JULES & MARCEL – GALABRU & CAUBERE… AVE L’ASSENT !

Michel Muraire ou Jules Galabru ?
Philippe Pagnol ou Marcel Caubère ?
On ne sait plus tant nos deux comédiens incarnent à merveille l’auteur et le comédien les plus provençaux qui soient.
Dans ce spectacle intitulé tout simplement « Jules et Marcel », c’est à travers la correspondance de ces deux monstres sacrés que nos deux comédiens se donnent la réplique « avé l’assent » puisque tous deux ont su garder les intonations de leur enfance.
Ces deux comédiens-là, il fallait bien qu’un jour ils se rencontrent et se rencontrer grâce à Raimu et Pagnol, c’était leur destinée et ce ne pouvait être qu’une évidence : Galabru a joué avec talent « La femme du boulanger », il a connu Pagnol et a tourné avec lui, il a même écrit un livre sur cet auteur. Quant à Caubère, avant d’incarner Marcel Pagnol, il a endossé avec brio le rôle de son père dans les deux films tirés des « Souvenirs d’enfance » de l’auteur, « La gloire de mon père » et « Le château de ma mère », réalisés par Yves Robert.
Donc la rencontre était inévitable.
Quant à moi, j’ai très souvent rencontré Galabru, sur des tournages, en tournées théâtrales (Grâce à lui j’ai eu une interview exclusive de De Funès qui en était avare !) puis j’ai remis, à l’un comme à l’autre, un Raimu d’Honneur lorsque j’organisais la soirée des Raimu à Cogolin avec Isabelle, petit fille du grand acteur.
La boucle est donc bouclée et les retrouver tous les deux au théâtre Galli de Sanary est un joli moment ensoleillé.
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MICHEL GALABRU : "Je ne suis même pas le petit orteil de Raimu !"
Michel, comment vous est venu cette idée de pièce ?
Elle n’est pas de moi mais de Jean-Pierre Bernard, qui l’a mise en espace et joue le narrateur.
Rencontrant le petit-fils de Pagnol, celui-ci lui a confié qu’il avait de nombreuses lettres de Raimu écrites à son grand père. De son côté, Isabelle Raimu avait la même chose : des lettres de Pagnol écrites à son grand père. Il a donc eu l’idée d’en faire cette lecture, une lettre répondant avec bonheur à une autre, avec Jean-Claude Carrère et moi-même, pour le festival de la correspondance de Grignan. De fil en aiguille, l’idée de la jouer à Paris s’est dessinée et, Caubère remplaçant Carrière, nous l’avons créée au Théâtre Hébertot avant de l’emmener en tournée.
Jouer Pagnol, vous l’avez fait, vous avez repris le rôle de Raimu dans « La femme du boulanger » et aujourd’hui vous incarnez carrément Raimu à qui on vous a souvent comparé !
Oui mais ça, c’est une monumentale connerie ! Etre le nouveau Raimu, personne ne le sera jamais. C’est un monstre comme il y en avait alors à cette époque, des Harry Baur, Michel Simon, Jules Berry, Fernandel, Jean Gabin… Aujourd’hui ça n’existe plus. Il n’y a plus de comédiens de cette trempe. Il y a de bons comédiens, certes mais ce ne sont pas des gens hors du commun… Quant à moi, je ne suis même pas le petit orteil de Raimu !
Pourtant vous avez repris avec succès le rôle du boulanger !
Oui mais ça a été un hasard et je me suis fait piéger !
C’est à dire ?
Un jour Pagnol est venu me proposer le rôle pour le jouer au théâtre, ce qui ne s’était pas fait et j’ai refusé en lui disant : « Passer après Raimu, vous allez être déçu ! » et pourtant Jacqueline Pagnol insistait lourdement : « Il faut continuer à jouer ces œuvres ! »… Elle devait penser à son portefeuille !
Et puis un jour, Jérôme Savary est revenu à la charge. J’ai encore refusé. Mais il m’a prié, supplié et… il m’a invité à manger ! Je me souviens que De Funès m’avait dit : « N’y va pas, tu vas te croire obligé de dire oui ! ». Et il avait raison ! Comment refuser à un type aussi charmant qui vient de vous offrir un superbe gueuleton !!! J’ai donc accepté !
Vous n’avez jamais joué la trilogie alors qu’Hanin l’a fait… Il a d’ailleurs aussi fait « La femme du boulanger » !
Oui mais là je crois que c’était une erreur de casting car Hanin a beau être un grand comédien, il incarne le charme, la force, la séduction mais César c’est la naïveté, la tendresse derrière une carapace, la faconde provençale, un accent bien prononcé et pas mâtiné pied-noir. Je crois que c’était un non-sens et d’ailleurs, à part Henri Tisot qui était superbe et bien à sa place dans le rôle de Panisse, tous les autres rôles étaient un peu n’importe quoi !
Je me souviens d’ailleurs être venu en bateau à Marseille et tous les marins criaient au scandale !
Pagnol, vous l’avez connu ?
