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CATHERINE LARA NOUS CONTE SES EMOIS ET REVISITE FERRE
Par Jacques BRACHET

Dire si j’aime Catherine Lara est un euphémisme !
Chez elle, comme dans le cochon, tout est bon !
Elle est une violoniste hors pair, une mélodiste sublime, elle est une femme d’amour et d’humour, d’une fidélité à toute épreuve, elle a le caractère d’une battante, elle n’a pas sa langue dans sa poche, elle a la curiosité des gens et des choses, elle est, comme elle l’avait écrit dans son premier livre, « l’aventurière de l’archet » loin d’être perdu.
Elle est mon amie… L’auriez-vous compris ?
Je l’ai connue grâce à une certaine Denise Glaser que je rencontrais souvent et qui, un jour de Rose d’Or d’Antibes, me donne un album en me disant : « Ecoutez, ça vous plaira et faites-moi un papier sur elle, s’il vous plaît ! ». J’ajoute qu’elle n’était pas productrice du disque, pas plus qu’attachée de presse de Catherine. Mais cette femme superbe aimait les artistes, les vrais.
J’avoue que, dès les premières notes, j’étais sous le charme d’une artiste hors normes, entre une voix et un violon magiques, encore très classique… Mais quelle beauté, quel talent de mélodiste, quelle voix d’ange… pas encore rock mais encore très romantique.
L’ayant de ce jour toujours suivie, je la rencontrai quelques années plus tard dans les circonstances les plus optimistes de nos deux carrières : à la fête du PC de Janas alors qu’elle venait de sortir « Johan » qui allait devenir son premier grand tube.
Là, entre deux fragrances de poulet-frites, deux discours bien rouges, le chant des cigales et celui du coq de la cuisinière qui nous servait sur un coin de table, dans une chaleur et une poussière inouïes, il nous a pris le premier grand fou rire jamais vécu avec une autre artiste. Et il y en aurait beaucoup d’autres !
Car, au lieu de s’inquiéter où de s’insurger du lieu et des conditions où elle allait passer, son humour décapant mêlé au mien, notre amitié fut aussitôt scellée pour toujours et à jamais.
Je l’ai suivie dans toutes ses étapes, dans toutes ses tournées et nous avons toujours bien ri… Une histoire d’humour qui tourne à l’amitié.
Il y a eu les tournées, la galère de « Revue et corrigée » au Casino de Paris avec Girardot, les rentrées parisiennes, le beau moment de « Sand et les romantiques », puis « Terre Indigo », puis « Aral » et encore « Graal » et aussi « Au-delà des murs » et enfin les tournées « Age Tendre ». A toutes les étapes de sa vie j’étais là, toujours présent, toujours fan, toujours ami.
Lors de notre dernière rencontre « Age Tendre » à Nice à la fin 2010, elle me parlait de ses projets : un livre, un disque. Ils sont là.

Le livre : « Entre émoi et moi » (Ed Michel Lafon).
On ne pouvait pas trouver meilleur titre car elle joue toujours avec les mots, elle adore ça, les meilleurs comme les pires, les contrepèteries… On a passé des soirées à pleurer de rire à ces « jeux de mots laids qui font les gens bêtes » (à traduire !).
Mais ces émois-là, ceux sont ceux de sa vie de femme et d’artiste et Dieu sait s’ils sont nombreux. N’est-ce pas elle qui a répondu du tac au tac à cette question :
« Que regardez-vous en premier chez un homme ?
- Sa femme ! »
Fallait oser faire ainsi, d’une pirouette, son coming out !
C’est vrai, elle aime les hommes comme les femmes, au gré de sa fantaisie, de ses coups de cœur… de ses émois. Elle ne s’en cache pas, elle est comme elle est et n’y peut rien changer. Elle ne s’en glorifie pas non plus. C’est ainsi. Point final.
Il faut dire que sa vie a quelque peu été malmenée par 20 ans de violon qui lui ont donné des bases tellement rigides que le jour où elle a pu sortir de ce carcan sado-maso (car elle aimait ça) tout a explosé. Et du quatuor Lara elle est passée presque direct à cette musique « rockmantique » (encore un mot qu’elle a inventé. Tout comme elle ne se sent ni homo ni hétéro mais… « homosensuelle »… Ca, c’est tout « Lala ».
Sa vie est musique et sa musique est magique. Et elle nous offre ainsi en toute sincérité une vie de femme et d’artiste on ne peut plus originale.

