OLIVIER LEROY REND HOMMAGE A RAY CHARLES
Né en 1956 à Rouen, il commence le piano à 6 ans, apprend l’orgue et le chant liturgique à la cathédrale Sainte Evode à Rouen, se met à la batterie, puis à 16 ans entre au conservatoire de Rouen pour la trompette. Grand connaisseur de l’histoire du jazz, il aime la raconter dans ses concerts. Il reste 20 ans chez Christian Garros, fonde les Endless Voices et les Gospel Singers. Tourne actuellement avec un spectacle basé sur Ray Charles. Parallèlement il joue dans son quartette et fait revivre le New Orleans avec ses Olivier Leroy Dixielanders pour rester près des racines. Il a joué avec nombre de jazzmen contemporains dont Martial Solal, Daniel Humair, Pierre Michelot, Jean Loup Longnon, Hervé Sellin, Guy Laffite, Rhoda Scott, Glenn Ferris.

Comment êtes-vous arrivé à la musique ?
Mon père dirigeait un groupe vocal, les Pastoureaux, que j’accompagnais aux spectacles, et je me disais : Quand je serai grand, je serai sur scène. Mais je voulais être clown. Mon père me dit : C’est bien mais il faut savoir jouer d’un cuivre. On écoutait Louis Armstrong à la maison, et j’ai choisi la trompette. Je jouais de tous les instruments que je rencontrais, la guitare, la batterie, le concertina, je chantais, et je composais au piano. A 16 ans j’ai aussi monté ma première formation avec des copains, en leur apprenant à jouer, pour être devant et chanter.
Au conservatoire c’était la trompette classique ?
Oui. Une anecdote incroyable : Dans l’enceinte du conservatoire il y avait une petite maison de pierre qui avait été celle du bourreau qui a fait brûler Jeanne d’Arc ! En attendant mon prof je me chauffais en jouant « On The Sunny Side Of The Street », version Louis Armstrong. Quand mon prof arriva il me dit que j’étais convoqué chez le directeur, qui m’apostropha: Comment monsieur Leroy, vous jouez de la musique de Nègre dans notre établissement ! Le coup de botte a été salutaire, grâce à lui j’ai fait de la musique de « nègre » toute ma vie.
D’autres héros à part Louis ?
A la maison on écoutait Charlie Parker, Ella Fitzgerald, Count Basie, Django Reinhardt, les Double Six : c’était ma nourriture. A la trompette c’était Louis Armstrong et Miles Davis, que j’essayais de reproduire.
Finalement vous plongez complètement dans le jazz ?
En fait c’était la vogue de la pop musique, et avec mon groupe je composais des morceaux couleurs variété américaine. Juste avant le service militaire je rencontre un musicien de jazz, Jean Delarue, qui avait joué chez Jacques Hélian. Je luis dis que je voulais monter un big band, j’avais 18 ans. Il nous a aidés. Puis je me retrouve au service, dans un orchestre militaire, à la batterie et à la trompette. En sortant du service je vois dans le journal que Christian Garros arrive à Rouen pour monter un big band. Je me présente, il veut savoir si je suis un jazzman, je dis oui bien sûr, alors que je jouais très peu de jazz. Il me convoque à une première répétition, je m’en sors assez facilement, il m’a engagé, et j’y suis resté 20 ans.
C’était en 78 ?
Oui, c’est Christian Garros qui m’a formé..
Il est mort en 88 je crois ?
Oui, début août, nous rentrions d’une tournée à l’Ile de la Réunion. L’orchestre a continué, il avait demandé au pianiste et au premier alto de diriger le big band s’il venait à disparaître. Nous avons continué pendant 10 ans.
J’ai eu de la chance car en 78 il n’y avait plus de big band, le jazz était en crise, la pop avait tout ravagé. Et Garros, à 56 ans, monte une école de jazz, près de Rouen, à Mont Saint Aignan, où il avait plus de 400 élèves.
Qu’est-ce que ce film en 1998 intitulé « Un siècle de jazz »?
J’y joue de la trompette et de la batterie. C’est l’histoire du jazz en 3 volets, de 1850 à nos jours. Ce fut un travail énorme, il a été acheté par Philippe Adler qui avait son émission sur la 6, on est passés 4 lundis de suite.
Et les Endless Voices ?
Christian Garros avait été le premier batteur des Double-Six. J’étais aussi choriste de studio et j’avais déjà monté les fondements des Gospel Singers, alors Christian m’a dit : Monte moi un quintette vocal. Ce qui fait qu’on a pu chanter pendant 2 ans accompagnés par un big band, ce qui était unique en France à l’époque. C’était un vrai régal, 2 années de bonheur, d’ailleurs on a enregistré un album qui fut présenté au New Morning. Il n’y avait plus de jazz vocal en groupe depuis les Double Six.
Ensuite vous fondez un sextette vocal avec le pianiste Jacques Danjean ?
Pianiste, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre de l’Olympia, producteur d’Hallyday, Christophe, etc…Ce serait lui qui a monté le premier big band de jazz en France avec Roger Guérin et Michel De Villers. Ayant écrit pour un sextette vocal il nous a fait des arrangements sur des morceaux connus. On s’enferme dans son studio à Frémontel dans l’Eure pour enregistrer les 4 morceaux qu’il présente à Quincy Jones. Mais le projet avorte, et puisque ce sextette vocal existait, il en est sorti les Gospel Singers, qui 23 ans après existent toujours.
