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MACHA MAKEIEFF
DE l'OPERA DE TOULON A LA CRIEE DE MARSEILLE

Macha Makeieff, ça rime souvent avec Jérôme Deschamps. D'abord parce que c'est un couple solide et puis parce que ce sont deux saltimbanques qui mènent depuis des décennies une vie de roulotte !
Elle est Marseillaise, y a fait des études d'art plastique et de littérature, le Conservatoire de Marseille avant de partir à Paris où elle s'est partagée entre les Beaux-Arts et la Sorbonne.
Mais le théâtre va vite la rattraper.
"Le théâtre - me confie-t-elle - m'a toujours hantée.  J'y avais été attirée après avoir lu, toute petite, l'histoire des Ballets Russes. Pour moi le théâtre était l'aboutissement des Arts Plastiques, c'est ce qui m'y a amenée."
Depuis le théâtre sous toutes ses formes est devenu sa passion grâc, entre autre,e à Pierre Barbizet, directeur du Conservatoire de Marseille.
"Quelqu'un qui savait aider et conduire les gens - dit-elle - puis il y a eu Antoine Vitez et enfin Jérôme Deschamps avec qui j'ai fait ma vie, nous avons monté une compagnie, nous avions fait beaucoup de théâtre ensemble puis ça a été la découverte de l'Opéra. Ca a été, et c'est toujours, une aventure exaltante mais  en alternance avec le théâtre. Les deux sont très enrichissanst car le théâtre c'est plutôt de l'ordre de l'intime et l'Opéra c'est l'esprit de troupe où théâtre et musique se mêlent. C'est tout ce que j'aime car s'investir dans une oeuvre c'est à la fois mystérieux et sensuel".

Si Macha a investi l'Opéra de Toulon c'est qu'elle présentera l'opéra bouffe de jacques Offenbach "Les brigands", le vendredi 13 mai à 20h et le dimanche 15 mai à 14h30.
Oeuvre qu'elle a montée avec Jérôme Deschamps, créée à Amsterdam et à la Haye, puis donnée à l'Opéra Bastille avant de tourner dans toute la France

"C'est une production qui nous rend heureux car c'est un vrai phénomène de troupe, un mélange de comédiens et de chanteurs... et d'animaux ! Et puis Offenbach nous offre une musique charmante, efficace, qui ne s'use pas. Elle a toujours un charme fou et ce qui me plaît dans cette oeuvre c'est que c'est un scénario catastrophe où ces brigands ratent tout ce qu'ils entreprennent dans un méli-mélo fou. C'est la porte ouverte à l'humour, à la folie c'était un miroir de l'époque napoléonienne mais  aujourd'hui, c'est l'image de la confusion universelle. Nombre d'artistes sont là depuis la création dont Michèle Lagrange qui fait la performance de changer de rôle. C'est une très belle artiste.
Vous les suivez donc en tournée ?
Oui, on les accompagne car on les aime et on aime prolonger ce bonheur complice. Je ne suis jamais aussi heureuse que lorsque je suis avec eux, dans les coulisses, sur scène, dans les loges. Cette grande proximité m'est nécessaire.
Vous avez aussi signé les costumes ?
Oui et je participe aussi aux décors car c'est mon côté "arts plastiques" et puis, faire les décors et proposer des costumes c'est déjà de la direction d'acteurs, ça fait partie de la sensualité du spectacle. J'aime l'atmosphère des ateliers et participer à la fabrication d'un spectacle.
On se demande ce que vous ne savez pas faire car vous écrivez aussi !
Oui et ça c'est aussi quelque chose d'important  car ça touche à la mélancolie. Lorsqu'on on monte un spectacle, qu'on le suit, la séparation est brutale, la famille éclate et c'est alors là que j'ai besoin d'écrire. C'est un moment de solitude dont j'ai besoin après avoir été très entourée. C'est une période de calme et le rythme et le temps changent.
Alors, Toulon, vous la Marseillaise, vous connaissiez ?
Un peu seulement car j'y suis venue en visite, je trouve que c'est une ville joyeuse et le cœur de ville est magnifique. mais, chose curieuse, alors que nous sommes des itinérants et que nous nous sommes baladés dans nombre de théâtres, nous n'étions jamais venus à l'Opéra de Toulon. C'est une maison magnifique !

A la fin de l'été, ça va être le retour de l'enfant prodigue : vous prenez les rênes de la Criée à Marseille.
Oui et j'y suis déjà très souvent car je profite de chaque instant de libre pour y aller, préparer, m'imprégner. J'ai tous les acteurs culturels à découvrir et il y a la perspective de "Marseille-Provence 2013" qui est un bel enjeu. Tout cela demande beaucoup d'énergie.
Le programme de la rentrée ne sera pas le votre, je crois !
Non car bizarrement la tradition veut que ce soit le directeur qui part qui programme la saison suivante. Donc ce ne sera pas mon programme mais comme je m'entends très bien avec Jean-Louis Benoît, il m'a proposé d'y jouer "Les Apaches" en mars. Ce sera ma façon d'aborder la maison.
Comment s'est faite cette nomination ?
Dans les règles, contrairement à nombre de bruits totalement fous qui me viennent aux oreilles ! Il y a un protocole républicain qui m'oblige à présenter un projet global. Le protocole est précis, rédigé, avec également un projet de financement le tout est défendu oralement devant un grand jury de personnalités de l'Etat et de la ville. Une fois fait, on vous nomme ou pas. Après, bien sûr le projet va s'affiner en fonction du paysage culturel et théâtral, du terrain. Ici le théâtre est prioritaire, ce qui ne m'empêchera pas d'y apporter de la musique car j'aime les arts pluridisciplinaires.
Vous avez des idées ?
Evidemment et je vous dévoilerai ça en temps utile ! Mais j'ai besoin d'inventer, et j'ai cette envie de porter cette mission que l'on me donne. Je crois que la ville m'a tapé sur l'épaule. Je suis pour le mélange des genres et je pense que les artistes aiment ça, pour ne pas tomber dans la routine, être surpris. ils aiment jouer sur des scènes différentes et jouer des choses différentes. Ca c'est un enjeu que je tiendrai.
Donc, vous n'allez plus pouvoir vous éparpiller !
(Sourire). Disons, moins et surtout les deux premières années. Le théâtre de la Criée est un théâtre qui a beaucoup souffert à tous les niveaux, physiquement, moralement, humainement. Je veux qu'il soit l'objet de tous mes soins car cela me touche. Je ne suis pas "la parisienne" qui vient conquérir la province, je suis "une locale" qui a ses racines à Marseille et je veux inscrire ce 1er théâtre de la 2ème ville de France dans son histoire méditerranéenne. C'est important je crois et ce sera ma mission".
Macha Makeieff, après avoir passé en revue une dernière fois les costumes des "Brigands", me lâche cet aveu en riant :
"Marcel Maréchal, qui fut le premier directeur de la Criée, m'a envoyé un gentil mot qui se terminait par : "Les initiales MM portent bonheur à la Criée !"
C'est tout le mal qu'on lui souhaite !

Jacques Brachet

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