LUC LEPRETRE
DES V.I.P PAS COMME LES AUTRES !
Ils sont trois amis handicapés : Aminata, Jeremy et Sammy.
Outre leurs difficultés dues à leur handicap, le boulot ne vient pas à eux… Dame, des gens dans un fauteuil roulant dans les entreprises, ça fait désordre…
Alors ils vont monter leur propre entreprise « Club V.I.P » Il faut lire en ces initiales : Very Invalid Person…
De quoi s’agit-t-il ? Tout simplement d’inverser la vapeur et d’offrir à des gens valides des avantages que seul ont les invalides, entre autre, de faire leurs achats les jours de solde sans faire la queue ou de se garer sur les places qui leur sont réservées !
Amoral direz-vous ? Oui, si l’on veut, lorsqu’on pense à tous les problèmes, les humiliations, les fins de non recevoir, les regards de peur ou de dégoût… c’est peu de choses.
L’idée est géniale et fait son chemin et l’on suit avec joie ces trois Pieds Nickelés débrouillards sous la plume alerte et pleine d’humour de Luc Leprêtre qui sait de quoi il parle puisque depuis 20 ans ils roule en fauteuil. C’est drôle, les personnages sont attachants, émouvants et la fin est magnifique d’émotion.
Luc avait déjà écrit, avec la complicité du professeur Marcel Russo « Regards croisés sur le handicap » aux éditions Anne Carrière. « Club V.I.P » est également chez cet éditeur.
Rencontrer Luc Leprêtre c’est recevoir une belle leçon, non pas de courage (je crois qu’il n’aimerait pas ce mot) mais d’optimisme, de joie de vivre et de relativité par rapport à ce fauteuil qui le porte depuis l’âge de 15 ans.
Il a la ba-na-ne !
Et il nous raconte la genèse de ce roman :
« C’est une idée d’Anne Carrière, mon éditrice. C’est elle déjà qui m’avait proposé ces regards croisés avec Marcel Russo et là, l’idée est venue d’une journée que j’ai passée à Disneyland avec ma compagne et ses deux enfants. Lorsqu’elle a su cela, Anne m’a dit : « Avec ce monde et ton fauteuil ça a dû être l’horreur ! ». Je lui ai expliqué de non puisque, grâce à ça, nous sommes passés partout en priorité. Elle a ri et m’a conseillé d’en faire un roman !
Donc, vos trois héros vont se lancer dans une nouvelle aventure !
Oui, c’est une aventure mais c’est surtout pour eux la fin d’une galère. C’est un moyen de prouver que, quoique handicapés, ils sont capables d’invention, de débrouillardise. C’est un pied de nez à une certaine société. Ils deviennent eux-mêmes des accélérateurs et c’est aussi un prétexte pour montrer comment ils vivent leurs galères journalières. Ils vont faire profiter de « leurs privilèges » à des gens non handicapés.
Avez-vous pioché dans votre expérience pour créer ces personnages ?
Mon expérience mais aussi celle des autres car je côtoie nombre de handicapés avec des handicaps différents, des caractères différents, chacun vivant cette vie différemment.
Jeremy est un homme en colère, Aminata est une femme positive qui a une pêche pas possible, Sammy serait celui qui se rapproche le plus de moi : il se pose beaucoup de questions que je me suis moi-même posé.

Est-ce qu’à un moment, vous avez eu l’idée ou l’envie de créer ce concept ?
(Rires). J’avoue que je n’y ai pensé que pour écrire ce livre. Mais si un jour quelqu’un le faisait, je pense que je le soutiendrais car… est-ce vraiment amoral ?
Ce que je trouve parfaitement amoral c’est que la société d’aujourd’hui n’adopte pas beaucoup de solutions pour alléger nos problèmes. Ce que je trouve amoral, c’est encore les trop nombreux regards de peur vis à vis des handicapés. Ce que je trouve amoral c’est le trop grand nombre de refus pour des places que nous pourrions parfaitement tenir et qu’on nous refuse par peur des complications…
Bien sûr, nous ne pouvons pas tout faire, j’en suis le premier conscient mais j’aime affirmer qu’il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire.
Et écrire, c’est ma façon de militer afin de désacraliser, de « défantasmer » beaucoup de choses !
Dans ce roman, il y a entre autres deux scènes de sexe assez chaudes !
Oui, car il faut aussi savoir que, tout handicapé qu’on soit, on a une sexualité. Le problème est que, lorsque l’on rencontre quelqu’un non handicapé, il faut que dans la demi-heure qui suit la rencontre, mettre le sujet sur la table, même si ce n’est pas simple. Il faut pouvoir dire : « Je suis capable de… »
Pour cela, il faut qu’il y ait écoute, confiance, respect, désir, envie… et tout devient possible.
Et ces scènes font partie intégrante de l’histoire.
Vous avez eu votre accident à l’âge de 15 ans. Comment vit-on les premières années ?
Cela fera 20 ans en juillet….
Il y a plusieurs phases.
Au départ, cet accident vous dépasse, vous semble irréel. Vous vous retrouvez à l’hôpital dans le déni total, vous ne voulez pas y croire. Vous vous dites : « Non, pas moi… je vais remarcher ». Puis il y a la rééducation que vous faits d’abord en étant sûr que vous allez remarcher. Peu à peu vous comprenez que c’est terminé…
Je me souviens de la plus horrible journée que j’aie vécue. J’étais prêt à me suicider lorsque, dans l’hôpital, j’ai entendu quelqu’un rire.
Alors je me suis dit : « Stop… il y a une suite… »
(A ce souvenir, on sent encore l’émotion qui remonte chez Luc).
Avant votre accident, étiez-vous préoccupé par les handicapés ?
Je n’avais que 15 ans et je n’en ai pris conscience que lorsque je me suis retrouvé dans un internat spécialisé et que j’ai rencontré tous les handicaps existant… C’est d’abord très traumatisant mais c’est aussi très salvateur lorsqu’on se rend compte qu’il y a pire que votre cas. Et plus le temps passe, plus on s’adapte et on essaie de vivre avec le plus normalement possible. J’essaie de ne pas me plaindre, de ne pas « profiter » de ce handicap, je ne réclame jamais rien mais je ne veux pas moins que ce à quoi j’ai droit.
Avez-vous pris goût à l’écriture ?
Oui et je vais démarrer un troisième livre.
Il y a aussi des pourparler pour que celui-ci devienne un téléfilm.
Mais vous savez, écrire n’est pas le plus difficile : c’est la promo qui reste le plus défficile, entre autre à la télé car le handicap, ça n’est pas glamour !
Pour passer chez Delarue il faut vivre un sombre drame, chez Ruquir il faut rigoler, chez d’autres il faut un exploit hors du commun… Un handicapé en fauteuil, ça n’est pas télégénique !
Alors, on fait avec et surtout, j’ai une éditrice magnifique avec qui on fait un superbe boulot… Et j’arrive à me faire entendre ! »
Propos recueillis par Jacques Brachet
Photo Marcel Trimboli
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