Le disque : Une voix pour Ferré » (AZ)
La preuve : la voici qui s’attaque à son idole, Léo Ferré (La seconde est Nougaro)
Après la musique classique, le rock, la word… elle devient flamenco-afro-orientale, là encore, où on l’attend le moins car, après Gréco, Sauvage, Dalida, Vartan Nicoletta et bien d’autres chanteuses, voici un bel hommage à Léo qui est tout sauf classique. Elle ne voulait plus « se » chanter et du coup elle l’a choisi Lui. Pour la beauté des textes, pour sa profondeur, pour l’émotion et elle a choisi une musique que lui inspirait tout ça : le flamenco. Avec un autre artiste aussi inspiré : Pierre Jacquot et de magnifiques musiciens tout droit issus de cette musique.
Elle n’a plus sa voix d’ange des débuts ni sa voix rockeuse de diamant, la cigarette est passée par là, le rock aussi. Aujourd’hui sa voix est cassée et suave, à la manière d’une Moreau, d’une Girardot à laquelle elle s’identifie presque dans cette magnifique « Vie d’artiste » qu’elle dit.
Les 9 titres sont emblématiques de Ferré de « Avec le temps » à « Jolie môme », en passant par « C’est extra » ou « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ». mais, sans les dénaturer, elle leur donne un sang neuf, preuve que Ferré est loin d’être démodé. Il est de toutes les époques.
Il suffit d’entendre « Préface »… Quelle force dans les mots et quelle chanson on ne peut plus d’actualité !
Il était anar et rocker avant l’heure et ces titres remaniés lui auraient certainement beaucoup plus car c’est un travail tout en dentelle, tout en nuance.
La pochette est un bel écrin très stendhalien, en rouge et noir, pour cette pépite, ce bijou de disque signé Lara-Ferré.

RENCONTRE
« Catherine, pourquoi Ferré ?
Parce qu’il y a cent ans que je l’aime. C’est l’artiste qui m’a le plus touchée, au-delà de la beauté de ses textes car c’était un personnage rebelle et que je me retrouve en lui. C’était un homme d’émotion. Il m’a toujours fascinée.
Alors, comme je n’avais pas vraiment d’inspirations pour écrire de nouvelles chansons et que la page restait blanche, je me suis dit : « Pourquoi pas Ferré ? ». C’était mon parrain musical, on s’aimait et c’était une occasion pour faire quelque chose ensemble.
Pourquoi l’adapter « flamenco » ?
Tu le sais mieux que personne, depuis « IEO », j’ai appris à découvrir et aimer les tendances musiques du monde, les couleurs d’ailleurs. Je trouve que sa musique est très latine car il est né dans le Midi et j’ai des origines espagnoles. Je me suis dit qu’avec ma voix d’aujourd’hui, ma voix cassée, il y avait entre nous quelque chose de très ibérique. Il y a beaucoup de couleurs jusqu’à des tendances bulgares, donc très musique du monde. Et j’ai eu cette idée, en précisant bien que je n’ai touché à aucun de ses mots, aucune de ses harmonies. Je voulais simplement ajouter quelque chose.
Comment l’as-tu abordé ?
Comme un artiste hors pair qu’il ne fallait surtout pas dénaturer, avec des musiciens exceptionnels, des grandes pointures comme Juan Carmona que j’ai rencontré il y a un an, spécialiste de la musique andalouse, avec aucune machine, tout en acoustique, très authentique.
Le choix des chansons ?
Volontairement, j’ai choisi des chansons très connues afin que les gens ne se perdent pas. Et puis, toutes les chansons de Ferré ne sont pas chantables par des femmes. La sélection n’a quand même pas été facile tant j’avais envie de le chanter mais il fallait que ça reste crédible.
Tu te retrouves en lui ?
Oui parce que Léo était un chanteur de blues et que, quelque part, je le suis aussi. Et le Flamenco, la chansons arabe sont des musiques de lamentation. L’Andalou, surtout et c’est ce que j’ai choisi car c’est le flamenco pur et dur.
Tes relations avec lui ?
Pas toujours faciles car c’était un personnage sauvage et que c’était un homme long à apprivoiser, un peu comme le Petit Prince. C’était aussi un apatride qui est né à Monaco, qui n’est pas une ville mais une banque et qui a fini sa vie en Toscane. C’était un homme hors norme, insaisissable et je très heureuse d’avoir été son amie.
Comment ça s’est passé avec la famille ?
Sa femme et son fils Mathieu m’ont entièrement fait confiance. Il est vrai que je pouvais faire ce disque sans rien leur demander mais j’ai trouvé normal de leur en parler. Je suis très fière d’avoir aussitôt été adoubée par eux. Mathieu m’a dit qu’il me faisait entière confiance… Et ils ont adoré le disque. Donc, je ne peux qu’être heureuse !