Disons que je l’ai côtoyé car on se rencontrait et il avait eu la gentillesse de m’offrir un petit rôle dans « Les lettres de mon moulin ». On a souvent mangé ensemble et j’adorais discuter avec lui car c’était un homme très cultivé, curieux de tout, très aimable…
Alors, après cette pièce, il y a certainement des projet ? On sait que vous êtres assez boulimique de ce côté-là !
Encore des foutaises que tout cela !!! Mon métier, c’est de jouer… Alors je joue ! Est-ce qu’on dit à un employé de bureau qu’il est boulimique parce qu’il va travailler tous les jours ? Chez les comédiens c’est pareil, nous faisons notre boulot… peut-être plus longtemps car c’est aussi une passion et lorsqu’on s’arrête… C’est qu’on est malade ou mort !
Et l’écriture ?
Lafon me demande encore un livre mais je ne sais plus qu’écrire avec tout ce que j’ai déjà raconté… Alors je cherche ! Il attendra !
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PHILIPPE CAUBERE : « Pagnol, c’est toute notre Provence ! »
Philippe, vous voilà en duo sur scène, ce qui est nouveau pour vous !
Oui c’est vrai mais ça ne me surprend pas et c’est un peu le prolongement de ce que j’ai fait avec mes spectacles durant 27 ans : dans mes spectacles, je jouais plusieurs personnages et je m’identifiais tellement à eux que j’ai toujours pensé jouer avec plusieurs comédiens ! C’est un peu fou à expliquer mais c’est comme ça que je le ressens, je n’ai jamais eu l’impression d’être seul !
Vous connaissiez Michel Galabru ?
Comme comédien, oui, bien sûr,mais nous ne nous étions jamais rencontrés.
Alors ?
Alors ? eh bien que dire… c’est un personnage mythologique, c’est à la fois très impressionnant - du moins au début - et depuis j’ai peu à peu oublié qui il est et je le fais entrer dans mon monde où, comme dans mes spectacles, il est un personnage mais ici, il l’incarne lui-même et ce n’est pas moi qui l’incarne ! Mais c’est un plaisir merveilleux que de partager la scène avec lui !
On connaît Galabru pour sa façon de s’approprier un texte et d’y ajouter ses ingrédients…Est-ce que ça vous surpris ou gêné ?
Je dois dire qu’au début, j’étais très timide face à lui et un peu désorienté. Mais j’ai vite compris qu’il fallait que je fasse la même chose. Aussi, peu à peu, j’ai pris de l’assurance et j’ai commencé à envoyer des choses non écrites et il a aussitôt embrayé. Aujourd’hui on se suit, on se précède et je vois son regard qui s’allume, ses sourires, ses fous-rires quelquefois… Il y a une grande complicité et on improvise toujours dans le ton et l’esprit de cette correspondance.
Vous avez joué le père de Pagnol jeune au cinéma, aujourd’hui vous êtes le père… Pagnol est quelqu’un que vous aimez ?
C’est tout simplement toute notre Provence ! Il est marseillais comme je le suis et il représente nos racines, notre famille. C’était un être qui écrivait admirablement tout en restant très populaire, très humain, très près des gens. On ne peut que l’aimer… et même lorsqu’on n’est pas Provençal ! C’était un immense écrivain.
Qui vous a proposé ce rôle ?
C’est Jean-Pierre Bernard qui, je dois le dire, a fait un travail remarquable d’adaptation car il fallait que les lettres se répondent, qu’il y ait une chronologie et c’est superbement réussi. 98% du texte sont les lettres. Le reste sert à lier et passer d’un sujet à l’autre et en intervenant comme narrateur, il installe chaque fois la situation. Ca me fait un peu penser au « Neveu de Rameau » avec ces dialogues, cette philosophie mais avec l’accent !
Aujourd’hui que vous avez pris goût au partage sur scène, allez-vous vous retrouver à nouveau seul ?
Non, la boucle est bouclée, du moins pour l’instant. Le cycle est terminé, après 20 spectacles, j’ai vidé les tiroirs, je vais me reposer… d’abord en lisant, en prenant des temps de réflexion, à prendre du bon temps et… en montant avec des comédiens et avec Clémence Massart, un spectacle de lectures de textes que nous joueront durant tout le festival d’Avignon au Théâtre des Carmes. Il s’agit de différents textes choisis dont beaucoup d’André Benedetto qui est mort en juillet l’an dernier.
Quels en sont les comédiens ?
Nous sommes en train de les choisir mais il est certain que ce seront des comédiens qui ont un lien avec la Provence et la Méditerranée mais d’origines et d’âges très divers. J’ai aussi envie de remonter « Les Perses »…
Et le cinéma ?
Je n’ai tourné que « Truands » de Frédéric Schoendoerffer, en 2006, mais c’est un film qui n’a pas marché. Je pense qu’il était trop violent. Quant aux propositions qui m’arrivent, rien ne m’a vraiment intéressé. Et puis, je crois que ma vie c’est la scène !
Propos recueillis pas Jacques Brachet |