Bons plans
    - Le passeport gourmand

  Cinéma
    - La fille du puisatier
    - 10 jours en or
    - Cinéma italien

  Ecriture
    - Auteurs Varois
    - Notes de lecture
    - La saga Maurice
    - Livres

  Evénement
    - Art et Vin
    - Les anysetiers
    - L'université

  Expos
    - Le Musée de la Marine
    - Ambassade de talents

  Festivals
    - Présence féminine
    - MIDEM 2011
    - Monte-Carlo

  Gastronomie
    - Les Restos du Coeur
    - Le Solliès-Pontois

  Musique
    - Linda DI CHAMOUNIX
    - Catherine LARA
    - MARCHIONNA

  Portraits
    - Titoff
    - Robin RENUCCI
    - FREMONT - CASAR

  Théâtre
    - JONASZ - EVENOU
    - Réouverture de la Criée
    - Jean-Louis TRINTIGNANT

  Tourisme
    - Conduite en Laponie
    - Lyon
    - Le musée des écoles

 

MARSEILLE
REOUVERTURE DU THEÂTRE DE LA CRIEE
CHANGEMENT DE CAPITAINE

Marcel Maréchal, Gildas Bourdet, Jean-Louis Benoit… Macha Makeieff…
4 grands noms du théâtre qui se sont succédés aux commandes de ce grand paquebot théâtral qu’est la Criée à Marseille.
Marcel a essuyé les plâtres, Gildas y a bien navigué, Jean-Louis a essuyé d’autres plâtres puisque depuis près de trois ans la Criée est en travaux après qu’on y ait découvert de l’amiante…
Ce fut une belle galère puisque nombre de spectacles durent aller ailleurs ou être annulés purement et simplement et le public dut s’éparpiller dans d’autres lieux. Aujourd’hui, 8 mars, il réouvre ses portes… juste le temps que Jean-Louis fasse un beau coup d’éclat… et qu’il passe les commandes à la première femme-capitaine du navire, qui prendra ses fonctions à la rentrée 2011/2012.

« C’est vrai que ces trois dernières années ont été assez cauchemardesques et je suis heureux de voir le théâtre reprendre vie avant mon départ. J’ai eu envie de partir sur une note joyeuse avec un vaudeville signé Eugène Labiche et Adolphe Choler « Un pied dans le crime » que j’ai mis en scène et dont les rôles principaux sont tenus par Philippe Torreton et Dominique Pinon. Ne pouvant le créer à la Criée, c’est à Bordeaux que nous l’avons fait en octobre, suivi d’une tournée de 60 spectacles. Il terminera à Marseille du 8 au 27 mars, pour l’ouverture de la grande salle. Ce sera donc ma dernière création à Marseille et je suis heureux que France 3 vienne en faire une captation le samedi 26 mars. Après… la pièce baissera le rideau !
Et puis nous terminerons avec Cherreau, Giono, Jérôme Deschamps et Bélier Garcia… Ce qui n’est pas si mal !
Pourquoi avoir choisi cette pièce de Labiche ?
C’est une pièce quasiment inédite qui a été créée au Théâtre du Palais Royal à Paris le 21 août 1866, avec grand succès et qui, apparemment, n’a jamais été montée au XXème siècle. Il faut dire qu’elle brocarde l’institution judiciaire et qu’elle a eu quelques problèmes avec la censure car, sous Napoléon III, on n’avait pas le droit de présenter sur scène la police, les avocats, les curés…C’est l’histoire d’un juré mégalo qui finit par se prendre pour un juge et qui se pose un cas de conscience. Un sujet assez tragique mais qui, grâce à Labiche devient féroce, cruel et drôle évidemment.
Labiche est un auteur très populaire…
Son théâtre est ce qu’on appelait le comique bourgeois et au XIXème siècle, les vaudevilles ont fait rire tout le Second Empire. Même si la comédie a toujours été le parent pauvre… Déjà, du temps de Molière, celui-ci a été très maltraité et c’est pour cela qu’il jouait du Corneille ou du Racine. Mais Labiche lui-même avait honte d’écrire ce genre de pièces, même s’il a eu d’énorme succès parmi les quelque 200 pièces qu’il a écrites. Il disait : « Je vois gai, je suis un amuseur, un faiseur de rires ». Et pourtant, c’est loin d’être bête. Et surtout, le public rit beaucoup et participe même au spectacle car on lui fait chanter une chanson !
Quels sont vos projets après Marseille ?
Je retourne à Paris où j’ai monté une compagnie. Je ne me suis pas cassé la tête puisqu’elle se nomme la Cie Jean-Louis Benoit. Cette compagnie est conventionné, j’ai signé un protocole de trois ans avec l’Etat et je vais donc travailler en Ile de France. Je reviendrai avec ma première pièce que je coproduis avec la Criée, comme il est de règle. Lorsqu’un directeur s’en va, il joue sa première pièce la saison d’après et accueille une pièce du directeur qui prend la suite.