Comment s’est construit l’Hommage à Ray Charles, d’où est venue l’idée ?
J’aimais beaucoup chanter « Georgia », et puis un an avant son décès, j’avais renforcé mon répertoire avec « I Got a Woman, What I’d Say », et sa version de « Yesterday ». A chaque fois qu’on jouait ces morceaux les gens étaient très attentifs. Après le décès de Ray, les musiciens me disent qu’il serait peut-être intéressant de faire quelque chose à propos de sa musique. Ce qui fait qu’on a monté 22 titres et j’ai eu l’envie de l’ambiance Ray, avec les couleurs Ray de sa première formation en trio. Ensuite avec les 4 cuivres, puis les fameuses Raylettes. J’ai pris les choristes des Gospel Singers, et on a produit ce premier spectacle à 11 musiciens il y a un an et demi « Sous les Etoiles » de Sanary devant 2000 personnes, puis dans d’autres festivals, et à chaque fois la réponse du public était immédiate. Toutes les tranches d’âge se retrouvent dans cette musique .
Vous imitez Ray Charles ?
Du fait que je travaille cette couleur gospel, blues, depuis longtemps, il m’était plus facile d’aller vers ce jazz, et cela fait longtemps qu’on dit de moi que je suis un chanteur blanc à la voix black, j’ai travaillé dans ce sens.
Les grands moments jazz de votre carrière ?
A 25 ans je me retrouve avec Garros au festival de Limoges avec Sam Woodyard, Earl Warren l’ex premier alto de Count Basie. Je me disais c’est pas possible, tu vas jouer avec Sam. Il attaque aux balais, je n’avais jamais entendu de ma vie des balais comme ça !
Garros était bon aussi aux balais ?
Oui, en France il était le pape des balais. Mais là j’ai pris une leçon avec un type qui devait être son maître, ils avaient joué ensemble chez Duke. Ensuite on a accompagné Guy Laffite, Rhoda Scott, Glenn Ferris. Après la mort de Garros on a enregistré chez Vogue un album qui a été la plus grande vente de jazz de l’année en France, j’avais 30 ans, avec Solal, Michelot, Daniel Humair, Roger Guérin. J’ai fait un CD avec les Belmondo. E. Kontomanou, Michel Roques, Jean Loup Longnon, Hervé Sellin. Quelle chance j’ai eu de jouer avec ces gens-là. J’ai eu la chance, de faire le premier concert au Storyville après sa réhabilitation, avec Garros lors de notre première tournée aux USA. J’ai joué là où jouait Louis Armstrong. Et dire que cet endroit mythique est dévasté à nouveau ! Quelle tristesse !
A San Jose, on démarrait le festival, on faisait du Basie, et on voit 4 Noirs au premier rang qui nous regardaient. On se disait qu’on allait se faire huer, nous petits français jouant leur musique. Ils nous font des signes, demandent : Is it possible to play with you ? C’étaient des musiciens de Count Basie, je me suis retrouvé à côté d’eux, expérience extraordinaire quand on a 30 ans.
Qu’est-ce que c’est le jazz pour vous, qu’est-ce que ça représente ?
Pour moi à l’origine c’est un cri d’alarme terrible de ces esclaves qui avaient un mal de vivre, une impossibilité d’exprimer les choses, et tout d’un coup ils se sont réfugiés dans un exutoire qui au début a été le Negro Spiritual et qui leur a permis de retranscrire les syncopes de la musique africaine dans une musique qu’ils entendaient, l’européenne. Ils ont acheté leurs instruments aux puces, ils ont commencé à singer ce qu’ils entendaient, et en singeant ils y ont mis leur swing. Ils ont enfin pu faire ressortir cette énorme puissance qu’ils avaient au fond d’eux
Quel que soit le contexte j’ai plaisir à m’exprimer, je mets des couleurs propres à chaque concert, je recherche l’authenticité.
Propos recueillis par Serge Baudot
Discographie :
1986. Hot Normandie Rouen Big Band de Christian Garros et Endless Voices, CRJHN 8610/11
1990. Big Band de Christian Garros, Un siècle de jazz ,3 cassettes vidéo
1991.Gospel Singers Live At Jazz Temple, GS 50291
1992. Gospel Singers, No Never, H2J0592
1992. Big Band Christian Garros, Spécial Basie, Ellington, CGBB9206
1993. Olivier leroy Quartet, Le jazz se joue la chanson française, 04CRJ
2004. Olvier Leroy Gospel Singers (tournée 20° anniversaire)
2006 Ray Charles Exploration (en production)
Contact :
Olivier Leroy : 06 11 77 27 18 – tel/fax : 04 94 36 00 37
Site www.olivier-leroy.com - email : contact@olivier-leroy.com
Concerts prévus :
Juillet : 11 : Solliès-Ville - 13 : Ile des Embiez - 18 : Marnan (38) - 19 : Châtel Guyon - 26 : Toulon (Pont du Las) - 28 : La Valette
Août : 06 : Festival de Perthuis - 10 : La Seyne sur Mer - 22 : La Colle sur Loup - 26 : La Londe - 30 : Pierrefeu
Septembre : 26 : Marseille
Novembre : 14 : Chamalières (63) |