As-tu eu peur des critiques, des puristes ?
Pas du tout. Un jour j’ai entendu en boîte « Nuit magique » en techno et ça m’à la fois fait rire et rendue fière de voir que ma chanson pouvait être reprise, réappropriée. Ca permet qu’une chanson continue de vivre et je trouve ça formidable. Donc il y aura toujours des puristes pour dénigrer, ne pas aimer. D’ailleurs, ce disque n’est pas un robinet d’eau tiède : on aime ou on déteste. Pour le moment, ça a l’air d’être apprécié !
Bon, passons au livre. Toi si pudique, si secrète, voilà que tu parles de toi !
C’est vrai que, sans l’insistance de Michel Lafon, je ne l’aurais peut-être pas écrit. Mais finalement je suis heureuse de l’avoir fait car je crois qu’il est à la fois pudique et honnête. Mais tu sais, ce n’est pas si facile que ça, l’introspection… Aller gratter au fond de soi-même, ça n’est pas anodin et j’ai mis du temps.
Mais je crois que c’est un bouquin qui me ressemble à 100%, et toi qui me connais par cœur, tu as dû t’en rendre compte ! Je l’ai fait le plus honnêtement du monde, sans nombrilisme et je le considère comme un cadeau que je fais à ceux qui m’aiment.
Alors, encore quelque chose de nouveau pour toi : tu commenteras le prix Eurovision !
Oui, cela m’a été proposé avec pour mission de « remonter le niveau » car depuis quelques années, les commentaires sont corrosifs, pour ne pas dire méchants et moqueurs sans raison. Il ne faut pas oublier qu’on présente des artistes morts de trouille qui savent qu’ils vont être jugés par des millions de gens. Tu connais mon humour, ma façon de rire et de me moquer : je ne suis jamais méchante, jamais blessante. Bien sûr, le but n’est pas de plomber l’atmosphère mais de présenter honnêtement, avec humour certainement car on ne me changera pas mais en étant musicienne et donc qualifiée pour en parler. Il n’y aura pas de critique au vitriol mais une critique bienveillante et la plus objective possible.
Et tu présentera l’émission avec un vrai pote !
Oui, mon Lolo, Laurent Boyer avec qui je suis aussi amie depuis 30 ans tout comme avec sa compagne, Alice Dona. J’en suis heureuse car nous sommes complices et en plus ce fidèle compagnon est intelligent, aime les artistes et je crois qu’à tous les deux, l’émission sera présentée gentiment et joliment, avec décence et sans méchanceté.
Que penses-tu de la chanson qui représentera la France ?
Je ne l’ai pas entendue mais je connais Vassili Amaury qui a une magnifique voix, qui est très beau. On a des chances !
Tu sais qu’il chante en Corse ?
Oui et alors ? Chacun chante dans la langue qu’il veut et on ne comprend pas toujours. Et puis, je pense que chanter ce genre de chanson à voix et pas en français peut être un atout car souvent, en français, ça devient pompeux, un peu kitch alors qu’une langue « étrangère » peut être un atout. Alors, ayons confiance ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet
© 2008 Evasion Mag