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GERARD LENORMAN... UN ENFANT BLESSE

Au départ, je voulais imbriquer ce livre de Gérard Lenorman dans l’article « Laissez passer la chanson » (Voir article). Et puis, tant de souvenirs sont revenus à la surface, que je ne peux pas en faire quelques lignes. Car j’ai connu Gérard à ses tout débuts alors qu’il sortait un disque intitulé « Sueva » avec « Si les murs pouvaient parler » et qu’il était en lever de rideau de Sylvie Vartan et Carlos. C’est la première fois qu’on se rencontrait. Il était à peine connu et pas comme chanteur mais comme auteur de deux chansons que chantait Brigitte Bardot : « Je voudrais perdre la mémoire » et « La fille de paille ». Il avait alors l’air heureux de ce succès naissant.
Nous avions commencé à parler alors qu’il était très timide mais ma belle-sœur Solange, présente, avait un point commun avec lui : elle chantait dans une église et lui, il avait commencé à chanter comme ça, d’où, quelques années après, sa chanson « L’enfant des cathédrales ». Je le retrouve en 74 avec « Il » et la Rose d’Or d’Antibes. Trois jours de fête, trois jours d’amitié et le début d’un succès qui va aller crescendo. Durant trois ans, nous ne nous sommes plus quittés puisque je partais en tournée avec lui. Entre temps le succès le submergeait. Il inscrivait tube sur tube, les salles se remplissaient de plus en plus, un succès déferlant, fou à tel point qu’il fut très vite débordé par ces centaines de gens qui le suivaient et poursuivaient.
J’eus alors de plus en plus de mal à le voir jusqu’à un soir à l’Opéra de Toulon où je commençai à ne plus le comprendre : le succès était là, énorme. Je mis un mal fou à le rencontrer dans sa loge alors qu’on avait fait beaucoup de choses ensemble. Il me fit poireauter une heure devant sa loge et puis, devant signer plein de cartes postales pour le public qui l’attendait dehors, il râlait de devoir « perdre du temps à ça ». Je ne comprenais pas. Ma femme qui était là ne put se tenir de lui dire : « Ca, c’est bien pour ceux qui achètent tes disques et paient la place pour t’applaudir ? ». il ne répondit pas mais de ce jour je ne le vis plus comme avant, comme ce « petit prince de la chanson » qui d’ailleurs commençait à en avoir marre qu’on le surnomme ainsi.

Le succès aidant, nous nous sommes éloignés et je le revis bien des années plus tard où, m’approchant de lui, il me dit : « On se connaît ? ». Alors qu’on s’était côtoyé près de quatre ans, j’avoue avoir été estomaqué, vexé, peiné….
Depuis, je ne l’ai plus vu mais je viens de reprendre contact avec ce livre de souvenirs « Je suis né à vingt ans » (Ed Calmann-Lévy) et après l’avoir lu, je comprends plein de choses.
Peu habitué à être aimé, il avait certainement peur de cette foule idolâtre. Il avait aussi peur des amitiés liées dans ce métier connu pour être infidèle et versatile.
Ses souvenirs d’enfance m’ont ému au plus haut point et aujourd’hui je lui pardonne bien des choses qu’à l’époque je ne comprenais pas car son enfance était alors secret-défense. Il a toujours eu du mal à aimer et je me souviens encore de sa première femme, Caroline, qui pleurait sur mon épaule parce qu’elle non plus ne comprenait pas.
Gérard, s’il a un tort, c’est de ne pas avoir su s’exprimer à haute voix jusqu’à aujourd’hui. Je suis sûr qu’il a perdu beaucoup de gens qui l’aimaient mais qu’il ne savait pas aimer. Il ne savait surtout pas le dire parce que, dans son enfance, ce mot n’existait pas. Il du apprendre à parler comme il a appris à aimer mais ça a mis du temps. Peut-être d’ailleurs que ça mettra toute sa vie car il sera toujours, comme il dit, « un attardé sentimental ». « La ballade des gens heureux » a été longtemps pour les autres, pas pour lui. « Les matins d’hiver » il en a connu plus que personne n’en a connus. « Les jours heureux », dans son enfance, il peut les compter sur ses doigts. D’ailleurs, en écoutant ses chansons, vraiment, c’est là qu’on comprend sa vie car c’est par là qu’il pouvait simplement se lâcher.
Un père allemand inconnu, une mère qui dénie son enfant et lui fait supporter sa faute… Ca fait des enfants délinquants, brisés à vie… Heureusement que la musique a sauvé Gérard. Il serait temps qu’il trouve une sérénité sur les décennies qu’il lui reste à vivre. Peut-être Marie y arrivera-t-elle ? Grâce à elle, il a fait de gros progrès… Alors, tout espoir est permis.
Aujourd’hui, j’aimerais retrouver le jeune Gérard que j’ai connu, heureux de son succès, naïf, rigolo, gentil…. Peut-être que, pour ça non plus il n’est pas trop tard !

Jacques Brachet

Photos : Premier Olympia... J'y étais. En tournée... Je suis toujours là.
Cannes... Antibes... On ne se quitte pas...

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