MARIE LAFORET... ENTRE HUMOUR & PASSION
Marie Laforêt est une légende…
Belle, c’est peu de le dire, avec ce regard « aux yeux d’or » qui l’a suivi toute sa carrière (si l’on peut parler de carrière !), elle nous fait toujours rêver (même Laurent Ruquier !!!), son sourire est carnassier et toujours prêt à lâcher un trait d’humour, car l’humour fait partie intégrante de cette « star » qui n’aime pas ce mot qui pourtant lui va si bien car elle est fantasque, mystérieuse et son charme irradie.
Il a d’ailleurs irradié plusieurs fois sur moi… Exactement à chacune de nos rencontres !
Marie Laforêt est toujours là où on ne l’attend pas : elle fait un disque et, au lieu de monter sur scène pour chanter, elle va y jouer une pièce. On la croit en Suisse jouant les commissaires priseurs ou les directrices de galerie, elle tourne un film en Italie.
Bref, c’est une artiste inclassable, une touche à tout de talent qui n’arrête pas de prendre des voies nouvelles avec curiosité, avec passion..
Dernière rencontre au bord de l’eau où la mer se reflète dans son regard fait de mille paillettes, où je vais essayer de faire avec elle un inventaire de sa carrière.

« Je n’aime pas ce mot « carrière », je lui préfère le mot « expression ». Car finalement, que suis-je sinon qu’une simple interprète ? Que je sois comédienne, chanteuse, actrice de cinéma, directrice de galerie, commissaire priseur… je ne fais qu’interpréter !
J’ai souvent lu que je partais dans tous les sens mais ma curiosité, ma passion, vont me faire découvrir une chose qui va consolider l’autre…Chaque fois qu’on se demande ce que je fous là, il y a pourtant une constante : l’expression, l’interprétation.
Je suis l’interprète de l’art sous toutes ses formes »
Cette constante, elle nous le prouve de flamboyante manière en devenant la Callas, vraie, sublime diva faite d’émotions, de cassures, de drames, d’humour dans cette pièce de Terence Mc Nally « Master Class » où « la « Laforêt n’est pas si loin que ça de « La » Callas !
« Je n’ai fait qu’aborder le rôle comme lorsque j’ai abordé la Callas la fois où je l’ai rencontrée : avec une grande simplicité. Elle était très simple mais très exigeante, diplomate mais très coléreuse. Elle n’était pas capricieuse. Elle savait simplement qui elle était, ce qu’elle voulait, où étaient ses limites. C’était aussi une femme d’esprit.
Avant de jouer ce rôle, j’ai lu tout ce qu’on peut lire sur elle, dont ces fameux cours retranscrits qui sont la base de la pièce. Car rien n’est inventé dans celle-ci, rien de ce qu’elle dit n’est le fait du hasard. Tout est pensé, réfléchi.
Qu’admirez-vous chez elle ?
Tout est admirable car, si elle n’était pas la plus belle voix d’opéra, elle en était la plus belle interprète. Elle était musicienne avant tout, avait beaucoup d’exigence, de rigueur mais aussi de souffrance. Car on ne peut interpréter la souffrance des autres sans en avoir pris sa part.
Alors la chanteuse est revenue au théâtre ?
Oui, aujourd’hui… peut-être encore demain, pourquoi pas ? Ou alors plus jamais, je ne sais pas. Je ne sais pas de quoi demain sera fait même si je suis sûre que j’ai ma place au théâtre, à condition d’avoir de tels rôles à défendre…
Vous tournez toujours ?
Plus ou moins… Un peu en Italie, très peu en France car j’ai l’impression de ne pas faire partie du paysage cinématographique français.
Pourquoi ?
Parce que ce sont des cons !!! Plus sérieusement parce que ce que ce qu’on me propose n’a que peu d’intérêt.
Je ne suis pas toujours contente de ce que je tourne… Il faut dire que je suis rarement satisfaite de ce que je fais… Je vais vous faire une confidence : quelquefois je préfère tourner un petit rôle mal écrit qu’un grand rôle bien écrit…
C’est le contraire ?
Non !
Alors vous êtes maso ?
Que non ! Mais la difficulté m’intéresse et m’apprend. Je suis toujours intéressée par l’apprentissage.
Vous avez tout de même tourné avec Delon , Belmondo…
Et alors ? Ce ne sont pas mes plus beaux titres de gloire ni mes plus grands souvenirs, entre nous !
Ce ne sont pas des gens qui font partie de mon territoire.
Et quels sont ceux qui en font partie ?
Vous savez, ma famille est très large. Ce sont d’abord des gens qui aiment les arts, les livres, lire, écrire, rire, échanger… Pas obligatoirement des gens célèbres. Je peux aussi bien m’entendre avec un pêcheur ou un jardinier. C’est ma nature, je me lie facilement.