C’est à dire ?
Je crée une pièce qui regroupe trois courtes pièces de Courteline. Cela s’appellera « Courteline, amour noir », joué par quatre jeunes comédiens : Lolita Charmann, Ninon Bretecher, Sébastien Thierry, Thomas Blanchard. Je viendrai la créer à la Criée en janvier 2012. Mais étant donné qu’avant de partir, c’est moi qui ai monté la programmation 2011/2012, il y aura une création de Macha Makeief durant la saison.
Pouvez-vous nous donner un bilan de ces 10 ans passés à la Criée ?
Que vous dire, déjà, que j’ai vécu très mal ces trois années catastrophe dans un théâtre agonisant. Nous avons annulé beaucoup de spectacles, perdu beaucoup de public…Ca a été très dur mais les six premières années ont été magnifique. Je crois que notre programmation a plu au public, nous lui avons fait découvrir beaucoup d’auteurs, ce qui était vraiment mon but.
Bien sûr, nous avons aussi monté de grands classiques et des pièces drôles, ce qui est presque une obligation.
Pourquoi ?
Pour plusieurs raisons : d’abord rire, ça fait partie de la demande du public. Hélas aujourd’hui, il y a beaucoup de comiques et peu de comédies de qualité. Il faut donc divertir avec des valeurs sûres, des auteurs connus et appréciés, des têtes d’affiche car le spectateur n’a pas plus de curiosité que ça de découvrir. Si l’on joue des auteurs inconnus avec des comédiens inconnus, il ne vient pas, il ne faut pas rêver, c’est général en France. Est-ce par peur de s’ennuyer ? par paresse ? Je ne sais pas.
De plus, pour les théâtres subventionnés, l’une des missions principales est de remplir. Alors on prend Torreton et Pinon, que je ne dénigre pas car ce sont d’excellents comédiens et que je les ai choisis. L’on donne du Molière, du Marivaux. et l’on remplit les salles de scolaires qui n’en ont rien à foutre ! C’est la culture d’aujourd’hui, il faut faire avec ! »
Même quelque peu désabusé, Jean-Louis Benoit est heureux de terminer « en positif » dans ce théâtre à qui il a donné sa passion, son talent, durant toutes ces années. Mais il aussi soulagé de partir vers d’autres contrées, d’autres projets, d’autres aventures et ne dit qu’un au-revoir à la Criée où il reviendra certainement nous présenter son travail.


UN PIED DANS LE CRIME
C’est du Labiche pur sucre. Un Labiche qui, malgré tout, tient moins le coup que son alter ego dans le style vaudevillesque : Feydeau.
Avouons-le, on a ri bien sûr mais peut-être pas grâce à des gags quelque peu éculés et démodés mais parce qu’on avait une brochette de comédiens brillantissimes, parmi lesquels Philippe Torreton, rarement vu dans un spectacle comique, voire burlesque, et Dominique Pinon formaient un duo irrésistible. La mise en scène de Jean-Louis Benoit est originale, les décors inventifs, les costumes et perruques totalement. Tout cela fait que, durant trois heures, on tient le coup pour le plaisir de voir jouer d’excellents comédiens dans un écrin de rêve.
Le public a beaucoup ri et a superbement marché en chantant en chœur des extraits de chansons que Dominique Pinon était venu leur apprendre avant le spectacle et en les reprenant de « bon chœur » avec tous les artistes à la fin de chaque acte.
Atmosphère joyeuse donc, qui continué par un grand buffet au champagne avec les artistes, la presse et les invités, dont le comédien Charles Frémont, héros de « Plus belle la vie ».
Un petit air varois flottait entre deux coupes, puisqu’on pouvait rencontrer des Toulonnais de marque : Claud-Henri Bonnet, directeur de l’Opéra de Toulon et Philippe Berling, co-directeur, avec son frère Charles, du futur Théâtre Liberté.
Comme quoi la culture peut réunir les hommes !

Photo du haut. De gauche à droite : Daniel Hermann, adjoint délégué à la culture de Marseille, Philippe Torreton, Philippe Berling, Jean-Louis Benoit, Claude-Henri Bonnet, Dominique Pinon, Louis Mérino. (Ph Christian Servandier)


Louis MERINO, le peintre-comédien
Dans la distribution du Labiche, l’on y trouve Louis Mérino, un comédien de théâtre qui, outre Jean-Louis Benoit, a travaillé avec nombre de metteurs en scène. Fondateur, avec Didier Bezace, du Théâtre de l’Aquarium, il a également joué au cinéma (Doillon, Zidi, Cassenti…) et à la télévision (Edouard Bern , Josée Dayan…).
Mais il a une seconde corde à son arc : il peint. Et il n’avait jamais osé présenter son travail. Grâce à Claudia Amodéo, critique d’art et son complice Jean-Louis Benoit, voici ses œuvres suspendues aux cimaises de la Criée durant tout le mois de mars.
L’entr’aide artistique… ça existe !

Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag