LA SEYNE – LES RENCONTRES DE TAMARIS
PAROLES & MUSIQUES, UNE HISTOIRE D’AMOUR…

Les Amis des Rencontres de Tamaris avaient cette année choisi pour thème la littérature et la chanson.
Vaste thème tant de paroliers ont écrit poèmes et romans, tant de romanciers se sont essayés à la chanson, tant de chanteurs sont auteurs et compositeurs et même romanciers…
Aussi, le choix était large pour les hommages, pour les invitations, pour les rencontres et durant deux jours, ce fut la fête des mots et des notes avec un programme très éclectique, des invités magnifiques, des moments de drôlerie et d’émotion et surtout des moments d’écoute attentive d’un public venu nombreux qui n’a rien voulu rater et a pris possession de cette salle superbement décorée par les élèves du cours d’architecture de Véronique Bigo.
Hommage d’entrée à un vrai Toulonnais : Fernand Bonifay qui a écrit pour tous les artistes, dans tous les styles, des chansons populaires entrées aujourd’hui dans le patrimoine. Il était donc normal de commencer par lui, présenté par Georges Perpès, magnifique bonimenteur et un groupe de musiciens qui nous a remis en mémoires des succès de toujours et, même si toutes ne sont pas de grandes chansons, elles sont devenues immortelles grâce à Dalida, Pétula Clark, Annie Cordy, André Claveau, Yves Montand et beaucoup, beaucoup d’autres.
Après Bonifay, un grand moment d’émotion nous attendait avec la venue de notre tendre Isabelle Aubret accompagnée de Gérard Meys, son complice, son producteur et le producteur de Jean Ferrat.
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Jean Ferrat, grand parmi nos grands, disparu depuis peu et qu’Isabelle – qui le surnomme tendrement Tonton – a évoqué pour la première fois avec une grande émotion et des larmes dans ses beaux grands yeux bleus. C’était la première fois qu’elle l’évoquait depuis sa disparition et l’on sentit un immense frisson d’émotion passer dans la salle. Tous deux nous parlèrent de leur rencontre avec ce faux Ardéchois mais au cœur si fidèle et la lumineuse Isabelle nous chanta deux sublimes chansons pour terminer avec un poèmes de Claude Lemesle « Boulevard Aragon ». Car on ne pouvait parler de Ferrat sans parler d’Aragon.
Vint le tour de Belinda Cannone, Bernard Fauconnier et François Taillandier, tous trois écrivains et romanciers de parler de leurs parcours, de leurs expériences et cet échange fut à la fois formidablement passionnant et passionné tant ils aiment autant écrire que parler de ce qui les portent : les mots.
Leur conversation fut marqué d’intermèdes musicaux par une jeune Lyonnaise, Mathilde Mauguière dont la voix d’ange, assortie à un regard expressif et perçant, nous offrit des chansons originales parce que, déjà, sa démarche est originale. Elle se paye le culot d’aller voir des écrivains et de leur demander un poème pour en faire une chanson… Et sa marche, tant elle sait, avec son talent et sa beauté, être persuasive. Ce furent de très jolis moments.
Après l’émotion, la passion, la joie et l’humour avec une Alice Dona belle et volubile qui vint rendre hommage à celui dont elle était fan et qui devint son ami : Gilbert Bécaud, autre Toulonnais célèbre. Elle nous expliqua avec beaucoup d’humour ses premières timides rencontres avec Monsieur 100.000 volts, son premier Olympia en vedette où il lui offrit son piano, son spectacle et son disque « Merci Monsieur Bécaud » qu’elle lui dédia tant il est vrai qu’à sa mort il se passa peu de choses auteur de ce grand artiste.
Bien évidemment elle évoqua Lama, Dalida, Reggiani, Claude François et encore Claude Lemesle avec qui elle collabora et continue de collaborer pour certains d’entre eux.
Et pour terminer cette belle rencontre, elle se mit au piano pour nous offrir une chanson de Bécaud de circonstance : « C’est en septembre ». Succès assuré !

Après un cocktail où tout le monde se retrouvait et pouvait échanger plein de choses, c’est une belle démonstration de ce phénomène qu’est aujourd’hui devenu le slam que nous offrit un groupe « marseillo-parisien » composé de Abd el Haq, Félix Jousserand, Rémy Jouffroy, Uli Wolters, Patrick Ferné, François Rossi.
Le lendemain, nous allions retrouver un duo de choc : Alice Dona, toujours elle, retrouvant deux complices : celui dont on avait beaucoup parlé la veille : Claude Lemesle, auteur de milliers de chansons et Jean-Claude Petit, musicien, compositeur, chef d’orchestre, arrangeur. Tous trois sont amis depuis de longues années et nous offrirent un moment de drôlerie, de grâce et d’humour en expliquant comment on crée une chanson, en montrant qu’aux mêmes paroles d’autres musiques peuvent s’adapter et que toutes les chansons, ou presque, peuvent s’adapter à la personnalité de chanteurs aussi divers que variés. Et pour terminer, encore un beau moment : le duo Lemesle-Dona « En matière d’amitié », le seul et unique qu’ils aient jamais chanté !
Et nous revoici avec d’autres écrivains autour de François Taillandier : Stan Cuesta et Frédéric Brun. Derrière ce dernier se cache le fils de Jean Dréjac, auteur de chansons dont le nom hélas s’est quelque peu estompé derrière des succès unanimement reconnus : « Sous le ciel de Paris », « La chansonnette », « Ah, le petit vin blanc » et, plus près de nous : « Une vie », sur une musique de Michel Legrand, écrite pour Dalida lors de son retour à l’Olympia après son premier suicide. « Une vie » qu’a superbement interprété Mathilde Mauguière parmi d’autres succès. Quant à Stan Cuesta, auteur, journaliste à « Rock & Folk », il nous a offert un très beau livre sur « Une histoire de la chanson française en vinyles »… Souvenirs, souvenirs…

Et vint le tour de Mona Heftre qui nous a offert un mini-récital de chansons signées Serge Revzani, romancier, écrivain plus connu en chanson sous le nom de Boris Bassiak, et dont Jeanne Moreau a immortalisé « le tourbillon » et « J’ai la mémoire qui flanche ». Avec beaucoup de grâce, de classe, une superbe intuition du mot et de la phrase et aussi quelque peu d’ambiguïté et de sensualité, a revisité nombre de ses chansons dont ces deux succès.
Durant ces deux jours, il y eut tout : la culture d’abord, qui prouve qu’avec toutes ses représentations, est à la portée de tous, l’harmonie, la joie, l’émotion, le plaisir, la passion, l’humour…
Mon Dieu, que la chanson française est belle et diverse et, même si elle est toujours quelque peu malmenée, combien de beaux artistes en ont fait l’oriflamme d’un pays qui peut se targuer d’avoir de magnifiques artistes dans tous ces domaines….
L’an prochain l’on nous promet de lier la littérature et la danse… Encore un beau challenge pour Gérard Estragon, président des Amis des Rencontres de Tamaris, Jacques Vigoureux directeur artistique de ces rencontres et toute son équipe qui nous ont fait vivre des moments rares, exaltants et inoubliables.
Jacques Brachet
Photos.
1. J Brachet, Alice, Isabelle et Gérard Meys
4. Jean-Claude Petit, Alice Dona, Claude Lemesle
5. Mona Heftre, Alice Dona, Mathilde Mauguière
Reportage photo : Evelyne Arnaud
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