Et pour cela, je peux dire qu’Hermann est mon meilleur ambassadeur !
Hermann ?
Oui… pardon : c’est mon chien et c’est un grand entremetteur ! Les gens ressentent vite ce qu’on a en commun et j’ai des échanges extrêmement naturels avec eux. Des échanges qui ne sont jamais gratuits car je m’en nourris, je prends et je redonne au public.
J’organise des hold-up tous les jours… grâce à mon chien !
Depuis 93, avec « Reconnaissances », il n’y a plus eu de disques, Marie ?
Mais qu’est-ce que j’aurais à y foutre dans cette techno… pas vraiment adaptée à « mon art » ?!!! (Mettez bien les guillemets !). Je ne correspond en rien à ce qu’on voit et entend aujourd’hui. Quant à refaire des remix de mes anciens succès, des retours-nostalgie, des clins d’œil aux « années lumière »… A force de faire des clins d’œil… on tombe couillon !
J’ai par contre fait sortir un disque « Voyages-Eventail » fait d’extraits de concerts où je ne chante que des chansons de folklores en diverses langues car c’est cela que j’aurais toujours aimé chanté.
Mais lorsque je revois certains (que je ne nommerai pas) faire des come-back et rechanter 30 ans ou 40 ans après les mêmes choses, je trouve ça ringard.
Vous me voyez chanter, aujourd’hui « Les vendanges de l’amour » ou « Cadeau » avec mon fils qui avait huit ans et va en avoir 40 !
Une chanson, c’est l’air du temps et, sans rien renier, il faut savoir tourner la page, ne pas s’appesantir sur « le-bon-vieux-temps-où-on avait-du-succès »… De temps en temps, le silence et la décence sont nécessaires.
Vous avez quand même repiqué au jeu en 2005 aux Bouffes Parisiens !
D’abord parque Laurent Ruquier m’a honteusement tannée pour que je remonte sur scène sous prétexte qu’il ne m ‘avait jamais vue sur scène ! J’ai longtemps dit non puis j’ai eu aussi la pression de mes deux filles qui me faisaient le même reproche ! J’ai finalement cédé en mettant une clause : ne chanter que ce que j’avais envie de chanter.. et puis je me suis laissée aller sur deux ou trois succès incontournables comme « Viens, viens », « Il a neigé sur Yesterday », et… « Les vendanges de l’amour » ! Je voulais surtout ne pas faire « tocard » et avoir une ligne conductrice originale…
Vous avez justement beaucoup chanté de chansons issues de folklores de nombreux pays dont l’Argentine…
C’est vrai… moi qui ai horreur des voyages ! J’avoue d’ailleurs que mes plus beaux souvenirs de voyages sont… musicaux… Et ça me suffit !
Vous parlez théâtre, cinéma, chanson avec passion. Pourtant, vous n’avez jamais hésité à tout arrêter pour d’autres passions : l’art par exemple…
Oui mais je n’ai jamais pensé « carrière » et j’ai toujours agi par passion. J’ai toujours eu des pôles d’intérêt très divers et lorsque je me passionne pour quelque chose, j’y vais à fond et j’abandonne le reste. Sans compter que j’ai toujours eu un mari – même si ça n’était pas toujours le même ! – et que j’ai eu aussi cinq enfants !!! Et puis ils sont partis l’un après l’autre et j’ai eu plus de temps pour revenir à mes activités diverses ! »
Ces activités qui varient selon les rencontres, les envies, les découvertes…
Marie a aussi touché à l’écriture en écrivant – en 81 déjà ! – une autobiographie pour le moins surprenante, à son image, sous formes de nouvelles : « Contes et légendes de ma vie privée » (Ed Stock) avec un humour décapant, prétexte à détourner l’attention sur elle-même.
Mais aujourd’hui voici qu’Alain Wodrascka, un grand fan, nous propose un très beau livre paru chez Didier Carpentier, tout simplement intitulé « Marie Laforêt (préface de Just Jaeckin) qui raconte superbement le cheminement d’une femme originale, d’une artiste aux talents multiples qui, si elle avait été américaine, aurait certainement fait une carrière extraordinaire. Mais en France on aime caser les artistes dans des tiroirs et la retrouver dans tant de tiroirs divers n’est pas encore quelque chose de facile pour le show biz !
Elle, elle s’en fiche car elle a mené sa vie et ses métiers à sa guise et tout au long de ce livre on se rend compte combien sa vie est riche, belle, excitante et on ne peut que lui reprocher de nous abandonner trop souvent tant elle a une place à part dans ce métier.
Marie Laforêt est vraiment une belle personne
Jacques Brachet |