste mais aussi à travers les mots, les textes, la poésie. Le mouvement est une sorte de référent, un éclairage très direct de ce qu’on est, de ce qu’on a été et aussi de ce qu’on sera.
Vous avez un parcours atypique : danseuse étoile à l’Opéra de Paris, directrice des Ballets de Marseille, aujourd’hui, chorégraphe et danseuse, vous avez créé votre compagnie…
Je crois que c’est un parcours assez logique. Etre étoile de l’Opéra de Paris c’est quelque chose qui me tenait à cœur et un peu le but de nombre de danseuses. Mais beaucoup de travail, beaucoup de concours à passer, ce que je ne regrette pas car cela m’a donné des bases que j’utilise toujours. C’est une belle école. Après je me suis échappée pour évoluer, faire autre chose, ce dont j’avais besoin. Mais après les Ballets de Marseille, un autre besoin s’est fait sentir : le besoin de liberté, d’indépendance. J’avais vraiment envie de cet espace de création avec une totale liberté de faire ce que j’avais vraiment envie de faire
Dont ce « Marco Polo » !
Oui et ça a été – et c’est toujours ! – une aventure fantastique sur laquelle on a travaillé trois ans. Ca a été très long à monter car il y a ce mélange de discipline : cinéma, images, chansons, cirque, danses… Notre structure nous permet de pouvoir rêver sur de tels projets qui paraissent utopiques et d’arriver à les créer.
« Marco Polo » était justement un projet qui semblait énorme ?
Et qui l’était ! Nous sommes tombés sur ce « Livre des Merveilles » et très vite, nous avons eu cette idée du réel qui côtoie l’imaginaire, ce mélange de contes et légendes avec l’Histoire, du XVème avec le XXIème siècle, nous avons développé ce côté fantastique avec ce vrai héros qui part sur la route de la soie et fait se rapprocher Orient et Occident. Nous avons inventé cette mystérieuse Dame Blanche, seule femme dans ce milieu masculin, qui va le guider à travers le monde du feu, du métal qui lui permettra de transcender ce voyage et accéder à cette utopie qu’est l’amour universel.
Nous avons rencontré les dessinateurs de l’équipe Chrysoïd qui venaient de terminer le premier « Arthur » de Besson et nous sommes partis avec eux dans cette aventure qui, je crois, les a excités, exaltés et à partir de là, on savait ce qu’on voulait faire.
Encore fallait-il le réaliser financièrement !
Heureusement que nous avons rencontré Pierre Cardin qui a été emballé par l’idée et a bien voulu le produire. Nous lui devons beaucoup. Et puis, notre grande chance a été d’être sélectionnés pour l’ouverture des J.O de Pékin en 2008, toutes considérations politiques mises à part ! Les Chinois ont aimé ce spectacle qui se rapproche par moments de leurs mangas et le succès a été au rendez-vous.
Comment avez-vous travaillé ?
Il fallait imbriquer toutes ces disciplines et nous sommes partis du story board puis du dessin animé car tout partait de là. Nous avons travaillé un an avec les dessinateurs qui n’avaient jamais pratiqué un travail avec la danse pour base. Le film réalisé, nous avons composé le ballet afin que danse et image soient en osmose. Nous avons alors sélectionné les musiques, les différents danseurs qui venaient d’univers très divers : classique, urbain, contemporain…Chacun avait une technique, un langage différents, mais il fallait que tout puisse s’assembler et qu’il y ait une même énergie et surtout une unité. D’autant que nous avons incorporé du cirque et des chansons avec trois chanteur, eux aussi venus d’univers différents : un Iranien, un Chinois, un Italien chantant du bel canto !
Tout cela ne s’est-il pas un peu bousculé ?
Non car il y a eu entre eux beaucoup de curiosité de l’autre, de beaux échanges et une réelle envie de créer quelque chose d’original et de fort. Le plus dur était de coller aux images car on ne pouvait pas « délirer ». Il y avait ce décor, cette histoire, ce film dont on ne pouvait rien changer. C’est la colonne vertébrale du spectacle. Et puis, ce spectacle est aussi un voyage très onirique, très sensoriel, très intemporel, très… organique, je dirai.
Nous sommes dans le subtil.


Vous êtes nombreux sur scène, ce qui devient rare…
Oui, nous sommes une vingtaine et cela devient rare tout simplement parce que ce genre de spectacles est onéreux. Ca représente un immense financement et sans Pierre Cardin, nous aurions certainement mis un temps fou à réaliser ce projet, si tant est qu’on ait pu un jour le monter. Vous savez, la création est un combat. Et à contrario de ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas les politiques qui sont les plus difficiles à convaincre car souvent, ils sont très enthousiastes. C’est plus un problème administratif qui est très lourd, qui est toujours bardé d’images qui datent… Dès qu’on n’entre pas dans le moule, dans un certain classicisme, on a du mal à se faire entendre.
Vous venez de jouer au Théâtre de Draguignan votre solo « La tentation d’Eve ». Est-ce que ce n’est pas un peu schizophrénique de passer d’un si énorme projet à un spectacle seule en scène ?
Il est évident que la différence est grande mais ce solo me tient énormément à cœur puisque c’est le thème de la femme, ce qu’elle a été, ce qu’elle est devenue au XXème siècle, c’est un thème à la fois intime et universel qui possède une grande richesse et qui me touche et touche toutes les femmes. Me retrouver seule en scène est aussi un moment privilégié. J’ai envie de revenir de temps en temps sur des choses plus intimes. Alors c’est vrai, c’est une gymnastique mais c’est intéressant pour moi.
Et d’être indépendante me permet de faire ça ! »

JULIEN DEROUAULT : LE PUBLIC EST NOTRE MOTEUR PREMIER
Julien Derouault, comment s’est passée votre rencontre avec « Piétra » ?
Elle s’est passée à Marseille puisque, lorsqu’elle est arrivée, j’étais déjà danseur dans la compagnie Roland Petit auquel elle succédait. Nous avons très vite été bien ensemble car nous nous trouvions sur une même longueur d’onde. Nous avons dansé ensemble, nous avons fait de nombreuses recherches ensemble et ensemble, nous avons créé le ballet « Sakountala » autour de Camille Claudel puis celui autour de l’œuvre de Ferré, « Ni Dieu, ni maître », « Don Quichotte »….
Nous avons vécu plein d’expériences enrichissantes, fait des tournées internationales. Nous avons un autre regard sur la danse et envie de mélanger les disciplines.
N’est-ce pas difficile de s’immiscer ainsi dans cet art qui a ses conventions, ses règles… ?
Oui et nous en avons choqué plus d’un dans notre corporation ! Mais nous avons toujours été considérés comme des gens atypiques et nous n’avons pas peur de déranger les institutions ! Nous sommes en harmonie avec nous-mêmes, avec nos idées, avec nos envie et le regard que nous portons sur notre métier. Nous n’avons jamais suivi une mode, nous avons toujours préférer la créer et si l’on nous suit, c’est bien. Quand je dis « si l’on nous suit », je parle du public car plaire à notre microcosme nous importe peu ! Le public est notre moteur premier !


Propos recueillis par Jacques Brachet

Le spectacle se jouera également le 25 novembre à la Palestre, le Cannet

© 2008 Evasion Mag